L'ALGÉRIE. — LE PEUPLEMENT. — L'ACCLIMATATION
français fournit tout juste la moitié de reiiserable des Européens. Examinons la natalité et la mortalité de ces divers éléments de la population européenne. La mortalité annuelle des Français» qui était de 4G,5 pour 1000 habitants de tout âge dans la période de 1853-1856, est tombée dans ces dernières années à 28 pour 1000, tandis qu*en France même elle s^éiëve à 23 pour 1000. L*écart est donc aujourd*hui bien faible entre la mortalité des Français en Algérie et la mortalité des Français en France. Quant à la natalité parmi les Français- Algériens, elle est très-forte ; elle oscille annuellement entre 35 et 40 pour 1000 habitants, atteignant presque la natalité des Allemands en Allemagne. La race française n'est pas constitutionnellement peu prolifique ; elle ne Test qu*en France et intentionnellement. Les naissances parmi les Français établis en Algérie dépassent d'un quart ou d'un tiers les décès ; c'est un fort beau résultat.
Malheureusement la statistique algérienne ne dislingue pas le lieu d'origine des Français-Algériens. EWe ne se préoccupe pas de savoir s'ils sont nés en Afrique, s'ils ne sont Français que par naturalisation, s'ilssont Français du Midi ou du Nord. Une classification de ce genre serait indispensable. Quant à la catégorie des Français par naturalisation, elle est fort peu nombreuse. En trois ans, de 1875 à 1878, on n'a naturalisé que 835 personnes ; depuis la conquête, soit en cinquante années, il n'a été admis au bénéfice de la naturalisation que 4,029 européens ou indigènes. A prendre la moyenne des trois dernières années, c'est environ 300 naturalisations par an, chiffre qui ne suffit pas pour avoir une influence notable sur le mouvement de natalité ou de mortalité de la population dite française.
Parmi les colons espagnols la mortalité a été à peu prèsconstante depuis la conquête. Elle reste aujourd'hui à 30 pour 1000, ce qui dépasse légèrement la mortalité des colons français. Le préjugé vulgaire est donc faux sur ce point. Les Espagnols meurent un peif plus en Algérie que nos compatriotes, sans doute parce que les pre« miers sont plus besoigneux. Quant à la natalité chez les Espagnols de notre colonie, elle est, par compensation, un peu plusélevéeque celle des colons de notre nationalité. Elle atteint 40 pour 1000. Dans les premières années, elle s'était même élevée au chiffre énorme de 47,5 pour 1000. Les Italiens et les Maltais sont dans des conditions un peu plus favorables encore ; parmi eux la natalité est de 40 pour 1000, leur mortalité est plus faible que celle des Espagnols et même des Français, elle ne s'élève qu'à 27 pour 1000.
Il est naturel que les Allemands, hommes du Nord, soient moins
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aisés à acclimaler que toutes ces races du midi. Leur mortalité a atteint dans les premiers temps le chiffre effrayant de 55 pour iOOO et leur natalité n*était que de 31 pour 1000. Depuis lors ces conditions se sont un peu améliorées ; la mortalité est descendue à 3*.> pour 1000) ce qui est encore une bien forte proportion, et la natalité est remontée à 3^2 pour 1000. L*écart est encore considérable à l'avantage des décès. S'ensuit-il que Ton doive dire, comme certains publicistes, que les Allemands et, ce qui nous intéresse plus, les Alsaciens-Lorrains ne doivent pas émigrer en Afrique? Quelques personnes seraient tentées de parler de même des Français du Nord. Il y a là une grande exagération. La nature humaine est beaucoup plus élastique qu'on ne se le figure. De même que les éniigrants Normands et Bretons, sortis de climats très tempérés, exempts de grands froids, se sont admirablement acclimatés au Canada, de même les colons anglais, irlandais, écossais, sortis de climats humides et plutôt froids,* se sont fort bien acclimatés dans la partie méridionale des États-Unis, dans les Garolines, en Louisiane, au Texas, dans la partie de l'Australie voisine des Tropiques, Queeii<land et la Nouvelle-Galles. Ces exemples sont beaucoup plus probants que tous les raisonnements. Avec le temps et l'hygiène nou> n'avons aucun doute que les Français du Nord, les Alsaciens-Lorrains, les Allemands ne parviennent à prospérer en Afrique.
De tous les éléments que l'on classe parmi la population européenne d'Algérie, celui qui présente à la fois la plus forte natalité et la plus faible mortalité, c'est l'élément des israélites francisés ; mais il s'agit là de véritables indigènes. Leur natalité oscille entre 43 et 55 pour 1000, proportion énorme, et leur mortalité entre 24 ol 28. Un statisticien, doué d'imagination et tirant de la loi des nou)bres toutes ses conséquences logiques, en conclurait que, dans quelques siècles, l'Algérie sera principalement peuplée de Juifs : il ne nous parait pas que ce résultat soit fort à craindre, mais l'élément israélite exercera une inQuence profonde sur la destinée algérienne.
La multiplication du nombre des Espagnols inspire des craintes à beaucoup de publicistes et de politiques. On est tenté de nous appliquer le fameux dicton : Sic vos non vohts. Les conquêtes que nous faisons, les capitaux que nous prodiguons, d'autres en profitent, les Espagnols, les Italiens. L'Espagnol, a écrit un statisticien, est avant tout le colon né de notre Algérie. A l'appui de ces observations pessimistes on fait remarquer que, de 1872 à 1876, le nombre des Espagnols s'est accru de 21,144, tandis que celui des Français gagnail seulement 26,764. Or le chiffre initial des Français était presqu»^