CHAPITRE IV
De Fentretien des colonies.
Il est rare qn'ane colonie fournisse un revenu net à la mère patrie. ^ L'ftilU»sèment d'une colonie est nécessairement coûteux. — Cette raison ne éan. pu être un obstacle à la colonisation de la part d'une nation riche.
Calculs exagérés sur ce que la fondation et la défense de ses colonies ont oiÀti à l'Angleterre. — Même quand la colonie est adulte et florissante, la mère patri* a* doit pas lui demander de tribut.
La métropole rentre d'une manière indirecte dans l'intérêt de ses déboimét. - Les avantages procurés par les colonies ne sont pas tous d'ordre commcrrul - Débouchés de toutes sortes qu'offrent les colonies aux classes moycniies cV* l> métropole. — Le budget des colonies en France.
Les partisans de la colonisation ont quelquefois invoqué, pour jovtifier rimportance q'u*ils attachent aux colonies, les reyeoas que li métropole en peut tirer. Plus souvent les détracteurs de la coiomsa* tion ont mis en relief les dépenses considérables que les colonies caosent à la métropole afin de détourner leurs compatriotes d*eD cré^r ou pour les engager à abandonner celles qui étaient déjà fondées. T. importe de se garder, à Tun et Tautre point de vue, de toute essztration ; il serait, en effet, aussi déraisonnable de vouloir créerdes r lonies dans Tintention d*en tirer un revenu, que d'abandonner <le« colonies déjà adultes et en voie de progrès pour les frais quVIlo imposent momentanément à la métropole.
Il est excessivement rare qu'une colonie fournisse on revenu nri à la mère patrie : dans Tétat d*enfance, elle ne le peut pas, daii> rétat adulte, elle ne le veut pas. Toute tentative pour en tirer de^ ressources aboutirait, lorsqu'elle est jeune et en voie de croitsaorr. à arrêter son progrès, lorsqu'elle est grande et forte, à provoquer > séparation. Tant qu'une colonie doit être administrée par des foo<*tionnaires métropolitains et défendue par des soldats et mzrrtirés de la mère patrie, il est évident qu'il y aura, à la charge df.> métropole, des dépenses considérables. Les fonctionnaires colonu-x doivent être hautement payés, d'abord à cause de réloignemeot, •: * la différence de climat, ensuite parce que le contrôle aux colonia est difficile et qu'il faut s'en rapporter aux employés. Ponr tes tmopes, les frais de transport sont une première cause d'accroissemeQt
des dépenses, la mortalité souvent plus grande, la difficulté de donner à des soldats européens un régime conforme à leurs habitudes, font, selon Say, qu*un soldat coûte deux fois plus cher aux colonies que dans la mère patrie. Si les dépenses sont considérables, les ressources sont chétives ; les impôts dans toute colonie jeune doivent être excessivement modérés sous peine de nuire aux progrès de la culture. Nous traiterons plus loin dans un chapitre spécial cette question fiscale. Qu'il nous suffise de dire pour le moment que rimpôt foncier et, en général,. tous les impôts directs sont presque impossibles à établir dans une colonie naissante : tout au plus y peuton introduire, comme aux États-Unis, des taxes locales modérées, dont le produit doit être réservé aux communes ou aux districts pour la viabilité. Les impôts indirects sont mieux vus et produisent davantage : en Australie, par exemple, les droits sur les boissons donnent un produit considérable. Mais la perception de ces impôts indirects est aux colonies d*une certaine difficulté à cause de retendue des terres et de la dispersion des colons. Tant que le peuplement n*a pas atteint un chifi*re élevé et un certain degré de densité, les frais de perception de l'impôt pourraient presque équivaloir à leur revenu. La seule taxe qui soit, à la fois, d'une rentrée facile et parfaitement inolTensive dans ses résultats, c'est un droit léger à l'importation des marchandises par la voie de mer, ce que l'on a appelé Voctroi de mer : mais il faut que cet impôt soit excessivement modéré pour ne pas restreindre la demande des marchandises, ce qui nuirait à la fois aux consommateurs coloniaux et aux fabricants métropolitains. Quant au produit de la vente des terres aux colonies, il nous parait incontestable qu'il doit être appliqué tout entier aux besoins de la colonie, spécialement à la viabilité, à l'arpentage, à tous les travaux préparatoires indispensables. Il ne faut donc pas se dissimuler que les dépenses dépasseront de beaucoup les ressources et que la métropole aura à supporter très généralement des frais assez considérables. Ces frais ne seront pas positivement des avances au point de vue du Trésor, car la colonie, devenue adulte, se refusera selon toute probabilité à les rembourser ; il serait téméraire de vouloir tirer d'elle un revenu net sous prétexte des soins qu'on lui a donnés dans la première période de son existence : on risquerait de I4 blesser et de la pousser à des extrémités regrettables.
Il faut donc en prendre son parti : l'établissement d'une colonie coûte cher ; on a vu la ruine de toutes les compagnies des Indes soit orientales, soit occidentales. Les seules colonies qui puissent donner un revenu à la métropole, sont celles qui ont des avantages naturels bien caractérisés pour la production de certaines denrées
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d'exportation ou d'objets précieux pour lesquels la demande est très grande. Ces denrées d'exportation, ces objets précieux, si UcoIimiîc a pour leur production des facilités exceptionnelles, sont une excellente matière imposable ; on peut facilemeut les grever de taxe», dans une proportion même considérable, sans nuire d'une manière très sensible au développement de la colonie. G*est ainsi cpie \t Mexique, par son abondance en métaux précieux et la faciUlé àe l'exploitation des mines, supportait avec aisance les droits élevés qui portaient sur la production minière d'Amérique. Mais si Ton se reporte à la partie de cet ouvrage, l'on verra qu'une portion notable du revenu du Mexique était employée en subsides aux colonies espagnoles moins fortunées et qu'il était loin de tomber tout entict dans les coffres du Trésor métropolitain. De nos jours l'on a eiti? comme un fait presque inouï que, dans certaines années du commencement du siècle, la Jamaïque ait pu payer tous ses frais d'administration. Nous ne connaissons que deux colonies qui aient fourc* d'une manière régulière un revenu à leur mère patrie, c'est Cuba et Java. Si Ton so reporte au second livre de cet ouvrage, Ton verrs que l'une et l'autre forment l'une des ressources principales de leurs métropoles et que dans des moments critiques les revenus de ces îles ont préservé soit TEspagne, soit la Hollande de catastrophes financières. Mais ces îles, on ne le saurait nier, sont dans une position toute spéciale ; pour la production du sucre, elles ont un vtntable monopole naturel ; la ferlililé des terres y est si grande que it prix de revient du sucre y est inûniment plus bas que dans loete« les autres colonies européennes : on peut donc y mettre des impôu assez élevés sans exagérer les prix et sans nuire à la production, m l'on voulait tirer également un revenu de la Guadeloupe ou dr Bourbon, de la Jamaïque ou de la Guyane, l'on ruinerait bientôt ces colonies. D'un autre côté, ce qui fait que Cuba et Java se soumettaient à des impositions considérables, c'est leur constitotioo sociale : le nombre des Européens n'y est pas prédominant, le gn^** de la population est, soit esclave, soit dans une quasi servitude H prêt à se soulever si la crainte de la métropole ne le retenait dac* l'obéissance; voilà pourquoi les planteurs de Java et de Cuba oei payé pendant longtemps sans trop de résistance des imp6ts considérables. A Cuba cette patience a fini par se lasser. A Java les Jotm coloniaux ont diminué, et ils tiennent surtout à l'organisation de U propriété, la plus grande partie du sol étant considérée de temps immémorial comme appartenant au souverain, c*est-à*dire aujoord'bui au gouvernement hollandais. Si Ion cherchait ainsi à ltrt*r un revenu notable de colonies peuplées de blancs et on les races
indigènes auraient disparu ou bien seraient trop faibles pour donner des inquiétudes sérieuses aux colons, comme le Canada ou rAustralie, il n'y a aucun doute que de telles colonies n'en vinssent à se révolter et à se séparer de la métropole.
C'est donc une grande illusion que de fonder des colonies dans Tespérance d*en tirer un revenu : d'un autre côté, les charges que les colonies imposent à la métropole ont été singulièrement exagérées par les adversaires de la colonisation. Desdocuments parlementaires de Tannée 1835 portaient à 2,360,000 livres la dépense totale des colonies anglaises à la charge de la mère patrie. Quelques statisticiens joignaient à ces dépenses la perte annuelle occasionnée aux consommateurs métropolitains par les monopoles coloniaux pour la vente en Angleterre du sucre, du café, du cacao, etc., des bois de construction, perle annuelle estimée à 2 millions et demi de livres sterling. Allant plus loin encore on y ajoutait la somme payée par la mère patrie pour l'émancipation des esclaves aux colonies, somme équivalant à une dépense annuelle de 600,000 ou 700,000 livres sterling. Mais c'est aller trop loin, selon nous, que de supputer dans le nombre des charges normales et régulières que les colonies imposent à la métropole ces deux dépenses provenant de fautes et d'erreurs politiques et morales, dont la colonie et la métropole s'étaient rendues coupables et qui ne sont pas inhérentes à la fondation ou à l'entretien des colonies. On ne s'arrêtait cependant pas là : on ajoutait k toutes ces dépenses les frais des guerres dont les colonies avaient été l'origine. « La guerre de 1739, dit lord Sheffield, laquelle peut véritablement être appelée un conflit américain, nous ût contracter une dette déplus de 31 millions de livres st. ; la guerre de 1755 nous en fit contracter une autre de 71 millions et demi de livres et la guerre de l'indépendance de l'Amérique ajouta aux deux guerres précédentes environ 100 millions de livres. Ainsi nous avons dépensé pour défendre et retenir nos colonies une somme plus forte que la valeur des marchandises que nous leur avons envoyées dans les meilleures années. » Mais c'est là de la rhétorique et non de l'argumentation, dit avec raison Merivale, « il est vraiment bizarre de compter parmi les dépenses d'entretien de nos colonies des sommes que nous avons gaspillées pour satisfaire notre propre entêtement, our ovm propugnacy. »
En écartant toutes ces exagérations, les dépenses que les colonies portent au budget de la métropole, quoique presque impossibles à éviter, sont beaucoup moindres que ne le feraient croire les calculs fantastiques des adversaires de la colonisation. Ce qui importei c'est que l'emplacement pour la fondation de colonies
soit bien choisi et le régime, auquel on les soumet, favorable àlear développement. Les charges qu'elles imposent à la mère patrie pendant la période de leur enfance ne doivent être qu'une rason de plus pour les politiques intelligents de bAter autant que possible leurs progrès en population, en culture et en richesses. D'ailteor» « si les frais de premier établissement que la métropole doit supporter en tout étal de cause (on n*a pas oublié Téchec complet do fameux selfsupporting princtple dans l'Australie du Sud), si ces frais de premier établissement ne sont presque jamais remboursés direct^ ment par les colonies parvenues à Tàge adulte, ils n'en constituent pas moins un placement avantageux qui rentre par voies détournées avec des intérêts considérables. On a vu, en effet, quelle infloente salutaire une colonie progressive exerce sur l'industrie de la métro* pôle et en môme temps sur les jouissances des consommateurs métropolitains. Cet accroissement du nombre des objets de consommation et d'échange qu'elle fournit à la mère patrie, ce déboaché toujours grandissant qu'elle offre à ses produits, • valent bien les dépenses minimes qui ont été nécessaires pour la mener à Vétil aduUe. Chaque jour les gouvernements emploient des sommes im* portantes à faire des canaux ou des routes pour l'usage desqueb ilt n'exigent aucune rémunération : ces dépenses ne rentrent doo^ jamais au Trésor d'une manière directe, mais elles n'en sont p» moins excessivement utiles à la nation par les débouchés qu'elles ouvrent à des provinces qui n'en avaient pas, par la plus-value qu'elles donnent à des terres dont la valeur était faible, par la masse des marchandises qu'elles introduisent dans la circulation génénl^- Mieux que tous les canaux et toutes les routes, la colonisitka ouvre des débouchés et des marchés nouveaux ; elle met en culture des terres en friche, elle accroît la circulation des roarcbandise^ et l'activité de l'industrie ; elle entretient dans la nation Tespn: d'entreprise ; elle sert de déversoir à l'excès de population : ces: donc là une dépense hautement productive, qu'il est aussi insen^ de critiquer quMl le serait de blAmer l'ouverture de canaux et ^ routes : ce sont également des dépenses d'administration inlelùgente et prévoyante ; il s'agit seulement de bien choisir Kempl'* cément de la colonisation et de la bien diriger, de même que pcfi* la viabilité, il faut bien placer les canaux et les routes, et les bien construire.
Les colonies anglaises aujourd'hui ne coûtent plus rien à la métropole, pour la plupart du moins. Les frais légers du eoloniai^ff^ les tournées des escadres anglaises ne peuvent guère être pris er compte, car les premiers sont insignifiants et les secondes serrefi^
à faire respecter dans le inonde entier la marine et le commerce britanniques. Il n*y a plus aujourd'hui que ses possessions de l'Afrique australe qui soient de temps à autre pour TAngleterre Toccasion de dépenses de quelque importance ; la raison en est double : d une part, rétablissement de Natal est encore tout récent; de l'autre part, la politique anglaise n*est peut-être pas dans l'Afrique méridionale aussi prudente, aussi habile, aussi humaine même qu'elle devrait l'être. Dans un temps assez rapproché, peut-être 15 ou 20 années, on peut espérer que les colonies anglaises de l'A* frique, ayant une population double, une richesse quadruple, se contentant de leurs territoires immenses et nouant de bons rapports avec leurs voisins de race hollandaise, ne seront plus, même dans la moindre mesure, à charge au budget métropolitain. On sait que le budget de l'Inde — et il y a là quelque rigueur — supporte seul les dépenses des guerres en Afghanistan et sur les frontières. Qu'estce donc que les quelques centaines de mille livres que paie actuellement la Grande-Bretagne pour l'entretien de ses colonies, auprès des immenses avantages matériels et moraux qu'elles lui procurent?
Ces avantages ne sont pas tous d'ordre commercial ; il y en a d'autres que l'on oublie et qui ne sont pas moindres. Les colonies offrent aux classes libérales et à la partie supérieure de la classe ouvrière de la métropole un débouché dont l'importance doit être singulièrement prise en considération. Dans un pays de vieille civilisation où l'éducation, les arts techniques, les sciences, sont très répandus, le marché des professions libérales est encombré. Ingénieurs, architectes, médecins, employés de quelque capacité, ne savent trouver un emploi rémunérateur pour leurs connaissances et leurs talents. Les cadres s'élargissant toujours de la vie coloniale leur offrent des ressources inappréciables. Dans une colonie d'exploitation comme les Ipdes et comme Java, ils remplissent les fonctions publiques : ils sont juges, administrateurs, légistes, professeurs ; ils exercent à ses divers degrés l'art médical ; ils vont s'y établir avec esprit de retour. C'est ainsi que, en dehors du commerce et de l'industrie h proprement parler, des dizaines de mille Anglais font fortune aux Indes ou du moins y gagnent une aisance que la métropole ou que les pays étrangers, avec leurs mœurs différentes et leurs lois souvent partiales, n'eussent pu leur assurer. Dans les colonies de peuplement parvenues à l'âge adulte, les fonctions publiques doivent nécessairement être réservées aux colons ; mais il reste encore une foule d'occupations rémunératrices pour les jeunes gens de la métropole ; ils peuvent remplir des postes avanta-
geox dans les entreprises privées fondées avec les capiUox de U tnère patrie ; comme ingénieurs, comme architectes, comme pn>fesseurs, ils possèdent longtemps, pas suite de la supériorité de 1>- <kacaiion métropolitaine, des avantages sur leurs concurreiiU coloniaux qui sont d'ailleurs assez rares. Les ouvriers d*éUte qai augmentent chaque jour de nombre dans les vieilles contrées trouvent aussi aux colonies, pendant la longue période de leur adole^ cence, des emplois qui leur permettent d'amasser pour leiir> vieux jours. Ainsi en dehors des émigrants qui veulent s*espalrier définitivement, il vient aux colonies chaque année une foule •d'hommes entreprenants, ayant soit une éducation scientiiqoe, soit une éducation technique, et qui sont décidés à y passer leur jeunesse et une partie de leur âge mûr, pour rentrer ensalle«aiix abords de la vieillesse, riches du fruit de leur travail, dans la mèrf patrie. Une grande partie de ces hommes répugneraient à aller s'établir dans des pays complètement étrangers ; ils trouvent dan» ridentité de langue, dans la similitude de mœurs et de lois, aa attrait qui les détermine. La classe libérale et la classe des ouvhen techniques retire donc des colonies une utilité au moins égale 4 celle dont profite la classe commerciale métropolitaine. L'esprit dV nitiative et l'esprit d'aventure sont ainsi entretenus dans tout te corps métropolitain. Evaluer les avantages des colonies uniquement d'après les statistiques du commerce entre elles et la mère pairie c'est ne considérer que l'une des parties, non peut-être la plus im* portante, de relations qui ont tant d'effets variés et heureux.
En France, l'ensemble du budget des colonies pour 1883 tax de 33 millions de francs ; mais de ce chiffre il faut déduire 8 aillions et demi qui représentent les frais duservice pénitentiaire, lequel profite incontestablement à la métropole, puisque si elle n'entre* tenait pas ses condamnés au dehors, il faudrait bien qu'elle poarvtt dans les prisons de l'intérieur à leurs besoins. Il reste 24 millions et demi, dont les trois quarts sont pris par les dépenses militaires. Ce qui figure pour les dépenses civiles n'est guère que de 6 ou 7 mi!lions ; il faudrait en déduire comme ressources les sommes que le» colonies versent au budget de TÉlat, à savoir : 940,000 francs produit de la rente de l'Inde et 2 millions 200,000 francs contingent de la Cochinchino. L'ensemble des dépenses de la France pourra colonies, en dehors des services militaires, tomberait alors à J ou 4 millions de francs. On doit, d^ailleurs, avouer qu*il est ibu* sif de faire payer des redevances aussi considérables àno$ faible» établissements indiens et à la Cochinchine.
L'Algérie n'est pas comprise dans les chiffres qui précèdent. Au
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budget de 1883 les crédits demandés pour cette grande possession montent à 31,189,000 fr. pour le service ordinaire et à 3,879,000 fr. pour les dépenses sur les ressources extraordinaires ; on peut y ajouter encore 3,199,000 fr. du budget des dépenses sur ressources spéciales. On sait que ce dernier budget se compose uniquement de recettes qui sont perçues en Algérie même et qui, par conséquent, ne coûtent rien à la mère patrie. Les 31,000,000 fr. du budget ordinaire sont entièrement payés par le produit des impôts ou des^ revenus algériens : h savoir 7 millions 625,000 fr. par les contributions directes algériennes et les taxes spéciales qui y sont assimilées; 2,488,000 fr. par les produits des domaines ; 580,000 fr. par les produits des forêts ; 3,964,000 fr. par les produits de Tenregistrement ; 3,185,000 fr. par ceux du timbre ; 7,408,000 fr. par les. droits de douane; 2,257,600 fr. par les contributions diverses; 2,766,000 fr. par les postes et les télégraphes ; et enfin 876,000 fr. par divers autres revenus. Ainsi TAlgérie défraie par elle-même soi^ budget ordinaire. La métropole n'intervient en 1883 que pour des dépenses extraordinaires montant à moins de 4 millions de francs et pour l'entretien de l'armée. C'est déjà un résultat considérable que, constituée il y a cinquante ans par une conquête qui s'est prolongée sur plusieurs décades d'années, notre grande colonie ne coûte rien à la métropole si ce n'est pour sa protection militaire et pour des travaux extraordinaires très limités. Quand l'Algérie pourra-telle, comme les Indes, prendre à sa charge Tentretien de Tarmée que nous y entretenons ? Avec l'extension de nos possessions africaines à l'Est et au Sud, il est probable que bien du temps sera nécessaire avant que l'on obtienne ce résultat. Est-il désirable, d'aillears, qu'on l'obtienne de si tôt? Nous ne le pensons pas. Si dans un quart ou un demi -siècle l'Algérie pouvait être amenée à contribuer pour le quart ou la moitié aux dépenses militaires qui s'y font| c'est le maximum qu'un esprit raisonnable puisse souhaiter. Dans l'intérêt même de l'expansion de notre œuvre africaine et pour le maintien de l'union si désirable entre la France et sa colonie grandissante, il convient que la métropole fasse toujours les frais d'une forte partie, de la moitié environ, des dépenses militaires en Afrique. Si Ton voulait alTranchir complètement de cette charge la mère patrie, ce serait décréter la séparation de l'Algérie» Les temps sont encore éloignés où ces questions auront de l'actualité.