‹ De la colonisation chez les peuples modernesChapitre 37 sur 76 · LES COLONIES DE LÀ FRANXE. — LE SÉNÉGAL · texte numérisé non relu

LES COLONIES DE LÀ FRANXE. — LE SÉNÉGAL

l*abondance des cours d*eau navigables et par la profondeur de Testuaire qui s*enfonce assez loin dans les terres. »

Toilàce que nous écrivions, il y a huit ans, dans la première édition de cet ouvrage, pressentant que le Gabon pourrait nous èlre d'une grande utilité un jour. Ce comptoir a déjà pris un peu plus d'importance : on y compte environ 200 Européens, et le commerce y occupait, en y rattachant Assinie et Grand-Bassam, ii3 navires français et étrangers en 1877. Les explorations faites dans la région de rOgoué, qui débouche au Gabon, par notre compalriote, M. Savorgnon de Brazza, montrent que le système fluvial de rOgou,é se relie presque par des affluents navigables à celui du Congo, le grand fleuve de TAfrique méridionale orientale. Or, le Congo n*est pas navigable à son embouchure. En construisant un chemin de fer qui relierait au Congo un des affluents de TOgoué on pourrait faire du Gabon un important centre commercial. Les postes de la France en Afrique sont admirables. Eu Algérie, au Sénégal, au Gabon elle a des lignes de pénétration qui peuvent lui assurer la prédominance dans un tiers ou un quart de cette partie du monde.

Nous ne pouvons non plus considérer comme d'une bien grande importance Mayotte, Nossi-Bé et Sainte-Marie, situés sur l'autre côte de TAfrique, c'est à peine si ces trois établissements comptent 27,000 habitants, parmi lesquels quelques Européens : retendue du territoire est également faible : Mayotte a 36,000 hectares, Nossi- Bén*enaque 29,000 et Sainte-Marie 91,000; le trafic est encore plus minime que le territoire et la population : voici, en effet, les chiffres pour ces trois établissements pendant Tannée 1865 et

l'année 1878.

Importations 1,451 ,182 1 ,580,000

ExporUtions 273,514 2,135,000

. mm- -■■- ■ I m

Totaux 1,724,690 3,715,000

Les quatre cinquièmes de ce trafic se font avec la France.

Ces colonies microscopiques n*ont guère d'autre but que de protester contre notre exclusion de la grande île de Madagascar, Tune des premières terres oi!i descendirent nos ancêtres au commencement du xvi* siècle. Quelques publicistes, chez lesquels le goût de la colonisation est empreint de moins de réflexion que d'enthousiasme, rêvent la reprise de possession par la France de la grande tle des Malgaches et c'est à ce titre qu'ils attachent quelque importance aux Ilots que nous occupons dans le voisinage. Nous croyons avoir montré dans le premier livre de cet ouvrage combien toute pensée d'établissement territorial à Madagascar est peu praticable

4i0 DE LA COLONISATION AU XIX* SIÈCLE.

OU du moins prématurée. Il y a là trop de difficultés naturelles provenant, soit du climat, soit des habitants : toute colonie dans cette lie devrait être une colonie agricole ; sa prospérité serait subordonnée aune immigration européenne très considérable : La France n*est pas dans une situation à suffire à une aussi rude tâche, dont les résultats sont fort problématiques et où le succès, en admettant qu*il arrivât, se ferait très longtemps attendre. Aussi la compagnie de colonisation qu*on a cru devoir fonder, il y a quelques années, ù Madagascar, n*a-t-elle rien pu produire malgré les efforts d'un homme habile, qui avait le tort de vouloir édifier une colonie sur des intrigues à la cour d*un roi ou d'une reine barbare. Plus tard, quand nous aurons considérablement développé notre influence sur le continent africain, nous pourrons peut-être tourner nos yeux vers Madagascar. Mais en colonisation, comme en toute grande affaire, il faut i»avoir un peu se concentrer.

D'autres vestiges assez mesquins de notre vieille ambition coloniale, ce sont nos rares établissements dans Tlnde : Pondichéry, Yanaon,Karikal, Mahé, Chandernagor : leur superficie est de 48,962 hectares : c*est assez dire que nous n'avons, outre ces cinq villes, que leur banlieue et quelques terres autour : leur population montait, en 1876, à 285,122 âmes dont 1,660 Européens et 1,535 métis. Ces possessions ont semblé offrir si peu d'utilité qu'on en a demandé bien des fois l'abandon, la vente ou l'échange ; cependant, au point de vue commercial et fiscal, ce sont des établissements productifs ; ce sont les seuls qui donnent à la métropole des revenus supérieurs à leurs dépenses. 11 n'est pas bon en outre d'abandonner un souvenir d'anciennes et glorieuses entreprises nationales. Voici quels étaient les mouvements des échanges, en 1863 et en 1878, dans ces établissements :

Importations. Exportations.

Totaux 27,37G,G4G 23,567,006

Le commerce avec la France qui était, en 1863, de 8,949,413 fr., est descendu, en 1878, à 3 ,622, 189 francs, chiffre dérisoire. L'abolition de la traite des noirs, qui fut remplacée par les engagements des coolis, a rendu, pendant quelques années, de l'animation à nos possessions indiennes. On n'évalue pas à moins de 70,000 le nombre des coolis qui ont été embarqués dans nos comptoirs de l'Inde pour la Réunion, les Antilles et la Guyane.

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