TRAVAUX PRÉPARATOIRES A LA COLONISATION
se livrer dès les premiers jours de la colonisation, sous peine de voir celle-ci languir pendant de longues années et peut-être môme disparaître.
On s*est demandé à différentes reprises par quels moyens l'Etat recouvrerait ces avances ; cette question a donné lieu dans la presse anglaise à des discussions nombreuses et très spéciales, au moment de la grande faveur du système Wakefield. On sait que ce système consiste dans la vente des terres à un prix relativement élevé et dans remploi du produit de ces ventes au soutien de Timmigration gratuite. Les wakefleldiens purs ne voulaient pas per* mettre qu'aucune portion du landfimd, fond de la vente des terres, tùt employée à d'autres dépenses que celles de Timmigration. lis conseillaient de subvenir aux frais de premier établissement par un emprunt que la colonie rembourserait avec ses ressources futures ; c'est ce que l'on voulut faire pour l'Australie du Sud, qui, dès sa création, emprunta des sommes considérables pour la viabilité, le service de l'arpentage, l'établissement des ports et des phares; on a vu que l'Australie du Sud ne put suffire à ses engagements et fit en peu de temps banqueroute. Il nous paraît inconiei»table qu'une colonie ne peut subvenir elle-même à ses frais de premier établissement ; la garantie de ses revenus futurs est une chimère : ce que les wakeûeldiens appelaient le self supporting prinriple est une utopie. Nous croyons indispensable que la nation qui colonise fasse elle-même le sacrifice de ces dépenses préparatoires, sans espérer jamais les recouvrer, du moins d'une manière directe. Il faut que la mère patrie paie seule les frais de premier établissement de sa colonie: elle en retirera au bout d'un certain temps des avantages importants qui compenseront le sacrifice initial qu*elle aura fait : ces avantages consisteront notamment dans le développement de son industrie et de son commerce, grâce au uouveau marché que sa colonie lui ouvrira.
On ne doit cependant mettre à la charge de la mère patrie que les travaux de premier établissement : quand la colonie a acquis un certain développement, elle peut suffire avec ses propres ressources aux services permanents de la viabilité, de l'alloli^sement des terres et aux travaux des ports. C'est une question qui fut vivement controversée que celle de savoir si la colonie doit subvenir à ces différentes dépenses en prélevant une partie du pro- #luit de la vente des terres, comme on l'a fait dans les colonies de TAustralie et de la Nouvelle-Zélande, ou bien au moyen de taxes spéciales, telles que les taxes locales qui frappent dans l'Union américaine toutes les terres vendues après un certain délai à partir du
jour de la vente. Nous aurons à étudier cette question quand ooa^ nous occuperons de la taxation aux colonies.
Après l'exécution des travaux préparatoires, ce qui importe ie plus à la prospérité d'une colonie naissante, c'est un bon réçime d'appropriation des terres. Toute l'histoire coloniale prouve ionbondamment l'inQuence décisive que le régime des terres a sor l'avenir d'une jeune colonie. Or, il n'y a que deux régimes po&wbles : la concession gratuite ou la vente. Il peut paraître, eu principe Juste et utile de distribuer le sol gratuitement aux imm)gniiL%: c'est là, semble-t-il au premier abord, le meilleur moyen d^aitirrr les prolétaires d'Europe, avides de devenir propriétaires; c*eU <if plus le mode d'aliénation qui semble le plus conforme à la naton des choses, puisque les terres coloniales sont vierges de tout trani!humain et, d'après l'école qui met dans le travail l'origine nnvpt de toute valeur, semblent n'en avoir aucune ; c'est en troinèmf lieu le système qui laisse aux immigrants le plus de ressources p.^or la mise en culture du sol, tandis que tout prélèvement fait sor leur capital, ordinairement fort mince, a pour effet de mettre le$coI**n« moins en état de défricher et de cultiver avec succès; c'est enflo > mode d'aliénation qui permet le plus à l'Etat de surveiller la c^d* duite des immigrants et qui lui donne le mieux les moyens ^^ veiller avec efficacité aux progrès et à l'extension des cultures ^ péremptoires que puissent paraître ces raisons à l'obserrateiir «iperficiel, elles n'en sont pas moins victorieusement réfutées pi* une expérience de trois siècles et par un examen approfondi de Ii constitution des colonies naissantes. Au point de vue poretor* théorique, il est faux que les terres non défrichées des coIodi»* soient absolument sans valeur ; la preuve pratique qu'elles ff> ont une, c'est que partout oii on les a mises en vente, elles •£* trouvé des amateurs, quelquefois même à des prix relatttemeC' élevés, comme en Australie. Sans entrer ici dans les dii>CQs^K:^ superflues sur la nature de la rente de la terre et sur les doctrior* de Ricardo, il est bon de faire remarquer que les terres coloniale* celles du moins qui sont dans le voisinage immédiat des centre» icolonisation qui se trouvent près des côtes, sur les voies navigable* près des chemins établis, en un mot, à portée du marché existast. et qui, de plus, ont été arpentées et circonscrites, ont, partout^ ces circonstances, acquis, du Tait de l'homme et de la société, '-ra' valeur réelle et incontestable. Quoique aucun travail n ait ^ proprement parler, été incorporé à ces terres ellea^mèmes. rtpendant il y a eu comme un trcivail extérieur qui leur a commo* nique une utilité nouvelle et les a rendues susceptibles d'être
mises à prix. Elles ont profité, en effet, de rétablissement d*un certain groupe social dans leur voisinage, du creusement des ports, de la percée des chemins, de la délimitation géométrique et de tous ces autres ouvrages préparatoires. Or, s'il est vrai que les terres coloniales aient acquis une utilité nouvelle par le seul fait de l'établissement dans leur entourage d*un groupe social, qui n'y existait pas auparavant, il nous paraît tout à fait naturel et légitime que ce groupe social, qui a communiqué à ces terres cette valeur nouvelle, en retire un certain profit en les vendant. Il n'y a rien dans Taliénation par mode de vente qui ne soit conforme à Tordre Ses choses et à l'équité. Au point de vue de l'utilité pratique, il est amplement démontré par l'histoire que les concessions gratuites n'ont pas la force d'attraction qu'on leur a supposée : elles n'exercent sur les émigrants aucune fascination ; tout au contraire. Ton voit ceux-ci accourir de préférence dans les colonies où les terres sont mises en vente. C'est que la propriété n'a d'attrait pour l'homme qu'à la condition d'être entière, irrévocable,inconditionnelle.Or,la concession gratuite mutile le droit de propriété au point de le détruire, ou, tout au moins, le soumet à des conditions qui le rendent singulièrement précaire. Le concessionnaire est tenu à des obligations nombreuses qui amènent à leur suite une surveillance pénible : il est tenu tantôt de défricher dans un temps déterminé une certaine portion de son lot, tantôt d'y essayer des cultures que l'administration voit d'un bon œil, tantôt d^ construire une maison dont l'autorité lui désigne l'emplacement, les dimensions et les matériaux. Garrotté dans sa liberté d'action, il est en outre humilié dans sa dignité. Pour obtenir la concession, il lui a fallu jouer le rôle de solliciteur; pour la conserver, il doit avoir des allures modestes et respectueuses envers les agents de l'administration ; pour la rendre définitive, il doit perdre son temps en des démarches multipliées, parfois aussi gaspiller son capital en frais de déplacement ou â*actes, lesquels dépassent souvent le montant du prix qu'il aurait eu à payer sous le régime de la vente. Aussi tous les colons sérieux, intelligents, munis de ressources, aiment mieux acheter la terre de seconde main à des spéculateurs qui la leur vendent à haut prix, que de la tenir gratuitement de l'autorité. Le système des concessions met le sol entre les mains de laboureurs besoigneux et incapables ou d'agioteurs avides qui ne cherchent qu'à la revendre avec grand profit. Quant à la surveillance que l'autorité peut exercer sur les concessionnaires et qui lui échappe relativement aux acheteurs, c'est à nos yeux non un bien, mais un mal. Cette ingérence administrative, qui se traduit généralement par des tra-
casseries puériles, des caprices peu honorables et des prescripUoiu inutiles ou nuisibles, a pour effet de diminuer la responsabilité et rinitiative individuelles, c*est-à-dire les plus énergiques' ressorts du progrès social. De cet ensemble d*effets nuisibles qu'amène à u suite le système des concessions, on peut facilement déduire l'ia* fluence pernicieuse qu'il doit exercer sur la constitution des m)ciélés naissantes. La culture 8*en trouve singulièrement raleoiie par la précarité de la propriété; le crédit ne peut exister, et, a outre, dans la distribution des concessions dont radministration est seule jugé, il est rare qu'elle garde la juste mesure et quelle oc cède pas à des entraînements irréfléchis. Nous avons déjà eue quelques faits qui prouvent jusqu'où les autorités coloniales se Uii* sent entraîner sur cette pente de faveurs. Dans le bas Canadi on seul gouverneur avait concédé 1,425,000 acres de terre à 60 personnes. Dans le haut Canada, en 1825, sur 17 millions d*acre§ mesurés, une étendue presque aussi grande que l'Irlande, 15 millioot se trouvaient concédés, bien que la population ne fût que de 150.(Mi âmes. Aussi, depuis lors, le gouvernement n'avait-il plus de itnti fertiles à concéder. Dans la Nouvelle-Ecosse, sur 6 millions d'acre» de bonnes terres, 5,750,000 avaient été partagés gratuitement. Toute l'île du Prince-Edouard, en 1767, avait été concédée en no jour à 60 personnes. Sur la petite île Saint-Vincent le géoéra> Moncbton obtint, en 1768, 4,000 acres et M. Swinburne, 30,000. ^ détails que nous empruntons à Roscher, sont caractéristiques^ uo sait d'ailleurs que l'abus des concessions fut une des causes prioripales des plaintes si vives que le Canada éleva contre la mère palr.<r pendant toute la première moitié de ce siècle. Mais, dira-i-on, n'estil pas possible d'éviter l'abus, et faut-il complètement condamne: les concessions ? Un économiste judicieux, Merivale, admet dam certains cas le système de l'aliénation gratuite. « Deux mode^<^e concessions, dit-il, peuvent être utiles : d*abord des concessioD» (i< petits lots de 5 acres à des travailleurs des classes inférieures. t>'i peut être utile, quand des émigrants arrivent à un moment oô U demande du travail est faible, quand les lots sont placés dans le voisinage des villes ou marchés ; l'on a ainsi des colons qui pauwii être employés comme salariés, n'ayant pas assexde terres poor d^ complètement indépendants. L'autre plan est de faire des cancer sions gratuites de 40 à 100 acres à des familles d'émigrants dan» 1^ comtés nouveaux, spécialement le long des grandes lignes de communication, à la condition que ces émigrants justiflent d*un capi^ suffisant pour cultiver la terre avec fruit. Cette dernière coodiu- > est de la plus grande nécessité et malheureusement très dilllcile *
obseryer: on crée ainsi une race de petits propriétaires très utiles. » Noos craignons que Merivale, en réclamant ces deux exceptions, n'arrive par une voie détournée à rétablir en fait le système des concessions dont il a cependant montré mieux que tout autre les énormes inconvénients. Pour nous, nous ne saurions admettre ce mode d'aliénation gratuite qu*à Torigine même et aux premiers jours de la colonisation. Alors, en effet, il peut être difficile de trouver des acquéreurs à prix d'argent. Mais, dès qu'il s'est formé un petit noyau social, il faut recourir à la vente des terres.
Le système des ventes étant admis comme règle générale, une nouvelle question se pose : la vente doit-elle se faire à bas prix, comme aux États-Unis, ou à un prix relativement élevé, comme en Australie? doit-on procéder par la vente à bureau ouvert et à prix fixe ou par adjudication ? Ici, croyons-nous, il faut faire une distinction. Nous avons déjà fait remarquer la différence essentielle qui existe entre les colonies dites agricoles, comme le Canada et la Nouvelle-Angleterre, c'est-à-dire des contrées qui produisent directement des objets de nécessité pour leur propre consommation, et les colonies appelées souvent par les économistes, colonies de plantations, ou plus exactement colonies ayant un monopole naturel pour la production de denrées d'exportations, comme les colonies tropicales qui produisent le sucre, ou bien encore comme l'Australie, qui produit avec une grande supériorité la laine fine. Cette distinction est capitale, elle a été faite par les auteurs les plus compétents dans ces matières et toute l'histoire prouve qu'elle est fondée.
Partant de cette distinction nous dirons : dans toute colonie parement agricole, qui cultive le sol principalement en vue de sa consommation propre, la vente des terres incultes doit nécessairement se faire à bas prix. La terre, en effet, n'ayant aucune facilité spéciale pour la production de denrées de haute valeur et n'ayant reçu aucun travail humain, ne trouverait pas d'acquéreur, si on voulait la mettre à un prix élevé. On découragerait la culture, ou tout au moins l'on forcerait tous ceux qui aspirent à la propriété à se faire squatters : ainsi, d'une manière ou de l'autre, l'on n'atteindrait pas le but qu'on se propose et l'État ou la colonie ne recueillerait pas les avantages qu'ils attendent de la vente des terres. Le meilleur système pour ces contrées, c'est celui qui a été suivi par les États-Unis. Nous avons déjà expliqué plus haut la méthode observée par l'Union pour l'allotissement géométrique des terres vacantes : la vente des terres se rattache d'une manière étroite à cette op'Sration préliminsiire. Chaque année, le président
des Étais-Unis fixe la quantité des terres à vendre dans cbaqoe État, et trois mois avant la vente on annonce pubilqaeaieot le jour et le Heu où elle se fera. La vente, en principe, doit se faire aux enchères, sur la mise à prix d*un dollar un quart Vacre (40 ares 40 centiares), soit 16 fr. 48 c. Thectare. Mais roainie il y a infiniment plus de terres vacantes que d*acheteur$, it est Iri^ rare qu*il y ait aucune enchère. Alors, quinze jours après la mise en adjudication non suivie d^elTet, on vend les terres à boreaa ouvert, au taux minimum de la mtse à prix. La vente se fait la comptant depuis 1826. Auparavant on payait en différents tenne^; mais ce mode de paiement avait Tinconvénient grave de rendre u propriété précaire pendant un laps de temps assez long. Dans k système actuel, tout immigrant peut, le lendemain de son arrivée, acquérir des terres, dont il se trouve immédiatement propriétaire absolu et irrévocable. Depuis vingt ans les facilités sont encore devenues beaucoup plus grandes. Diaprés une loi du 14 août t8S4, les terres restées dix ans en vente, sans trouver d'amatenr an prix fixé, peuvent être vendues un dollar Tacre ou 100 cents ; au boni de quinze ans on les cède pour 75 cents, au bout de vingt ans pour 50^ au bout de vingt-cinq ans pour 25 cents, au bout de trente ans pour 12 cents 1/2. Ainsi le laboureur qui a peu de ressources peut se procurer, pour presque rien, des terres de qualité infè rieure, il est vrai, ou de position mauvaise : il en résulte, au point de vue général, cet avantage que tous les interstices incultes qui arrêtent le progrès du défrichement disparaissent au bout de p«n d'années. Seulement, dans le cas d'achat de terres au rabais. Vacbeteur doit certifier qu'il achète la terre pour s'y établir et U cultiver, ou pour lajoindreà une exploitation voisine qu'il possède. et qu'il n'a pas acheté déjà plus de 320 acres ou une demi-seclioa du domaine public. Ces précautions ont été prises pour empêcher l'accaparement de ces terres de qualité inférieure par de5 apo • teurs qui les retiendraient pendant de longues années sans les défricher, attendant que les progrès des districts environnants «n aient élevé la valeur. On sait combien une pareille spéculation, qtu interpose des espaces non défrichés au milieu de terres cultivée». est déravorable à la culture. En réglementant avec tant de soin et d'habileté l'allotissement et la vente des terres, l'Union américaine n'a pas la prétention d'empêcher complètement le tguattmg, c'està-dire l'occupation de terres incultes par des aventuriers qui s'enfoncent dans les solitudes et s'emparent, par leur propre travail, du sol vacant. Le squatter (I), bien qu'il soit un travailleur irréguber, (1) Le mot do squatter est employé aux £t«t»-tnif dani on tent aatre qa'eo A»-
est un élément très utile à toute colonisation : il sert d'éclaireur et de pionnier, il fraie les voies à la culture, il contribue singulièrement à son extension : bien qu'il ne s'appuie sur aucun titre légal, il y a cependant dans son travail tout personnel quelque chose de recommandable, dont les sociétés jeunes doivent tenir compte. Aussi les règles suivies par TUnion américaine n'enlèvent pas le droit de première occupation sur les terres alloties et non encore mises en vente ; elle le reconnaissent, du moins, dans la limite de 320 acres. Cette prise de possession donne lieu au droit de préemption à un dollar 1/4 Tacre, lorsque la terre sera vendue. Grâce à ces mesures si pleines de sens, le défrichement et le peuplement des États de TOuest s'opèrent avec une rapidité sans égale au monde. L'exemple le. plus éclatant et la plus brillante justification du système, c'est la colonisation de l'Ohio. Cette colonie, car vraiment c'en est une, est née en 1788 : elle a toujours été fermée à l'esclavage : les terres y ont été vendues lot par lot selon la méthode que nous venons de décrire. Il s'y est formé en peu de temps une race active de petits propriétaires, small yeomen : la terre a été gagnée morceau par morceau à la culture. L'industrie de cet État était exclusivement agricole, il ne produisait que du bétail et du blé ; et cependant le développement de cette contrée a été sans précédent. En 1790, ce n'était qu'une forêt; en 1840, il y avait 1,519,000 habitants ; c'était alors en population le troisième État de l'Union, quoique le seizième seulement en étendue ; c'était le premier en productivité pour le blé, le troisième pour les autres grains, le troisième pour le petit bétail, le second pour les chevaux. Qu'une partie de cette prospérité soit due aux nombreux arrivages d'immigrants provenant d'Europe et des États de l'Est, c'est ce que l'on ne peut contester ; niais ce qui attirait précisément ces immigrants, c'était cet excellent régime d'appropriation des terres (1).
Il n'en résulte pas, cependant, que ce régime doive être appliqué à toutes les colonies sans distinction : c*est sans contredit le meilleur mode pour les colonies dites agricoles^ c'est-à-dire dont la culture est dirigée spécialement vers les produits communs
tnlîe où il signifie le locataire des graods terrains de parcours pour les bestiaux. Le snuattei* australien est un personnage aristocratique, tandis que celui d'Amérique est en géoôral un très pauvre hère.
(1) Aujourd'hui, c'est le môme excellent régime des terres qui est la cause principale de la colonisation rapide du Texas, du Minnesota, du Dakota et môme du Manitfiba ; cette dernière contrée fait partie du Canada, qui s'est approprié dans cesderniem temps, avec peu do variantes, la méthode dos États-Unis pour l'aliénation des terres.
et qui ne demandent pas de grands capitaux, comme k bW
il en est différemment des colonies ayant un monopole oalure.
pour la production de denrées d'exportation. Celles-ci sê tron-
vent infiniment mieux du système Wakefleld, c'est-à-dire de ia
vente des terres à des prix relativement élevés. En prioripr.
d'abord, et en droit il est légitime que le prix des terres soit plo»
haut dans ces contrées, puisqu'elles y ont des aptitudes spéciale^
pour la production de denrées de haute valeur. D'un autre cUè,
en fait, il est difficile de faire arriver ces colonies à un hast derr
de richesse, si l'on ne produit, par les prix élevés des terres, vsr
certaine concentration des colons et une grande abondance éi
main-d'œuvre. Si, dans une colonie des tropiques où Ucitltar<^
du sucre peut s'implanter avec facilité, on concède les terres pou'
rien, ou si même on les vend à vil prix, les colons se disperaerooi.
ils cultiveront des bananes pour leur propre coosommatioB «t.
faute de main-d'œuvre abondante, jamais la culture du sacre i'
pourra se développer. La production de la colonie aura alors ut^
valeur bien inférieure à celle qu'elle pourrait avoir : et ces pnpi*
en richesse, en population môme seront infiniment plus leot*
qu'ils n'auraient été sous le régime des terres à haut prix. Cest ->
que l'histoire prouve surabondamment, c'est aussi ce qu'admet U
science avec unanimité par ses représentants les plus éainni*
Merivale, Roschcr, Stuart Mill, pour ne parler ni de Wakefleld. t
de Torrens. De plus, l'émigration nombreuse ne peut être tilirfx
vers ces terres brûlantes et lointaines que par un vaste inl^af
de subventions, lesquelles ne peuvent s'alimenter que par le pf^
duit de la vente des terres, landfund, La rapide croissance d*
l'Australie vient à l'appui de ce mode d'aliénation des terres. >uq*
avons exposé dans la première partie de cet ouvrage lessor 'wix.
des colonies australiennes. On a vu que le sol inculte dao» r^
colonies privilégiées pour la production de la laine s'était Tffid>:
à des prix beaucoup plus hauts qu'aux Ktats-Unîs, une livre »t^'
ling l'acre en général, puis trente sheilings, une livre doojr
shellings et souvent davantage, c'est-à-dire 100 francs rhectare '>
môme plus. Et ces prix élevés, bien loin d'être un obstacle i-
progrès de la culture et de la richesse, étaient le ressort priIlCi^■'
du développement de ces colonies. Ils donnaient, en effet, cM^''
année, des revenus considérables dont la plus grande partie, eni
ployée en subventions à l'immigration, attirait en grand Dv4ai»f
les travailleurs, et dont l'autre parlii*, consacrée aux travaux p"
blics et à l'aménagement du sol et dos eaux, mettait la colonie •
état d'être facilement cultivée. Sous Tinfluence de ces prixrit«'*
DU RÉGIME DES TERRES. a93
les immigrants étaient retenus pendant plusieurs années au service des capitalistes ; il en résultait une certaine concentration du travail favorable à la production. A ce système chacun gagnait : les capitalistes qui avaient de la main-d'œuvre en abondance, les prolétaires qui, arrivant sans ressources, obtenaient des salaires énormes et se faisaient en trois ou quatre ans un important capital. Mais, dira-t-on, si l'intérêt de tous et de chacun réclame dans ces colonies la concentration du travail et s*oppose à la dispersion des colons, comment peut-on soutenir qu'il y ait besoin d'un système artiûciel, comme la vente des terres à haut prix, pour éviter cette dispersion et amener cette concentration? Le plus grand adversaire du système Wakefield^ Mac Gulloch, faisait valoir avec force cette raison : « Qui peut prétendre, disait-il, connaître mieux les intérêts des colons que les colons eux-mêmes ? Tout ce système repose sur cette supposition fausse que les colons, à la différence des autres individus, ne sont pas les meilleurs juges de leur propre intérêt. » Argument singulièrement superficiel, et dont Stuart Mill, avec son admirable netteté habituelle, a démontré la complète inexactitude : a 11 y a dans cette argumentation, dit-il, une erreur fondée sur ce qu'on ne comprend pas le système ou le principe auquel on dit que son application est contraire. Cette erreur est tout à fait du même genre que celle dont nous venons de donner un exemple à propos des heures de travail. Quelque utile qu'il pût être à la colonie, en général, et à chacun de ceux qui la composent que nul ne pût occuper plus de terre qu'il n*est en état d*eii cultiver et ne devienne propriétaire avant que d'autres ouvriers ne soient venus le remplacer dans le travail salarié, chacun en particulier n'aurait jamais intérêt à avoir cette abstinence, s*il n'était assuré que d'autres l'auront aussi. Entouré de colons qui ont chacun mille acres de terre, à quoi servirait au travailleur de différer pendant quelques années d'acquérir de la terre, si tous les autres travailleurs couraient échanger le premier salaire qu'ils gagneraient en terres situées dans les déserts à plusieurs milles Tun de l'autre? Si, en s'emparant de la terre, ceux-ci empêchent la création d'une classe de salariés, il ne réussira pas, en attendant quelque temps pour acquérir de la terre, à en tirer un meilleur parti que dans le moment présent : pourquoi donc se mettrait-il dans une position que lui et les autres regardent comme inférieure, en restant salarié, lorsque ceux qui Tentourent deviennent propriétaires ? Jl est de Cintérêt de chacun de faire ce qui est utile à tous^ mais seulement à la condition que tous feront comme lui. Le principe que chacun est le meilleur juge de son propre intérêt, com-
594 BÉGIME APPLICABLE AUX ÉTABLISSEMENTS COLOMAliI.
pris comme ceux qui élèvent des objections le comprennent, ua>t
à établir que les gouvernements ne doivent pas remplir leu^
obligations les plus reconnues ou plutôt qu'ils ne doiTent pas
exister. 11 est, au plus haut degré, de Tintérêt de la société engendrai.
et de chaque citoyen en particulier, que chacun ne comroetu dî
vol, ni fraude ; mais il n^est pas moins nécessaire d*aToir de^ l< U
qui punissent le vol et la fraude; car, quoiqu'il soit de Tintera t <je
chacun que personne ne vole et n*escroque, il n'est de rintérèt 6
personne de ne pas voler et escroquer le bien d'autrui, lor$qu-j
tout le monde pratique le vol et Tescroquerie. La principale cau«^
de Texistence des lois pénales est précisément ce fait que, lors
même que, selon Topinion de tous, certaines règles de conduiU
sont d'intérêt général, ce n'est pas une raison pour que YiniMi
particulier se conforme à ces règles. »
En dehors de la question de la vente des terres à bas prix comme aux États-Unis ou à haut prix comme en Australie, se présente ce'ir de la vente à prix uniforme et de la vente aux enchères. Lequel de ces deux modes est préférable ? On a beaucoup argumenté daas nn sens et dans l'autre et l'on a trouvé de bonnes raisons en faveur de chacun de ces modes. Nous avons exposé déjà dans une autre partie de cet ouvrage les arguments que les wakefieldiens invoquiieo*. pour faire prévaloir le régime du prix uniforme : ces arguments pf'»venaient du fond même de la doctrine de Wakefield et de la théor.** du sufficient price et du self support ing principle, dont nous avoni d»^ montré Tinanité. Nous ne reviendrons pas sur cette discussion spéciale qui exigerait une nouvelle exposition de toute la doctrine wikefieldienne. En dehors de ces arguments particuliers à W'akcfleid voici les raisons que l'on a invoquées pour et contre la vente à pr.i uniforme. Moins on tire de la poche de l'acquéreur, a-t-on dit, pi»' il est à même de bien cultiver : d'où il résulte que toute impo^iU' ri sur le colon est un mal qui ne se peut justifier que par laïf enu nécessité d'assurer certains services ; mais une fois que ces seni'*"' sont passablement assurés, il est bon de ne pas entamer les re»* sources du colon. Le prix uniforme, dit-on encore, doit amener ''f résultat, que les meilleures terres seront mises les première (3 culture, tandis que dans le système de l'auction rinfériorité do pni pousse les laboureurs peu fortunés à appliquer leur travail à àti terres médiocres, parfois mauvaises, ce qui, ajoute*t-on, est aor condition singulièrement défavorable aux progrès d'une jeune cji*"^ nie. Cet argument se trouve mis en relief dans une dépèche de lord Russell en date du 3i mai 1840. Sous le svstème de Tauction. ^^' capitaliste est en butte aux manœuvres d*envieux, qui veulent tinrr
avantage, soit de l'ignorance, soit de la capacité supposée d'autrui. Le colon peut rencontrer une concurrence acharnée en proportion de la connaissance des qualités du sol qu'on lui suppose et peut avoir à payer un prix excessif précisément à cause de sa renommée de bon cultivateur. Les partisans de Tauction ne manquent pas de réfuter ces objections. La vente à prix uniforme, disent-ils, ne diminue en rien les dépenses que devra faire le colon véritable pour Tacquisition du sol. En effet, les bonnes terres seront toutes accaparées par des capitalistes, qui feront ensuite la loi aux immigrants et les tiendront à leur complète discrétion. Tel était Tavis de sir George (lipps, gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud. Ainsi le colon véritable devra dépenser autant sous le régime du prix uniforme que sous le système de Tauction; la seule différence, c'est que sous le premier de ces régimes une partie du prix payé par le colon tombe*rait entre les mains des particuliers, tandis que, sous le régime de Tauction, tout le prix de vente parviendrait au gouvernement qui remploierait en travaux d'utilité publique ou en subventions à Timmigration. Le système du prix uniforme favorise donc l'agiotage au détriment de la colonie : il serait facile d'éviter, sous le régime d'auction, l'inconvénient d'une concurrence déloyale et personnelle, ce serait de faire l'adjudication par la voie de soumissions cachetées. Le système du prix uniforme cause uqeplus grande dispersion des colons et, par conséquent, une augmentation des frais généraux, voies de communication et police. Le système de l'auction, au contraire, amène une certaine concentration, éminemment favorable au développement régulier et aux progrès normaux de la colonie. Le système d'auction a de plus des avantages spéciaux dans certaines contrées, comme l'Australie. Dans ces pays de culture pastorale chacun a besoin d'avoir accès aux cours d'eau : or, Teau étant excessivement rare en Australie, tous les terrains qui bornent les rivières seraient, sous le régime du prix uniforme, immédiatement accaparés par des capitalistes, tandis que, sous le régime d'auction, le haut prix des bords de l'eau forcerait chacun à n'en prendre que ce qui est strictement nécessaire. Les partisans du régime du prix uniforme répondent que rien ne serait plus facile que de fixer, dans la délimitation des lots, la part de water frontage que chacun peut avoir et de laisser, en outre, des chemins pour servir d'accès à ceux qui ne posséderaient aucun terrain contigu à la rivière.
Tels sont les principaux arguments que l'on a fait valoir en faveur de Tun et de l'autre système. Le public et les économistes se sont partagés et ont varié dans leurs préférences. Le système du prix
uniforme fut spécialement suivi dans TÂustralie du Sud, celui de Tauclion dans la Nouvelle-Galles. Il nous semble difGcile et téméraire de se prononcer en théorie d'une manière absolue pour Too ou Tautre système ; le choix dépend des circonstances. Dus une colonie où la terre n'a pas d'aptitude spéciale pour la prodoctii» des denrées d'exportation, nous croyons que le prix uniforme doit être préféré. On peut éviter par de bonnes mesures les inconvémenU de l'accaparement du sol dans un petit nombre de mains : en faisant un grand nombre de petits lots à des prix modiques Ton développa la petite culture, qui est essentiellement favorable aux progrès de i4 population et de l'aisance générale, les deux biens principaux de toute jeune société agricole. Quand le sol sera ainsi occupé par ucr race de petits propriétaires, yeomanry^ avec le temps la grande pM* priété, la culture intensive et l'industrie finiront par se coostitut: grâce à la réunion par voie de vente volontaire des parcelles appartenant à divers, grâce aussi au développement des ^marchés et au progrès des villes. Le prix uniforme nous parait donc beaucoup plus favorable à l'extension de la culture et aux progrès de i population ; aussi, en règle générale, serions-nous porté I non* prononcer en sa faveur. Cependant nous concevons que dac« les colonies qui ont des facilités spéciales pour la production de denrées d'exportation, l'on adopte de préférence le système de Tauctiot: Ce système, en effet, nous parait plus propre à développer la fnaùr propriété, à amener la concentration des colons, à rendre la maind'œuvre abondante, conditions essentielles delà production en eran<! et à bon marché des denrées d*exportalion. Dans de pareillas coK nies le régime de Tauction bâtera singulièrement les progrès de la richesse, mais il n'en sera pas de même des progrès de la pop>:* lation.
Au régime des terres se rattache la question des grandes eoropa* gnies foncières, question qui est également fort controversée ; esi*^ juste et utile, soit de concéder, soit de vendre en grandes masses à des compagnies de capitalistes d'immenses quantités de temio. comme ces 100,000 hectares que l'on a concédés en Algérie à la So» ciété générale algérienne? De tout temps Ton a eu recours à ce procédé, la plupart des colonies anglaises de l'Amérique n'ont pas c» d*autre raison de naitre. Les compagnies foncières au Canada oot subsisté jusqu'à nos jours et il s'en est formé de très puissantes dan« la Nouvelle-Zélande et en Australie. Au point de vue des priaape* l'on justifie la vente de grandes quantités de terrain à des société^ de capitalistes par la doctrine de la liberté des échanges : on ne i^f pas pourquoi, dit-on, Ton exclurait de grandes compagnies si tUr*
remplissent toutes les conditions exigées pour la culture des terres. Cet argument ne nons semble p:is suffisant ; car c'est un intérêt évi* dent de la colonie que les terres ne soient pas accaparées par quelques grandes sociétés, ce qui finirait précisément par détruire la liberté des échanges et mettrait les colons à la discrétion des capitalistes. Nous maintenons ce que nous avons établi plus haut, qu*il est du devoir du gouvernement de prendre les mesures nécessaires pour éviter cet accaparement, et pour faire que le colon ait toujours à choisir entre les terres domaniales vendues par TÉtat et les terres de propriété privée que les acheteurs primitifs voudront mettre en vente. Nous ne prétendons pas pourtant condamner les grandes compagnies foncières; tout au contraire, nous aimons à les voir s'établir dans les colonies naissantes, pourvu qu'elles n'absorbent pas la plus grande partie des terres fertiles. 11 y a donc une limite dans les concessions ou les ventes qu'il est bon de leur faire : pouvant être très utiles si elles ne possèdent qu'une certaine porlion du hol, elles deviendraient nuisibles si elles l'accaparaient. Réduites à cette juste mesure qu'il est facile à une administration habile de déterminer, les compagnies foncières ont, à l'origine de la colonisation, beaucoup plus d'avantages que d'inconvénients. Ou a prétendu qu'elles laissaient les terres en friche, attendant que la hausse des terrains environnants ait donné aux Jeurs de la valeur. 11 serait aisé de prévenir ces abus, d'abord en recourant au système d'impositions locales en usage aux Étals-Unis, ensuite en introduisant dans les ventes des conditions de résiliation pournon-cnlture; or, comme !«,* remarque Merivale, dans ce cas la responsabilité d'une grande compagnie est bien plus réelle que celle de petits colons dispersés : la surveillance, en outre, est facile et de plus elle est légitime; car 2»'il est imprudent de s'immiscer dans la gestion de propriétaires privés, il est, au contraire, très utile et très juste de se rendre un compte exact des opérations de grandes sociétés anonymes. 11 faut remarquer, d'ailleurs, que l'on a beaucoup exagéré les inconvénients des compagnies foncières coloniales. En fait, l'histoire prouve qu'elles se sont, en général, appliquées à donner à leurs terrains de la valeur par une multitude de travaux, comme routes et canaux, allotissement des parcelles, et parfois construction de villages et de maisons : elles s'entendent infiniment mieux à des travaux de ce ^enre que l'administration. C'est ainsi que les compagnies ont agi, spécialement au nord de l'Amérique : le Canada leur doit une partie de sa prospérité : «t Elles ont rendu la terre habitable, dit Merivale,' pour la classe des petits laboureurs, qui, sans l'avance de quelques capitaux et sans des travaux préparatoires pour leur réception, au-
raient été incapables de sortir des difficultés que présentent les lorêts d'Amériques. Ces compagnies leur construisent des loghmaff, leur défrichent le terrain et leur font des prêts... Dans les colonies d'Australie, les compagnies foncières ont rendu d*autres serTice>. elles sont parmi les plus habiles et les plus heureux spéculateor^ pour la production d'articles d'exportation et elles ont entreprit et bien conduit de grands ouvrages de travaux publics. » Gomme le Uit remarquer le môme auteur, les intérêts des compagnies de capiUlistes sont les mêmes que ceux des capitalistes ordinaires: cV^t d'amener une plus value de leurs propriétés par des dépenses inti 1ligentes ; seulement les compagnies sont beaucoup plus en état ût faire les travaux avec économie et habileté que des capitaliste» particuliers. De telles sociétés sont beaucoup plus portées àpécberjur excès de confiance dans leurs opérations, par une trop grande arti* vite et des entreprises trop considérables que par Tinertie. 11 faut d'ailleurs penser que l'obligation de distribuer à lei^rs actionnaire'^ des dividendes annuels les contraint à réaliser leur actif, dès qu'eli»"* le peuvent faire avec profit et à hâter par tous les moyens Tarènement des gros bénéfices. Bien loin d'être enclins à attendre passiT<^ ment d'un lointain avenir des gains assurés, ces grands établi»>«'ments financiers ont l'habitude de provoquer par tous les moye.v les bénéfices présents, parfois même aux dépens des bénéfices fotim La critique contre les grandes compagnies foncières est tombée dans de telles exagérations qu'on a été jusqu'à leur faire unrnmf d'exporter de la colonie la plus grande partie de leurs divideiiue^ annuels, presque tous leurs actionnaires résidant dans la mère patrie ; c'était ne pas réfléchir que le capital qui avait produit ce$<)i^>dendes avait été attiré dans la colonie précisément par la fondai) a des grandes compagnies et que les colons par conséquent devaient se féliciter de cette fondation. Un autre avantage des grandes o m* pagnies foncières dans les colonies nouvelles, c'est celui que M. Juit^ Duval a mis en relief à propos de la Société générale algérienne f*' Utique de l'empereur en Algérie) ; ces puissantes compagnies attirée: sur la colonie Tattention des habitants de la mère patrie; eUi>j créent une masse considérable d*intérêts nouveaux ; elles fono<cl un corps doué d'une imposante autorité pour soutenir dans U ni^ tropolc la cause des colonies.
Quelle quo boit l'importance d'un bon régime d'appropriation «!<* terres, il faut encore bien d'autres mesures pour assurer la prvHfr* rite d'une colonie. La production a trois facteurs : la terre, !«<•*• pilai et le travail; elle ne se peut passer d'aucun d'eux, bien quJ» ne doivent pas toujours se combiner dans la même proportit^o*
LA MAIN-D*ŒUVRE: et l'immigration. o99
Ainsi certaines colonies qui ont un monopole naturel pour la production de denrées d*exportation, ont un grand besoin du facteur capital ; on calculait au commencement du siècle que l'Angleterre avait fixé aux Antilles un capital de plus de 2 milliards. D'autres colonies, au contraire, qui produisent principalement des articles de nécessité en vue de leur consommation propre comme le Canada et qui, par cela même, sont spécialement destinées aux petits agriculteurs ont un beaucoup moindre besoin de capital ; il leur en faut cependant dans une certaine proportion ; car des évaluations dignes de foi et déjà anciennes portaient à80 livres sterling (2,000 fr.) la somme dont une famille a besoin pour s'établir sur une ferme au Canada; il est probable que maintenant il faut un capital au moins double. Ainsi les trois facteurs étant indispensables à la production et les colonies n'en offrant naturellement qu'un seul, la terre, il reste à savoir comment l'on se procurera les deux autres. Il doit sembler à uï\fi multitude d'esprits qu'il est complètement superflu â*organiser par des moyens artiflciels un courant permanent de capital et de travail, partant de la métropole pour alimenter les colonies. Ce courant, dira-t-on, s'établit naturellement par le seul attrait des terres nouvelIes]où le capital se trouve plus rémunéré et où le travail est plus productif. A l'appui de cette opinion l'on citera rUnion américaine et l'Australie, vers lesquelles se dirigent sans cesse une quantité énorme de bras et une quantité considérable de capitaux. C'est là une vue superficielle et qui donne la preuve de la légèreté avec laquelle même des esprits distingués et sensés en d'autres matières jugent des choses de la colonisation. Il est vrai que, quand une colonie est parvenue à Tâge adulte, uu courant stable s'est formé qui lui apporte une partie du capital et du travail des vieilles sociétés ; mais il s'agit de faire parvenir ces sociétés à l'âge adulte et d'amorcer ce courant; or, c'est là une entreprise infiniment plus difficile qu'on n'est, en général, porté à le croire.
Beaucoup de plans ont été soit imaginés par des publicistes, soit exécutés par les colons pour réunir l'immigration des capitaux à Timmigration de la main-d'œuvre. De tous ces plans le plus ancien, le plus universel, le plus durable, c'a été le servage ou l'esclavage soit des populations indigènes, soit de populations étrangères, de race inférieure, importées par la force. Quelque sévère que soit le jugement que l'on porte au point de vue du droit et de l'humanité sur l'institution de l'esclavage, il ne faut pas perdre de vue les avantages qu'elle a pu présenter, à un certain point de vue et en un certain temps, aux colonies et à l'Europe. Nul plus que nous ne fiétrit cette odieuse violation des principes les plus élémentaires de
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réteraelle justice, cet attentat ébonté à la fraternité humaine; nul n*applaudit avec plus de sincérité aux nobles efforts tentés par les peuples civilisés pour extirper cette ignominie de la face de la tort ; nul ne trouve plus justifiées ces énormes dépenses de capitaux êlde sang bumain qui ont eu pour but Tabolitiou de l'esclavaget mus aussi, tout en condamnant, au point de vue de la justice eide l*é* quilibre durable des sociétés, cette institution barbare, eepandant on est forcé de reconnaître qu*elle a présenté à rorigine ées avantages, qui ne rachetaient, il est vrai, en aucune façon ses monstrueux inconvénients, mais qu'il est puéril de contester. Un économiste éminent, Roscber, a osé écrire ces lignes : « L'esclavage des nègres a son côté économique brillant L'injustice sociale de l'esclavage a fait perdre de vue ses avantages économiques. » Quels peuvent donc être ces avantages? Un économiste anglais, Merivale, qui écrivait avant l'économiste allemand qiK nous venons de citer, les expose avec son habituelle netteté : » L«* travail esclave est bien plus cher que le travail libre partout où r«*ii peut se procurer en abondance du travail libre. Quand la densité de la population pousse l'homme libre à offrir ses services comme dans les vieilles contrées pour un peu plus seulement que le minimum naturel des salaires, ses services sont plus productifs et moia» chers que ceux de l'esclave, cela est vrai sans exception de climat. • Mais il arrive très malheureusement que cette offre du travail libre n'existe pas dans les colonies où il y a une grande étendue de sol fertile non approprié. Alors les hommes libres dédaignent le nlaire, si considérable qu'il puisse être, et se dispersent sur celle vaste étendue déserte, y cultivant de petits champs qui, en retour de quelques heures de travail par semaine, leur donnent une noorriture suffisante. Il se produit alors non pas une société, mais une juxtaposition de petits propriétaires végétant dans une indokace barbare sur un sol d'une étonnante fertilité, et à la longue un retour complet à la barbarie. « Il est donc évident, ajoute Merivale, qn aucune cause économique ne peut être assignée sur laquelle od puisse compter pour l'abolition de l'esclavage, et que ceux qui ont cru que les nations se convaincront graduellement que le mainlien de l'esclavage est contraire à leurs intérêts se font des ilIusioas« • Cette conclusion a besoin de quelques explications et de quelques réserves. L'esclavage a eu pour effet d'enrichir les colons à Ion* gine et pendant un certain laps d'années, et, d'un autre côté, d'imprimer à la production de certaines denrées, le sucre et le cotno spécialement, un essor singulièrement rapide, qui a profité par conséquent aux sociétés européennes. Voilà deux faits qu*il oou»
LA MAIN-D'ŒUVRE ET L'IMMIGRATION. 60f
semble impossible de contester. Le colon a tiré un énorme profit de Tesclavage parce que la différence entre le coût du travail esclave et le coût du travail libre était considérable, et beaucoup plus encore parce qu'il pouvait au moyen de la traite se procurer du travail esclave dans une proportion illimitée, tandis qu*il n*eût pu, quelque prix qu'il y eût mis, augmenter en peu de temps dans une proportion considérable Toffre du travail libre. J.-B. Say estime qu^un nègre aux Antilles françaises coûtait annuellement 300 francs pour son entretien et 200 francs pour intérêt et amortissement du prix d*achat, tandis que les gages d*un laboureur libre montaient h 1,800 francs. En admettant même qu'un travailleur libre, travaillât deux fois plus ou deux fois mieux qu'un esclave, et assurément c*est une exagération, le colon aurait encore eu un immense intérêt à se servir de travail esclave. Aussi les produits des plantations furent-ils exorbitants à l'origine. Adam Smilh nous apprend que les planteurs anglais couvraient leurs frais avec le rhum et le sirop, et avaient le sucre pour produit net: c'est, dit Roscber, comme si les fermiers européens pouvaient rentrer dans leurs avances par la vente de la paille, et avaient comme profil net tout le produit de leurs grains. Et cela se produisait aux colonies, alors que la culture était dans l'état d'enfance, sans engrais, sans changement de récoltes, sans ustensiles perfectionnés. Voici précisément l'un des grands inconvénients de l'esclavage : c'est cette immobilité de la culture, c'est cette absence de rotation de récolte, c'est la fabrication à outrance et sans mesure d'un seul produit, qui épuise la terre, qui expose à des crises fréquentes et qui condamne, en fin de compte, les colonies à esclaves à une décadence rapide ou à une liquidation longue et pleine d'angoisses. L'esclavage a été utile aux premiers colons, c'est une puérilité de le nier, mais cette utilité a été momentanée, elle a duré 100 ans, 150 ans peut-être, mais à la longue elle a amené l'appauvrissement. Voilà pourquoi l'esclavage est nuisible et pourquoi, en définitive, même au point de vue économique, quoi qu'en disent Roscher et Merivale, il doit être condamné, non pas qu'il n'ait singulièrement contribué dans le passé à la rapide croissance des colonies et à l'essor de la production des denrées coloniales, non pas qu'il ne puisse encore dans le présent offrir à ceux qui s'en servent des avantages immédiats et positifs ; mais parce qu'il forme des sociétés anormales, non seulement au point de vue moral mais au point de vue économique, des sociétés dépourvues de tout élément de stabilité industrielle, entièrement adonnées à la production de denrées de luxe en vue de l'exportation, c'est-à-dire un commerce plein de risques et de soubre-
sauts, parce qu*il entraîne avec soi Texploitation abusive ei, es dernier résultat, l^épuisement du sol.
Quand les colonies anglaises et françaises ont vu resclavage leur échapper, quand les colonies espagnoles ont senti qu'elle»-même5, malgré l'appui de la métropole, ne pourraient le consener tou* jours, elles ont eu recours à une institution analogue, ayant dins Tordre économique, moral et politique, des effets presque identl* ques, quoique le droit humain fût respecté en apparence; ceUinstitution, c'est Timmigration par voie d'engagement de travaiUear> exotiques, indiens ou chinois en général. Nous nous sommes Iod* guement arrêté dans la première partie de cet ouvrage sur cetu méthode facile de se procurer de la main-d'œuvre. Nous avons hit ressortir ses avantages immédiats pour soutenir, rétablir, étendre même une production qui faiblissait; on a vu Tile Maurice, eotre autres, développant d'une manière inattendue ses cultures et }od industrie, grâce au travail des coolis; mais nous n'avons pas cacbf les inconvénients immenses et durables de cet expédient d'uDf passagère utilité. L'immigration des coolis sur une très grande échelle est peut-être encore plus dangereuse que le maintien d> l'esclavage. Nous ne nous plaçons pas ici au point de vue de '• morale et de la liberté humaine, qui se trouvent rarement respectées dans ces engagements que vicient presque toujours la fraud* ou l'ignorance ; nous parlons uniquement au point de vue ècuti*' mique, social et politique. L'introduction dans nos Iles de re^ milliers d'ouvriers étrangers, ayant des mœurs, une religion, u^ langage complètement différents de notre langage, de notre rrhgion et de nos mœurs; la corruption asiatique que ces aventunen appartenant à la lie des sociétés indienne ou chinoise inocules', aux colonies européennes; l'instabilité qui résulte de cette v&«t^ population flottante que rien n'attache à la terre qu'elle culu^e. les crises monétaires ou alimentaires qui se multiplient, soit par Se drainage des métaux précieux que produit périodiquement le d^* part des coolis pour leur patrie emportant leurs épargnes à Ytxç * ration de leur engagement, soit la nécessité permanente de demander aux Indes des aliments spéciaux que les coolis conseotcM seuls à consommer; le spectacle de cette société bigarrée, u''' lien d'aucune sorte, sans communauté d'intérêts, sans subordixiition réelle: c'est là quelque chose d'affligeant et qui doit donm* des inquiétudes. Les gouvernements ont trop encouragé cei't institution vicieuse ; au lieu d'aider à son développement, il ^^^ été plus prudent de chercher à la restreindre. L'immigration dt^ coolis perpétue en fait l'état de choses que l'esclavage avait crié: 'i