LES COLONIES DE LA FRANCE. — LE S&NÉGAL
avantages. Elle est fort bien située comme point de relAche entre l'Europe et l'Amérique du Sud ; puis elle est d'une très grande salubrité.
« Tout le monde admet avec moi, dit M. Bérenger-Férand, chef du service de santé de Corée, que cette île est le pays le plus sain de la côte occidentale d'Afrique dans le moment présent, et la preuve que j'en puis donner, c'est qu'il y a actuellement dans l'île plus de vingt Européens qui s'y portent bien et qui y comptent de 15 à 25 ans de séjour. » Gorée n'est séparée du cap Dakar, qui est à l'ouest, que par la distance d'un mille et quart, soit moins de 2,500 mètres. « N'oublions pas, écrit encore M. Bérenger-Férand, que Gorée jouit non seulement du climat le plus sain de toute l'Afrique occidentale, mais que la nature y a fait une rade aussi belle, aussi sûre, aussi commode que les plus belles rades du monde. Si l'État ou l'industrie privée faisaient à Dakar des formes de radoub, tous les navires qui, dans un rayon de 2,000 lieues, ont besoin de passer au bassin, y convergeraient bientôt, et le point géographique qui nous occupe prendrait en Afrique l'extension que New- York, San-Francisco, Yalparaiso ont prise en Amérique, que Calcutta, Shanghai, Saïgon prennent en Asie. » Il y a sans doute de l'exagération dans ces lignes, mais nous croyons notre colonie du Sénégal, de môme que notre colonie d'Algérie, réservées au plus brillant avenir.
Si nous savons tirer parti des avantages de situation, le Sénégal doit devenir un des grands établissements coloniaux du monde; situé à 400 lieues de Tombouclou et relativement voisin de notre grande colonie d'Algérie, conduite par des mains habiles, il est appelé à constituer un centre important de commerce et de civilisation. Par notre position à Alger et à Saint-Louis, par la présence de nos postes militaires et de nos colons à Laghouat, d'un côté, et, de l'autre, à Médine; par l'extension de notre influence sur les tribus du Sahara, d'une part, et, de l'autre, sur les nations du Haut-Sénégal, nous dominons tout le nord-ouest de l'Afrique, nous pouvons nous faire dans cette vaste contrée les dis* pensateurs du commerce et de la culture et l'on n'aperçoit guère de limite à nos relations et à notre influence. Déjà une convention a été conclue avec le roi de Ségou qui nous facilite l'accès du Niger. G est un premier germe qui portera ses fruits, si une bonne politique et une administration intelligente aident à son éclosion. Sur ce point le Sénégal a été plus favorisé que nos autres établissements : pendant ces quinze dernières années il a joui d'une direction pleine à la fois de prudence et de fermeié, d'esprit de pro-
grès et de sens pratique. Plût au ciel que toutes nos dépendances fussent administrées par des hommes comme le colonel Faidherbe I nos colons ne se plaindraient plus qu'on leur donnât to\2* jours des officiers pour administrateurs.
Une loi de 1881, votée avec quelque difficulté par nos Chambres» tellement en France les questions qui intéressent les coloniesjrencontrent encore une médiocre faveur, a fort heureusement doté le Sénégal d*un premier réseau de voies ferrées, qui jouissent d'une garantie de rÉtat. Ce premier réseau se compose de deux lignes, la première qui de Saint-Louis ira jusqu'à Dakar et l'autre qui partant de Alédine, point où le Sénégal cesse d'être navigable, aboutira provisoirement à Bafoulabé, pour être poussée de là jusqu'au Niger. Le traité conclu avec le roi de Ségou permettrait de pousser dès maintenant cette voie jusqu'à cette dernière ville qui est précisément sur l'un des deux grands cours d'eau formant le Niger. Les lignes sénégalaises devront être notablement développées ; on devra relier les deux tronçons aujourd'hui concédés et qui ne sauraient rester séparés l'un de l'autre, puis il faudra aller dans l'intérieur beaucoup plus loin que Ségou. Les chemins de fer coûtent d'ailleurs peu de frais de construction dans ces contrées, 60 à 80,000 fr. par kilomètre : on n'a qu'à triompher moins de l'habileté réfléchie que des superstitions des indigènes : c'est une affaire de temps.
II semblerait que l'on ait peu d'importance à attacher à nos autres établissements d'Afrique, nos comptoirs d'Âssinie, de Grand-Bassam et du Gabon : ces postes ont été occupés sous la monarchie de Juillet et sont disséminés sur celte vaste côte où se déploya, il y a plus de quatre siècles, l'énergie de nos marins dieppois. » Dans la situation actuelle il est difficile de donner le nom de colonies à des blockhaus près desquels sont groupées quelques huttes européennes pour un trafic assez borné d'ivoire, de bois d'ébène, de sandal et de caoutchouc. En 1866, les importations de tous ces établissements ne s'étaient élevées qu'à 943,831 francs et les exportations, plus faibles encore, ne montaient qu'à 601,078 : et sur ces sommes la part du commerce français n'était que de 323,148 francs à l'importation, et 168,203 à l'exportation. Le mouvement de la navigation, entrées et sorties réunies, était de 138 navires, jaugeant 24,440 ton* neaux : le pavillon français n'y figurait que pour 32 navires et 14,840 tonneaux (1). On voit que c'est là un trafic bien chétif etit n'y a pas apparence qu'il se développe d'une manière notable, sauf au Gabon peut-être, où les relations commerciales sont facilitées par
(1) Anntiairt de Statistique pour 1868, p. 272.