LES COLONIES DE LA FRANCE. — LES INDES
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Entrées. Sorties. Entrées. Sortie».
Navires rranç&is 37 80 141 123
— étrangers 439 593 438 471
Totaux Ttg" 682 579 594
On a rencontré jusqu^à ces derniers temps dans nos établissements de THindoustan les défauts et les vices ordinaires de Tadministration française : là, comme partout, il semblait que nous eussions pris à tâche d'étouffer toute vie locale et toute représentation collective : les indigènes s'en plaignaient hautement ; ils voulaient voir modifier les institutions communales, ils réclamaient qu'on augmentât leur participation à la gestion des intérêts locaux; ils faisaient des vœux pour obtenir une représentation spéciale de l'agriculture dans le conseil général de la colonie ; ils y voulaient voir admettre les délégués des cultivateurs avec voix délibérative : enfin ils se plaignaient de l'impôt foncier qui est trop lourd et mal assis, et ils demandaient qu'on le ramenât aux bases établies par la vieille législation indoue. Ils voudraient en outre un système de travaux publics mieux entendu, l'amélioration des canaux et des routes, et un régime des eaux et irrigations qui assurât à chacun le libre usage de son droit sans distinction des terrains à simple et à double récolte et avec jaugeage de l'eau fournie à chacun et fixation sur cette base des impôts à payer (1). L'administration française était donc coupable des mêmes erreurs et des mêmes fautes en Asie qu'en Afrique et en Amérique : l'hostilité contre la vie communale et la représentation collective, l'arbitraire des mesures administratives, la négligence des grands travaux publics indispensables : voilà ce que nous rencontrons presque sur tous les points du globe où flotte le pavillon français. Peut-être les Indiens de nos possessions s'en apercevraient-ils mieux que d'autres par la comparaison qu'ils sont à même de faire, qu'ils font et quMls nous opposent, du régime auquel sont soumises les vastes multitudes indigènes placées sous la suzeraineté de l'Angleterre et de celui que nous imposons à nos sujets.
Les habitants de nos établissements de l'Hindoustan ont reçu depuis 1870 satisfaction, sur un grand nombre de points du moins. Le décret du 13 juin 1872 a doté l'Inde d'institutions locales particulières. Cet acte a créé : i** un conseil colonial siégeant à Pondichéry et faisant fonctions de conseil général ; 2** des conseils locaux siégeant dans chacun de nos cinq comptoirs. Ces derniers sont à la
(1) Jules DovAL, Colonies de la France^ p. 362.
fois des conseils municipaux et des conseils d'arrondissement. Ces conseils qui sont présidés par Tordonnateur ou par les chefs de service comptent 12 membres à Pondichéry, 6 à Chandernagor, 8 à Karikal, 4 à Yanaon, autant à Mahé. C'est beaucoup trop peu. Les membres sont élus moitié par les Européens ou descendants d'Européens, moitié par les indigènes. Ces conseils ont une session ordinaire seulement par année. Us peuvent émettre des vœux sur les matières agricoles, industrielles, commerciales et administration (1). Ces attributions sont dérisoirement limitées. L'ordonnateur et les chefs de service peuvent suspendre ces assemblées ou même les dissoudre; on procède alors dans un délai de six mois à des élections nouvelles. Ce n'est là que l'ombre du régime municipal.
Des décrets de 1872 et de 1874 ont organisé aussi aux Indes une représentation coloniale : c'est le conseil colonial, chargé des atlributions des conseils généraux ; il compte douze membres dont cinq fonctionnaires, membres de droit, et sept membres élus par les conseils locaux. Les conseillers électifs doivent savoir parler, lire et écrire le français. Ce conseil a une session ordinaire par année. Cette assemblée a des attributions analogues à celles de nos conseils généraux, quoique un peu plus limitées. Il délibère sur le budget, lequel contient des dépenses obligatoires et des dépenses facultatives. Il vote les travaux publics et les contributions autres que les droits de douane. Cette situation est en grand progrès relativement à l'état de choses antérieur. Les libertés locales, surtout municipales, sont cependant susceptibles d'un développement ultérieur aux Indes. On a aussi pensé davantage aux travaux publics. Dans ces derniers temps on s'est occupé d'un chemin de fer à Pondichéry. L'Inde française élit un représentant à notre Chambre des députés et à notre Sénat.
Il semble que nous ayons voulu, dans ces dernières années, compenser la perte de l'Hindoustan par de grandes acquisitions territoriales dans la Cochiuchine. A la suite de la guerre de 1858 que nous avons faite de concert avec l'Espagne contre l'empereur Tu- Duc pour la protection des chrétiens et des missionnaires, nous avons pris pied dans ce pays ; nous avons gardé à la conclusion de la paix plusieurs provinces et nous venons encore de nous agrandir récemment. Actuellement le territoire qui nous est soumis est considérable : il comprend 5,945,000 hectares; il est peuplé de 1,592,000 habitants, dont 1,143 Européens (non compris les fonctionnaires) (2). Le nombre des Européens avait doublé depuis 1867. Le
(1) Delaabre, les Colonies françaises^ p. 32.
(2) Cette population se répartit comme il suit : 1,143 Européens, 45,911 Qiinois,
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pays est douéd*unegrande fertilité et, comme toutes ces régions asiatiques, il est traversé par des fleuves et des canaux navigables pour les plus grands navires. La Gochinchine sera, dit-on, un vaste débouché pour nos produits en échange desquels elle nous fournira en abondance du riz, des écailles, des dents d*éléphant, des soies, dés bois de teinture et d*ébénisterie, des poissons salés, des peaux, des huiles. La capitale de nos possessions cochinchinoises, Saigon, quoique éloignée de 60 milles de la mer, est accessible aux navires du plus haut tonnage. Quelques publicistes ont porté Texagération de leurs louanges jusqu*à prédire à Saigon une prospérité égale, supérieure même à celle de Singapore : il est vrai qu'ils ont mis à ce développement qu'ils entrevoient une condition dont la réalisation n'est pas lointaine, c'est le percement de l'isthme de Tenasserim qui ferme la longue presqu'île de Malacca. Quoiqu'il en soit de ces rêves d'avenir, Saïgon a pour le moment 30,000 habitants : le comptoir d'escompte de Paris y a établi une agence; d'autres maisons de banque françaises s'y sont constituées. Il forme une des escales de nos messageries maritimes ; il est à souhaiter qu'on lui accorde cette franchise entière de droits qui fut l'origine de la grandeur de Singapore. L'administration s'est mise au travail avec un zèle très louable dans notre acquisition de Gochinchine : on a créé des lignes télégraphiques, tracé des routes de terre, élevé des phares, construit une église, organisé la justice, Tinstruction et les finances : mais ce qui manque jusqu'ici, ce qui manquera peut-être toujours, à notre colonie de Gochinchine, comme à nos autres établissements coloniaux, ce sont les colons. Voici le mouvement des échanges à quatorze ans de distance :
Importation 3î),H:«,375 08,037,406
Exportation 39,39î),î)00 «2,8i)î),3l 8
Totaux 79,231,275 130,930,724
Les chiffres de 1879 s'appliquant seulement au mouvement du port de Saïgon et aux transports par navires européens, d'après un travail fait par la Chambre de commerce de cette ville, il convient d*y joindre, pour avoir l'ensemble du mouvement commercial
tf,4lO Malais, 105,577 Cambodgions. le reste, sauf 18,000 âmes de population flottante, se compose des Annamites. Parmi les lH,000'millc âmes de population flottante, il y a 4,000 soldats et 5 ou OrN) fonctionnaires (579 on 1873).
(1) Loft chiffres donnés pour 18CG sont tirés de VAnnwtire t/e statistique ; ceux pour 1879 sont empruntés à une Pétition à MM. les membres de la Chambre des • députés et du Sénat présentée par divers habitants de In Covhinchitie française en 1881. Le chiffre donné pour 1879 concerne le port de Saigon seul.
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du pays, d^abordles transports opérés àSaïgon par les jonques cbi* noises, soit 1 million et demi de francs environ, puis ceux effectués par les barques annamites et évalués à plus de 15 millions. Le traûc du port de Saïgon s'est élevé ainsi à plus de 146 millions pour Tannée 1879. Les autres ports, Mytbo, Rach Gia, Gamau, Hatien ont avec Textérieur un mouvement d'environ 4 millions de francs. Enfin le commerce par le Mékong avec le Cambodge et le Laos monte à 5 millions et demi environ. D'après ces éléments la Chambre de commerce de Saïgon estime à 455 millions de francs {30,113,15!! piastres) le commerce extérieur de la Cocbinchine. C'est un progrès considérable sur 1866.
Le même progrès est constaté pour la navigation. Malheureusement les chiffres ici ne sont pas complètement comparables par le défaut des statistiques. Le tableau suivant donne le total des entrées et sorties pour 1866, en distinguant les navires français et les navires étrangers; pour 1879, nous n'avons que les entrées sans la distinction de pavillon :
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