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On voit par le tableau qui précède que la population de Tensemble des colonies australasiennes a presque quadruplé en vingt et un ans de 1850 à i871 et qu*elle a plus que doublé de 1850 à 1861 . A partir de 1871 Taccroissement a été plus lent, quoiquUl soit encore de 700,000 Âmes en sept ans. Il est naturel qu'il en soit ainsi. La progression de la population dans une colonie doit ^e ralentir à mesure que le peuplement devient plus considérable. En ou Ire, Tattrait exercé par les mines d'or qui eut tant de force dans la période de 1851 à 1861 est devenu moins viT dans les dix années suivantes. On remarquera que l'Australie du Sud, colonie uniquement agricole, a participé à cette multiplication du nombre des habitants, dans une mesure presque égale à celle de Taccroissèment des colonies aurifères. Après avoir doublé de 1850 à 1861, la population de TAustralie du Sud a de nouveau presque doublé de .1861 à 1878; dans cette seconde période elle a relativement plus progressé que ses opulentes voisines, Victoria et la Nouvelle-Galles. La proportion des deux sexes dans ces colonies tend à se rétablir sur un pied normal. Il y a maintenant un peu plus de huit femmes contre dix hommes, tandis que en 1861 il n y avait guère que sept femmes contre dix hommes.
Le commerce n'a pas reçu une impulsion moindre que la population, et le progrès de 1851 à 1878 est sensible, sSus ce rapport aussi, dans toutes les colonies australasiennes.
Tableau des importatio7is,^
Livres $terl. Livres steri. Livres sterl. Livrri sterl.
Nouvelle-Galles du Sud.. 1,563,931 6,391,555 7,213,291 14,768,873
Victoria 1,056,437 13,532,452 12,455,758 16.161,880
Australie du Sud 690,777 1,976,018 2,029,794 5,719,611
Australie de rOuest 56,598 147,913 213,259 379,050
Tasmanie 641,609 954,517 793,916 1,32»,912
Nouvelle-Zélande 346,540 2,493,811 4,639,015 8,755,063
Queensland » 967,951 I,536,7b9 3,436,077
TotAOX 4,358,892 26,464,217 28,881,832 50,545,966
On voit par ce tableau combien Timportalion dans les colonies australasiennes s'est rapidement développée de 1851 à 1861 ; on constate, au Contraire, que dans la période décennale suivante Tac*
dres ; c'est ainsi que dans la première édition de cet ouvrage les colonies aiistrAliennes figuraient pour une superficie de 2,582,000 milles carrés, chiffre officiel d a> lors. Ces variations des chiffres officiels tiennent à deux causes ; d'abord les superficies de ces pays ne sont pas exactement connues ; ensuite celles do ces colonies qui sont sur le continent s'étendent sans cesse aux dépens du désert.
croissement n*a plus guère porté que sur la Nouvelle-Zélande et la colonie toute neuve de Queensland. Dans les années qui s'écoulent de 1862 à 1866 Timportation avait atteint des chiffres infiniment plus élevés qu'en 1870 : en 1864, notamment, elle avait monté à 37,569,369 livres sterling. Il ne faut pas s*étonner de cette dimi* nution temporaire des importations de 1864 à 1870. Après le grand arrivage des émigrants qu'attiraient les mines et lorsque la fièvre de Tor régnait dans les colonies australasiennes, il fallait tout tirer de TEurope : cette nouvelle population avait de grands besoins et peu de moyens de les satisfaire à Tintérieur. Avec le temps, au contraire, les occupations manufacturières ont commencé à s'introduire en Australie, et le pays, quoique jouissant d'une population et d'une richesse supérieures, a eu un moindre besoin des articles européens. Puis à partir de 1870 l'élan a repris, en huit ans le chiffre des importations a augmenté de 80 p. iOO, faisant plus que doubler pour la Nouvelle-Galles.
Tableau des exportations {y compris les métaux précieux) (1).
Livres sterl. Livres sterl. Livres sterl. livres sterl.
NoQteUe-GalIeivdu Sud.. 1,796,912 5,594,839 5,852,765 12,965,879
Victoria 1,422,909 13,828,606 12,470,014 14,925,707
Australio du Sud 602,087 2,032,311 2,419,488 5,355,021
Australie de rOucst 26.870 95,789 200,985 428,491
Tasmanio 665,790 905,463 648,709 1,315,695
Nouvelle-Zélande 84,150 1,370,247 4,822,856 6,015,700
Queensland » 709,599 2,006,635 3,190,419
Totaux 4,598,718 24,5.36,854 28,421,352 44,196,902
Ici encore se manifeste le même phénomène que dans le tableau précédent. Développement inouï des exportations de 1851 à 1861, stagnation relative de 1861 à 1870, augmentation nouvelle et sensible de 1870 à 1878. L*accroissement dans la période de 1861 à 1870 ne porte guère que sur la colonie toute neuve de Queensland, sur la Nouvelle-Zélande, TAuslralie de l'Ouest et TAustralie du Sud. Les autres colonies, les plus vieilles et les plus importantes, restent, sous le rapport de Texportation, stationnaires, ou même sont en décroissance. Les exportations avaient été notablement plus considérables dans les années qui s'écoulent de 1864 à 1868 qu'en 1870, elles s'élevèrent alors au-dessus de 30 millions et elles atteignirent même 33 millions sterling en 1868. Il ne faut pas oublier que Tex-
(1> Daas un pays qui a des mines d*or, les exportations de métaux précieux, on tant qu'elles ne dépassent pas comme moyenne annuelle la production des mines, doirent figurer parmi les exportations de marcliandises.
portation de Tor est comprise dans ces chiffres : cette exporta* tion a légèrement diminué pour l'ensemble des colonies australasiennes depuis 1856 : elle a môme baissé de près de moitié pour la colonie de Victoria. Voici d'ailleurs les chiffres que nous livrent les documents anglais.
Tableau des exportations de métaux précieux, i85i 1856 1860 1865 1870 1878
Livres sterl. Livres sterl. Livres sterl. Livres sterl. Livres sterl. Livres »tcrl. Nouvelle - Galles
du Sud 468,336 156.151 1,884,297 3,350,164 1,893,511 1.810.6C7
Victoria 438,777 12,929,818 9,191,725 6,878,325 6,704,682 3,897,055
Australie du Sud. 10,000 88,168 1,420 86,930 84,617 116,265
Australie de ro.. » >» » ». » »
Tasmanie » 21,025 460 730 18,475 74,124
Nouvelle Zélande n 30,000 17,585 2,923,947 2,175,290 1,359,497
Queensland » » 14,576 115,040 480,751 l,619,56aa)
Totaux. . . . 916,113 13,225,162 11,110,063 13,355,136 11,365,326 8,877,171
Gomme le montre ce tableau, la production de Tor dans Tensemble des colonies autralasiennes, si Ton en juge d*aprës l'exportation de ce métal, loin d'augmenter depuis vingt-cinq ans, a notablement baissé. Le chiffre de 1856 n*a été légèrement dépassé que deux fois, en 1866 et en 1868: dans cette dernière année, qui est le point culminant, l'exportation des métaux précieux a atteint la somme de 13,708,717 livres sterling. On remarquera que les anciennes colonies aurifères, Victoria et les Nouvelles-Galles, ont vu leur exportation d'or diminuer dans d'énormes proportions : pour Victoria la décroissance est continue depuis 1856 et elle n'est pas moindre des trois quarts. Au contraire, la production de l'or a pris un très grand développement dans la Nouvelle-Zélande où cependant elle a fléchi depuis 1866, et à Queensland où elle semble être tou* jours en voie ascendante.
Le mouvement de la navigation de l'Australie s'est rapidement élevé jusqu'à 1863 : depuis lors et pendant les sept années qui suivent l'augmentation a été beaucoup plus lente, puis elle a repris avec énergie à partir de 1870. On se rendra compte de ce développement par le tableau suivant :
(1) Le chiffre donné pour Queensland se rapporte à Tannée 1877.
Tonnage (entrées et sorties réunies).
Nouvelle-Gilles du Sud. 657,792 869,319 1,326,182 1,461.762 2,202,044
Victoria 1,076,971 1,180,779 1,180.324 1,344,862 1,754,289
Australie du Sud 230,390 209,036 357,290 287,989 819.802
Australie de rOuest. .. . 53,285 117,179 104,152 133,446 159,208
Tasmanie 314,222 234,415 204,494 212,910 315,274
Nouvelle-Zélande 168,739 280,569 578,645 538,558 765,158
Queensland » 85,239 340,380 261,284 913,192(1)
ToTAox .... 2,501,399 2,966,536 4,091,467 4,240,811 6,927,977
Pour avoir une idée plus exacte de la prospérité et du développement des colonies australasiennes, nous devons jeter un coup d*œil sur leur agriculture. Il s*en faut de beaucoup, en effet, que le mouvement de la navigation et du commerce extérieur soit un thermomètre toujours exact de la richesse et des progrès d*un pays. Il se peut que les importations diminuent précisément parce que la production intérieure devient beaucoup plus considérable, il se peut aussi que Texportation s'affaiblisse précisément parce que la consommation dans le pays s'accroit. La statistique agricole et industrielle peut seule remplir les inévitables lacunes que laissent à l'esprit de Tubservateur judicieux les tableaux de la navigation et du commerce avec l'étranger.
Voici, d'après les derniers documents anglais, une série de tableaux sur la production agricole en Australie :
Étendue des terres ensemencées en blé (wheat).
Acre* (2) Acr«i. Acres. Acres. Acre:*.
Nouvelle-Gallos du Sud 106.124 128,829 17:>,033 147,997 233,253
Victoria. 80,154 161,252 208,588 284,167 691,622
Australie du Sud 162,011 273,672 457,628 604,761 1,305,851
Australie de l'Ouest 9,7 12 13,58i 25, 187 26,640 23,008
Tasmanie 65,731 66,450 71,348 57,382 48,.192
Nouvelle-Zélande » » » 77,843 264,577
Queensland p 107 2,566 2,892 9,618
Totaux 423,732 643,984 940,350 1,201,682 2,576,321
If ombre de bétes à cornes.
Nouvelle Galles du Sud.... 2.023,418 2,271,923 1,728,427 2,1»5,096 2,771,583
Victoria 646,613 628,0{)2 650,592 721,096 1,184,843
Australie du Sud 272,746 265,434 122,200 1.36,832 251,802
Australie de l'Ouest 23,207 33,795 45,962 45,213 56,158
Tasmanie 88,608 87,114 86,598 101,459 126.276
Nouvelle-Zélande 91,928 193,285 312,835 436,592 578,430
Queensland » 560,196 940,354 1,076,630 2,433,567
Totaux 3,146,520 4,03y,839 3,886,968 4,712,918 7,402,659
(1) Le chiflEre donné pour Queensland est encore celui de 1877. (2; L'acre égale 41 ares.
Nombre de moutons.
Nouvelle-Galles du Sud.... 7,736,323 5,615,054 13,909,574 16,308,585 23,967*033
Victoria 4,641.548 6,339,258 9,532,811 10,761,887 »,879,27r.
Australie du Sud 1,962,460 3,038,356 4,477,445 4,400,655 6,377,8??
Australie de l'Ouest 177,717 279,576 537,597 608,892 869,32.'.
Tasmanie 1,614,987 1,714,49{ 1,742,914 1,349,775 1,838,8»]
Nouvelle-Zélande 990,988 2,761,38) 8,418,579 9,700,629 13,069,338
Queensland » 4,093,381 8,065,757 8,163,818 5,564.46:i
Totaux 17,124,023 23,741,506 47,284,677 51,294,241 61,066,100
Comme on le voit d'après ces tableaux, la production agricole s*est énormément accrue en Australasie : retendue des terres ensemencées en blé a doublé de 4870 à 1878, elle avait déjà augmenté de 70 p. 100 dans les neuf années qui s'écoulèrent de 1861 à 1870, et elle a sextuplé comparativement à 1856. Le nombre des bêtes à cornes n*a pas eu un développement tout à fait égal ; cependant de 1856 à 1878 on constate encore pour l'ensemble des colonies une progression de 130 p. iOO; mais c'est la race ovine qui a pris surtout possession de ces contrées : elle y a triplé de nombre un quinze années, de 1.856 à 1870. Depuis 1870, toutefois, on peut remarquer que l'accroissement du nombre des bœufs est relative* ment bien plus considérable que celui des moutons. C'est le signe d'un progrès dans la culture. Ce progrès toutefois est très inégale* ment réparti sur les différentes colonies. Toutes y prennent part, ù l'exception d'une seule, la Tasmanie, qui est presque stationnaire. Tous les tableaux que nous avons reproduits témoignent que cette colonie souffre: de 1860 à 1878 sa population n'a augmenté que de 20 p. 100, sa production a décru de 1856 à 1870 : le commerce extérieur et le mouvement de la navigation ont aussi éprouvé dans cette colonie, dans la môme période, un sensible amoindrissement. Toutefois il y a de l'amélioration depuis 1870, et on peut espérer que les souffrances de cette colonie touchent à leur terme. La Nouvelle- Zélande, au contraire, et Queensland, c'est-à-dire les deux colonies les plus neuves, font des progrès prodigieux et tendent à se rapprocher de Victoria.
Pour terminer ces données statistiques, nous reproduirons le tableau des revenus et celui des dettes des différentes colonies ^wêtralasiennes.
DE LA COLONISATION ANGLAISE. •— L'aUSTRALIE. 40i
Revenu public des colonies, i856 186i 1867 1870 1878
Livres stcrl. Livres storl. Livres stcrl. Livres sterh Livres stcrl.
Nouvelle-Galles du Sud.. 1,986,553 1,843,067 3,569,456 2,575,309 4,983,864
Victoria 2,972,496 2,952,101 3,449.311 » 4,504.413
Australie du Sud 687,877 575.575 1.126,326 878,124 1,592,634
Australie de 1 Ouest 51,170 67,261 90,431 98,132 l(i3,344
Tasmanic 415.913 315,733 374,917 » 3S6.060
Nouvelle-Zélande 233,329 782,022 1,864.155 1,732.967 4,167,889
QuoODSlaud » 238,239 669,041 786,349 1.559, Ul
Totaux 6,347,338 6,773,998 10,14 ),637 6,070,881 17,357,315
Le revenu de Victoria n*est pas indiqué dans les documents anglais pour les années de 1867 à 1870, celui de la Tasmanie manque également pour Tannée 1870. Quoi qu*il en soit, on voit que l'ensemble des colonies australasiennes a un budget de plus de 17 millions sterling, soit de près de 440 millions de francs. Voici maintenant les mêmes renseignements sur la dette publique de TAustralasie :
Dette publique,
Livres sterl. Livres sierl. Livres sterl. Livres sterl. Livres stcrL
Nouvelle-Galles du Sud. 2,099,400 5,802.980 6917,6:U) 9,681,130 11,688,119
Victoria 648,100 7,992,740 9,480.800 11,9-24.800 17.022,065
Australie du Sud 287,900 853,300 1,077,750 1,944,600 5,329,600
Australie de rOuest. . . 8,688 1,750 » » 161.000
Tasmanie » 486,500 1,018.900 1,268.700 1,758,500
Nouvelle-Zélande 77,174 836,000 5,781,194 7.841,801 22,608.311
QuoeusUnd » 123,800 3,344.000 3,509,250 8.935,350
Totaux... 9,121,262 16,097,070 27,620,274 36,170,371 67.482,94^
Ainsi les colonies australasiennes ont une dette de 1,700 millions de francs. Il ne faudrait pas croire, cependant, que toutes ces jeunes sociétés aient hérité des habitudes de prodigalité du vieux monde. Gela est vrai de la Nouvelle-Zélande, peut-être aussi de Queensland. Gela Test moins de Victoria et surtout de la Nouvelle- Galles. Ges colonies a valent d'immenses travaux publics à accomplir. G*efti là l'origine de la plus grande partie de leur dette. Nous voyons dans un document anglais que la colonie de Victoria avait, en 1867, une dette de 9,480,000 livres qui avaient été dépensées aux travaux des eaux de Melbourne et de Geelong, à la construction ou au rachat de chemins de fer.
Si Ton cherche à quelles sources puise le trésor de ces colonies on voit qu*eii Tannée 1867 la Nouvelle-Galles du Sud, ayant un revenu de 2,509,45G livres sterling, s'est procuré près du tiers de
492 DE LA COLOiNISATlON AU XIX' SIÈCLE.
cette somme, soit 783,338 livres sterling par les douanes, et 530,000 livres sterling par des ventes de terre ou des rentes foncières ; le reste du revenu de cette colonie provenait de droits sur les spiritueux fabriqués à Tintérieur, du service des postes (81,406 livres^ des produits des chemins de fer (188,602 livres sterling), etc. (1). Nous trouverons pour la colonie de Victoria des ressources à peu près analogues. En 1867, le revenu régulier de cette colonie était de 3,449,3il livres sterling sur lesquelles 1,399,854 provenaient des douanes, 718,000 livres sterling provenaient de ventes de terre, de rentes foncières ou de licences de pâturage, 532,299 provenaient des chemins de fer (2).
L'immense développement des routes, le grand nombre de chemins de fer et de fils télégraphiques, ont doté ces colonies de tous les instruments de civilisation que possède TEurope. Dans un banquet donné à Londres pour le 71°*" anniversaire des colonies de TAustralie, sir Edward BulwerLytton, ministre des colonies, portait un toast en ces termes : « Il y a soixante et onze ans que la première colonie australienne a été fondée ! Seulement soixante et onze ans ! G*est juste la vie d*un homme et cette période, qui peut être parcourue par le premier paysan venu dans un village obscur, a permis à TAustralie de posséder plus d'un million de sujets britanniques, d'avoir un revenu de plus de 5 millions de livres ster* ling, d^importer pour plus de 27 millions de livres sterling et d'exporter pour plus de 22 millions sterling. Et, tandis que son progrès matériel et sa prospérité se développaient si étonnamment, quel a été le progrès de TAustralie dans tout ce qui ennoblit el élève rhomme ! A la place d'une colonie pénitentiaire, premier spectacle qu'a présenté l'Australie, nous trouvons des sociétés arrivées au plus haut degré de moralité, jouissant de la plus grande liberté et prouvant par leur loyauté et leur bon ordre qu'elles apprécient et méritent les bienfaits dont elles jouissent. Il n'y a pas, je pense, de partie du monde civilisé où Ton comprenne mieux rimportance de l'instruction, etc. » 11 y a déjà une vingtaine d'années que sir Edward Bulv^er tenait ce langage : nous sommes maintenant dans la 95'' année de la fondation des colonies australasiennes et leur progrès n'a cessé d'être sensible depuis l'époque même où le ministre des colonies d'Angleterre s'exprimait avec cet enthousiasme.
Tels sont les résultats de la troisième époque de la colonisation australasienne : cette prospérité inouïe, on Ta vu par le tableau
y\) \o\t Statistical Tables reUUing to Colonial PossesHom^ 1867, p. 140. (2) Idem, page 168.
des cultures, n'est pas éphémère, elle est essentiellement durable et susceptible de nouveaux développements. Chaque année accroît la richesse et la population de ces opulentes provinces. Ces divers éléments, si variés, si turbulents, que IMmmigration soit pénitentiaire, soit subventionnée, soit libre, lui avait apportés, TÂustralie se les est assimilés : elle a proBté de Tor de ses placers pour développer son agriculture et son industrie ; elle a consolidé son avenir, en même temps qu'elle jouissait de son présent ; cette collection de convicts, d'immigrants raccolés dans les Trois Royaumes et transportés à grands frais, d'aventuriers de toute nation, elle Ta convertie; autant que possible, en une société régulière.
Les institutions politiques sont venues couronner cet édifice de splendeur, que le travail de l'homme et la libéralité de la nature avaient construit en commun. C'est à cette troisième époque de leur existence que les diverses colonies australasiennes ont dû d'acquérir la plénitude dBs institutions libres. Jusque-là elles n'avaient eu que des libertés municipales, dans toute leur intégrité et toute leur sincérité, il est vrai, mais elles avaient été privées de la vie pariementaire pour la gestion de leurs intérêts généraux : elles avaient été subordonnées aux vues de la métropole et à l'arbitraire, d'ailleurs sensé et réservé, de gouverneurs habiles, aidés par un conseil de notables, sous la haute surveillance du ministre des colonies et du parlement métropolitain. On sentit le besoin, en les voyant adultes, de les émanciper de cette tutelle: la mère patrie ne pensa p<is un instant à retenir des pouvoirs qui cessaient d'être des droits en cessant d*être nécessaires. La concession de législatures électives Tut faite, à différentes époques, aux diverses colonies suivant leur importance: d'abord la Nouvelle-Galles, en dernier lieu la Nouvelle-Zélande et Victoria. La Nouvelle-Zélande obtint une législature en 4852 : depuis lors, dans cette Ile, chaque province est administrée par un surintendant choisi par les colons et par un conseil provincial ; c'est, en 1855, par un bill du 10 mai que Victoria obtint un parlement composé d'une chambre haute et d'une chambre basse, placées Tune et l'autre sous l'empire du principe électif et soumises à des conditions modérées de cens. Comme les diverses colonies du Nord-Amérique les différentes colonies de l'Australie ont pensé à une confédération. Le 23 avril 1858, un comité de l'assemblée législative de Victoria se présentait devant le secrétaire du colonial office, M. Labouchère, pour lui demander la présentation d'un bill qui autoriserait toutes les colonies australiennes à former une assemblée fédérale. La demande fut repoussée. Mais l'on a vu qu'un bill du 29 mars 1867 approuvait l'Union entre
494 OB LA COLONISATION AU XIX.* SlfiCLB.
le Canada, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse, et leur formation en un État colonial ayant un parlement autonome : dès lors la' question semble être tranchée pour les colonies de TAustralie, qui ont au moins les mômes droits à faire valoir que les colonies d'Amérique.
Nous en avons fini avec Tétude de cette colonisation rapide et brillante; nous avons montré que cette prospérité jusqu'alors inouïe n'est pas due au hasard ; sans doute là nature y a contribué par ses faveurs, par les facilités pour la production de la laine et surtout par les riches gisements d'or. Mais la sagesse de la métropole* Taménagement savant et pratique de la colonisation, la déportation, Tassignement des convicts, le régime des terres, la création et l'entretien du fonds d'immigration, enfin les institutions libres, qui sont venues à point, sans se faire attendre, ce sont là des œuvres homaines, marquées au coin de l'esprit de progrès et de civilisatioD.
Il est vrai, ces colonies si opulentes portent encore la trace de vices originaux : formées d'éléments en grande partie malsains, des criminels, des aventuriers sans aveu, elles n'ont pas réussi à se purifier complètement et leur tempérament n'a pu encore se dégager de ces influences pernicieuses : la débauche, l'ivrognerie (I), l'agiotage, l'inhumanité contre les indigènes et les races faibles sont et seront longtemps peut-être les signes caractéristiques de ces sociétés; mais n'est-ce pas beaucoup déjà que d'avoir consiiiué aux antipodes, avec des moyens si défectueux, des colonies si prospères, qui s'amendent chaque jour, qui, nous l'avons vu, font de l'instruction une grande affaire, qui poursuivent le développement des sciences en même temps que l'accroissement des richesses et qui, se perfectionnant (2) d'année en année, feront bientôt oublier leur origine?
La colonisation de l'Australie, c'est, en définitive, le grand chefd'œuvre de l'Angleterre ; au nord de l'Amérique, les fautes de la mère patrie furent beaucoup plus nombreuses et plus persistantes ; en Australie seulement, au milieu de difficultés infiniment plus grandes, la colonisation poursuivit sa marche initiale sans inter* ruption et presque sans défaillance.
Nous ne pouvons terminer cette étude de la colonisation anglaise au XIX* siècle sans parler brièvement de la réforme de radoii*
(1) Les droits prélevés sur les vins et les liqueurs montaient, en 1860, dans TËut de Victoria, au chiffre relativement énorme d'un demi-million de livres. Dans U Tasmanie, pour une population de 81,000 Âmes, le droit annuel sur les spirttueui s'éleva, en 1857, à 90,000 livres sterling.
(2) D'après le Times y lors de la publication du dernier poème de Tennyson, 10,000 exemplaires furent immédiatement expédiés en Australie.
nistration des Indes. Beaucoup de personnes se refusent à considérer cette immense dépendance comme une colonie proprement dite ; on n'est pas médiocrement étonné cependant de ne trouver dans le savant traité de la colonisation de Téminent économiste anglais Merivale rien qui se rapporte directement ou indirectement à l'administration des Indes britanniques. Nous ne saurions imiter ce silence et nous regarderions comme une lacune *dans notre ouvrage Tabsence de considérations générales sur le régime des Indes anglaises.
G*est la nomination de William Bentinck comme gouverneur général de THindoustan qui fut le point de départ de réformes sérieuses dans la vieille administration que la Compagnie anglaise n'avait pas cru nécessaire jusque-là d'améliorer. L'Inde était alors entièrement soumise à la puissance anglaise. Lord Wellesley avait détruit la puissante confédération des Mahrattes, les seuls adversaires sérieux de la Compagnie anglaise et, en 1826, le rajah de Bueth avait été placé parmi les vassaux de l'Angleterre. C'est dans ces circonstances que Bentinck arriva aux Indes ; il s'y conduisit en pacificateur. Il évita toute espèce de guerre nouvelle, contrairement aux usages de ses prédécesseurs ; il s'étudia à améliorer le sort des. sujets de la Compagnie et il s'adonna tout entier aux réformes administratives. Pour être bien averti des faits et gestes des agents, il commença par introduire la liberté de la presse dans toutes les possessions indiennes (t) ; il réforma la police, il veilla à ce que les coutumes des indigènes fussent respectées. Il prit en ce sens un grand nombre de mesures de détail, qui se prêtent difficilement à une énumération, mais qui dans leur ensemble constituaient un régime tout nouveau. C'est aussi lord Bentinck qui établit une ligne directe de communication entre l'Angleterre et l'Inde par la mer Rouge et Suez. Cette transformation matérielle eut d'énormes résultats moraux et politiques : plus rapprochée ainsi de la métropole, plus souvent visitée par les Anglais, l'Inde sortit de son isolement, ce qui obligea son administration à prendre plus de régularité.
Le privilège de la Compagnie devait normalement expirer en 1833: dès 1830, lord Ellenborough proposa la formation d'un comité destiné à examiner les affaires des Indes et souleva nettement la question de savoir si l'Inde devait être gouvernée avec ou sans l'assistance de la Compagnie, et s'il était à propos que cette assistance s'exerçÂt sous la forme ancienne ou sous une forme nouvelle. La
1 1 ; Dan» ces dernières années le gouvernement anglais restreignit la liberté de la presse dan$ Tilindoustan. Il en résulta de vives plaintes de la part des natifs appartenant ans cltMes élevées.
Compagnie des Indes suscitait déjà beaucoup de plaintes, maî& elle était encore fort puissante et sortit à moitié victorieuse de Tépreuve.
Il est bon d'examiner quelle était à cette époque son organisation politico-industrielle: elle avait un capital de 150 millions de franc:^ (6 millions sterling), bien peu de chose, en vérité, une misère pour le temps actuel*; les affaires générales de la Compagnie étaient ré* glées par la Cour des propriétaires. Ceux des propriétaires qui po:^ sëdaient pour 500 livres d'actions depuis plus d*un an avaient droit de siéger ; mais pour avoir un vote, il fallait la possession de 1 ,000 livres sterling d'actions: 3,000 livres donnaient droit à deux Toix, 6,000 livres à trois, 10,000 et plus à quatre, le chiffre de voix le plus élevé. Les femmes et les étrangers pouvaient posséder des ac* lions et voter également. Le nombre des votants était d'environ 2,000.
La Cour des propriétaires tenait séance régulièrement tous le> trois mois et élisait dans son sein des directeurs pour la gestion politique et financière de la Compagnie.
La Cour des directeurs, nommée par la Cour des propriétaire^, devait se composer de trente membres, tous Anglais et ayant au moins, chacun, pour 2,000 livres d'actions de la Compagnie. La Cour des directeurs nommait chaque année son président et son vice-président. Elle s'assemblait une fois par semaine: toutes 1e5 questions étaient décidées au scrutin secret. La Cour des directeur» se partageait en trois comités, celui de l'intérieur et de la comptabilité, celui des affaires politiques et militaires, celui de la législation, de la justice et des finances. Les affaires secrètes étaient confiées à un comité composé du président, du vice-président et du plus ancien directeur. Le gouvernement des Indes recevait directement ses instructions de la Cour des directeurs, qui nommait à tous les emplois, sauf à ceux de juge, d'évèque et d'officier de l'armée de la Reine servant aux Indes. La Couronne avait aussi le droit de refuser son approbation à la nomination du gouverneur général et à celle des généraux commandant en chef les armées de l'Inde. Telle était l'organisation ploutocratique de la fameuse Compagnie : l'on peut se douter du système d'exploitation et de favoritisme que cette organisation entraînait.
La Cour des directeurs et le gouvernement firent un compromis par lequel la Compagnie transférait ses privilèges commerciaux et ses propriétés territoriales à la Couronne, moyennant un ensemble de mesures destinées à sauvegarder tous les intérêts existants et tous les droits acquis. Ce compromis, adopté par la Gourdes propriétaires, fut sanctionné par un bill du Parlement, en date
du 26 juillet 4833. Les territoires possédés dans i*Inde par TAngleterre devaient rester sous le gouvernement de la Compagnie jusqu'au 30 avril 1844. Les propriétés de la Compagnie passaient à la Couronne qui prenait des dispositions pour que les droits des actionnaires et des créanciers de la Compagnie fussent saufs. Un dividende de 10 1/2 p. 100 était accordé aux actionnaires, mais sous des conditions de rachat par le Parlement dans des proportions fixées d'avance. Ce bill consacrait, en principe, Tabolition de la Compagnie des Indes et introduisait un régime provisoire jusqu'à l'expiration des pouvoirs de la Compagnie.
L'administration de l'Inde, à cette époque, telle qu'elle avait été constituée par la Compagnie, se composait de la manière suivante: un gouverneur général en résidence à Calcutta, qui était personnellement titulaire du gouvernement du Bengale et avait une autorité de surveillance et de contrôle sur les présidences de Madras et de Bombay, ainsi que sur le gouvernement d'Agra. A tous ces pouvoirs administratifs, il pouvait réunir les fonctions de général en chef. Ses attributions politiques étaient presque illimitées : il pouvait déclarer la guerre, faire des traités de paix, d'alliance ou de commerce ; il pouvait faire des lois ou des règlements et abolir les lois antérieur res. Ses décisions étaient exécutoires dans l'Inde, sauf le droit d'annulation pour la Cour des directeurs. Le gouverneur était en* touré d'un Conseil de quatre membres ordinaires, auxquels se joignait le général en chef commandant les armées des trois présiden-^ ces. Les présidences étaient administrées par des gouverneurs spéciaux, dont chacun était assisté d'un Conseil composé de trois membres ordinaires et du général commandant la présidence. Sous les ordres des gouverneurs et des conseils agissait une nuée de fonctionnaires européens: les indigènes étaient systématiquement écartés de toute fonction. Ce système équivalait à la mise en exploitation de l'Inde et de ses habitants, qui étaient effroyablement et méthodiquement pressurés.
La période qui suivit les réformes de la Compagnie fut signalée par de nombreuses guerres, spécialement dans le nord de llnde. Le pouvoir de la vieille dame de Londres avait été prolongé en fait au delà du terme marqué par le bill de 1833, et l'Hindoustan était soumis à une sorte de double gouvernement ou plutôt à une double action, partant de la Compagnie et de la Couronne, quand la terrible révolte des cipayes et les inquiétudes qu'elle donna en Angleterre amenèrent le gouvernement britannique à supprimer radicalement la Compagnie et à remplacer des compromis boiteux par un système fait d'une pièce et bien coordonné. Le dernier gouverneur, pour le
compte de la Compagnie, lord Canning, eut rhonneurd*être le premier vice-roi de la reine d* Angle terre dans THindoustan. L'on commença par fondre tous les régiments européens dans les cadres de Tarmée britannique, malgré les réclamations des officiers de Tarmée royale, qui ne voyaient dans leurs collègues de l'armée de la Compagnie que des parvenus. L'on créa un Conseil législatif, siégeant à, Calcutta, dont les membres furent nommés par le gouver* neur : on a représenté cette institution comme une pierre d*attente sur laquelle devait s'élever plus tard une assemblée élective constituant une sorte de parlement indien. Violant les anciens principes, l'on admit les indigènes dans une certaine mesure à la gestion des affaires publiques : plusieurs d'entre eux eurent entrée au conseil de Calcutta. L'on vit des chrétiens, des parsis, des musulmans et desbrahmines siéger côte à côte pour légiférer en commun. Les présidences de Madras et de Bombay eurent des conseils analogues. Enfin la direction souveraine émana d'un ministère reponsable siégeant à Londres.
On opéra une reconstitution des circonscriptions administratives ; l'on démembra l'immense présidence de Calcutta et l'on créa un gouvernement des provinces Nord-Ouest. On se préoccupa d'imprimer un grand développement à la prospérité matérielle de l'Inde par la création de nombreuses voies ferrées et télégraphiques. La guerre d'Amérique développa dans d'énormes proportions la culture du coton.
Depuis lors l'opinion publique et le Parlement ont mis la main sur les affaires de l'Inde : toutes les questions qui intéressent ce vaste pays sont discutées dans tous leurs détails ; des solutions nouvelles sont préparées ou tentées ; la gestion est sévèrement con* trôlée, et fort souvent le gouvernement intervient pour proléger les indigènes contre les fabricants ou les industriels européens, qui les voudraient indûment exploiter : c'est ce qui a eu lieu, il y a une quinzaine d'années, dans une affaire qui fit beaucoup de bruit, celle des fabricants d'indigo et des paysans voisins de leurs établissements. Les questions de douanes, d'impôts sont l'objet de nombreuses, intelligentes et persévérantes études. « La landtax^ levée dans les possessions anglaises de l'Inde, dit un historien des impôts, M. de Parieu, est considérée comme ayant été, dans Torigine» une rente sur le produit du sol, accrue seulement d'un supplément d'exaction, qui seule méritait exactement le nom de taxe. La prétention du gouvernement britannique est d'avoir renoué son droit à celui qui appartenait aux gouvernements précédents à titre domahial, ou même d'être resté au-dessous de ce droit de rente foncière.
Le gouvernement anglais a ajouté à cette limite une détermination de permanence dans le produit de Vimpôt, qui a laissé entièrement aux tenanciers (ryotSy zumeendar) le profit des améliorations agricoles qu'ils ont pu effectuer. Ce fait est du moins très certain et très
notoire en ce qui concerne le Bengale On a proposé même, du
moins dans des écrits économiques, de rendre l'impôt du Bengale rachetable comme la landtax britannique (i). » Le produit de Timpât foncier aux Indes n'en est pas moins très élevé. M. Parieu cite, d*après M. Hendriks, les chiffres suivants : Bengale, 4,668,000 livres sterling ; provinces du Nord-Ouest, 5 millions de livres ; Madras, 3, 64â,0Û0 livres; Bombay, 2,846,000 livres ; Punjab, 954,000 livres; l'Inde entière, 17,110,000 livres sterling, soit près de 430 millions de francs ; mais ce chiffre, si considérable qu'il soit, peut être regardé comme modéré relativement à l'étendue du pays. Les taxes autres que l'impôt foncier furent aussi l'objet de sérieuses études et d'importantes réformes. Un habile administrateur, M. Wilson, voulut importer aux Indes le système des réductions de taxes pour augmenter le rendement : un très grand nombre de droits furent diminués, quelques-uns de moitié. L'on introduisit, il est vrai, l'impôt sur les patentes et l'impôt sur le revenu, mais dans des proportions très modérées. On a dépensé des sommes considérables en travaux publics, soit : 4,528,300 livres sterling (113,207,500 fr.) pour l'exercice 1862-63 et 4,994,600 livres sterling (124,865,000 francs) pour l'exercice 1863-64. Le gouvernement s'efforce de développer l'instruction, mais jusqu'ici son action a encore été bien faible. En Tannée 1860-61 il n'y avait que 800 écoles gouvernementales fréquentées par 45,000 écoliers; c'était, il est vrai, 100 écoles et 5,000 écoliers de plus que l'année précédente. L'autorité morale des Européens s'est agrandie et est parvenue à triompher de plusieurs importantes superstitions. Les sacrifices de suttees (femmes brûlées sur la tombe de leurs maris) ont complètement cessé. D'un autre côté la police matérielle a fait de grands progrès, et la fameuse corporation des Thugs (égorgeurs) ainsi que la juridiction spéciale qui avait été créée pour la combattre, n'existent plus que dans les colonnes des petits journaux parisiens et dans Timaginatioa de leurs lecteurs. Entre autres réformes importantes, il ne faut pas oublier que l'Angleterre a concédé à la population indigène la liberté de la presse la plus complète ; et que, d'un autre côté, le recrutement des fonctionnaires civils a lieu dans une large mesure, au moyen de concours. Dans ces dernières années, toutefois, la liberté de la presse a été de nouveau limitée.
(I) Db Pamev, TraUé des inqkôttt 2* édit., I. I, p. 180.
Voici quelques détails statistiques sur Tlnde, puisés dans les plus récents documents anglais. La superficie du sol est de 908,350 milles carrés. La population était, en 1850, de 123,931,369 âmes; en 1861, de 143,271,210; et en 1871, de 191,018,402 (1). U valeur totale des importations était, en 1878, de 58,819,644 livres sterling, soit environ 1 milliard et demi de francs ; en 1870 elle avait ëCé de 46,882,386 liv. sterling; en 1856, elle ne s'élevait qu'à 25,244,783; en 1860, à 40,622,103 ; en 1865, à 49,514,215. On le voit, les importations ne se sont pas énormément développées depuis 1865. Les exportations étaient, en 1856, de 23,639,435; en 1860, de 28,889,210 ; en 1865, de 69,471,794 ; en 1870. de 53,513.728; en 1878 elles ont atteint 67,433,324 livres sterl., soit 1,700 millions de francs : il y a donc eu une décroissance sensible depuis 1865 ; il ne faut pas oublier que la guerre de sécession aux États-Unis avait ouvert un débouché énorme au coton de l'Inde. Le revenu public de Tlnde s*élevait, en 1870, à 50.901,081 livres sterling; en 1878, à 58,969,301, liv. sterl., soit 1,475 millions de francs. La dette publique atteignait eo la même année 146,684,770 liv. sterL ou 3 milliards 700 millions environ, tandis qu'elle était d'un tiers moindre en 1870, ne s'élevant alors qu'à 108,186,338 livres. A la fiù de 1867, il y avait en exploitation 3,597 milles de chemins de fer, soit 5,787 kilomètres ; en €878 les chemins de fer exploités aux Indes avaient une étendue de 8,915 milles, soit plus de 13,000 kilomètres. Les constructions de voies ferrées atteignaient près de 1,000 kilomètres chaque année.
Il est impossible de quitter ce vaste sujet sans dire quelques mots des tentatives de colonisation européenne faites dans les derniers temps aux grandes Indes, sous l auspice du gouvernement anglais. Le système d'occupation des terres domaniales ne donnait pas satisfaction aux intérêts européens ; des pétitions nombreuses furent adressées au gouvernement par des associations européennes de Calcutta afin que le système des concessions avec clauses rèso* lutoires et celui de l'affermage des terres par l'État fussent rempla* ces par le système des ventes avec titre définitif. Un acte émané du gouverneur général des Indes orientales, en date du 17 octobre 1861, a fait droit à cette requête. L'aliénation perpétuelle des terres incultes est autorisée moyennant un prix modéré payable dans les trois mois. Le maximum des surfaces qu'un acquéreur peut acheter est fixé à 3,000 acres, soit 1,200 hectares. Nous ne croyons sans doute pas, comme certains publicistes, que cette modification
(1) Tous ces chiffres, comme presque tous ceux des statistiques anglaises, varient dans les dirers documents officiels. Celui pour 1871 est emprunté au ColoniaiSiutistieal abttraet pour 1878.
DB LA COLONISATION ANGLAISE. — L^AUSTRALIE. 50i
importante dans le régime des terres suffise pour attirer rémigration européenne aux grandes Indes ; le climat s*y oppose; mais c*est une amélioration notable au point de vue du bon aménagement et delà sage exploitation des richesses naturelles du sol.
Ge rapide exposé des réformes apportées par TAngleterre dans le gouvernement des Indes suffit à montrer que cette grande dépendance entre dans une voie nouvelle. La pacification définitive de cette immense contrée, la régularité, Tintelligence, la perfectibilité d*une administration qui n'est plus confiée à des marchands ; l'économie, la bonne gestion des finances, les dégrèvements, le développement des travaux publics; dans Tordre moral, Tabstention des Européens relativement aux coutumes des indigènes, leur influence toute morale qui s'étend de jour en jour, l'admission des Indous dans les conseils du gouvernement; ce sont là des progrès, qui, au commencement du siècle, étaient inespérés. L'on doit s'en féliciter h bien des points de vue ; l'Europe, en effet, n'attend pas seulement de l'Inde des richesses matérielles, elle a dans cette vieille et savante civilisation mille richesses intellectuelles à exploiter, mille découvertes rétrospectives k faire; et, dans cet intérêt élevé, comme au point de vue des intérêts économiques, il est heureux qu'une certaine harmonie puisse s'établir entre les deux races. Aussi est-ce à nos yeux une des gloires de l'Angleterre, que d'avoir su constituer un état de choses régulier, conforme autant que possible à la justice, dans un pays où, jusque-là, on n'avait organisé qu'une exploitation matérielle sans ménagement.