‹ De la colonisation chez les peuples modernesChapitre 29 sur 76 · L'ALGÉRIE. — LK PEUPLEMENT. — L'ACCLIMATATION · texte numérisé non relu

L'ALGÉRIE. — LK PEUPLEMENT. — L'ACCLIMATATION

migration augmente, même dans une proportion légère, le nombre des habitants d'origine européenne sera à la fin du siècle considérafoie, et devra approcher d*un million. Or, quand on parle d'une colonie, ce n'est pas trop que d'exiger 70 ans pour la voir arriver à un état durable de prospérité et de grandeur.

11 importe, cependant, d'entrer plus avant dans cette question de la population européenne et de son accroissement continu par ses propres forces. Diverses nations, on le sait, entrent dans la composition de l'élément européen en Algérie. En 1861, sur 192,746 co-. lonsy on ne comptait que 112,229 Français, c'est-à-dire environ 58 p. 100. Venaient ensuite les Espagnols au nombrede 50,021, soit 26 p. 400 de la population européenne ; on comptait encore 11, 256 Italiens, 8,260 Maltais, 8,332 Allemands ou Suisses, le reste appartenait à des nationalités diverses et non classées. Or, ces différents groupes ne présentent pas les mêmes chiffres proportionnels de naissances et de décès : il y a môme entre eux, sous ce rapport, de très grandes différences. En 1856, l'on comptait pour chaque élément colonial par an et par 1,000 :

Français. •

Kspagnols

Maltais

Italiens

VUemands

Ce sont donc les Italiens, les Maltais et surtout les Espagnols qui se trouvent dans les conditions les meilleures, ce sont eux qui augmentent le plus. La population française, d'après ce tableau, abstraction faite de l'immigration, serait à peu près stationnaire et tendrait plutôt à diminuer. Mais depuis lors la situation s'est considérablement améliorée pour les Français. Déjà, en 1856, il y avait progrès sur les années précédentes : car l'année 1853 présentait sur 1,000 colons français 41 naissances et' 52 décès. Aujourd'hui, môme pour les Français, le chiffre des naissances surpasse celui des décès. Il ne faudrait pas croire d'ailleurs, avec l'auteur de la brochure médicale à laquelle nous empruntons ces chiffres (le •docteur Beaufuméy Coup tfœil sur les colonies), que la situation plus défavorable en apparence des colons français vint d'une incapacité constitutive de surmonter le climat d'Afrique. Il faut se garder de ces généralisations précipitées, et il convient d'étudier auparavant de près les conditions dans lesquelles vivent les différents éléments européens. Si la mortalité est moins grande parmi les Espagnols, les Maltais et les Italiens, ce n'est pas seulement qu'ils sont originaires

XaisitancM.

Décè

de pays plus chauds et de latitudes à peu près isothermes à rAIgérie ; c^estqu'ils résident'spécialement dans les villes, qu'ils ne s^éloignent guère de la côte, qu*ils se livrent surtout aux métiers ou au jardinage, qu*ils ne sont guère défricheurs et qu*ils ne s*enfoncent pas dans le désert (1). G*est le Français, au contraire, presque seul, qui forme la population agricole dans les centres éloignés de la mer, c*est lui seul qui passe TAtlas et se ûxe jusqu*à rentrée du Sahara, à Laghouat, à Geryville et dans d^autres oasis. On croit que cette vie plus aventureuse et plus rude éprouve plus profondément sa constitution. Peut-être y a-t-il de sa part quelque témérité à se jeter à cent lieues de la mer quand la côte offre encore tant de champs qui ne demandent que des bras, mais la faute en est, en partie, aux règlements administratifs que nous étudierons plus bas et aussi à ce goût aventurier, que nous avons déjà signalé bien des fois sur des théâtres différents comme le trait dominant du caractère français. Quoi qu*il en soit, depuis quelques années, la mortalité diminue dans une proportion notable parmi nos compatriotes d'Afrique : même pour les colons français les naissances sont arrivées à dépasser les décès et ce progrès ne fera que croître avec Tapparition sur la scène de la génération créole dont le nombre augmente tous les ans d*une manière sensible.

Les statistiques récentes faites avec un grand soin par le docteur Ricoux dans sa Démographie figurée de /*A/^eVie justifient pleinement cette assertion de la première édition de notre ouvrage. Voici d'abord comment se décomposait d'après le recensement de 1876 la population européenne de notre province d'Afrique:

Français 155,700

Espagnols , 92,500

Italiens ?5,800

Maltais 14,500

Allemands 5,700

Autres nationalités 17,500

Population dite en bloc 8,000

Total 320,300

Si Ton déduit la population dite en bloc on voit que Télément

;0 On pourrait dire que la présence de plusieurs milliers d'Espagnols sur les hauts plateaux à Saida, lors do l'insurrection de Bon Amama en 1881, donne un démenti à l'opinion que nous exprimons dans le texte. Peut-être, en effet, cette opinion est-elle un peu absolue. Cependant, il reste vrai que de beaucoup la plu» ^Tande partie des 138,510 européens qui. au 1" janvier 1878, formaient la popuUtion agricole de l'Algérie, se compose de Français et que, par conséquent, la population française est plus exposée que la population espagnole ou iulienoe (note de la 2-« édition).

Page 1