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CHAPITRE II

Des progrès de la richesse dans les colonies. — De Tassiette

des imp6ts.

Monrcilloux pro|çrès de la richesse aux colonies. — La cause principale en est à l'énorme productivité des capitaux employés au défrichement de sols vierges. — Las profits des capitaux y sont très élevés non seulement à cause do leur rareté, mais à cause de leur productivité. — Exemples.

Rapide développement de la population. — Précocité des mariages. — L'accroissement de la richesse est encore beaucoup plus rapide que l'accroissement de la population. — Chiffres sur ce sujet.

Pendant leur première période les colonies sont exclusivement agricoles. — L'industrie n'y peut naître et se développer que par des circonstances accidentelles et exceptionnelles.

Pn''dominance du commerce extérieur dans la plupart des colonies. — Importance du crédit. — Fréquence des crises commerciales. — Les lois dans les pays neufs sont plus favorables au débiteur qu'au créancier.

Du régime financier. — Les meilleures ressources coloniales sont les droits modérés à l'importation, n'ayant aucun caractère protecteur, et le prix de la vente des terres. — «Exemple de plusieurs colonies anglaises. — Les colons supportent souvent une somme d'impôts beaucoup plus élevée que les habitants de la métropole.

De la constitution de réserves de terres au profit des églises, des écoles ou des Étais. — Avantage et inconvénients. — Système ingénieux proposé par l'archevêque Whaiely.

Des droits d'enregistrement. — De la mesure dans laquelle ils peuvent ôtrc établis aux colonies . — Utilité de la facile circulation des terres et de Ja sécurité des transactions en immeubles.

Après avoir étudié successivement le meilleur régime des terres et Torganisation du travail la meilleure dans les colonies, il convient d'examiner brièvement la nature spéciale des progrès et le caractère distinclifdu développement de ces jeunes sociétés. C'est un préliminaire indispensable aux règles qu'il nous faudra tracer pour l'administration et le gouvernement des colonies et spécialement pour rétablissement des taxes.

Une foule de circonstances concourent à donner aux sociétés coloniales une force d'impulsion et d'expansion avec laquelle rien ne se peut comparer au monde. La première cause de celte capacité de développement, c'est l'accroissement de productivité du travail quand on l'applique à des sols à la fois fertiles et vierges. Unpubliciste, contemporain des premiers établissements anglais en Améri-

612 RÉGIME APPLICABLE AUX ÉTABLiSSKMENTS COLONIAUX.

que, sir Josiah Child, disait que le travail d'un homme a quatre foi< fois plus de valeur aux colonies que dans la métropole. William Penn émeltaii la môme pensée sous forme d'aphorisme. Alexandn.» de Humboldt la justifia par des statistiques scientifiques. SeloDun calcul de ce savant, le blé rendait en Prusse quatre ou cinq foi^'.i semence; en France, cinq ou six fois en moyenne, dans les meilleurs sols treize fois la semence; à la Plata, il rendait, en moyenno. douze grains pour un; au Mexique, en moyenne, dit-sept;auPéru, dix-huit, etau Mexique équinoxial, vingt-quatre fois la senien»"e.*> sont assurément des preuves notables de fertilité. Mais si ronc-mpare la quantité de valeur écliangeable produite par un lab-mn-' en Europe à celle qui est créée aux tropiques par un travailleur ^'ir une plantation de sucre, ou môme en Australie par un pasieur <". moutons, la difi'érence devient encore beaucoup plus frappante i. qu'il y a de particulier aux colonies, c'est que cette producli\ilr l' grande des sols vierges, merveilleusement doués pour la fourDitur de certaines denrées, est exploitée dès l'origine par des population^ d'une haute culture, ayant toutes les ressources de la civili^atioQ b plus avancée : tandis que l'histoire de l'Europe, au contraire, n.»r.' montre les fondes inépuisées du sol tombant en échéance à l'oriinuo à des populations barbares, dénuées des moyens nécessaireà jhlî en retirer toute l'utilité possible. Non seulement dans les Ktatscol 'niaux, l'étendue des terres fertiles peut, pendant un grand n<»iDb'i' d'années, être regardée comme illimitée, non seulement lescolui.^ apportent avec eux toutes les ressources de la civilisation la p!r« avancée, mais l'on peut encore dire que les premiers immijrrjii^ ont, pour la plupart, des capacités morales et des ressources in'* •lectuelles plus grandes que la moyenne des habitants des TieJ'*contrées. Ceux qui quittent leur patrie pour chercher fortune ùmdes sociétés naissantes, ce sont généralement les plus énergiques <t les plus entreprenants, les esprits les plus sagaces et les pl"^ actifs. En outre, l'on a fait remarquer, avec raison, qu*un sran nombre de penchants, qui sont des défauts dans les vieilles > ciétés, s'annihilent dans les sociétés naissantes ou se Iran^ft^r ment môme en facultés utiles. Ce qui contribue à donner i développement des colonies cette rapidité qui étonne au prt mier abord, c'est que toutes les forces de l'homme y sont exclu* vement tournées vers la production et la capitalisation; c'e^tqut*' outre toutes ses facultés les plus variées et les plus contraires y in*» vent un champ d'emploi sans pareil. La main-d'œuvre est exce*>v vement rétribuée dans ces sociétés naissantes, parce que, ffrArr i rétendue et à la productivité du sol, son utilité est très grande

cette élévation des salaires permet à chaque ouvrier de sortir proTuptement du prolétariat où, dans les vieilles contrées, il serait sans doute resté toute sa vie: cette possibilité d'avancer rapidement sa carrière et cette absence de limite à l'amélioration de sa condition redoublent l'activité de son travail et Ténergie de ses efforts. L'intérêt des capitaux est aussi excessivement haut par les mêmes raisons qui maintiennent élevé le taux des salaires, c'est-à-dire par la productivité et l'étendue du champ d'emploi {field of einployment). Aussi voit-on aux colonies un taux de l'intérêt analogue à celui qui existait au moyen âge. Mais quelle différence dans les causes qui amenaient alors en Europe et celles qui amènent anjourd'hui aux colonies cette élévation de l'intérêt! Au moyen âge, la cause presqile unique de l'élévation de l'intérêt, c'était le risque de l'état social et politique: aussi les capitaux ne se prêtaient-ils guère qu'à des seigneurs pour des emplois improductifs : la prime d'assurance était trop élev<''e pour que le commerce et l'industrie pussent, dans une large mesure, recourir au crédit. Aux colonies, au contraire, la rause principale de Télévalion de l'intérêt, c'est la productivité des capitaux, leur utilité multiple et leur force créatrice. On a vu qu'au beau temps de Saint-Domingue, une plantation ordinaire rapportait 20 p. 100 de- frais de premier établissement. Dans l'Australie du Sud, avec toutes les garanties de si'ciirité, l'intérêt était encore, il y a trente-cinq ans, delop. 100(1). On con(,"oit combien cette élévation du (aux de l'intérêt, provenant non pas de l'étendue du risque, mais delà productivité des capitaux, se trouve être favorable à l'épargne. Aussi I cpargne ost-elle immense aux colonies, en proportion du revenu. Dans les vieilles contrées, la consommation presqucparlout va d'un pied à peu près égal avec la production, l'on dépense prescpie tout <*e que Ton gagne ; aux colonies, au contraire, du moins à l'origine,l'accumulation est presque le seul objet du capitaliste et même, »îuoi([ue dans une moindre mesure, de l'ouvrier. Le dé>ir de la dépense, le besoin de briller, les goùls du luxe, les habitudes de société qui font concurrenct* à l'épargne dans les vieilles contrées, existent à peine dans ces établissements naissants. De même que toutes les forces physiques et intellectuelles y sont tournées vers la production matérielle, toutes les forces morales portent à la capitalisation.

La population s'accroît aussi en proportion bien plus grande que dans les contrées depuis longtemps habitées ; non seulement l'immigration lui apporte des contingents nouveaux ; mais le mouvement

(l, Koschor, Colonien und colonial Politik^ p. CG.

intérieur de multiplication est singulièrement accéléré. Dans Ws contrées vieilles, de nombreuses catégories de la société redoatrat le mariage comme une charge ; des classes entières, pour na pas dire toute la nation, à peu d'exceptions près, craignent le fnnd nombre des enfants comme la ruine. Aux colonies le mariage pre* coce est presque une nécessité ; car, dans ces sociétés laborieas€s et dispersées, la femme légitime est la seule compagnie qui paisse distraire le travailleur; la famille est la seule joie qui soit à la portée de ces pionniers des forêts ; les enfants sont une source de revenu et de bien-être. Parmi les boêrs du Gap, dit Roscher, six ou ^t^pi enfants sont regardés comme une très petite famille {ausserst tceni*» : l'es veuves avec plusieurs enfants trouvent facilement à se marier, parce que le travail d'enfants à moitié adultes fait plus que O'tupenser les frais de leur éducation. D*après Tucker, la règle aux Etat^ Unis, au commencement du siècle, était que les hommes s*étab!:ssent et se mariassent à 21 ans : Depons affirme, c'est à peine si • -n peut le croire, que dans TAmérique espagnole les jeunes gens qui n'étaient pas mariés à 20 ans commençaient à passer pour de vieux garçons.

Dans de pareilles circonstances on conçoit que le développemect soit rapide. Nous avons donné dans le chapitre précédent Texeniple merveilleux de TOhio, vaste forêt à la fln du xviii* siècle, devenant en cinquante années Tun des États les plus peuplés de TUnion américaine. L'augmentation de la richesse,* du moins dans les col(^nlei qui ont des facilités pour la production de denrées d'exportati«»o. prime cependant encore les progrès du peuplement. Le New*Jer<er, en 1795, dit Roscher, produisait cinq fois autant qu'avant la R^m>lution; l'exportation du coton aux États-Unis, qui, en 1792, m*tiitait seulement à 62,100 kilog., passait, en 1834, à 173 millions de kilog. ; en 1852 et en 1853, elle avait une valeur de plus de Uf9 millions de dollars. L'on sait ce qu'elle est devenue depuis. Dans dix États de TUnion la population augmentait tous les ans de 30. 8 p. 100. la valeur des terres de 68 p. 100. En Virginie, l'augmentation de i population n'était que de 7 p. 100, celle des terres de 31. Pe^dlllK que dans toute l'Union la population tous les dix ans croissait de 33 p. 100, l'importation montait de 47 et l'exportation de 51, rti*ja* du thé de 61, du café de 81, du vin de 46 et la masse des efp«'«*e« précieuses de 80 p. 100, on moyenne l'augmentation de la rirh'^^se se comportait avec l'augmentation de la population comme 50 avec 31 (Roscher). On connaît, d'autre part, les progrès enrort plus extraordinaires de IWustralie ; nous avons dressé plu» hiut le tableau du développement de la production de la laine dans Li

NouYelle-Galles du Sud. On a tu quelle quantité prodigieuse de richesse était sortie de ces huit moutons mérinos, trois béliers, cinq brebis importés en Australie, il y a moins d*un siècle.

Mais il ne suffit pas de constater le développement rapide des colonies, il convient encore d*en examiner les particularités. Au point de vue économique la société coloniale présente quelquesuns des caractères des sociétés qui sont dans un état inférieur de culture ; les terres abondent, les bras et les capitaux manquent. Mais ce qui distingue les sociétés coloniales des sociétés primitives, c'est que Tesprit d'entreprise est aussi hardi et aussi persistant dans les premières qu'il est dans les autres faible et intermittent. Cependant cet esprit d'entreprise, se portant prin- -cipalement vers les opérations agricoles ou rencontrant dans les opérations industrielles des obstacles considérables, ne parvient pas à changer Vétat des choses qui résulte de la pénurie de capital et de bras. Pendant tout le premier âge de la colonisation les produits bruts, c'est-à-dire ceux où la collaboration de la nature a la plus grande part, la plupart des produits agricoles en un mot, sont à bon marché ; au contraire, les marchandises qui ont exigé du capital ei de la main-d'œuvre en quantité notable, c'est-à-dire presque tous les articles de manufactures, sont à des prix considérablement élevés. Roscher fait remarquer que le paysan du Far-West de l'Amérique envoyait récemment encore quatre boisseaux de blé au meunier pour en retirer trois de farine, pendant que, en Allemagne, la rétribution du meunier n'équivaut généralement qu'au seizième du blé qu'il convertit en farine. La division du travail fait toujours déraut à cette première époque de la vie coloniale: l'industrie rudimentaire y est habituelle; il n'y a pas généralement de fixité dans les prix; l'échange en nature tient d'ordinaire une plus grande place quo réchange au moyen de l'équivalent monétaire. Une foule d'autres caractères des sociétés primitives se retrouvent dans les sociétés coloniales à leur première période. Ainsi, comme le remarque encore Roscher, l'on est étonné de la quantité de corvées ou de prestations personnelles que les paysans américains fournissent pour les services publics. Au lieu de se racheter par une contribution équivalente, ils préfèrent travailler de leurs personnes et avec leurs voitures et chevaux aux chemins et aux autres ouvrages d'in-. lérêt local. Quoique contraire en apparence aux intérêts bien entendus des cultivateurs, cette organisation y est cependant complètement conforme au fond, à cause de la rareté des salariés dans cette contrée et par conséquent de la grande élévation du salaire.

Pendant longtemps les travaux agricoles sont roccupatîon pre^ que exclusive des colons ; la possession de la terre est trop attrayante, la main-d'œuvre el les capitaux trop rares, la division du InTiJI trop rudimentaire pour que Tindustrie puisse prendre bientôt essor aux colonies. 6e ne sont que des circonstances exceptionnelles, du fait de la nature ou de Thomme, qui peuvent déterminer dans cei sociétés naissantes rétablissement des manufactures. AinM* quand une colonie est excessivement éloignée do la métropole, il arrive souvent que certaines industries s*y développent, mais d'abonl uniquement pour les articles grossiers. Dans la Nouvelle-Galles d-i Sud, par exemple, les chapeaux, les cuirs, les étoffes communes d* lin ou de laine ont pris du développement comme fabrication locale parce qu'il faut presque faire le tour du inonde pour chercher e. Angleterre ces articles de peu de valeur et de beaucoup de vulumr Dans la Nouvelle-Espagne Tinduslrie s'éleva de bonne heure, ^'• partie h cause de la densité de la population et de Thabilel^ dt> Indiens pour les ouvrages manuels, en partie h cause du très niaivais état des chemins qui séparaient les plateaux des côtes et qn. augmentaient les dinicultt's du transport ainsi que les prix des mj> chandises venant d'Europe. Aux Étals-Unis, c'est Tannée l8(Kiqiii est le point de départ de Tindustric nationale, parce que, alurs, «o règlements sévères pris par l'Angleterre et la France rendirent It commerce des neutres presque impossible; Tannée IHli H U guerre avecTAngliilerre produisirent aussi U»» niCnies elTeti». «Ni peut (lire que cet état de choses eut en Amérique une influf^nc • analogue à celle de droits protecteurs qui autaieut frappé le< niichandises européennes en faveur de celles de TTuicm.

Sauf ces circonstances exceptionnelles du fait de l'homme ou d*la nature, les colonies, pendant toute la première période de )t* r existence, s'adressent aux vieilles sociétés pour sepourv(ûrd\.bjfL* manufacturés. Or, il est à remarquer que les colins, qui quîlt* -ji une contrée douée d'une haute culture pour une contrée tout»» primitive, em[)ortent avec eux une foule de besoins et de goûts raifir > que les ressources du pays où ils sont venus se placer sont pendant longtemps dans Timpobsibilité de satisfaire. Aussi le commer:r extérieur a-l-il pour les colonies une singulière importaiire et lieniil une prédominance bien caractérisée dans leur organisation ^* nomique. Dans un grand nombre d'entre elles, dans toute» rci.t notamment qui ont des facilités spéciales pour la production d- • denrées d'une utilité universelle, presque toute la produotum • l'exportation en vue ; et dans celles mêmes qui ne jouissent |»a» • t ces conditions privilégiées, le commerce extérieur no laisse pa^ q ^

d'avoir une exceptionnelle importance. De cet état de choses résultent des conséquences qu'il est important de noter.

Un des effets de cette prédominance du commerce extérieur dans la plupfart des colonies et de la rareté des capitaux dans presque toutes, c'est le développement que le crédit ne tarde pas à y prendre. Dans presque toutes les colonies le crédit a une extension singulière, soit par rapport à la population, soit par rapport à la richesse existante. Il est presque impossible qu'une colonie se développe rapidement, si elle n'a recours, sous une forme ou sous une autre, mais dans une large proportion, au crédit. Dans les colonies dont la production a l'exportation en vue, le crédit agit au moyen de prêts que les fabricants ou commerçants de la métropole font aux colons. De tout temps et chez toutes les nations la dette des planteurs envers les ports métropolitains a été énorme ; et il n'en pouvait être autrement, parce que les colons ne pouvaient développer leur production qu'en obtenant des capitaux considérables; or, ces capitaux, c'étaient leurs correspondants des ports qui avaient le plus d'intérêt à les leur avancer et qui se trouvaient le mieux placés pour rentrer dans ces avances. D'un autre côté, dans les colonies môme qui dirigent leur production vers la consommation locale et immédiate, le crédit ne laisse pas que de prendre aussi un développement notable ; la cause en est dans l'esprit d'entreprise que suscite l'abondance des terres et dans la rareté du numéraire, laquelle est toujours excessive aux colonies. M. Michel Chevalier raconte dans ses lettres sur l'Amérique du Nord, que dans un village qui se construisait, où trente maisons à peine étaient achevées, oh l'on se heurtait partout aux racines des arbres brûlés ou abattus, il rencontra tout à coup une maison fort apparente avec cette inscription : « Of/îce of de posùe and discount ^ SchuijlkiU Bank». C'était une banque d'émission dûment autorisée par la législature de riiltat. Presque toutes les colonies américaines ont passé à leur berceau par l'école périlleuse du papier- monnaie, et les raisons en sont faciles à saisir ; il est naturel que les premiers colons aient eu inflniment plus d'objets à tirer de l'étranger que d'équivalents à lui offrir. L'importation pendant toute la première période de la vie coloniale dépasse nécessairement l'exportation ; aussi les métaux précieux de la colonie sont-ils drainés chaque année par le comnncrce extérieur; les moyens d'échange font défaut pour le commerce du dedans et l'on a recours au papier. Cette situation, jointe à l'esprit de spéculation et d'aventures, influe sur tout l'état social des colonies. Roscher fait remarquer que dans presque toutes les colonies les lois sont plus favorables au débiteur qu'au créan-

cier. C'est ainsi que dans la plupart des établissemenls européens la saisie immobilière n'esistait pas et Ton sait combien on i eo de peine à Tintroduire aux Antilles françaises lors de raboUlicn de Tesclavage. Les mœurs comme les lois sont pleines d'indol^nnre pour le débiteur insolvable; la faillite n*a rien qui entache ThoDneur; c*est dans ces sociétés singulièrement élastiques un accident passager, qui n*a rien de définitif et que Ton fait facilement oublier.

On comprend que les crises commerciales soient singulièrement fréquentes dans ces sociétés si actives et si dépourvues de moyens de résistance. Elles le sont d'autant plus que par le développemeri considérable de leur commerce extérieur, les colonies supportent toutes les influences de la mère patrie et ressentent très graTement les moindres commotions du commerce métropolitain. Les colo* nies surtout qui se consacrent tout entières à la production de deux ou trois denrées spéciales pour l'exportation sont exposée» i des catastrophes aussi intenses que nombreuses. Les Indes ucndentales ont eu à traverser un grand nombre de ces crises. Dès qt/e les prix du sucre et du café s'éleyaient, les planteurs par la facilite qu*ils avaient d'emprunter à leurs correspondants des ports et d** recruter des esclaves par la traite, étendaient immédiatement le<:r production. Dès qu'une cause ou une autre amenait une bais-^ dans les prix, la production ainsi étendue ne pouvait plus aisémcci se restreindre, et il en résultait pour certaines colonies un état ^t crise permanent. Ce ne sont pas seulement les colonies à sucivqui ont été ainsi frappées. Dans les autres aussi les circonstances p</Iitiques ou commerciales de l'ancien monde exercent une inlluenri* considérable et produisent parfois de terribles commotion» Le» prix des objets les plus usuels varient aux colonies dans des pr> portions inouïes. Quelques années avant l'arrivée de Humboldt m Mexique, le prix du fer monta de 20 francs à 240 et celui de raciei de 80 francs à 1.300. Aux États-Unis, en 1836, l'exportation n^atleignit pas 107 millions de dollars et Timportation monta à 190 millions. On conçoit qu'il en résulta une crise monétaire; les colonie^. d'ailleurs, sont exposées à ces sortes de crises. L'inégalité coosidrrable qui se présente parfois entre leurs exportations et leurs imp rtations et les variations fréquentes et énormes que subissent le^ unes et les autres, en sont la cause. Il est incontestable que beancoup de ces difficultés et de ces catastrophes qu'eurent à travervfr les colonies européennes, venaient du mauvais régime qu*on >ur avait imposé ou qu'elles avaient elles-mêmes adopté, Tesclarj^e» ii pacte colonial ; mais, même avec des institutions meilleures, elk«

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