‹ De la colonisation de l'AlgérieChapitre 4 sur 7 · FAITE · texte numérisé non relu

FAITE

AVEC LES ihimm ou'offre l'abmée.

Il y a un an, je fis demander dans tous les corps de l'armée d'Afrique des états nominatifs des officiers,, sous-officiers et soldats qui voudraient se consacrer à la colonisation de l'Algérie, aux conditions que j'indiquais dans ma circulaire. Les conditions étaient à peu près celles que je vais proposer.

Les soldats admis dans les états devaient avoir 3 ans de service à faire, ou s'obliger à contracter un engagement pour les compléter. Il y avait des colonnes indiquant leurs nom, prénoms, lieu de naissance, profession, l'avoir dont ils pouvaient disposer.

La récapitulation de ces états me donna environ 9,000 sous-officiers et soldats, présentant un avoir de près de 4,000,000 fr.

Si de tels résultats ont été obtenus sur une simple question du général en chef, que ne devrait-on pas attendre d'une loi qui donnerait aux colons militaires des garanties, au lieu des espérances que je pouvais seulement leur offrir ? Sans témérité , on peut conclure qu'avec une loi qui assurerait les inantages que

je ^;H^uia. nilievoir, un trouvciait non seulement dans I armée d Afrique , mais encore dans l'armée de France, plus de colons militaires qu'il ne serait possible den établir avec les forces et l'argent qu'on aurait à sa disposition.

Je n'ai pas besoin de in'appesantir sur ce point. En général, dans le monde, on ne voit pas difficulté à trouver des colons militaires avec les conditions que je leur fais ; mais on doute que ces colons puissent se procurer des femmes en nombre suffisant.

Je ne partage pas cette crainte. La connaissance intime que j'ai faite depuis 30 ans avec le peuple de nos campagnes, m'a convaincu que quand nos soldats se présenteront dans leur village, ayant à la main l'extrait de la loi ou de 1 ordonnance rendue en vertu dune loi, qui leur garantira une propriété de 10 bectares, une maison bâtie par leurs camarades, aux frais de l'État , les outils aratoires les plus essentiels, quelques bestiaux et les vivres pour eux et leurs femmes jusqu'à ce qu'ils soient en état de pourvoir eux-mêmes à leur subsistance, ils trouveront à se marier. Qu'elle est donc la villageoise sans fortune, ou n'ayant que très peu de chose , qui refuserait d'épouser un propriétaire de 10 hectares? Ne saiton pas que l'amour de la propriété est la passion la plus constante de l'homme des champs. C'est elle qui me fera trouver des colons militaires à volonté ; c'est elle qui leur i'era trouver des femmes.

Mais, dira-t-on, c'est parce que les futurs sont propriétaires en Afrique que les femmes refuseront, ne voulant pas s'expatrier.

Cela, j'en conviens, pourra en arrêter (juelquesuncs, mais non pas le plus grand nombre. Les femmes sont en général aventureuses; et, du reste, s'il arrive (|u il y ait «les difïicullés à faire les premiers mariages, il me parait bien certain (pi'une fois l'exemple donné. }o^ oltstacles disparaîtront , et <pi"on trouvera autant

(le teiuincs qu On en vuuclr;). Elles s enlraîiieruiU les unes les autres.

Si, contre mon attente, nos soldats ne trouvaient pas de femmes, mon système serait sape par sa base; il faudrait y renoncer. Mais, qu'aurait-on perdu par les essais que je demande à faire sur une certaine échelle, afin que l'expérience soit significative? Les villages que les troupes <mraient bâtis pour des colons militaires, seraient peuplés avec des familles civiles, et l'État aurait fait à bon marché plusieurs établissemens agricoles qui concourraient à créer ce cadre de colonisation, dont j'ai parlé plus haut, et qu'à mon avis , on doit former pour accélérer et consolider l'œuvre de la colonisation générale.

On l'ait encore une objection contre les familles <{ui ne seraient composées que d'un homme et d'une femme ; on dit que c'est trop peu, que si l'un des deux vient à tomber malade, l'autre est nécessaire pour le soigner, et qu'il y a suspension de travail; que si les deux tombent malades à la fois, c'est encore pire. Ces observations sont vraies , elles ne m'avaient pas échappé dès le principe , et c'est pour cela qu'à Mercd et à Mahelma j'ai associé deux à deux les colons militaires, pour qu'ils n'eussent plus la chance fâcheuse de voir le travail suspendu , et les bestiaux rester sans soins. Ces associations ont lieu fréquemment dans des villages de France.

Mais, croit-on que les familles civiles, même assez nombreuses , ne soient pas sujettes à voir le travail suspendu , et qu'il y ait autant d'avantages qu'on le pense dans le grand nombre de ces bras peu valides ou trop jeunes ? Il suffit d'inspecter d'un peu près nos villages civils pour se convaincre qu'il y a beaucoup de familles qui ne peuvent pas ou presque pas travailler. Plusieurs ont perdu leur chef unique; il ne reste qu'une femme et quatre ou cinq enfans. Mes colons militaires, quoique plus robustes en général.

ne seront assurément j)as innnorlels; mais, ceux qui mourront dans la premii-re année ne laisseront qu'une femme et tout au plus un enfant. C'est bien moins embarrassant pour lÉtal, ([u une fenune déjà vieille accompagnée de 5 ou 6 enfans incapables de travailler. La femme du colon militaire étant jeune et n'ayant pas une nombreuse famille trouvera immédiatement à se remarier. La nombreuse famille du colon civil restera longtemps à la cliargc du trésor public.

On voit par ce simple aperçu , que rinconvénicnt de l'isolement dans la famille du colon militaire est bien moins grand, qu'il n'apparaît d'abord, quand on le compare aux inconvéniens inbérens aux familles civiles ; inconvéniens qui frappent nos yeux tous les jours lorsque nous parcourons les villages créés autour d'Alger. Au Fondouck, il y a déjà une trentaine d'orphelins de père et de mère, qui ne peuvent vivre que de la cliarité gouvernementale.

Dans d'autres villages, on voit beaucoup d'hommes devenus célibataires. Les Prussiens sont à peine arrivés depuis deux mois , et déjà l'on conq)te plusieurs hommes qui ont perdu lein^s femmes et leurs enfans; un plus grand nombre de familles où il ne reste qu'une femme vieille avant heure et décrépite, accompagnée de i ou 5 enfans incapables de travailler. Enfin , il y a bon nombre d'autres familles (pii ne sont composées que d'orphelins de père et de mère, hors d'état de pourvoir à leur subsistance. II faudra de toute nécessité que l'administration militaire ou civile les prenne sous sa tutelle pendant 4 ou o ans et quelquefois davantage. Ainsi, l'on fait des dépenses énormes pour des bras inutiles à la ])roduction comme à la défense du pays. Qu'on cesse donc de vanter si haut les avantages de la famille nombreuse. Quand une telle famille n'est pas composée en majeure partie de bras valides, son nombre, au lieu d'èlre un avantage, est un fléau, et je préfère

le colon inililaii'O vigoureux avec sa jeune fennne.

Si une somme quelconque était votée au budget pour faire des essais de colonie militaire, voilà comment j'opérerais :

Je choisirais sur les états que j'ai en main, ou sur de nouveaux états , un noml3re de sous-offîciers et soldats correspondant à l'allocation. Les laboureurs en formeraient la masse, mais il y aurait dans chaque centre de population le nombre nécessaire d'ouvriers en bois, en fer, en pierre et autres, pour les besoins de l'agriculture.

Tous les colons choisis recevraient immédiatement un congé de six mois pour aller en France se marier.

Ils seraient invités à ramener avec eux quelques individus plus ou moins valides de leur famille, et à rapporter, autant qu'ils le pourraient, tout leur avoir réalisé en écus, sauf quelque mobilier. Ils seraient encore invités à abréger leur congé et à revenir dès qu'ils seraient mariés.

Immédiatement aussi, je placerais sur chacun des centres de population choisis pour la colonisation militaire un Ijataillon chargé de faire les constructions, les chemins, les conduites d'eau, la fontaine, le lavoir, l'abreuvoir, etc. Il planterait des arbres, préparerait des jardins et ensemencerait les terres dans la saison convenable. On conçoit combien il est important de ne pas perdre une année de végétation, afin de mettre plus vite les colons en position de se passser des secours de l'État.

Les travailleurs du bataillon seraient payés comme les paie le génie militaire , comme ils sont payés pour faire les villages prussiens, à savoir, 0 fr. 35 c. pour huit heures de travail aux simples terrassiers, et 0 fr. 50 c. aux maçons , charpentiers , carriers , l)riqueticrs, chauftburniers, etc.

Les colons militaires revenus de France devraient leur travail gratuit, puisque ce serait pour eux qu'ils

liavaillei'ai<înl , ot quo l'Élat l'ei'ait presque tous les frais de leur établissement. En efl'et, l'État fournirait la solde des travailleurs du bataillon, le fer, les bois (le eonstruction, quand on ne pourrait se les procurer sur place , le mobilier agricole, les semences, et les vivres de la famille jusqu'à ce que ses récoltes lui permissent de vivre par, elle-même.

Sur ce dernier point , je pense qu'il ne faut pas limiter le temps d'une manière a])solue et uniforme, parcequ'il ne peut y avoir d'uniformité dans les circonstances oii se trouvent les colons. Il est telle localité où on pourra les abandonner à eux-mêmes dès la fin de la première année ; tandis que sur d'autres points il faudra les nourrir en partie pendant 1 8 mois, 2 ans, et peut-être 3 ans. Sans tracer aucune règle fixe à cet égard, je voudrais me borner à établir que le maximum du temps où les colons pourraient recevoir leur nourriture serait de 3 ans.

Dans le tableau approximatif des dépenses aux frais de l'État pour l'établissement d'un colon militaire , j'ai calculé les secours en vivres et quelques autres prestations, sur une moyenne de 18 mois.

Je crois inutile d'entrer ici dans les détails d'exécution des travaux d'installation des villages ; nous opérerons comme il a déjà été fait pour St-Ferdinand , Ste- Amélie, Mahelma , et comme nous faisons en ce moment pour les Prussiens , sauf peut-être quelques modifications dans la disposition des maisons.

On trouve habituellement dans un bataillon les ouvriers d'art nécessaires aux constructions d'un village. S'il en manque quelques-uns , on les prend dans d'autres corps.

Quant aux laboureurs, ils abondent. On trouve aussi facilement des jardiniers de deuxième ou troisième ordre, et des planteurs d'arbres.

Si la colonisation militaire, ayant réussi dans ses premiers essais, devait être pratiquer sur une larije

échelle, i! serait pi'oI)ablt'ment nécetsaire ciOrganiser ilaiîs l'armée de France quelques bataillons provisoires d'ouvriers pour marcher plus vite. On ne saurait trop accélérer une œuvre qui doit consolider la conquête et libérer la France. Cette institution de bataillons d'ouvriers ne serait pas moins profitable à la colonisation civile, dont elle rendrait assurément la marche beaucoup plus rapide et moins dispendieuse.

Je dois dire pourquoi je préfère à des libérables des soldats ayant 3 ans de service à faire. Par cette mesure j'ai voulu servir l'inlérèt politique et financier de l'État , celui des colons eux-mêmes et celui de la colonisation en général.

Si mes colons militaires étaient libres dès le début, il faudrait une législation toute spéciale pour les obliger au service militaire et à l'exécution de tous les travaux diililité publique. Cette législation était entrée dans mes premiers projets. J'ai reconnu plus tard qu'elle serait difficile à faire, plus difficile encore à obtenir, vu la tendance des esprits, et j "y ai renoncé. rSe pouvant obtenir le mieux possible selon moi , je demande le mieux relatif Le mieux possible , à mon avis, eut été de tenir les colons de l'armée pendant un temps indéterminé sous le régime militaire. Indépendamment des difficultés que j'ai signalées, il aurait fallu créer pour faire fonctionner ce régime et maintenir la discipline , un corps spécial d'officiers rétribués à qui on aurait dû assurer une certaine carrière. Cet élément delà question était très embarassant ; il n'a pas peu contribué à me foire abandonner le régime militaire permanent. Mais jai voulu en conserver les avantages pendant les temps de la création , parceque durant cette période , il est nécessaire d'avoir une grande autorité. Sans la discipline et avec la liberté individuelle du libéré , nous ne pourrions faire exécuter qu'à grands renforts de budjet lous les travaux d'uîiliîé publique; et comme les

vhainl)i'es ne voUTaicnt cfi'IamL'nu'nt pas les sonnnes nécessaires pour rexéeiilion de ces travaux par des l>ras civds , ces établissemens lani^ui raient comme ont lani^ui et languissent encore bon nombre de nos villages de France ; les colons en soulï'riraient ; la solution de la question en serait retardée.

Pendant les 3 ans durant lesquels les colons seront soumis à la discipline, sans quil soit besoin de taire aucune législation nouvelle, puisqu'ils seront encore liés au service par la loi du recrutement , on fera exécuter à très peu de frais, dans les moments perdus pour l'agriculture , tous les travaux généraux , tels que , les routes, les ponceaux , les dérivations d'eaux pour 1 irrigation , la plantation des avenues, le dessèchement des parties marécageuses , les aqueducs de salubrité, et, dans les chefs-lieux des communes , l'église, le presbytère , la mairie , la prison, la halle , etc. , etc.

Voilà ce qui doit apporter une énorme dilférence entre la prospérité des colons militaires et celk des colons civils.

Les premiers, dans le cours des 3 années, se pourvoiront eux-mêmes , en vertu d'une discipline qui crée l'association des efforts individuels, de tous ou presque tous les objets d'utilité publique.

Les seconds, sous le régime de la liberté individuelle , attendront ces bienfaits du Gouvernement , et comme celui-ci restera impuissant devant des nécessités si multipliées, ils attendront longtemps.

Autre considération : Dans un village civil, tout le monde n'est pas actif, tout le monde n'est pas moral , tout le monde n'est pas entendu dans la meilleute direction â donner à ses travaux , à ses plantarions ; tout le monde ne sait pas qu'elles sont les cidtures qu'il est le plus intéressant de propager dans l'intérêt individuel , comme dans 1 intérêt général de la colonie et de la métropole ; chacun agit à sa guise.

I/ivi'ogne va au cabaret au lieu do travailler; le fainéant se croise les bras , lorsqu'il a beaucoup à faire. Celui-ci cultive du tabac ; l'autre n'en plante pas. Celui-ci plante des mûriers et des oliviers dans d'assez bonnes conditions ; l'autre ne plante rien du tout ou plante dune manière détestable.

En un mot , c'est une société sans règle, sans discipline , sans unité d'impulsion. Je ne pense pas que cela puisse amener bien vite la prospérité générale.

S'il se trouve à la tète de la colonie militaire un bomme de quelque habileté , et nous tacherons qu'il en soit ainsi , il donnera à tous les travaux une di rection uniforme, en harmonie avec l'intérêt des individus et les intérêts généraux de la colonie et de la France.

Pendant les 3 années , les bonnes habitudes s'étabUront , et il est permis d'espérer qu'elles se continueront lorsque le village ou la commune seront rendus au régime civil. En un mot, pour accélérer la marche d'une société qui commence , il faut de l'autorité chez ceux qui la dirigent. Trois ans de cette autorité me paraissent suffisans pour établir de tout point l'aisance d'une commune.

Le régime civil auquel seraient ramenés après 3 ans les colons militaires , devra-t-il être immédiatement le mêmequeceluides territoires civils actuels? Je ne le pense pas. Je crois qu'il sera bon de les tenir encore longtemps sous l'autorité militaire qui régit en ce moment les territoires mixtes. Ainsi, des officiers seraient administrateurs et juges. Ce serait dans l'intérêt des administrés comme dans ceux de l'État. Les sociétés nouvelles réclament une administration simple , une justice prompte et sans frais. L'Etat qui a tant à dépenser pour les choses urgentes et fondamentales a besoin d'une grande économie dans l'administration. Or. si l'on introduisait partout

ladiiiiiiislralioii cl lajusiice civiles, nu fur rt à niesuir des progri's d'une colonisation (|u"il est du plus liant intérêt politique de rendre aussi rapide (pie possible . nous verrions bientôt doubler, tripler, décupler même le Inidget civil actuel , déjà très considérable.

Quand l'État aura fait le cadre vigoureux de colonisation militaire et civile que je demande ; quand il aura exécuté les grands travaux de première urgence : (juand les cases du cadre auront été remplies en partie par les intérêts individuels arrivant librement et d'euxmêmes ; quand les Arabes de toute part enlacés par notre colonisation se seront résignés à accepter notre joug, le moment sera venu d'établir partout l'administration civile de la France.

Tout en renonçant à donner aux colons tirés de l'armée la discipline militaire permanente, je crois <iu"il est indispensable de la leur conserver jusqu'à un certain peint par une loi de milice un peu plus foite que la loi actuelle des milices dans les territoires civils. On aura le temps d'y réfléchir.

Il me reste à indiquer la position géographique des colonies militaires. J'ai déjà dit que dans mon système une zone d'environ douze lieues à partir de la côte serait abandonnée à la colonisation civile, faite en partie par les soins du gouvernement, en plus grosse masse par les intérêts individuels ou collectifs.

C'est donc en avant de cette zone, à de rares exceptions près, que seraient placés les colons tirés de l'armée.

Cela est rationnel sous tous les rapports. La société la plus robuste doit couvrir celle qui est plus i'aible. En outre, j'ai démontré précédemment que la colonisation civile serait d'autant plus pénible et d'autant plus coûteuse qu elle s'éloignerait davantage de la mer.

Les colons militaires étant installés aux frais du gouvernement et par le travail de leurs frères d'armes,

ii n'y a pas d injustice à les placer dans les condiiions l€s plus difficiles, puis([uc les difficultés leur sont applanies. Ils ouvriront donc les voies à la colonisation civile par de-li\ la zone qui lui est actuellement et temporairement affectée : On les placerait en commençant, dans le voisinage de nos postes militaires, pour rendre le travail plus facile et moins coûteux , comme aussi pour que la défense mutuelle fût mieux assurée.

Dans la province d'Alger, la colonie militaire s'établira au sud de l'Atlas, dans ces beaux espaces qui s'étendentde Médéah jusqu'au versant sud du Jurjura, et dans le grand bassin du chéliff supérieur, au sud de la cliaîne de l'Ouersenis.

Quoique le Dabra soit dans la zone de la colonisation civile, comme le terrain en est fort accidenté, et que les tribus y sont très-remuantes, très-belliqueuses, je crois qu'il est bon d'y faire précéder la colonisation civile par quelques colonies militaires.

Dans la province de Constantine, les colonies militaires me paraissent devoir être placées d'abord sur nos communications, à partir dune douzaine de lieues de la côte, et entre les villes et les points de l'intérieur. Ainsi, elles échelonneraient les routes de Bône à Constantine par Guelma, de Constantine à Sétif, de Constantine à Batna.

Il en serait de même dans la province d'Oran au début.

Plus tard et dans les trois provinces, on en placerait en avant de Tlemcen, Mascara, Milianab, Médéah, Sétif etc. Plus tard encore, on pourrait prendra quelques stations dans lebetitdésert, afin de mieux assurer notre action sur cette contrée, et d'avoir ainsi des voies commerciales avec l'intérieur de l'Afrique. Il y a dans le petit désert des localités fertiles ayant de bonnes eaux et même du bois. Nous sommes obligés de dominer ces contrées pour enlever à notre ennemi les

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lessoiirces Jo lout ^o.nrc qu'elles lui offrent. On nosl réellement maître d'un pays conquis ; on n'y jouit de quelque repos, de quelque sécurité qu'en le possédant tout entier. L'occupation restreinte, à moins qu'elle ne se borne à quelque point fortifié de la côte , est tout ce qu'il y a de plus impossible au monde. Beaucoup de personnes se sont persuadé que c'était un système pacifique ; c'est au contraire la guerre en permanence ; car, l'ennemi à qui on laisse l'espace, l'impôt, le recrutement, se sert naturellement de ces moyens pour essayer de vous chasser de la petite portion de terrain que vous vous êtes réservée, et ne vous tient aucun compte de votre imprudente modération. On est donc bientôt contraint de tout prendre, pour vivre en paix, sinon toujours, du moins habituellement. L'angleterre a-t-elle pu s'arrêter dans l'Inde? Et cependant les affaires de ce pays n'étaient pasdirigées par des militaires ambitieux de renommée et d'avancement. Cette compagnie de marchands n'aspirait pas h la gloire militaire et à des grades, comme on nous en accuse souvent ; elle ne voulait que des avantages commerciaux, et les nécessités l'ont conduite à faire la guerre presque tous les ans.

Vous êtes dominés en Afrique par la même loi ; la force des choses vous a conduit à vous emparer militairement de tout le pays, sauf la chaîne du Jurjura, que vous prendrez aussi. La colonisation ne s'arrêtera pas plus que la conquête. Avec le temps elle envahira tout. La colonie militaire est son avant-garde la plus vigoureuse, la plus intelligente , la plus capable de la faire respecter des Arabes.

Pour mieux faire saisir l'ensemble des dispositions par lesquelles je voudrais constituer les colonies militaires, je crois utile d'ébaucher ici un projet de l'ordonnance 'qui serait rendue, en vertu de la loi ouvrant un crédit pour cette colonisation.

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