‹ De la colonisation chez les peuples modernesChapitre 42 sur 76 · VENDUES · texte numérisé non relu

VENDUES

Acres.

Acros.

MONTANT DES VBNTlt>.

Dollars.

I>ullar»*

On voit par ce tableau qu'en 1865 ces terres se sont vendues au prix moyen de 42 cents Tacre soit environ 2 fr. 30 centimes, et en 1866 au prix de 68 cents environ soit à peu près 3 fr. 60 ceDlimes. Voici quelles étaient au 31 décembre 1866 les étendues de terre arpentées et prêtes à la vente : dans le Haut-Canada, terres de la Couronne 3,286,351 acres; terres des Écoles de grammaire 45,993 acres ; l'évaluation des contenances n'avait pas été faite pour les terres du clergé et des écoles communes; dans le Bas>Canada, terres de la Couronne 6,276,215 acres et terres du clergé 257,708 acres.

Le revenu ordinaire du Dominion of Canada pour l'année finissant au 30 juin 1868 était de 13,835,000 dollars, sur lesquels les douanes produisaient 8,624,000, les droits d'excisé 3,006,000, le reste provenait des postes et de diverses redevances ou monopoles. Les intérêts de la dette s'élevaient à 4,078,535 dollars, soit 849,695 livres sterling ou 21 millions 500,000 francs. En 1878, le revenu public du Dominion avec les annexes de Tîle du Prince Edouard, de la Colombie britannique et de Vancouver montait à 4,661,461 livres ou 117 millions de francs. La dette publique dépassait 29 millions de livres sterling soit 750 millions environ en capitaL Les colonies britanniques s'endettent rapidement, et plusieurs, dont le Canada, ont eu la fâcheuse idée de recourir à un tarif de douane très protectionniste.

Voici quelques renseignements particuliers sur les colonies anglaises du nord de l'Amérique qui J^ont restées longtemps scpa:év>

du Dominion of Canada^ c'est-à-dire sur Tîle du prince Edouard, la Colombie britannique et Tile de Vancouver. Ordinairement, cependant, elles sont confondues avec le Dominion pour le mouvement commercial et le revenu. Elles ont, d'ailleurs, été incorporées dans le Dominion en 1873.

L'étendue de Tlle du prince Edouard est de 3,133 milles carrés. D'après le recensement de 1871 sa population totale est de 94,021 habitants ; elle était de 80,857 en 1861 et de 62,449 en ia50 : l'accroissement a donc été de plus de 50 p. 100 en 21 ans. Le revenu public de l'Ile était en 1870 de 62,230 livres sterling. La dette publique s'élevait en capital à 133,000 livres. A partir de 1873 l'Ile du prince Edouard n'a pas de comptes à part, elle est incorporée dans le Dominion, Le mouvement de la navigation (entrées et sorties réunies) était en 1870 de 544,698 tonnes ; en 1865, il n'avait été que de 336,890 tonnes, en 1860, de 173,796 et en 1856, de 115,837 : on voit quel énorme développement a pris en quinze ans le commerce maritime de Ttle du prince Edouard, puisqu'il a presque quintuplé. Les importations ont augmenté dans une moindre mesure : en 1870, elles se sont élevées à 385,732 livres sterling, sans progrès très marqué sur les années qui précèdent immédiatement 1870; en 1860, elles n'étaient que de 230,054 livres. Les exportations se sont développées davantage, elles ont monté, en 1870, à 352,841 liv. sterl., en 1865, elles n'étaient que de 291,546 livres, en 1860, elles n'arrivaient qu'à 201,434 et en 1856, àlll,980.

Les documents sont loin d'être aussi abondants sur les deux dernières colonies anglaises du nord de l'Amérique, c'est-à-dire sur la Colombie britannique et l'Ile de Vancouver. Ces deux colonies sont tantôt réunies et tantôt séparées sous une même rubrique dans les tables statistiques officielles. La Colombie a plus de 300,000 milles carrés de superficie, l'Ile de Vancouver 13,000. Il est facile de voir que ces chiffres ronds sont approximatifs et que la surface exacte de ces deux pays n'est pas connue (1). Le recensement de la population en 1861 portait- la population de la Colombie à 11,816 âmes, dont 7,862 hommes et 3,954 femmes, les Indiens n'étaient pas compris dans ce chiffre. A la même époque la population de rile de Vancouver était évaluée grosso modo à 23,000 âmes. En 1871, elles ne figurent toutes les deux réunies que pour

ip Los sutifitiques aiiglaibes sont à tous ces point» de vue très défectueuses. AÎDsi dans certaine recueils officiels, la Colombie britannique et l'Ile de Vancouver figurent pour 218,000 milles carrés ; dans le Siatistical abstract pour 1878 ces deux pays sont inscrits pour 350,000 milles carrés, et, en outre, le No^th'West'Ttn^Uari/ pour *i militons O.>0,000 milles carrés.

33,586 âmes. Le revenu public de ces deux possessions réunies avant Tannexion au Dominion était de i 02,990 livres sterling : le capital de la dette publique s'élevait à 322,228 livres. Le mouvement maritime de la Colombie et de Vancouver était en i870 de 343,833 tonnes, y compris le cabotage. Ce chiffre était inférieur à celui de plusieurs années précédentes, notamment de 4 865 et de 1866. Les importations étaient en 1870 de 335,133 livres sterling ne formant guère que la moitié ou le tiers des importations de chacune des années qui s'écoulent de 1861 à 1865. Les ext)ortations (les métaux précieux exclus) ne montaient en 1870 qu'à 106,635 livres sterling. Les chiffres avaient été moitié plus élevés en 1865 et en i866. Depuis 1873 les relevés du commerce sont confondus avec ceux du Dominion. Les exporta» tions d*or avaient été considérables pendant quelques années : en 1864 elles s'étaient élevées à 1,200,000 livres sterling pour la Go* lombie et 556,000 pour Vancouver ; ces chiffres baissèrent rapidement: en 1865 la Colombie n'exportait plus que 578,7^0 livres sterling d'or et Vancouver 426,198 ; en 1866 les deux, colonies réunies n'exportaient que 1,026,000 livres sterling d'or et enfin, en 1867, que 700,000 livres sterling. L'exportation de l'or dans les années suivantes n'a pas été notée. C'est cette décroissance dans la production de l'or qui a nui à la prospérité, et par conséquent à la navigation et au commerce de la Colombie et de Vancouver.

L'île de Terre Neuve est restée séparée du Dominion of Canada : sa superficie est de 40,200 milles carrés ; la population, d'après le dernier recensement qui date de 1869, était de 146,536 âmes. Le revenu public était en 1870 de 182,000 livres sterling, en 1878 de 212,000 livres ou 5 millions 100,000 fr. La dette publique s'élevait en capital à 242,254 livres à la première de ces époques et à 280,000 livr., 7 millions de fr. à la seconde. Le mouvement de la navigation (entrées et sorties réunies) portait sur un tonnage total de 592,000 tonnes en 1878; en 1870 le mouvement n'était que de 320,506 tonnes; en 1865 il ne montait qu'à 270,403 tonnes ; en 1860, au contraire, et pendant les années antérieures, il était notablement plus élevé, atteignant 404,000 tonnes en 1860. La valeur totale des importations était en 1878 de 1,430,000 livres sterling, 36 millions de francs ; elle avait été en 1870 de 1,386,635 livres marquant un progrès très sen* sible sur les trois années précédentes, mais ne dépassant guère les importations de 1859 qui s'étaient élevées à 1,324,136 livres, et restant au-dessous de celles de 1857 qui étaient de 1,413,423 livres. Les exportations de Terre-Neuve étaient de 1,173,000 livr. sterl. (environ 30 millions de francs) en 1878 ; elles s'étaient élevées à 1,297,974 livres sterling en 1870, montrant un progrès marqué sur les dix

années antérieures, mais un recul notable sur les années qui s'écoulent de i856 à 1859 : dans chacune de ces années, en effet, les exportations avaient dépassé 1,300,000 livres, et en 1857 elles avaient atteint 1,651,000 livr. Gomme on le voit d'après l'ensemble de ces données, la prospérité de Tile de Terre-Neuve semble avoir été assez vivement atteinte à partir de 1861 ; elle est restée stationnaire.

Du nord de l'Amérique nous avons à nous transporter au sud de l'Afrique et d'une colonie anglaise conquise sur la France à une colonie anglaise conquise sur les Pays-Bas. On ne trouvera pas là un accroissement aussi rapide de culture, de population et de richesse, mais on rencontrera une société bien organisée, pros^ père et régulièrement croissante. Sous le rapport de la position ou du climat, les colonies du Cap ne le cèdent à aucune terre européenne. Merivale a fait d'elles un éloge qui touche au lyrisme. Situés sur la plus grande voie de communication du monde (1), d'une salubrité exceptionnelle, accessibles à toutes les races hu« maines sans crise d'acclimatement, offrant le phénomène de la réunion sur un môme sol des produits les plus variés, la soie, les vins, les fruits, le blé et en môme temps les denrées des tropiques, il semble que les établissements anglais du sud de l'Afrique soient l'une des terres les plus favorisées du globe. Ce que la Hollande avait fait de cette vaste et riche contrée, on l'a vu dans le livre précédent : la domination hollandaise, au triple point de vue des institutions, du régime des terres et du régime commercial, était déplorable ; toute liberté politique manquait. Merivale nous apprend que pour prévenir l'accroissenient de la population les Hollandais n'accordaient des terres que par parcelles isolées et éloignées les unes des autres ou par cercles qui se touchaient, mais qui avaient des espaces inoccupés entre leurs interstices (2). C'est à cette coutume qu'il faut attribuer, du moins en partie, le développement relativement lent de la colonisation. Au point de vue commercial, les habitants n'avaient môme pas le droit de fixer eux-mômes le prix de leurs denrées, non plus que de se livrer à la navigation, môme côtière et de cabotage. Aussi la colonie resta-t-elle toujours languissante ; il s'y était formé cependant, à l'intérieur, une race énergique de pasteurs et d'éleveurs de bétail, qui possédaient au plus haut degré toutes les qualités de la nation hollau-» daise, l'ardeur au travail, l'économie, la persévérance et la ténacité. A côté de cette rude et laborieuse population, il y avait un élément

[i) La poMtiou du Cap est aujourd'hui moins favorable par suite de Tourcrturedu canal de Sucx et des prog;rès de la navigation à vapeui*. \7) MsnivALit On coUmiêi^ 1. 1, p. 115.

industrieux et actif, d'origine française, c'étaient les descendants de réfugiés calvinistes : quelques-uns appartenaient à de grandes familles de France, comme les marquis de Roubaix, les de Yilliers (de la Rochelle), les du Plessis, les de Joubert et bien d'autres ; cet élément raffiné et ingénieux avait introduit dans la colonie un esprit de progrès et d'amélioration, que Ton ne trouvait pas parmi les rudes paysans d'origine néerlandaise. C'étaient ces enfants de France qui, vers la fin du xvii" siècle, avaient planté la vigne dans la vallée de la Perle, et avaient les premiers cultivé ce fameux vin de Constance qui fut pendant un temps le plus renommé du monde.

Maîtres du Gap, en fait depuis 1806, depuis 1815 en droit, les Anglais ont porté dans cette colonie leurs qualités habituelles : l'amour de l'ordre et du progrès, le goût des libertés locales, les sympathies dont ils entourent tout ce qui les touche et leurs efforts accoutumés pour mettre en valeur toutes leurs dépendances. Leur premier soin, comme au Canada, fut de déterminer vers le Cap un courant régulier d'immigration. Dès 1814 on ouvrait à Londres des souscriptions pour favoriser l'introduction de l'élément anglais dans cette colonie. On voulait à la fois faire un contre-poids à l'élément hollandais déjà très développé et tenir en respect, repousser môme les Cafres, population indigène remuante et guerrière, qui, comme en Algérie les Arabes, tient les colons en émoi et arrête le dévelop» pement de la civilisation. On envoya au Cap d'anciens soldats, des artisans et des laboureurs : on y convia l'immigration européenne. En 1838, le gouverneur, sir George Grey, traitait avec une maison de Hambburg pour l'envoi de 4,000 immigrants allemands. Mais tous ces efforts n'eurent pas un plein succès, soit à cause du climat, soit par crainte des incursions des Cafres, soit plutôt à cause de la législation défectueuse de la colonie sur le régime des terres. Malgré la résidence à Londres de deux commissaires de l'émigration, en dépit des subsides de la caisse coloniale, on ne put se procurer en moyenne plus de S,000 immigrants par année. Aussi, après la guerre de Crimée, l'on se résolut à un grand effort et l'on tenta l'établissement de colonies militaires : on voulait avoir des soldats laboureurs aptes au défrichement et à la guerre contre les Cafres ; Ton crut ne pouvoir mieux faire que de choisir les Allemands poar ce double rôle qui répond aux dispositions traditionnelles de leur nature. On dirigea vers la Cafrerie les soldats et les officiers de la légion germanique qui fut licenciée après la guerre de Crimée ; on leur avait fait les offres les plus séduisantes : transport gratuit pour eux-mêmes, leurs femmes, leurs enfants, leurs fiancées et pour un

serviteur par famille d'officiers, ration gratuite ou indemnité équivalente pendant un an, demi-solde pendant trois ans, solde complète en cas d'incursion des Gafres, prêt d'outils et d'argent, con* cession de lots à bâtir et de lots de terre pour jardin, droit aux pâturages communs, allocation pour construction de maisons, exemption d'impôts pendant sept ans, et, à l'expiration de ce terme, propriété du sol, de la maison et du jardin, frais d'enterrements supportés par l'État.

Pour qui regarde les choses de près et sait y voir, il était impossible de plus mal combiner une tentative en elle-même difficile : dans les conditions qui précèdent, il est impossible de reconnaître cet esprit pratique, net et droit, que l'on est accoutumé à trouver dans les résolutions de l'Angleterre. Tout y porte l'empreinte de l'inexpérience et de l'irréflexion. D'abord, l'on n'accordait à ces soldats que des lots de terre à bâtir et des lots pour jardin, sans y joindre des lots de terre labourable, sous le vain prétexte que les terres étaient alors soumises dans la colonie au système de vente et que l'on n'en pouvait disposer par dons ; ensuite l'on subordonnait l'acquisition de la pleine propriété de la maison et du jardin dont l'emplacement avait été concédé, à une sorte de service dans la milice pendant sept années, ce qui retardait presque indéfiniment l'instant où le colon pourrait se regarder comme propriétaire à l'abri de toute revendication. Aussi cette tentative ne réussit pas ; on eut beau envoyer à ces soldats des jeunes filles irlandaises pour en faire leurs femmes ; on eut beau baptiser des noms de Wiesbaden, Brunswick, Berlin, de misérables postes, les charges étaient trop lourdes pour les avantages, il y eut, en peu de temps, une déseition presque générale. En môme temps que Ton échouait pour l'établissement de ces colonies militaires allemandes, on mécontentait les paysans boUandais ou Boèr$^ race individualiste et tenace, qui ne voyait pas sans un mécontentement profond nier ou contester des droits de propriété consacrés par la prescription et qui protestaient d'un autre côté contre une sorte d'infériorité politique où l'on aurait voulu les placer. Il faut reconnaître, cependant, que toutes les réclamations des Boers n'étaient pas fondées : un de leurs principaux griefs fut l'abolition de Tesclavage, dont on ne peut faire un reproche à l'administration anglaise. Quoi qu'il en soit, le rude et fier tempérament des BoGrs ne put se pliera ces oppressions en partie réelles, en partie imaginaires, dont ils se plaignaient. Un grand nombre émigra dans l'intérieur pour fonder les établissements indépendants d'Orange et de Transwaal ; on ne peut que s'en féliciter dans Tintérèt de tous, car c'est un pas nouveau de la colonisation.

Il semble après tous ces faits qu'au point de vue politique Tadminislration anglaise ait laissé beaucoup à désirer. Il n*en est pas moins vrai qu'elle était singulièrement supérieure à Tadministration hollandaise : elle conserva toujours aux colons cette liberté primodiale, qui est la pierre angulaire de toute société florissante, la liberté municipale ; elle leur refusa longtemps, trop longtemps peut-être, la représentation coloniale, mais, à Torigine du moins, elleavait de bon* nés raisons pour ne pas faire cette concession suprême, qui ne peut être accordée, selon nous, qu'aux colonies déjà adultes. Toutefois elle ne prolongea pas indéfiniment ce stage et cette période de Tenfance qu'il est dangereux de vouloir éterniser. En 1853 le Gap recevait une constitution, qui instituait une législature élective : ce fut une réforme heureuse et qui donna une vive impulsion à la colonie.

Le régime des terres fut, nous l'avons indiqué, très défectueux : nulle part, dans les établissements britanniques, on ne vit tant de fluctuations et de règlements contradictoires. Primitivement Ton accordait des terres aux cultivateurs moyennant une rente annuelle. En 4843 l'on introduisit le système de vente à 2 francs l'acre. En 1855 la législature rapporta le règlement de 1843 et remit en vigueur le système primitif en le modifiant légèrement. On fit aussi des concessions sur une grande échelle à des particuliers ou à des compagnies. Le gouverneur offrait gratuitement 1,500 acres aux fermiers munis de capitaux et présentant des garanties. En 1849» un homme connu pour ses voyages en Afrique, M. Johnstone, achetait en bloc, au nom d'une société, 25 milles carrés de terre près de Port Natal. On devait diviser cette grande étendue de territoire en cinq sections, chacune de 16,000 acres. Il y eut sur ces terrains un grand agiotage : on les achetait pour les revendre, sans s'occuper de les mettre en culture. On ne fit cesser ces spéculations que par des concessions sans condition en 1857, système qui fut remplacé Tannée suivante par des ventes à prix fixe (4 shellings l'acre). Toutes ces fluctuations dans le mode d'appropriation des terres jetèrent du discrédit sur la colonie, mais elles ont donné de l'expérience aux gouverneurs et aux législatures : on est arrivé à reconnaître qu'il faut un régime des terres unique et simple, et qu'il n'y en a pas de meilleur que celui de la vente à prix fixe.

Au point de vue commercial, la domination anglaise fut pour le Gap un grand soulagement : les colons se trouvèrent enfin délivrés du monopole et des mille règlements qui les opprimaient. Bien qu'on ne leur accordât pas, à l'origine, la liberté du commerce à l'ex* térieur, ils l'eurent à Tintérieur pleine et entière. La métropole intervint pour protéger leur produit principal, le vin : on établit en

Angleterre des droits différentiels élevés à l'avantage dii Cap, En 4813, les vins du Cap ne supportèrent qu*un tiers des droits que payaient les vins d*Espagne et de Portugal. En 1825, il est vrai, cette protection fut diminuée par un dégrèvement des droits sur les vin$ étrangers ; les colons s*en plaignirent hautement, mais depuis longtemps les vins du Cap avaient perdu leur vieille réputation. Roscher attribue cette décadence à l'existence d'une multitude de petites maisons de commerce qui, à la recherche des profits excessifs, ont détérioré ce précieux produit et lui ont, à la longue, enlevé son renom. Aujourd'hui, comme toutes les colonies anglaises, le Gap et Natal, qui en est détaché, jouissent de la complète liberté du commerce. Le montant de leur trafic est très élevé relativement à la population.

Voici sur ces deux colonies des renseignements statistiques provenant de sources officielles récentes, et témoignant d*un développement qui après avoir été rapide s'est ensuite ralenti.^ La superficie da Natal est de 18,750 milles carrés : nous rappelons que le mille carré équivaut à 256 hectares, c'est-à-dire à deux kilomètres carrés et demi environ ; c'est par conséquent pour Natal une surface à peu près onze fois plus petite que la France. La colonie du Cap est infiniment plus grande, elle a 221,950 milles carrés, c'est-àdire qu'elle est égale en étendue à la France. Nous ferons remarquer que la superficie indiquée par les divers documents officiels anglais a notablemennt varié suivant les années. Les chiffres que nous donnons sont extraits du Siatistical abstract for the colonial potsessions de l'année 1878, publié en 1880; le document analogue pour Tannée 1863 ne fixait qu'à 104,931 milles carrés la superficie du Cap. On sait que ces colonies qui ne sont habitées par les Européens que sur le littoral n'ont pas de limites bien précises, et ces contradictions ne doivent pas étonner.

La population a rapidement augmenté depuis 1850 : le recensement ne comptait alors à Natal que 120,627 habitants et au Cap de Bonne-Espérance que 285,279. D'après le plus récent dénombrement, celui de 1871,1a population de Natal montait à 289,773 habitants et celle du Cap à 582,982 : ainsi les deux colonies réunies avaient plus de 800,000 âmes et la population avait presque doublé en dixneuf ans. II ne faudrait pas croire, cependant, que toute cette population fût d'origine anglaise ou même européenne. D'après un recensement précédent, celui de 1869, sur les 250,000 habitants de Natal on ne comptait que 17,200 blancs, 6,100 coolis indiens, 226,000 indigènes (natives), d'oii il faut conclure que l'accroissement de la population doit venir en grande partie de l'augmentation du

Acre».

Acres.

territoire. La proportion des blancs au nombre total des habitants est infiniment plus nombreuse au Gap. On comptait il y a une douzaine d*années,dans cette colonie 187,439 blancs, 81 ,598 Hott^itots, 164,466 Gafres et 132,000 individus d*autres races. Somme toute^ dans ces deux colonies du sud de TAfriqùe il n*y a guère plus de 250,000 Européens : c'est assez notablement moins qu'en Algérie. Nous extrayons des Tables statistiques sur les colonies anglaises publiées en 1869 quelques renseignements sur la distribution du sol entre les différentes cultures. Voici d'abord pour Natal :

Acres.

Cultures en blé 1,324

En mais (indian corn) 28,342

En blé de Cafrerie (caffir corn}... 8,953

En avoine 1,141

En pommes de terre 1,461

En cannes à sucre 11 ,590

En café 1,991

En coton 1,3G1

En tabac 260

En légumes. 830

Ge tableau est instructif. Il montre un très grand développement de la culture : en même temps il indique que les plantes tropicales, la canne,* le café, le coton, le tabac, deviennent déplus en plus négligées, et que l'industrie des habitants se porte surtout vers l'extension des cultures en blé et en maïs. Le nombre des bêtes à corne dans la colonie de Natal était de 435,010 en 1868 et de 453,944 en 1869 : le nombre des moutons dans les deux mêmes années s'y est élevé & 281,486 et à 332,932.

Voici des renseignements analogues pour la colonie du Gap. En 1865 il y avait 460,754 acres en culture, dont 202,257 en blé, 34,569 en orge, 24,330 en riz, 99,609 en avoine, 50,126 en maïs, 8,784 en pois, haricots et lentilles, 1,974 en tabac, 12,845 en pommes de terre et jardins potagers, 12,083 en orangeries et en vergers, 16,177 en vignes. D'après une statistique plus sommaire faite en 1875, il y avait au Gap 188,340 acres cultivés en blé, ayant produit 1,687,000 boisseaux; 29,179 acres en orge, \ 14,651 en avoine, 131,000 en mais, 9,000 en pommes de terre et 18,000 en vignes; cette dernière culture avait produit 4,485,000 gallons de vin, soit environ deux cent mille hectolitres. Les têtes de gros bétail dans la colonie du Cap étaient au nombre de 467,956 en 1858, de 692,514 en 4865 et de 1,329,000 en 1875. Quant aux moutons, on en comptait, en 1835. 6,453,783, en 1865, 9,836,065 et 11,279,000 en 1873.

Le total des importations dans la colonie de Natal était, en 1878, de 1,719,000 livres sterling, soit 44 millions de francs (1) ; c*était un accroissement notable ; carie montant des importations en 1870 était seulement de 429,527 livres sterling : ce dernier chiffre était déjà en Torte augmentation sur les quatre années antérieures. Les exportations totales se sont élevées pour la même colonie à 694,492 livres sterling, 18 millions de francs, en 1878 ; elles ne montaient qu'à 382,979 livres sterling en 1870 : ici le progrès a été très rapide, car aucune des années antérieures à 1869 n'avait atteint 300,000 livres, et avant 1863 les exportations flottaient autour du chiffre de 100,000 livres sterling. Le mouvement de la navigation n'est que peu développé : En 1878 il s'élevait à 263,000 tonnes ; en 1870 il ne portait que sur un tonnage total de 47,886 tonnes. Il avait été plus élevé dans les années précédentes à partir de 1864 : cette décroissance, qui se retrouve aussi dans le mouvement de la navigation du Gap, doit avoir pour cause l'abandon graduel de la vieille route des Indes. Cependant depuis 1873 il y avait eu un mouvement de reprise.

Les importations de la colonie du Gap en 1878 atteignaient le chiffre de 6,588,000 livres sterling, 170 millions de francs environ ; elles n'avaient été en 1870 que 2,502,043 livres sterling. Les exportations ont monté en 1878 à 3,552,841 livres sterling (90 millions de fr.); elles avaient seulement atteint en 1870, le chiffre de 2,603,211 livres, une seule fois auparavant ce chiffre avait été légèrement dépassé ; c'est en 1864. Dans chacune des années de la période de 1856 à 1863 les exportations flottaient aux environs de 2,000,000 sterling, quelquefois légèrement inférieures, d'autres fois légèrement supérieures. Le mouvement de la navigation dans la colonie du Gap a porté en 1878 sur un tonnage de 1,138,000 tonnes (allées et sorties réunies) ; en 1870 le tonnage total (entrées et sorties réunies) n'était que de 369,139 tonnes : ce chiffre est très inférieur à celui des quatorze années précédentes ; dans chacune de ces années le tonnage était d'environ 500,008 tonnes, quelquefois de 600,000 ; en 1858 il s'était élevé à 655,000 tonnes.

Le revenu public de la colonie de Natal, défalcation faite des ressources créées au moyen d*emprunts, s'élevait à 369,000 livres sterling (9 millions et demi de francs), en 1878 ; il ne montait qu'à 120,000 livres sterling en 1869. La dette publique était en capital de 1,6:11,000 livres sterling (41 millions de francs) à la première de ces dates, et à la seconde de 268,000 livres sterling. Le revenu public de la colonie du Gap, défalcation faite des ressources provenant d'em-

(1) L« chiffre élevé des importation» pendant ces dernières années peut tenir ans guerreu contre les Zoulous et autres peuplades barbares.

prunts, s'élevait, en 1878, à 3,240,000 livres sterling (81 millions de francs) ; ce revenu n'était en 1870, que de 670,000 livres sterling. La dette publique était de près de 7 millions de livres ou 175 millions de francs en 1878 ; en 1870, elle ne montait qu'à 1,106,000 livres sterling. Autant qu'on en peut en juger par des statistiques déjà un peu anciennes, la moitié des revenus réguliers du Gap provient des douanes, soit 330,000 livres sterling en 1867; 20,000 livres étaient produites par la vente des terres domaniales, le reste venait de la poste, du timbre, de droits de mutation, etc.

Ces deux colonies ont des richesses considérables à exploiter : l'élève du bétail et des chevaux, la production de la laine qui a pris, depuis quelques années, un très grand développement, l'extraction des minerais de cuivre dans le pays des Namaquois ; enfin l'exploitation du guano que contient l'île d'Ichabœ , déclarée possession britannique, en 1861. On a découvert depuis quelques années des mines importantes de diamants d'une qualité médiocre, mais d'une gros» seur importante. Ce sont là des richesses précieuses et qui promettent à la colonie un avenir solide, alors même que la route d'Europe aux Indes par le Gap sera complètement abandonnée. Il ne faut pas oublier non plus queleCapetNatal sont depuislongtemps déjà le point de départ des voyageurs héroïques qui pénètrent dans l'intérieur de l'Afrique : s'il faut en croire leurs récits, il y aurait, sur plusieurs points et pas à un très grand éloignement des établissements anglais, des ressources naturelles considérables et des peuplades accessibles à un certain degré de culture ; il est impossible de prévoir ce qui peut résulter de ces voyages et de ces découvertes, au point de vue de la prospérité et du développement des colonies du Gap et de Natal ; mais il n'en faut pas moins tenir compte des promesses des voyageurs comme d'une espérance qui pourra un jour se réaliser.

Nous avons étudié avec quelques détails l'organisation des vieilles colonies de l'Angleterre: nous nous sommes montré peut-ôtre d'une sévérité exagérée; nous avons signalé sans ménagement les erreurs et les fautes. Mais cette histoire est si peu connue, l'on est si porté à Tembellir, la croyance est si bien établie que l'Angleterre n'a commis aucune faute dans sa gestion coloniale et que ces colonies n'ont eu à subir ni crises ni temps d'arrêt, que nous regardions comme important de rectifier ce préjugé. L'administration coloniale anglaive, si supérieure qu'elle ait été de tout temps à la française, n'en était pas moins, à la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci, défectueuse sur plus d'un point. Son mérite a été de s'amender, de profiter des leçons de l'expérience, d'arriver graduelle* ment à cette quasi-perfection qu'elle a atteint de nos jours. Voilà ce

qu*il importe de constater afin de nous préserver de ces découragements qui sont si fréquents parmi nous, afin de nous bien rendre compte que les fautes passées sont réparables, qu*un bon régime peut succéder à un mauvais ou à un médiocre et qu'une colonie qui a langui à son berceau peut, sous Tinfluence de réformes heureuses, prendre un essor subit, durable et définitif.

Nous sommes enfin arrivé à ce que Ton est convenu de regarder comme le chef-d'œuvre de la colonisation moderne, TAustralie. Assurément, dans toute l'histoire, il est impossible de trouver rien qui ressemble au développement rapide et continu des colonies de TAustralasie, pour employer l'expression anglaise qui désigne le groupe des Iles Britanniques dans l'océan Pacifique. Et cependant, si jamais il y eut une terre qui semblât réservée pour la barbarie et où la nature parût inaccessible au travail de l'homme et à la culture, c*était bien cet énorme continent sans découpures et sans grands cours d'eau, ne contenant presque, à l'intérieur, qu'une mer de sable brûlant. Sur toutes les côtes du nord des madrépores imperceptibles ont construit par un travail trente fois séculaire ces bancs à fleur d'eau, aux étranges et capricieux dessins, que les marins appellent les récifs de la Grande^Barrihe. Ces impénétrables murailles sousmarines ferment presque complètement l'accès de ce continent, qui se présente au navigateur comme%une masse compacte et informe, que ne pénètre aucun golfe, aucune baie et d'où ne descend aucun grand fleuve. Cette terre immense ne s'offre pas sous de plus favorables couleurs à l'explorateur terrestre. On a dit de l'Australie qu'au point de vue géologique c'est une contrée imparfaitement formée, les dépôts d'origine aqueuse n'y ayant pas été suffisamment soulevés par les phénomènes volcaniques. Aussi, même sur la côte, la proportion des terres arides est-elle grande; on y rencontre de vastes plaines, alternativement des marais ou des déserts, qui semblent défier le travail de l'homme. Le climat se signale par une sécheresse excessive: les grandes sécheresses viennent périodiquement tous les onze ou douze ans et durent deux ou trois années: quelquefois elles sont extraordinairement intenses et continues à la fois. Celle qui sévit de 1826 à 1829 fut terrible : c'est à peine s'il tomba quelques gouttes d'eau ; la culture de la terre en fut presque suspendue. Dans les années ordinaires il n'y a guère plus de 40 à 50 jours de pluie. Sur ce vaste continent il ne parait y avoir qu'une petite étendue de terres habitables. Toutes les circonstances semblaient donc se réunir pour fermer éternellement l'Australie à la colonisation ; et cependant le génie de l'homme dans l'espace de quatre-vingts années a triomphé de tous ces obstacles: des cités splendides ont surgi sur

ces rivages ; des sociétés régulières, hautement productives, se sont implantées dans ce sol primitif; et il est impossible de prévoir la limite de ce développement jusqu'ici inouï. Sans doute des circonstances occasionnelles, la découverte de très riches mines d'or, en particulier, ont singulièrement hâté et favorisé cet essor ; mais, même avant cet heureux événement, les colonies de TAustralie étaient prospères et rapidement croissantes. G*est donc non pas au hasard, ni aux faveurs de la nature, mais à la bonne politique de TAngleterre, à son excellente gestion coloniale, qu'il faut rapporter Thonneur de la croissance inouïe et de la prospérité durable des colonies de TÂustralie.

La côte de la Nouvelle-Galles du Sud, découverte par le capitaine Gook, devint, à la fin du dernier siècle, un établissement pénitentiaire. En 1787, la frégate Strius porta 800 condamnés à Botany-Rajr. Cette côte, qui avait séduit le capitaine Gook, fut reconnue ne contenir que des marais et du sable, il fallut l'abandonner presque immédiatement ; le 26 janvier 1788 la petite colonie fut transportée à Sidney. On semblait convaincu de l'erreur du capitaine Gook, dans l'éloge qu'il avait fait de cette terre ; on sait que rien n'est plus sujet à caution que les louanges des navigateurs pour les contrées qu'ils découvrent; le plus souvent ils sont incapables de juger de la fertilité

ou de l'aridité du sol. Alors même qu'ils ont du discernement en

ces matières, ils ne voient le pays que pendant une saison et durant quelques jours, ce qui rend toujours extrêmes leurs éloges ou leurs critiques. Depuis la fondation de l'établissement de Botany-Bay« le progrès pour la production et l'accumulation des richesses à New- South Wales est incroyable et offre un phénomène assurément unique dans l'histoire coloniale. En 1789, l'on recueillit la première moisson; en 1790, le premier colon ûxe (settler), un convict, prit possession du coin de terre qui lui était personnellement concédé ; en 1793, le premier achat de grain colonial, 1,200 boisseaux, fut fait par le gouvernement ; le premier journal imprimé parut en 1802 ; en 1803, M. Macarthur expose à Londres le premier échantillon de laine mérinos des colonies; en 1807, l'on exporte de Sidney 245 U* vres de cette laine; 100,000 livres en 1820; en 1830,3,564,532 livres et environ 7 millions de livres en 1840. G'est ainsi que Merivale exposait en 1841 le développement initial de ces belles colonies: « Le progrès des États-Unis, ajoutait-il, n'a jamais été aussi rapide, du moins pour l'accumulation des richesses, car la population ne s'accroit pas aussi vite en Australie ; le caractère distinctif de la colonisation australienne, c'est l'accroissement vraiment inouï de la richesse en proportion de la population ; nos exportations pour la

Nouvelle«GaIles du Sud, en 1840, montaient à 1,176,000 livres sterling, ce qui fait que chaque individu de cette colonie, qui comptait 100,000 habitants, consommait en moyenne 11 livres sterling de nos marchandises, pendant que chaque habitant des États-Unis tonsomme à peine pour 10 shellings de nos produits manufacturés, chaque Portugais pour 6 shellings et chaque Allemand pour 5 ^ TAustralie, en revanche, nous fournissait des matières premières ; la laine d* Australie est exclusivement employée dans quelques industries. » A quoi tient cet essor rapide ? A trois causes ; le grand nombre de condamnés que Ton transporta en Australie et le bon parti que Ton sut tirer de leur travail ; Texcellent régime d*appropriation des terres et enfln, ou peut-être d*abord, Taptitude toute spéciale du sol et du climat à la production de la laine, ce qui tend à prouver qtt*il n*est guère de contrée dans ce monde, si aride qu'elle puisse paraître, qui n*ait des dispositions particulières pour telle ou telle culture lucrative et largement rémunératrice.

Depuis que la frégate Sirius avait déposé à Botany-Bay 800 condamnés, convictSy en 1787, un grand nombre de convois analogues s'étaient succédé régulièrement chaque année. La Nouvelle-Galles du Sud et 111e de Yan-Diémen ou Tasmanie étaient les deux régions destinées à servir de colonies pénitentiaires. De 1787 à 1836, selon Mérivale, 73,200 condamnés ont été transportés à la première de ces contrées et 27,757 à la seconde, la moyenne des dernières années de cette période était de 3,500 convicts transportés à la Nouvelle-Galles et de â|000 à Van-Diémen. Les colons libres ne vinrent que sur les pas des criminels, attirés par la multitude de services et de fournitures qui résultent toujours du voisinage de grands établissements publics ; c'est ainsi que les premiers colons furent attirés en Algérie par la présence de l'armée qui donnait lieu à de fortes dépenses sur place et alimentait un très grand nombre de petits commerces et de petites industries. Les causes de la précoce et rapide augmentation de richesse de TAustralie furent donc d'abord artificielles : « Les progrès extraordinaires de ces établissements, dit le rapport du comité de transportation en 1838, furent occasionnés par l'ofifre régulière et constante du travail des condamnés : on les assignait aux colons presque comme esclaves ; forcés de travailler, ils produisaient plus qu'ils ne consommaient ; le gouvernement offrait un marché à ce surplus de produit pour l'entretien de ses établissements militaires et pénitentiaires, qui ont coûté à la métropole plus de 7 millions sterling. Ainsi le gouvernement commençait par pourvoir les colons de main-d'œuvre et ensuite il achetait leurs produits ; ce fut là pour les colons un commerce très avantageux tant que la demande dé-

passa roffre, et cet excès de la demande sur rofifre dura longtemps. 0

L*étude de cette première et importante période de la colonisation australienne nous impose Texamen de différentes questions d*une haute gravité et d*une difficile solution. Quand un gouvernement établit des colonies pénitentiaires, il peut se proposer quatre buts principaux : purger la métropole d*un élément vicié et malfaisant ; réduire la dépense des prisons et l'entretien des condamnés ; amen* der Tétat moral de ces natures perverties et, s'il est possible, en les changeant de milieu et en les arrachant aux influences du vieux monde, les transformer en travailleurs utiles; enfin fonder des sociétés nouvelles qui accroissent la puissance, Thonneuret la richesse de la métropole. De ces qu^itre buts, que Ton a coutume de poursuivre quand on institue des colonies pénitentiaires, il est évident qu'il y en a un qui est toujours atteint, c'est le premier : il est toujours facile de débarrasser l'ancien monde des principaux criminekt la déportation sous ce rapport ne manque jamais son objet. Il n'en est pas toujours ainsi des autres; il arrive souvent qu'au point de vue financier, au point de vue moral et au point de vue économique, la déportation n'ait aucun effet positif bien appréciable. Voyons quels sont, sous tous ces rapports, les résultats de la grande expérience tentée et poursuivie avec tant de persévérance par TAngleterre en Australie.

Il y a, disions-nous, une question financière à examiner en premier lieu, celle de la dépense de l'entretien des condamnés dans les pénitentiaires de la métropole et dans les colonies de déportation. Lord John Russell, dans la séance du 5 octobre 1839, donnait au Parlement les chiffres les plus instructifs sur ce point. La dépense nette pour l'entretien d'un prisonnier à Millbank Penitentiary était, d'après le noble lord, de 24 livres 6 shellings 6 deniers par année : à Goldbathfield-prison de 13 livres 15 shellings 2 deniers. D'un autre côté, la dépense annuelle d'un condamné aux travaux publics en Au»* tralie ne dépassait pas 14 livres, et celle d'un convie t placé en assi» gnement chez les colons ne montait qu'à 4 livres sterling. Or, on sait que le gouvernement prit l'habitude de placer chez les colons, sous le régime de l'assignement, Timmense majorité des condamnés. Il n'est donc pas douteux que, même en tenant compte des frais de transport^ de surveillance et d'administration, il ne réalisât une notable économie. Et cette économie est beaucoup plus grande en fait qu'elle ne Test exprimée en chiffres : car, quand on calcule à 14 shellings la dépense annuelle d'un prisonnier employé aux travaux publics en Australie, on n'en déduit pas la valeur des travaux

qu*il a exécutés et qui cependant n*est pas perdue et a une perinanente utilité, au lieu que le travail exécuté dans les pénitentiaires de la métropole est, pour Timmense majorité des cas, gaspillé et sans résultat réel. Il ne parait donc pas douteux qu'au point de vue même purement financier Texpérience anglaise n'ait donné d'excellents résultats.

Omettant pour un instant le côté moral, nous abordons le côté économique delà question. Les déportés étaient divisés en Australie et à Van-Diémen en deux classes principales: la première, de beaucoup la moins nombreuse, comprenait ceux qui restaient réunis dans les pénitentiaires et étaient, pour la plupart, employés aux grands travaux publics de routes et de ports. Us se subdivisaient en différentes catégories qu'il est inutile d'énumérer. On les utilisait pour la confection de tous ces ouvrages indispensables aux colonies et qui constituent ce que les auteurs anglais ont appelé pre* paratory works ou simplement the préparation. A ce point de vue ils rendaient des services inappréciables. On a calculé que la journée moyenne d'un convict appartenant à cette classe équivalait aux deux tiers de la journée d'un ouvrier libre. Les convicts de la seconde classe, et ils étaient de beaucoup les plus nombreux, étaient assignée ou livrés aux colons comme serviteurs astreints au travail. D'après Merivale, sur 40,000 condamnés que contenaient, vers 1840, les colonies Australiennes, on en comptait 26,000 donnés en assignement sur lesquels plus de 8,000 étaient bergers. Le colon près duquel ces convicts étaient assignés, leur devait la nourriture, le vêtement, le coucher et les soins hygiéniques. Leur ration journalière était fixée par les règlements ; les maîtres n'y pouvaient ajouter aucune rétribution, ils pouvaient seulement y joindre, comme témoignage de satisfaction, du thé, du sucre et du tabac. Tous les ans, les maîtres devaient adresser à l'autorité un rapport circonstancié sur le travail et la conduite des convicts à leur service. Us devaient essayer de les moraliser, étaient tenus de les mener le dimanche à l'église, ou, quand l'église était éloignée de plus de deux milles, de leur lire des prières et de leur faire une exhortation religieuse. Moyennant l'accomplissement plus ou moins exact de ces dispositions, tout le travail du convict appartenait au colon et c'était pour lui un bénéfice considérable. Lord John Russell disait, en 1840, au Parlement, que la différence en faveur du travail du convict sur le travaU libre était de 13 livres sterling par tête, lesquelles profitaient au maître. On conçoit quelle immense impulsion c'était à la colonisation. De tous les mod^ expérimentés pour fournir à une colonie une main-d'œuvre abondante et à bon marché : l'escla-

vage pratiqué dans les colonies tropicales, les indented servants^ que nous avons vus en usage à l'origine des colonies anglaises du continent ainéricain, les corvées des indigènes que nous avons trouvées dans les repartimientos et les encomiendas du Mexique et encore de de nos jours à Java, il n'y a aucun doute que le plus profitable aux colons, c'était Tassignement des convicts, tel qu*il était de tradition à Van-Diémen et en Australie. Mais on peut se demander si la pré* sence habituelle des convicts n*a pas pour effet d'éloigner les ouvriers libres. Cette question a prêté à beaucoup de discussions et a été tranchée en sens contraires par des autorités compétentes. Les comités d'émigration ont toujours eu une tendance à soutenir que la présence des convicls écartaii les émigrants libres; mais les enquêtes parlementaires semblent avoir prouvé qu'il n'y a jamais eu de répugnance bien caractérisée pour l'Australie parmi les personnes disposées à émigrer, que l'éloignement de cette contrée et les frab de transport étaient les seuls motifs qui en détournaient l'émigration libre. Les faits semblent prouver que l'émigration libre à destination de l'Australie devint très considérable dès que le gouvernement se mit à lui offrir des encouragements et des facilités. De i8i5 à 1825, les chiffres officiels manquent : dans cette période, d'après une estimation qui nous semble inférieure à la réalité, il n*y aurait eu que 2,976 immigrants libres, soit moins de 300 par année. Mais les nombres augmentent aussitôt dans une proportion notable» De 1825 à 1829, on compte 5,175 immigrants libres, soit plus de 1,000 par an ; de 1830 à 1839, l'on en compte 53,274, soit près de 5,300 par année et alors le système de l'assignement des convicls était en pleine vigueur. De 1840 à 1850, il y eut 126,937 immigrants libres, soit près de 12,700 par année : l'on n'avait alors aucun soupçon des richesses métalliques que contenait l'Australie; c'était uniquement les facilités agricoles qui attiraient cette nombreuse immigration et parmi ces facilités il faut compter l'habitude de placer les condamnés chez les colons. Que cette pratique ait été, au point de vue économique, éminemment utile, qu'elle ait contribué dans une large mesure aux progrès de la culture et de la richesse, c'est ce qui ne nous parait pas contestable.

Si nous considérons la question au point de vue moral, nous trouverons de plus grandes difficultés et des opinions plus divergentes. Il importe de se garder de tout jugement précipité en matière aussi délicate. Il est d'abord évident qu'il est toujours d'une difficulté extrême de ramener ^ l'honnêteté des principes et de la conduite des hommes qui ont commis des crimes ; il ne serait pas raisonnable d'espérer qu'une société fondée en grande partie sur la

déportation devint immédiatement une société modèle : il faut s*at* tendre à ce qu'une colonie qui a reçu dans son sein plus de 75,000 criminels en conservQ longtemps la trace et à ce qu'il y ait sur elle, pendant une ou deux générations, une certaine flétrissure. C'est donc seulement une moralité relative que Ton peut demander à une société composée d'éléments aussi viciés. Or, nous ne craignons pas dédire que, si l'on examine les faits dans cet esprit, l'on trouvera que Texpérience a réussi même au point de vue moral. Les rapports les plus dignes de foi apprennent que, parmi les déportés dans les colonies australiennes, un quart avait une excellente conduite, la moitié une conduite assez bonne, un huitième avait des mœurs assez irrégulières, l'autre huitième touchait à la limite la plus extrême du vice et de la dépravation. C'est surtout ce dernier quart que Ton a eu en vue quand on s'est plaint si vivement de la démoralisation des colonies pénitentiaires. Mais il s'en faut que les excès dont on a fait grand bruit soient ordinaires ou universels. Un gouverneur de TAus^ Iralie occidentale écrivait dans un rapport au ministre des colonies : f 11 y a maintenant 3,000 convicts dispersés à travers la colonie et j'affirme que la vie et la propriété sont aussi bien assurées ici qu'en toute autre partie de l'empire britannique. »

Ce n'est pas qu'il n'y ait quelques réserves à faire, au point de vue de la moralisation des condamnés, sur le régime pénal anglais en Australie et à Yan-Diémen. Il parait évident que pendant très longtemps Ton a sacrifié le but pénitentiaire au but économique : Ton s'est occupé principalement de développer la richesse dans la colonie et de rendre le travail des convicts aussi productif que possible, c'est ce dont se plaignait avec raison Tarchevèque Whately. On n'aurait pas dû faire de l'assignement chez les colons une nxesuro générale et presque irrévocable ; au lieu de livrer immédiatement la plupart des convicts aux colons, on aurait dû présenter cet adoucissement de peine comme la récompense d'une bonne conduite. On aurait dû n'en faire profiter que les seuls criminels qui auraient donné quelques garanties de moralité ; on aurait dû surtout rendre l'assignement révocable à la moindre faute un peu grave. Il eût fallu apporter beaucoup de discernement et de tact dans cette pratique si bienfaisante au point de vue économique. Toutes les catégories de criminels ne sont pas également propres à l'assignement. Un homme d'une grande expérience en ces matières, sir George Arthur, fait observer que les condamnés qui ont une grande habileté spéciale (a great mechanical skill) ne peuvent que se corrompre davantage quand ils sont placés chez des colons et qu'ils corrompent aussi leurs maîtres. La raison en est aisée à saisir : la crainte

des châtiments suffit à pousser au travail, d*une manière plus ou moins active, Tindividu qui ne possède que la force physique. Mais pour l'ouvrier ou Tartisan, doué d'une habileté spéciale, Ton ne parvient à tirer de lui des services réels qu'à force de bons traitements ; aussi la grande majorité des colons était portée à flatter ce . genre de convicts, afin de les amener plus facilement à travailler : on leur passait leurs vices et leurs fautes, on leur faisait une situa* tion douce et semi indépendante dans Tespérance d'en obtenir plus aisément quelques services. Comme les convicts de cette catégorie étaient doués souvent d'une habileté supérieure, ils arrivaient à être le personnage important dans la famille où on les avait placés, ils y dominaient et la corrompaient insensiblement. Ainsi, non seule^ ment le but de toute pénalité chrétienne, la réforme morale du condamné, n'était pas atteint; mais encore, dans bien des cas, Tod démoralisait ceux qui étaient en rapport avec lui.

Un des faits les plus fâcheux du système, c'était la situation des condamnés après l'expiration de leur peine, quand ils étaient libres de leurs actes et maîtres du fruit de leur travail. Selon Merivale, les anciens convicts se rangent presque tous dans l'une des classes suivantes : la classe basse et brutale dont les habitudes ne diffèrent en rien de celles des convicts, mais qui, moins surveillée, a plus de facilités à mal faire ; la classe adroite et habile qui court après la fortune et y arrive presque toujours par toutes sortes de moyens véreux. Cette dernière catégorie surtout serait dangereuse par l'ascendant du vice enrichi et prospère. On vit un très grand nombre d'anciens convicts acquérir des fortunes considérables ; ils constituaient môme la classe la plus opulente de la colonie ; l'un d'eux, en 1835, avait gagné en une seule année près de 40,000 liv. sterL (un million de francs). C'est là, en efi^et, un très mauvais exemple^ mais il est impossible de le prévenir. Parmi les 3,500 convicts que l'on introduisait annuellement à la Nouvelle-Galles et les 2,000 que l'on dirigeait annuellement aussi sur Yan-Diémen, il était inévitable qu'il s'en trouvât quelques-uns doués d'une remarquable intelligence et qui, ayant peu descrupules, devaient facilement arriver à la fortune. Tout au moins leur intelligence naturelle quiaurail été perdue dans la métropole pouvait-elle être utile à la société dans la colonie; et il était possible, probable môme, que la propriété changerait insensiblement leurs dispositions et les rendrait plus paisibles et plus moraux.

Pour arriver à cette amélioration de l'état moral des anciens convicts, la propriété ne suffit pas si elle n'est secondée par la fa* mille. Or c'est précisément la famille qui faisait le plus défaut à

TAustralie. Il se produisait dans cette contrée un fait analogue à celui que nous avons noté dans les colonies qui importent des coolis ; les hommes y étaient infiniment plus nombreux que les femmes. C*est la preuve d'une société artificielle, qni n*est pas en équilibre et qui ne se trouve point dans une situation saine. Cette disproportion entre les deux sexes est un fait que constatent toutes les statistiques. En 1836, dans la Nouvelle-Galles du Sud, Ton comptait 55,000 individus du sexe masculin contre 21.000 du sexe féminin. Au point de vue moral, c'est un fait déplorable et contre lequel Ton ne saurait trop réagir par l'importation de femmes; c'est ce qu'exprime en excellents termes une résolution votée dans un meeting de l'Australie de l'ouest. « Considérant que, par suite de l'extrême disproportion des sexes dans l'Australie occidentale, il résalte non seulement dans le moment actuel une monstrueuse immoralité parmi les déportés, mais encore pour l'avenir une plus grande masse d'horreurs et d'infamies, si on laisse subsister cet état de choses, le meeting, après une expérience de sept années d'exécution de la loi sur les transportés mâle^, est d'avis que si l'on favorisait pendant un certain temps l'importation annuelle d'un certain nombre choisi de femmes condamnées, on ferait faire un grand pas à l'industrie générale et aux bonnes mœurs dans la colonie, o Cette disproportion des sexes a des effets économiques qu'il importe aussi de noter. Naturellement la colonie ne s'accroît pas par elle-même, elle décroît, au contraire ; les décès y surpassent les naissances, et ce n'est que par l'immigration qu'elle grandit. Il en résulte que l'accroissement de la population n'est pas en rapport avec l'accroissement de la richesse. « Une société, dit Merivale, qui s'accroît par l'immigration adulte et non par voie de propagation est très favorablement constituée pour la productivité du travail ; il n'y a qu'un très petit nombre de personnes improductives, enfants et femmes, à entretenir; Taccroissement des richesses doit donc être infiniment plus rapide, eu égard au nombre des individus, que dans une société régulièrement constituée, ayant la même population. » Mais ce n'est là qu'un avantage apparent, qui couvre mille inconvénients réels ; car l'un des nerfs de la production et, à coup sûr, le plus grand aiguillon à l'épargne, c'est la famille, qui, prolongeant la pensée de l'homme au delà de sa vie individuelle, l'engage àr produire et à économiser dans l'intérêt des siens qui lui survivent, pour un avenir lointain qu'il ne verra pas. La famille est donc un élément positif de production, un des ressorts principaux de l'accumulation des richesses, une des sources les plus abondantes de la capitalisation II est impossible, quand la famille manque, que

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la production ait toute l'énergie qu'elle pourrait avoir et l'accroissement des richesses toute la rapidité dont il est susceptible. Quant à la lenteur relative de Taccroissement de la population en Australie, en voici une preuve sensible : Timmigration pénale, à elle seule, fut, dans la Nouvelle-Galles du Sud, de 1788 à 1833, beaucoup plus considérable que ne Tétait en 1839 la population entière de la co* lonie, malgré Timportance de Timmigration libre, qui avait apporté dans la même période un contingent de 62,000 personnes.

Nous avons examiné au triple point de vue financier, économique et moral, le système pénitentiaire suivi par l'Angleterre dans ses colonies de l'Australie : Quelle doit être la conclusion de cette étude? Malgré les fautes que nous avons notées et les inconvénients inévitables que nous avons signalés, il nous parait incontestable que le régime anglais a donné d'excellents résultats. Des éléments viciés et nuisibles, éloignés du vieux monde où leur présence n'eût pas manqué d'être funeste à la société, sont devenus des instru* ments utiles de travail et de production ; un grand nombre se sont amendés ; il est sorti de cette source impure comme un grand fleuve doué d'une admirable puissance de fécondation et qui, tout en retenant encore une apparence un peu troublée, se purifie dans son cours en recevant des affluents limpides et bienfaisants. Sans la déportation des condamnés, sans le système de Tassignement des convicts, TAustralie ne se fût pas peuplée, elle serait encore incontestablement à l'état sauvage : or, s'il est vrai que c'est un bienfait inappréciable pour l'humanité d'avoir créé sur un continent inhabité des sociétés florissantes et rapidement croissantes, d'avoir mis en rapport d'immenses richesses naturelles ignorées, ce bienfait, c*est à la déportation et à l'assignement des convicts que l'humanité en est redevable. Mais aux institutions les meilleures le temps a marqué une limite. Aujourd'hui que ces colonies sont peuplées et prospères, il serait insensé d'y continuer la pratique de la déportation et de l'assignement, c'est ce que l'Angleterre a reconnu. La déportation a cessé à la Nouvelle-Galles vers 1840, elle s'est poursuivie pendant 13 ans encore à Van-Diémen, mais il s'est formé dans cette île un parti nombreux dit des EmancipistSy qui réclamèrent qu on cessât d'y déporter des condamnés : de 1813 à 1850, Van-Diémen avait reçu 58,243 convicts : les émancipists l'ont emporté, la métropole s'est laissé convaincre et les convois de con* damnés ne furent plus dirigés que vers Perth (Australie de l'ouest' où ils rendirent d'incontestables services. Les colons de l'Australie occidentale avaient eux-mêmes sollicité l'arrivée des convicts et leur pétition fut accueillie en 1849.

Si c'est la déportation des condamnés et leur mise en assignement près des colons qui explique le développement des colonies australiennes dans la première période de leur existence, c'est-àdire juâqu*en 1830, d*un autre côté, c'est le régime d'appropriation des terres qui est le fait principal de leur histoire dans la période suivante, c'est-à-dire jusqu'à la découverte des mines d'or en 1851 ; c'est à ce régime des terres que sont dues, pendant cette période, la prospérité et la rapide croissance de ces colonies. On débuta en Australie, comme partout, par le système des concessions et même des concessions faites en grand, sans mesure, avec une prodigalité inouïe. Divers faits signalèrent les résultats funestes d'un pareil système : en voici un entre autres, qui fit une profonde impression et qui eut une influence décisive sur l'organisation économique postérieure des établissements de l'Australie. Un certain M. Peel, grand capitaliste, avait obtenu une immense étendue de terres dans l'Australie occidentale alors presque vide d'habitants : il voulut tenter une grande expérience de colonisation et il partit pour la Rivière du Cygne avec un capital de 50,000 livres sterling et 300 laboureurs ou ouvriers agricoles, qu'il avait embauchés et qu'il transportait à ses frais moyennant un engagement de travail pour quelques années. Mais à peine tout ce monde fut-il débarqué, que M. Peel se vit abandonné par tous successivement, au point de se trouver presque seul an bout de peu de jours. Tous ces laboureurs et ces ouvriers, qu'il avait transportés à ses frais, s'étaient disper^s pour occuper de petits champs à leur compte : le très grand nombre mourut de faim et la colonie ne se releva jamais de cet échec initial. Mais l'opinion publique en fut vivement affectée en Angleterre : le système des concessions était déjà fort attaqué ; on se souvient des plaintes et des pétitions des Canadiens contre l'abus qu'on en avait fait au nord de l'Amérique ; l'affaire de l'Australie occidentale porta le dernier coup à ce système discrédité. On ouvrit en même temps les yeux sur les dangers que-la dispersion immédiate des colons pouvait faire subir à un établissement nouveau, et Ton commença à se demander s'il n'y aurait pas moyen, sans violer la liberté individuelle, de retenir pendant un certain temps les laboureurs et les ouvriers au service des capitalistes et de maintenir ainsi une certaine concentration qui semblait utile aux progrès de la culture et de la civilisation. On connaissait déjà les avantages considérables de l'Australie pour la production de la laine et on désirait y développer cette branche d'agriculture et d'industrie, qui réclame un capital relativement considérable. On se mit à envisager sous un jour tout nouveau la colonisation de cette contrée : il ne s'agissait pas seulement, pen-

sait-on, de pourvoir de terres une multitude besoigneuse, laquelle, faute d'épargne et d'intelligence, ne pourrait jamais tirer de ces terres tout le parti possible de manière à produire en grand ces articles d'exportation qui doivent enrichir à la /ois la colonie et la métropole. Pour favoriser le développement de la richesse et du commerce on crut qu'il fallait régler l'aliénation des terres de façon à assurer à la colonie l'introduction du capital et du travail dans la proportion la plus convenable au but que l'on se proposait. Un homme, dont le nom est resté célèbre, Wakefield, se mit à la tète de cette nouvelle école, qui reçut le titre d'école de colonisation systématique^ parce qu'elle réduisit en quelques formules simples et connexes, formant un système en apparence rigoureux, les règles qu'elle croyait propres à assurer la prospérité des colonies. Wakefleld écrivit un livre où il

comparait le mode de distribution des terres incultes suivi aux Etats- Unis et celui qu'on avait jusque-là adopté dans les colonies anglaises. Il n'eut pas de peine à faire ressortir les avantages du système de vente par petits lots bien arpentés sur le système des concessions. Mais Wakefleld ne s'en tenait pas au régime de l'Union américaine, il le modiflait considérablement. Aux États-Unis la vente des terres se fait à bas prix; d'après les principes de l'école de colonisation systématique la vente des terres incultes devait se faire, au contraire, à un prix assBz élevé. Voici, d'ailleurs, l'ensemble des formules où toute la théorie wakeûeldienne se trouve contenue :

1** La prospérité desxolonies nouvelles dépend principalement de l'abondance de la main-d'œuvre que les capitalistes ont à leur disposition, en proportion du territoire occupé. 2^ On peut importer dans la colonie des travailleurs de la métropole et prendre des mesures pour les contraindre à vivre de salaires pendant deux ou trois ans au moins. 3*" Pour empêcher les salariés de devenir trop tôt proprié* taires, il faut vendre les terres à un prix suffisamment élevé, at a sufficientiy higk price, 4* La totalité du produit de la vente des terres doit être versée au fonds d'immigration pour transporter dans la colonie des travailleurs de la métropole : c'est seulement en employant à cet usage la totalité, sans restriction, du produit de la vente des terres, qu'on peut maintenir un équilibpe exact entre l'étendue de la terre cultivée, la quantité de la main-d'œuvre disponible et la somme des capitaux. 5° Le prix de la terre doit être uniforme et fixe sans distinction de qualité, variant seulement avec la contenance; la vente par auction est donc proscrite. 6° Le système ainsi pratiqué produira la concentration de la population et préviendra la dispersion qui est toujours prête à prendre place dans les colonies nouvelles.

Les auteurs de ces formules, Wakefield et spécialement Torrens, prétendaient que c'était là un système rigoureux oh tout s'enchaînait : Sans entrer dans un examen détaillé de cette sorte de credo (que nous avons voulu présenter dans sa contexture originale) nous devons dire qu*il y a dans ces règles du bon grain et de Tivraie. Les wakefieldiens croyaient qu'il y a pour chaque terre aux colonies un prix naturel, a sufficimt price^ que Ton ne peut ni abaisser, ni élever. Supposons, disaient-ils, qu'il faille 50 arpents pour occuper un travailleur, le prix de ces 50 arpents devra être juste la somme nécessaire pour transporter ce travailleur de la métropole à la colonie. De cet axiome, qu'on croyait avoir établi, l'on tirait un certain nombre de théorèmes qui forment plusieurs des formules que nous avons citées : ainsi la vente par auction devait être écartée, parce qu'elle donnerait un prix soit supérieur, soit inférieur au prix naturel (sufficient price)^ ce qui, dans le premier cas, en amenant un excès de concentration, arrêterait les progrès de la colonie et, dans le second cas, en amenant un excès de dispersion, rendrait la culture chétive, peu productive, et serait un obstacle à l'accroissement des richesses. C'est aussi par suite de cette théorie du sufficient price que les wakefieldiens affirmaient que la totalité du prix des terres, sans la déduction d'un seul penny, devait être versée au fonds d'immigration; car, s*il en avait été autrement, le nombre des travailleurs étant trop minime par rapport à l'étendue des terres en culture, l'équilibre naturel entre les trois facteurs de laproduction, la terre, la main-d'œuvre et le capital, se serait trouvé troublé, et l'avenir de la colonie eût été compromis. Or, cet axiome du prix naturel des terres incultes, sufficient price, repose sur une observation singulièrement superficielle. Il n'y a pas, en efl'et, de rapport absolu et normal entre l'étendue du sol et le nombre des travailleurs qu'on y peut occuper. Plus le salaire est* bas, plus un propriétaire peut avec profit employer de travailleurs sur un même terrain. De même, entre le prix que peut donner d'un même terrain un capitaliste travaillant en grand et un travailleur aspirant à l'indépendance, il n'y a pas de rapport fixe. Les calculs de Wakefield et de Torrens sont donc erronés sur ce point. La théorie wakefieldienne n'a nullement la précision et la certitude mathématique à laquelle elle a voulu prétendre : elle ne constitue pas un système consistant et homogène dont on ne puisse rien retrancher sans mettre le reste en péril. Son mérite est d'avoir exposé quelques idées claires et neuves, résultant d'une observation exacte des faits historiques et des données rationnelles de la science économique ; ces idées justes, les voici : une trop grande dispersion des colons est nuisible aux progrès des colonies

nouvelles ; il est bon, du moins dans certaines colonies, — Wake* field n'a pas fait la distinction, il faut la faire, — il est bon, dans les colonies qui sont favorisées pour la production de denrées d'exportation, que les capitalistes soient assurés d'une inain-d*œuvre abondante; car, s'il n*en était pas ainsi, chaque cultivateur s'enfonçanl dans les forêts pour cultiver son petit champ, les articles d'exporta* tion, dont la production demande de grands capitaux et beaucoup de main-d'œuvre, seraient délaissés, ainsi que c'est arrivé dans les colonies tropicales après l'émancipation des esclaves, et alors Taccumulation de la richesse cesserait et la colonie rétrograderait au lieu d'avancer. Enfin le meilleur moyen d'éviter cette trop grande dispersion des colons et d'assurer au capital une main-d'œuvre suffisante, c'est de mettre aux terres incultes un prix relativement élevé ; mais quant à fixer ce prix, c'est une affaire de tact, on n'y peut arriver par des procédés mathématiques. Enfin il est utile d'employer en subsides à l'immigration la totalité du prix des terres ou tout au moins la plus grande partie de ce prix. Tels sont les principes qui se dégagèrent du système primitif de Wakefield et de Torrens et qui furent presque immédiatement appliqués dans les établissements de TAustralie.

Ce n'est pas que la doctrine de Wakefield n'ait rencontré au premier abord une opposition très grande. « Somme toute, dit Merivale, le système Wakefield, avec quelques corrections nécessaires, et conçu comme applicable surtout aux colonies qui produisent des denrées d'exportation et aussi à celles qui sont trop éloignées de la métropole pour que l'émigration s'y porte, frappe tous les hommes de sens par sa simplicité, sa facilité d'application, sa hante utilité pratique. Jamais il n'y eut de plus remarquable exemple du succès d'un principe, en dépit de toute espèce de préjugés, malgré les répugnances à toute innovation, malgré les iYitérèts contraires^ malgré la résistance inerte que tout système nouveau est sûr de rencontrer. Â sa première apparition, s'il fut vaillamment défendu par ujQ petit nombre d'adhérents, il fut reçu par la multitude avec incrédulité, par les savants avec dérision. L'idée de mettre un prix élevé à des terres qu'on avait l'habitude de distribuer gratuitement avec une profusion sans limites, et l'espérance d'arriver par cette vente à haut prix à développer la colonisation étaient considérées comme le comble de l'absurdité, as the ciimax of absurdity, » Cn économiste célèbre par sa science, Mac-Culloch, fut au premier rang des adversaires de la doctrine nouvelle. Et cependant elle fit son chemin : adoptée par les colonies, par le gouvernement, bientôt par tous les économistes, soutenue il y a peu de temps encore

avec énergie par Stuart Mill, elle a transformé rAustralie et il n*est personne anjourd^hui qui ne lui attribue en grande partie le mérite du développement inouï de ces colonies pendant la période qui s*écouledet830àl851.

On ne suivit pas dans toute leur rigueur les principes de Wakelleld : ainsi dans toutes les colonies australasiennes, sauf TAustralie du Sud, dont nous nous occuperons d*une manière spéciale, la vente des terres se fit à l'enchère au lieu de se faire à prix fixe, comme Wakefield le recommandait. Mais cette dérogation partielle à la lettre de la doctrine n*empècha pas l'application de son esprit. Ce qui importait, c'était que les terres fussent vendues à un prix suffisamment élevé et que le produit de ces ventes fût employé, pour la plus grande partie du moins, en subsides à l'immigration. G^est ce qui eut lieu dans toutes les colonies de TAustralie. A la Nouvelle-Galles c'est en 1831 que le système de vente remplace le système de concession. I^es terres sont vendues à l'origine par auction sur une mise à prix de 5 shellings l'acre : dès la première année, en 1831, les ventes atteignent la somme de 126,000 livres sterling au prix moyen de 7 à 8 shellings l'acre, c'est près de 350,000 acres produisant 3,150,000 francs. En 1838, la mise à prix fut portée à 12 shellings l'acre. Le premier effet de cette hausse de prix fut de diminuer tant la quantité de la terre vendue que rimmigration, mais bientôt les ventes reprirent : et de 1831 à 1841, en dix ans, la vente des terres à la Nouvelle-Galles produisit 1,923,631 livres, soit 48,090,775 francs, ce qui donne une recette moyenne de près de 5 millions par an pour une colonie dont la population totale ne montait pas alors à 100,000 habitants : on voit quel immense revenu constituait la vente des terres. La plus grande partie du produit de ces ventes, conformément au système Wakefield, fut employée en subsides à l'immigration : aossi celle-ci décupla-t-elle pendant la période dont nous nous occupons. Dans la Nouvelle-Galles du Sud, le nombre des immigrants pour l'année 1830-31 n'avait été que de 766 : immédiatement, par l'effet des subsides provenant du produit de la vente des terres, ce nombre s'élève pour les années 1832 et 1833 à 4,691 et il atteint le chiffre de 10,000 vers 1838, chiffre qui fut bientôt dépassé. Ainsi ce système de vente, à prix relativement élevés, avait pour effet d'étendre à la fois la culture et le peuplement de la colonie, d'y attirer le capital en lui assurant une main-d'œuvre abondante et de bâter prodigieusement l'accroissement de la richesse et de la population. Le système de vente par auction finit par être remplacé à la Nouvelle-Galles par le système de vente au prix uniforme de

20 shellings Tacre : en dix ans» de 1851 à 1860 on vendit ainsi : 1,062,068 acres. La vente des terres s^implanta aussi à TAustralie de rOuest, mais elle ne donna pas d'aussi beaux résultats à cause des circonstances spéciales à cette colonie. Discréditée par son échec initial, elle ne comptait que peu de colons: la plus grande partie des terres fertiles avait été prodiguée par concession gra* tuite, de sorte que la vente des terres, adoptée en principe, ne pouvait guère s'appliquer en fait. Il en fut autrement de Port-Philippe (Victoria) qui venait d'être détaché de la Nouvelle-Galles en 1836; la terre s'y vendit à un prix beaucoup plus élevé que partout ailleurs, bien qu'il n*y fût pas question de mines d'or. Le sol était vendu au prix très élevé de 30 shellings l'acre et une seule année donna un produit de 700,000 livres par la vente des terres, ce qui indiquerait l'aliénation de 460,000 acres environ. Le prix fut encore plus élevé par la suite: en 1858 l'on avait vendu plus de 3 millions d'acres au prix moyen dans les campagnes d'une livre douze shellings, ce qui donne un produit de 4,800,000 livres sterling ou 120 millions de francs. La plus grande partie du produit du land fundy fond des terres, fut employée en subsides à l'immigration. « Si la terre eût été donnée pour rien ou vendue à bas prix, dit Merivale, elle n'eût été occupée que par des colons pauvres, les capitalistes s'en éloignant par l'impossibilité d'avoir du travail à leur disposition et la colonie n'eût pas prospéré comme elle a pu le faire sous l'action bienfaisante du capital uni au travail. » Sans le prix relativement élevé des terres, non seulement Victoria n'eût été peuplée que par des colons pauvres, incapables d'en tirer toutes les richesses qu'elle contenait: mais, selon toutes les probabilités, elle n'eût pas été peuplée du tout ou ne l'eût été que peu et tard : car, "à cette distance de la métropole et sans l'attrait des mines d'or» qui ne furent découvertes qu'en 1851, l'immigration libre ne se fût jamais portée vers cette colonie ; il fallait pour l'y diriger des subsides considérables et ces subsides ne se pouvaient tirer que du land fund, produit de la vente des terres.

La colonie oi!i la doctrine de Wakefield fut appliquée avec le plus d'exactitude, c'est l'Australie du Sud. Cette colonie fut fondée en 1836 pour servir de type et de modèle : son histoire, qui a été écrite par le colonel Torrens, présente de curieux enseignements. L'organisation économique et le mode de gouvernement furent complètement nouveaux. L'acte 4 et 5, Guillaume IV, chap. xc\\ qui forme la loi constitutive de la colonie, confie le pouvoir exécutif et législatif à un gouverneur et à un conseil nommé par le gouvernement, mais, en outre, un comité, a honrd ùf commission-

net^Sf résidant en Angleterre et ayant un de ses membres délégaé dans la colonie, devait avoir la disposition des terres et la conduite de rimmigration ; la totalité du fonds provenant de la vente des terres devait êlre consacrée à la transportation de famille» laborieuses dans la colonie. L'acte de Guillaume IV n'allouait aucune provision pour les dépenses préparatoires, l'arpentage, les routes et les travaux publics ; mais la faculté était accordée au hoard of commissionners de commencer les opérations pour Timmigralion des travailleurs par un emprunt de 50,000 livres, garanti par le produit fulurde la vente des terres, et de subvenir aux dépenses nécessaires de premier établissement et de préparation par un emprunt de 200,000 livres sterling garanti ^v les revenus futurs de la colonie, y compris le fond des terres. Ce qui constituait Toriginalité de ce plan, c*est la pensée que la colonie pourrait se fonder en hypothéquant son avenir, sans qu'il en coûtât rien ù la métropole : la colonie se supporterait elle-même, sans aucune avance de TÉtat ; c'est ce que Ton appelait le seff supporting principle. Cette illusion étrange ne put durer et fut cruellement punie; on s'aperçut qu'un emprunt de 200,000 livres, sans autre garantie que celle des revenus locaux à venir, dans une colonie où le sol n'était pas encore défriché, était une vraie chimère. Aussi, en 1838, un nouvel acte du Parlement (1 et 2, Victoria, ch. 60) altéra quelques dispositions de l'acte originaire, tout en laissant subsister cette faculté d'engager des revenus à venir, qui ne pouvaient exister que quand la colonie se serait déjà développée considérablement, c'est-à-dire au bout d'un certain laps d'années. Le système Wakefield inspirait alors une conflance si absolue qu'on croyait fermement que la colonie se formerait sans qu'il en coûtât un penny à la mère patrie. On se lança dans des emprunts dont le remboursement et le service même des intérêts ne reposaient sur aucune base actuelle ; on imprima à la colonie un mouvement de spéculation extraordinaire : l'agiotage s'y porta avec une fureur qui rappelle la compagnie du Mississipi de Law. Le prix des sections de terrain dans la ville d'Adélaïde avait été fixé à 12 sheliings l'acre : trois jours après l'achèvement du plan de la ville, 560 sections furent vendues à un prix moyen de 6 livres 3 sheliings l'acre et, en 1839, les terrains en bonne situation atteignaient le prix de 1,000 à 2,000 livres sterling l'acre. Le peuplement s'inaugura avec succès : à la fin de 1838, 5,300 personnes avaient quitté le Royaume-Uni pour l'Australie du Sud ; quelques centaine*) d'Allemands s'y étaient rendus. Le prix de la terre dans la campagne, d'abord fixé à 12 sheliings l'acre, monta à une livre, prix auquel il resta désormais. Près de 50,000 livres avaient ainsi

476 DE Lk COLONISATION AU XIX' SIÈCLE.

été fournies par la vente des terres et appliquées à l'immigration. Dans Tannée 1839, 5,316 personnes émigrèrent du Royaume-Uni pour la colonie nouvelle, 150,000 acres de terre furent vendus au prix â*une livre chaque. Le montant de la vente des terres était déjà plus considérable dans cette colonie naissante qu*à la T>louvelle-Galles, y compris Port-Philippe (Victoria) ; mais on s*opiniAtrait à le consacrer entièrement à Timmigration sans en détourner la moindre parcelle pour les dépenses d*administration et de police. On subvenait à celles-ci par des emprunts : quatre ans après la fondation de la colonie les dépenses publiques annuelles y étaient de 440,000 livres, les revenus autres que ceux provenant de la vente des terres n'étaient que de 20,000 livres; or, comme d*après les deux actes du Parlement, le produit de la vente des terres devait être employé dans sa totalité à importation de familles de laboureurs, il y avait un déficit de 120,000 livres que Ton comblait par des emprunts; un état de choses aussi défectueux ne put durer : en 1840 la colonie fit banqueroute, l'immigration subventionnée et les ventes de terre cessèrent au mois d'août de la même année; la métropole dut intervenir pour prêter une somme considérable; il fallut modifier radicalement les statuts de Tacte de Guillaume IV et de l'acte 1 et 2 Victoria, ch. 60 ; c'en était fait du self $upporting principle.

La catastrophe de l'Australie du Sud avait trois causes principales : 1** la complication du gouvernement qui se composait d'éléments trop nombreux et mal définis : le gouverneur et son conseil, d'un part, de l'autre part, tke àoard of commissionners^ autorités souvent en contradiction et entre lesquelles aucune subordination n'avait été établie ; 2^ et c'était ici surtout le grand vice, l'omission totale de tout moyen pour pourvoir aux dépenses préparatoires de la colonisation, excepté par des emprunts et des anticipations sur des revenus lointains, qui, pendant de longues années, ne pourraient même suffire aux charges immédiates ; 3* l'extravagance de la spéculation : on ne faisait presque aucune opération sérieuse: on gaspillait le temps et les capitaux dans un agiotage improductif.

En dehors de ces trois erreurs capitales, Jes promoteurs de U colonie avaient, dans un grand nombre de détails, montré beaucoup de prévoyance pour sa santé morale : on excluait les conviets ; on apportait beaucoup de discernement au choix des émigrants du Royaume-Uni pour l'Australie du Sud ; l'on développait et Ton dotait largement le service religieux et le service de l'instruction. Mais ces excellentes mesures ne purent préserver la colonie de la ruine.

De celte catastrophe de TAustralie du Sud il résulte deux enseignements : le premier, c*est que c'est une tentative chimérique de prétendre fonder des colonies sans qu'il en coûte rien à la métropole, sans qu*elle ait même à faire des avances; le second, c'est qu'il est imprudent de vouloir consacrer en subsides à l'immigration la totalité du produit de la vente des terres, c'est-à-dire la seule ressource importante que possède une colonie nouvelle : il y a d'autres services indispensables auxquels il importe de subvenir et on ne le peut qu'en faisant un prélèvement sur le produit de la vente des terres. Ces deux points, à partir de 1840, furent regardés comme démontrés. En 1841, lors du second ministère Peel, le ministre des colonies, M. Gladstone, qui admettait le système Wakefield dans tout ce qu'il a d'applicable et de pratique, forma un très grand plan de colonisation : l'État doit, disait-il dans un manifeste qui fit beaucoup de bruit, faire défricher les forôts à ses frais et sous sa direction propre, fixer les lieux convenables à la fondation des villes, y élever des églises, des écoles et des auberges. La marine de rÉtat doit être employée au transport des émigrants. M. Gladstone recommandait principalement le sud de l'Afrique, comme susceptible de colonisation. Un corps de 560 pionniers avec un ingénieur général devait fixer l'emplacement de la ville ; un corps de défricheurs devait défricher les bois. Il n'en coûterait que 100,000 livres sterling pour l'implantation de 40,000 hommes ; aussitôt que les premiers frais seraient couverts par la vente des terres, l'on coloniserait un autre district. Ce plan gigantesque, comme tous les autres projets du dernier cabinet Peel, ne fut pas exécuté. Jl s'y trouvait d'ailleurs, à notre avis, un peu d'exagération, spécialement dans cette intervention de l'État pour fixer remplacement des villes, qui, avec un bon régime économique, politique et financier, savent naître d'elles-mêmes dans les conditions les plus favorables. Ce qu'il y avait de juste dans ces vues, c'est qu'il est indispensable que l'État fasse les premiers frais de la colonisation, mais que si Taffaire est bien conduite, ces premières dépenses peuvent n'être que des avances. Ce qu'il y avait d'important aussi dans ce plan, c'est que Ton y regardait comme utile d'employer une certaine partie du produit de la vente des terres à d'autres services qu'à celui de l'immigration. C*est ce qui a toujours été reconnu depuis lors par tous les ministres et tous les fonctionnaires coloniaux. Mais dans quelle proportion doit-on diviser le produit de la vente des terres ou landfund entre les subsides à l'immigration et les autres services nécessaires, l'arpentage, la construction des roules, etc., c'est ce qu'il était difficile de fixer. El cependant, il fallait trouver une limite

478 DE LA COLONISATION AU XlX° SIÈCLE.

précise ; chacun sentait la double nécessité de réserver à Tentretien de Timmigration une partie très considérable de ce land fund et d'en consacrer une autre aux dépenses coloniales. Lord John Russell, ministre des colonies, fixa le principe que 50 p. 100 du produit de la vente des terres devraient être employés à soutenir l'immigration, 15 p. iOO réservés pour civiliser les indigènes, 40 p. iOO consacrés aux frais d'arpentage et 25 p. 100 aux autres dépenses du gouvernement colonial. D'un autre côté, le statut constitutif de la colonie de la Nouvelle-Zélande porte que 75 p. 100 du produit de la vente des* terres doivent être réservés pour les subsides à l'immigration, et 25 p. 100 seulement abandonnés au gouvernement colonial pour les dépenses locales. Cette proportion nous paraît la bonne, du moins à l'origine d'une colonie lointaine : quand la colonie est adulte, la proportion fixée par lord John Russell est peut-être préférable. Dans le premier cas, en effet, ce qui importe le plus, c'est d'attirer des travailleurs; dans le second cas, l'immigration a moins besoin d'être sollicitée et soutenue, elle afflue d'elle-même.

On le voit, la catastrophe de l'Australie du Sud ne fit pas abandonner les principes Wakefleld ; elle en modifia seulement l'application. Tout ce qu'il y avait de juste et de praticable dans le système survécut : on continua à vendre les terres à des prix relativement élevés, et à employer la plus grande partie de ce produit au transport des travailleurs d'Angleterre dans les colonies. L'Australie du Sud, elle-même, ne tarda pas à se relever : en 1841, l'on y avait vendu depuis l'origine 288,817 acres pour 267,988 livres sterling, en 1855, la population montaiTà 86,000 individus; en 1861, à 130,000.

C'est surtout l'immigration subventionnée qui a peuplé l'Australie, du moins jusqu'à la découverte des mines d'or en 1851. Voici quels sont les chiffres de l'émigration du Royaume-Uni vers les co> lonies australiennes :

Tutal décennal.

Moyenne annuelle.

ToTAi 683,î>23

Malheureusement nous ne pouvons fixer pour toutes ces diflfé* rentes périodes la part de l'immigration subventionnée : noas n'avons de chiffres sur ce point que pour la période de 1847 à 1859 : mais, comme nous l'avons dit, de 1830 à 1850 la presque totalité de l'émigration anglaise pour l'Australie fut subventionnée par le pro-

duit de la vente des terres coloniales. C'est seulement à partir de la découverte des mines d*or que Témigration libre pour les colonies australiennes devient très considérable.

Émigration subventionnée.

Nouvelle-Galle» du Sud 81,711 1,262

Victoria 99,219 2,034

Australie du Sud 62,752 1,326

Tasmanic 4,879 28

Nouvelle-Zélande 196 »

Queensland » 506

Total 248,757 5,146

' Ensemble 253,903

Les commissaires de Témigration en Angleterre apportèrent toujours le plus grand soin au choix des émigrants subventionnés, afin de ne pas charger les colonies d'individus incapables de travailler et de subvenir à leur subsistance. Ils s'efforcèrent aussi de corriger la disproportion des sexes que la déportation des convicts avait produite et que Taffluence extraordinaire de chercheurs d*or depuis 1851 n'avait fait qu'augmenter. Les commissaires de l'émigration en Angleterre envoyaient donc dans les dernières années plus de femmes que d'hommes. Ainsi, depuis 1847 jusqu'à 1858, il a été expédié en fait de célibataires :

Garçons ' 38,939

Filles 66,232

L'on voit combien était bienfaisante cette coutume de vendre la terre à un prix relativement élevé et d'en consacrer le produit à l'entretien de l'immigration, de façon à pouvoir non seulement augmenter la population et le nombre des travailleurs, mais encore corriger la situation anormale d'une société où l'un des sexes est, par des circonstances qui tiennent à l'origine et au développement de la colonie, en très grande supériorité numérique sur l'autre sexe. 11 importe cependant de noter une dérogation considérable, mais nécessaire, à ce régime de vente des terres incultes. L'on sait que la grande production de l'Australie, ce sont les laines : cette contrée sous ce rapport a de très grands avantages naturels. Mais cette production exige d'immenses troupeaux qui, à leur tour, réclament pourMes nourrir d'énormes espaces. AQn de faciliter cette production si utile, on a pris dès l'origine la coutume d'accorder aux propriétaires de troupeaux des licences de pâture, sur d'immenses

étendues de terre, moyennant une faible rente. Ainsi chaque acquéreur de 40 acres de terre obtient, moyennant 10 livres par an, et à titre de bail dont la durée varie d'une à quatorze années, le droit de faire pâturer ses troupeaux sur une étendue d*un mille carré ou 640 acres. De cette façon Ton utilise pour la nourriture du bétail les terrains encore incultes et, d'un autre côté, Ton évite, selon la juste observation de Mérivale, les inconvénients que Texpérience a montré résulter de Taliénation de vastes étendues de terre à un prix nominal, et le public obtient en fin de compte Tavaniage d'acheter ces terres, occupées momentanément par le pâturage, quand leur valeur s'est accrue par les progrès de la population et de la culture.

Tel est le régime d'appropriation des terres qui a fait la prospérité des colonies australasiennes dans la seconde période de leur existence, de 1830 à 1851, et qui, aujourd'hui encore, contribue notablement au développement de leur richesse et de leur population. On ne saurait trop louer cette méthode savante et précise avec laquelle le régime des États-Unis peut seul lutter. Sans doute ane circonstance tout à fait occasionnelle et fortuite, la découverte de mines d'or abondantes et d'une facile exploitation a donné subitement à l'Australie une impulsion sans précédent ; mais il n'en est pas moins vrai que si cette circonstance ne s'était jamais présentée, les colonies de l'Australie avaient néanmoins devant elles un magnifique avenir pleinement assuré ; c'est une erreur d'attribuer à la coopération tardive du hasard le développement ininterrompu de ces établissements. C'est à la sagesse de l'Angleterre, c'est à l'excellent régime de la déportation et de ïassignement pendant la première période, c'est au mode d'appropriation des terres pendant la période suivante, que l'Australie est principalement redevable de ce qu'il y a de réel et de durable dans sa splendeur.

Avant de quitter cette seconde époque des colonies de l'Au&lralasie, nous devons nous arrêter un peu sur la Nouvelle-Zélande, dont la fondation et la constitution sociale actuelle présentent quelques caractères spéciaux. C'est en 1840 que cette île fut occnpée par l'Angleterre ; en 1839 la France songeait à y fonder un établissement colonial, mais elle fut devancée par la Grande-Bretagne. Jusqu'à cette époque le drapeau anglais n'y flottait que sur de^ huttes de missionnaires ou de pécheurs. Depuis longtemps ropinion publique dans la Grande-Bretagne était préoccupée de cette tle, dont les rivages bien découpés, la terre fertile et le beau climat invitaient à la colonisation. « C'est un vrai paradis », s'écriait au parlement de Londres un ancien négociant de Sydney, M. Barrow-Montefiore.

L'occupation de la Nouvelle-Zélande avait été préméditée bien avant d'être effectuée ; la colonisation s*y opéra avec beaucoup plus de régularité et d*ensemble que dans les colonies improvisées. Un très grand nombre de publications avaient renseigné le public sur les avantages spéciaux de cette belle contrée. Aussi l'émigration qui s'y transporta diffère*t-elle essentiellement de celle qui forma la base des autres établissements anglais. Ce ne furent ni des criminels, ni des mineurs, ni des aventuriers ; ce fut la classe moyenne, des cultivateurs ayant de petits capitaux, des officiers retraités, quelques rejetons môme de grandes familles. La civilisation s'y transporta avec ses trois ressorts principaux, la famille, la propriété, le capital. Aussi la société y est-elle beaucoup plus en équilibre et dans des conditions plus normales que dans les autres colonies anglaises. C'est une colonie destinée à la classe aisée, où la richesse est assez également répartie ; il y a des gisements de houille, du cuivre, du minerai de fer. Tout annonçait à cet établissement un développement sérieux, stable et régulier ; il y a quelques années, on y a découvert de très abondantes mines d'or.

Nous avons divisé en trois époques Thistoire des colonies de l'Australie, la première qui de 1788 va jusqu'en 1830 et est carac^ térisée par la déportation sur une grande échelle, la mise des convicts en assignement chez les colons, les concessions de terres et la faiblesse de l'immigration libre ; la seconde, qui de 1830 s'étend jus-* qu'à 1851, et se recommande à un examen attentif et minutieux par l'application plus ou moins complète des principes du système WakeQeld, par la vente des terres à un prix relativement élevé et l'importance toujours croissante de l'immigration subventionnée ; la troisième période, qui dure depuis 1851 jusqu'à nos jours, s'est signalée par la découverte des mines d'or, par l'impulsion extraor* dinaire qu'en reçoit la colonisation, par l'afflux de l'immigration spontanée qui porte sur le sol de l'Australie des représentants de toutes les races de l'Asie et de l'Europe. De cette troisième époque nous aurons peu de chose à dire ; c'est la plus connue au point de vue pittoresque et anecdotique ; c'est celle qui, au point de vue théorique, offre le moins d'intérêt; on n'y voit point, en effet, l'application de principes nouveaux comme dans les deux précédentes; et la science a moins d'enseignements utiles à y recueillir. La découverte de mines d'or d'une grande richesse dans un temps comme le nôtre, où la vapeur a multiplié les moyens de transport et où dans tous les pays d'Europe et dans le plus vaste empire de l'Asieil y a, chaque année, plusieurs centaines de mille hommes prêts à émigrer, devait attirer en peu de temps sur la contrée minière dos

nuées d^aventuriers. C*est ce qui s^était vu en Californie, c*esl ce qui se vit encore en Australie. Dans cette dernière contrée cependant on fit de louables efforts pour prévenir les désordres inséparables d*un pareil afflux d^immigrants, et la désorganisation probable que Tattrait du métier de mineur allait sans doute produire en détournant les colons des patients travaux auxquels ils s'étaient adonnés.. C'est le 2 mai 1851, le lendemain du jour où fut ouverte Texposition universelle de Londres, que la nouvelle officielle de Texistence de gîtes aurifères en Australie fut publiée à Sydney. Le gouverneur de la Nouvelle-Galles, M. Fitzroy, eut le dessein d'exploiter ces mines au profit de l'administration coloniale ; il revendiqua par une proclamation cette exploitation comme propriété de la couronne et menaça de poursuivre quiconque ferait des fouilles. Ces précau*tions furent inutiles. On se précipita de tous côtés vers les placers; les cultures furent un moment abandonnées ; les immigrants affluèrent au bout de quelques mois. L'administration dut se cod-> tenter d'exiger des mineurs une licence qui se délivrait moyennant un prix assez élevé. Nous n'entrerons dans aucun détail sur l'exploitation de ces gisements et sur leurs richesses; il n'y a rien là de caractéristique au point de vue qui nous occupe. Les villes austra* Hennés qui étaient dans une voie de développement régulier et paisible, reçurent une extraordinaire impulsion ; le centre de gravité se déplaça. La Nouvelle-Galles s'effaça devant la colonie plus récente de Port- Philip ou Victoria, plus favorisée sous le rapport des gisements aurifères. Sydney fut éclipsée par Melbourne, grosse bourgade située dans un lieu bas et qui semblait peu favorable au commerce; cette ville s'enfla subitement et prit d'énormes proportions, au point d'atteindre en moins de quinze ans près de 200,000 habitants. Les premières années furent une époque de crise et de démoralisation. L'agiotage sur les terrains arriva à un paroxysme effrayant; il y eut des moments où le prix du sol à. Melbourne fut cinq à six fois plus élevé que dans les quartiers les plus favorisés de la métropole. Ce qu'il y a de particulier au milieu de ces excès et ce qui montre, en dépit de tous les accès fébriles, la vitalité saine et le sens pratique et droit de la race anglosaxonne, c'est que, au milieu de cette désorganisation initiale^, l'on ne cessa pas de développer les établissements d'instruction publique. En juin 1854, le nombre des écoles à Melbourne était de 167, recevant 12,000 enfants de toutes les communions; on jardin botanique était créé, un terrain était assigné pour une université qui fut bientôt fondée avec l'agrément de la métropole; une biblio* thèquc publiqaie fut ouverte. Rien ne diffère plus de la conduite

des Espagnols au Mexique et au Pérou; les temps sont changés, il est vrai ; mais les idées et les mœurs des deux races sont aussi entièrement distinctes. C'est le plus bel éloge que Ton puisse faire de la colonisation australienne, éloge qui compense les critiques que nous ne pourrons éviter; dans cet enfantement laborieux et turbulent qui créa la colonie de Victoria et les villes importantes de Melbourne et de Geelong, la première pensée collective fut pour renseignement, pour le développement sur une grande échelle de rinstruction tant supérieure que primaire ; cette conduite, éminemment sage et morale, porte avec elle toutes les garanties d'avenir, de développement régulier et de prospérité durable.

 partir de 4831 jusqu'au moment où Texploitation des mines d*or se transforma et où à la place des petits entrepreneurs individuels de mines se constituèrent quelques grandes compagnies, c'est-à-dire jusque vers 1860, Timmigration qui afflua en Australie se composa d'éléments moins recommandables que ceux qui entraient dans la composition de Timmigration libre primitive : le Royaume-Uni en dix ans, de 4851 à 1864, n'a pas envoyé moins de 508,802 personnes en Australie. Une grande partie étaient des aventuriers qui se consacraient à la poursuite aléatoire et fébrile de gains considérables, au lieu de rechercher par un travail patient et continu une aisance facile à atteindre. Ce qu'il y avait aussi de regrettable, c'est que dans celte immigration le nombre des hommes dépassait encore de beaucoup celui des femmes. A ces immigrants qui accouraient des contrées d'Europe, il faut joindre ceux qui viennent d'Asie .

Les Chinois sont en grand nombre dans les colonies australasiennes ; l'app&t de l'or les y a attirés malgré les mauvais traitements, rinjustice des lois et l'inimitié populaire. En 1856, l'on en comptait 18,000 ; en I8B2, ce nombre était déjà triplé. C'est là, selon nous, un élément pernicieux, non pas que les Chinois ne soient laborieux et économes : ces qualités, ils les possèdent au plus haut degré, et ils les conservent dans toutes les contrées où ils vont chercher fortune; mais cette race, dépourvue de pensées élevées, ne poursuivant que le lucre et ne connaissant d'autres jouissances que celles de la matière, est, dans nos sociétés de civilisation européenne, d*un fâcheux exemple, d'un contact dangereux et exerce une influence démoralisatrice, en Australie plus qu'ailleurs, parce que la population chinoise y est toute masculine, à peine y compte-t-on quelques femmes : il en résulte une débauche éhontée, des vices odieux qui s'étalent en plein jour et qui compromettent la civilisation.

484 DE LA COLONISATION AU XIX* SlftCLB.

Les placers de la colonie de Victoria ont drainé pendait les premières années de leur exploitation la population des colonies voisines. La Tasmanie, spécialement, a vu un grand nombre de se^ colons séduits par le mirage des richesses de sa voisine abandonner leurs champs et leurs troupeaux. Les bras manquèrent snbilf ment dans cette belle lie où le transport des convicts venait d*êtrv suspendu ; le gouvernement de Yan-Diémen se décida à provoquer l'immigration de cultivateurs européens par des primes considérables : il promettait 20 livres sterling pour les adultes du Rovauin<** Uni, 16 livres sterling pour les autres Européens, pour un enfant de 3 à 14 ans 10 livres sterling, et 8 livres sterling pour un tnfiot au-dessous de 3 ans. En 1834, la société d*immigration tasminienne envoya en Ecosse un agent pour en ramener 5,000 traraiU leurs.

Cette crise ne dura pas; Téquilibre finit par se rétablir : U séduction des mines diminua, malgré les profits extraordinairr« qu*elles avaient donnés à quelques-uns pendant les preiùère^ années ; toutes les colonies finirent par participer à la prospérité de Victoria ; les' districts agricoles virent augmenter la demande de leurs produits, ce qui les porta à étendre leur production el ; attira des salariés, dégoûtés des déboires qu'ils avaient trouvés aai placers. Voici des tableaux empruntés aux plus récents document) anglais, qui prouvent que toutes les colonies australasiemei, à Texception de la Tasmanie ou Van-Diémen, ont pris un développement considérable depuis la découverte des mines d*or; telîe est la solidarité que les liens de réchange établissent entre le« contrées d*une même zone et d*un môme groupe social : toute découverte de richesses nouvelles dans Tune d*elles, an bout le peu de temps, profite aux autres. On remarque notamment les progrès d'une colonie qui ne date guère que de vingt-cinq ans, Queensliod. située au nord de TAustralie.

^lendtie des colonies australasiewMs (t).

ViIIm c*rrÉ».

Noavelle-GaUes du Sud S10.93S

Victoria S8.I9S

Australie du Sud SOS.SW)

Australie de l'Ouost 1,000,000

Tasmanie JO.ÎIi

Nouvelle-Zélande 106 J4S

QueeosUnd ^ 6e9,&30

Total do rAostralasio 3,101,904

• 1) Les chiffres donnés dans ce ubleau sont tirés do Colonial Stelùttcal eiff^ ' pour. 187 8 (publié en ISSO^. Les précédenu absfrjctt donnaient des

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