LE CLIMAT
Si dix siècles après l'invasion des Barbares , il ne restait aucunes traces de la prospérité des colonies de l'ancienne Rome , ce n'est pas que la nature africaine eût dégénéré. Le climat réunissait toujours les conditions les plus favorables à la végétation, et la terre n'avait vuni perdu do sa merveilleuse fécondité ; seulement la population indigène ne s'était pas maintenue à la liauteur de ces avantages. Affaissée sous le poids de l'oppression, elle avait perdu toute espèce de ressort. ElU; s'était montrée parcimonieuse de travail envers cv sol toujours prêt ii prodiguer ses dons , et les facilités mêmes de la production avait accru son indolence.
Un savant botaniste, l'abbé Uesfontaines , <pii visita les côtes de l.i Barbarie, il y a cincjuantc
ans , faisait dès lors un magnifique éloge de l'Algérie.
Le sol de la régence, abstraction faite des parties qui longent le désert, lui paraissait moins sablonneux et plus fertile que celui du royaume de Tunis. Il trouvait aussi que de ces deux États , le premier avait des montagnes plus élevées et plus multipliées, et par suite des pluies plus abondantes et un plus grand nombre de sources et de ruisseaux : à tous les avantages de la région qui nous est aujourd'hui soumise , il fallait encore ajouter, selon lui, un climat plus tempéré, et une végétation plus active et plus variée *.
' « pars regui Tunetani qua^ austvuju veisus prolenditur areuosa , vix inontosa et sole ardentissimo exsicalta parum feras 3 ca fiua- mari vicinior pulcherrimis oleanim salis ditissima, ibifjuc lre(]aentissiina(^ occurrunt ci vitales et pagi populosi. Regio aulem quai omiiinô ad occidenlem A'ergit;, laonlilius collibiisque referta, rivis et rivulis ii rigala , omnium feracissima messes quotannis pnlcherriraas gignil.
» Sal raarinum cum tenâ taulà quantitate raixtum ut fontes aquarum dulcium lougè infrequentioies quam saisi, et uitraria naturalia non désuni ctiam abundantissima. Solum Algcriense minus aicnosum, si rcgionem deseilo contenninam excipias , longé adhuc fertiiius 3 montes altiores sunt et numerosiores , pluvia> majoii abundantià cadunt , arjuarum scaturigines et rivi frcquentiores , cœlura luagis lemperalum indcque major plantai'um numerus » — Floia Allanlica, sivc histofia plantarunij quœ in Atlante , Agro Tunetano et Algeriensi crcscunt. Prefat., p. n.
Tous les savans qui ont vécu ilaas l'Afrique septentrionale ont porté le même jugement que le célèbre botaniste de TAcadémie des sciences, sur les qualités précieuses qui distinguent le climat de la régence.
Le docteur Sha\v faisait observer que dans ce beau pays , le mouvement des saisons et la succession des accidens atmosphériques ne se manifestent point par les effets extrêmes qui, dans les autres parties du monde , rapprochent et confondent même quelquefois les phénomènes météorologiques les plus opposés. 11 signalait l'extrême égalité de la température, ni trop élevée pendant l'été, ni trop froide pendant l'hiver, et les transitions presque insensibles, par lesquelles elle passe d'un état à un autre , aux époques de ses plus grandes révolutions '.
L'abbé Poiret , auteur d'un voyage en Barbarie, justement estimé, tient à peu près le même langage. Ce qu'il admire le plus dans l'Afrique septentrionale , c'est que les productions naturelles n'ont point h craindre l'intempérie des saisons; elle est exempte des rigueurs de l'hiver.
' « Tlic ciiltiv;ited p.iil> ol" ihc kingdom ciijoy a vciy wholesome aud tcmpciatc aii . 'Hio sca^oiis iiisciisibly lall iiitu cacli othcr, and tlic grcat njiiability r)f llic tempcratuic, clc. » — Trai-els orobieivadons rclaling lo $t\xral parts of Barbary , II« part., chap. I" . p. i et 28.
des froids tardifs , des pluies trop abondantes , des sécheresses trop longues , des brouillards empestés, el des ravages de la grêle. Le printemps y règne presque sans interruption , et la température s'y rapproche beaucoup de celle de notre mois de mai. Pendant cette saison , remarque -t-il encore, des pluies fréquentes, réunies aux rayons d'un soleil vivifiant, y développent , dès le mois de janvier, une végétation abondante '. *
Nous pourrions encore citer le capitaine Rozet, un des ingénieurs -géographes les plus distingués de l'armée française. La température est très-agréable à Alger pendant une grande partie de l'année, assure-t-il. Quand vient l'été, la chaleur est très- vive , sans doute , mais elle n'est point accablante, et l'étranger s'accoutume facilement à la supporter. Beaucoup des plantes de l'Europe tempérée et même des environs de Paris , vivent dans cette atmosphère , qui, presque toujours chaude et jamais brûlante, favorise extraordinairement la croissance des productions naturelles du sol -.
Les témoignages si décisifs que nous venons
' P^ojagc en Barbarie^ II« part. , Histoire, naturelle j p. no et 74.
^ Voyage dans la régence d'Alger, t. I""", cliap. VII, p, i55 et i54, et chap. IX, p. 177 et i85.
d'invoquer ont étt* d'ailleurs conlirniés récemment par les travaux, des ofticiers de la marine française. La direction du port d'Alger vient de pubiiei' un ta])leau météorologique, d'où il résulte que pendant l'année 1837, les variations du thermomètre se sont accomplies de S il 25 degrés, c'est-à-dire, dans un cercle très-limité, de 17 degrés et toujours au-dessus de zéro '.
11 s'en (aut de beaucoup que la France soit lussi heureusement partagée .chez nous, les lluctuations du thermomètre embrassent une «'chelle de 32 <legrés , tombant jusqu'à 8 degrés
' Situation des ctablisscincns frani au^ dan^ l'A/i^ù-tt, § XVI, p. 29-î et 295.
Les prcinièros études de ce jjciiic oui clé Tailcs en i83o par un ingénieur-géographe de l'armée d'Afrique. Pendant son séjour a Alger, le capitaine Roz.et , au moyen d'un baromcti'c mctrùfue et de plusieurs thermonutrcs centigrades , se livra à une série d'observations ipii erabrassèrenl luic période de trcr/-c mois coiiséculils. Le capitaine Levrel , un de ses amis , iut associé à ses travaux. Quoique les nécessités de la guerre aient contrainl ces deux l»ra\es oflicicrs de laisser <[uclques laciuies dans leurs relevés , ils n'en n'ont pas moins recueilli des rcnseignemens utiles pour l'appréciation des phénomènes météorologit[Ucs de l'Algérie. Un de leurs tableaux a rapport à la capitale, l'antre à la plaine de la Mitidja. Kn général, les résultais qn ds ont obtenus coïncident d'une manière remarquable avec les observations de la direction du port d'Alger. — t^oyugc. dans lu rfgence d'Alger, t. I'■^ chap. VU, p. H2-i4o-
au-dessous et ne s'ëlevant pas à moins de 24 degrés au-dessus de zéro.
D'autres remarques non moins importantes r essor tent des observations scientifiques de la direction du port d'Alger. La hauteur commune du thermomètre pendant les mois de juin , de juillet , d'août et de septembre qui sont marqués par les plus grandes chaleurs , a été de 19, de 23, de 24 et de 22 degrés; celle des trois mois d'hiver, novembre , décembre et janvier, a varié de 14 à 15 degrés, moyenne qui diffère peu, en effet, de la température de notre printemps ^.
Tels sont les résultats généraux des fluctuations de la température dans la régence d'Alger. Ses mouvemens particuliers, comme on le pense bien , embrassent une latitude beaucoup plus grande. Au mois d'août , le thermomètre monte
' Tableau des etablissemens Jrançais 11^ ipavi. , ch. XVI, p. 2q4 et 295.
Qu'il y a loin de ce climat à celui du reste de l'Afrique. « Les deux tropiques enferment dans la zone torride la majeure partie des terres africaines, dit M. Davesac3 les parties comprises dans les zones tempérées se réduisent à moins d'un quart de la superficie totale... C'est dans le Sahara et les plaines limitrophes que la chaleur est le plus intense; elle s'élève à Bornou et dans le Hhaousâ jusqu'à plus de 45 degrés du thermomètre oclogésimal; elle atteint même 5o dcgiés dans les basses terres de Bénin. » — Esquisse générale de VAfriçjuCj p, 27 et 28.
quelquelois à 34 degrés, tandis qu'au mois de janvier, il descend jusqu'à 5. Une seule lois, depuis sept ans, on Ta vu s'abaisser à zéro '.
• f^oya£,c dans la régence d'Algei\, t. b', p. i45 et i46. — Calendrier du cultivateur algérien , Revue, africaine, VII'' livraison, p. 49 et 5o.
En dehors du tenitoiic de la ville d'Alger, la terapératurc , sans perdre ses caractères généraux , ne conserve pas toujours sou extrême égalité. Elle est nécessairement diversifiée par les accidens du sol , qui , successivement exhaussé par les chaînes transversales de l'Atlas, s'élève de terrasse en terrasse comme les gradins d'uu vaste amphithéâtre.
Le capitaine Rozet a trouvé \\ degrés pour la température d'un puits très-prolond, situé au milieu de la plaine de la Mitidja, à la hauteur de Kabr-er-Roumiah. Sur le col de Ténia, situé à 1 ,000 mètres au-dessus du niveau de la mer et faisant partie du petit Atlas, le thermomètre, par un temps allreux et lorsque toutes les montagnes voisines étaient couvertes de neige, se soutenait encore le i5 décembre i83o, à 7 heures du matin, .1 3 degrés au-dessus de zéro.
A Médéah , ville dont les environs ont le même aspect que les campagnes du centre de la France , le thermomètre indiquait 5 degrés au-dessous de zéro, le 11 décembre i85o. Les sources et les puits de cette A'ille donnaient nne température mi)>,eniie de i4 degrés.
Une boune citerne de la nouvelle Casbali d'Uran, à yo mètres au-dessus du niveau de la mer, ollril au c;ipitaiuc Rozet une température moyenne d'un peu plus de i- degrés. «En comparant la température maximum d'Alger avec celle d'Oran , ajoute cet officier, j'ai reconnu qu'elle était presque constammenr, plus élevée dans cette dernière ville , et que la diilérence allait quelquefois jusqu'à \ degrés. »
Les variations de l'atmosphère sont encore plus scnsii»lc>
Le maximum de la température, considérée dans ses variations diurnes, se fait généralement sentir de midi à deux heures du soir, quoique le thermomètre soit généralement plus élevé à neuf heures du matin que pendant le reste de la journée. Presque toujours vers la dixième heure, et plus tard dans l'après-midi, une brise de mer ou un vent de l'intérieur vient rafraîchir l'atmosphère si puissamment échauffée par les rayons du soleil. L'influence de la nuit produit un abaissement dans la température qui varie de 1 à 3 degrés, et va rarement à 4 ^
Les nuits les plus froides des mois de décembre et de janvier amènent quelquefois des gelées blanches. Comme les orages sont très-
dans les campagnes de Constautine. Ou remarque quelquefois des neiges au mois de mai sur le plateau de cette ville, taudis qu'à Bonc on éprouve déjà une chaleur de 25 degrés. L'automne est redouté pour ses intempéries, et, à l'époque des deux équinoxes , les vents du sud -ouest et du nord -ouest amènent de foites rafales , un temps brumeux et de grandes pluies.
Les nombreuses modifications que Tair subit dans les difi'éreates parties de la régence , n'ont rien, au reste, que de très -avantageux pour les travaux agricoles. C'est précisément la diversité des influences atmosphériques qui favorise tous les genres de culture , depuis les productions de l'Europe septentrionale jusqu'à celles des pays situés entre les tropiques.
• f^oyage du capitaine Rozet, t. P% p. i46 et i47-
rares, il tombe peu de grêle; et la neige est un incident météorologique qui survient à peine une ou deux fois dans le cours de l'année. Celle-ci , beaucoup plus fréquente sur les montagnes du petit Atlas que dans la plaine , s'y fond ordinairement avant l'expiration du mois dans lequel elle est tombée ^
C'est par la combinaison des effets les plus heureux de l'humidité et de la chaleur que la température de l'Algérie est si admirablement propre au développement de la végétation.
La saison pluvieuse se prolonge pendant six mois, de novembre en mai. Les pluies, qui aux autres époques de l'année ne durent guère plus d'une heure ou deux, sont alors continues et très-abondantes. Presque toujours ce sont des vapeurs marines, que le vent du nord enlève à la surface de la Méditerranée et pousse dans la direction du sud. Les vapeurs, au moment où elles approchent des confins du désert, sont
' Situation de.s èlablissemens français dans l'Algérie ^ II« part., p. 294. — Foyage dans la régence d'Alger, t. I*"^, chap. Vn, p. iS^. — Calendrier du cultivateur algérien ^ Revue africaine^ VII* livraison, p. 5o.
« Il ne peut exister de neiges perpétuelles sur le petit Atlas, remarque M. Rozet , puisque la cîme la plus élevée de cette chaîne n'atteint que i ,65o mètres au-dessus du niveau de la mer, et que la limite des neiges perpétuelles dans le centre de l'Europe est de 2,700 mètres. »
tout à coup arrêtées par la grande muraille de l'Atlas et refoulées sur les terres du littoral : là, par le merveilleux travail de la nature, elles se résolvent et tombent en eaux fécondantes *.
En 1837, d'après les relevés de la Direction maritime , il y a eu 63 jours de pluie -.
La quantité moyenne de l'eau du ciel qui tombe à Alger est de 27 à 28 pouces ^. C'est un tiers de plus qu'à Paris, où l'on compte cependant 134 jours pluvieux. On a calculé que la pluie , année moyenne , donne à cette capitale de la France, une masse d'eau équivalant à 19 pouces 6 lignes et 94 centièmes ^*.
Mais quand les pluies cessent ou deviennent
' Desfontaiues, Nouvelles annales des f^oyagesj II« série, t. XVII, p. 325 et 326. — Considérations statistiques sur la régence d' Alger j par M. Juchercau de St-Denis, p. i5 et i4- -—Le capitaine Rozet, f^oyage dans la régence ^ t. 1"% p. i5i et 162.
' Tableau des établi ssemens français, II* part., p. 294.
^' Shaw, Travels in several parts of Barbary, p. 219.
A la même page , ce savaut voyageur donne un tableau des pluies qui ont tombé à Alger de i^So à 1755.
» La France considérée sous le rapport de la géographie physique et politique, p. 34»
Un tableau dressé par M. Arago nous fait connaître la quantité d'eau moyenne qui tombe annuellement dans les diverses parties du monde. {Dictionnaire universel de Géographie, t. I*', introd., p. xx et xxj.) Nous regrettons de rie pouvoir donner ici, comme ppint de comparaison^ ce travail de l'illustre savant.
rares , riiumidité continue de tempérer , sous d'autres formes, l'action trop vive de la chaleur. Pendant le jour, une vapeur aqueuse répandue dans l'atmosphère , humecte tous les corps ; et, une demi-heure après le coucher du soleil , les rosées commencent à tomber avec une si grande abondance , qu'elles pénètrent la tente du soldat , et rafraîchissent le champ du laboureur presqu'autant que nos pluies d'orage ^
Sur toute la côte du littoral , comme dans le port d'Alger, les vents du nord et du nordouest régnent depuis le mois de novembre jusqu'au mois d'avril. Ils font baisser le thermomètre, amènent les pluies et déterminent les tempêtes dont on a trop exagéré les dangers. Les vents du sud et du sud-ouest sont moins fréquens , et ceux de l'est et de l'ouest encore plus rares : ces trois derniers font monter le thermomètre et rassénissent presque toujours le ciel 2.
' Voyage, dans la régence et Alger j par Ï\I. Rozct , l. P', p. i47 et 167. — Rapport sur la colonisation de la régence d'Alger, par M. de la Pinsonnière, P*" part., p. 65.
« En général , les rosées sont très-abondantes , rapporte le capitaine Rozct. J'ai vu souvent dans la province d'Alger les toiles de nos tentes percées par elles j à Oran, il nous sufllsait de rester dehors pendant une heure pour avoir nos habits traversés. »»
^ Desfontaines, Nou\>elles annales des Voyages, H* série, t. XVI, p. 526.
Tout le monde sait que le fameux Simoun des Arabes est le
Le baromètre ne descend jamais au-dessous de 29 pouces 1/10 et ne s'élève pas à plus de 30 3/10, sous l'intluence des causes physiques qui modifient continuellement l'état de l'atmosphère. Ses indications, si complexes, si heurtées et si extrêmes de notre côté de la Méditerranée , s'exercent conséquemment , à Alger, sur une échelle d'environ un pouce *.
La constance du beau temps est un des caractères les plus frappans du climat de l'Afrique française. Les observations météorologiques recueillies par les soins du gouvernement , nous apprennent qu'en 1837, on n'a compté que 142 jours de ciel voilé , de brouillard , de pluie et
plus formidable des vents du sud. C'esi une chaleur fébrile et souvent insupportable , «pii souffle du désert de Sahara , et se répand sur le pays. La formation d'un voile brumeux et roussâtre sur les montagnes du petit Atlas aruionce son approche. La température augmente alors de 5 à 6 degrés , et l'atmosphère embrasée deviendrait une source de désastres , si la durée de ce phénomène n'était pas ordinairement bornée à vingt-quatre heures.
L'abbé Poiret fait observer que, dans les environs de la Galle, la plupart des arbres sont inclinés vcjs le sud-est, et que le vent le plus violent et le plus commun sur ces côtes est le nord-ouest. L'inclinaison des arbres ne serait-elle pas, demande-t-il , un moyen pour le voyageur de juger quels sont les vents les plus forts qui régnent dans un canton ? — Voyngt en Barbarie, V^ part., lettre XXVI, p. 190.
' Considérations statistiques sur la régence d'Alger^ par le général Juchereau de Saint-Denis, p. 20.
d'orage. Il y a eu 223 jours de beau temps sur 365, ce qui fait à peu près les deux tiers de l'année K
Kn générai, le ciel est d'une admirable pureté, l'atmosphère remarquablement sereine , et l'air extrêmement sain -. Si , en quelques endroits , des émanations dangereuses s'élèvent des eaux croupissantes, cela tient à des causes purement locales et qui doivent bientôt disparaître. Les légers Jjrouillards qu'on voit se former, après le lever du soleil, ne tardent pas à se dissiper sur les hauteurs du massif, et, quoiqu'ils persistent plus long-temps dans la plaine, il n'en résulte aucun inconvénient. Les maladies endémiques sont inconnues à Alger , et Ton remarque , comme une preuve des qualités hygiéniques de
' Situation des èlablisse.mens français dans l'Algérie , II* part., p. 294 et 295.
' Tra^'cls in several paris of Barbary, par le docteur Shaw, n* part., cbap. I*^^', p. i. — Dcsfoutaines, Nouvelles annales des Voyages., W" série, t. XVI, p. 525. — Le capitaine Rozet, Voyage dans la régence, l. \" , cli. VU, p. 166. — Nouvelles observations du maréchal Clauzel , p. 56. — M. de la Pinsonuière , Rapport sur la colonisation, p. i^.
La hauteur sur laquelle la capitale de la colonie est assise, cl le mont Boudzarcah avec son entourage de collines, ont clé regardes de tout temps comme les parties les plus saines du territoire d'Alger. — M. Pharaon Joanny, Annales de la société coloniale:, t. I'% p. 49-
l'air, que dans le dispensaire public , la durée moyenne des traitemens n'excède pas vingt-deux jours. M. le rapporteur de la commission d'Afrique a donc raison de dire que « ce climat doux et facile convient à merveille au tempérament des Européens » ^.
' Tableau de la situatioti des établissemens français , II* part., p. 3i8. — M. de la Pinsonnière, Rapport sur la colonisation ^ p. 14.— Rozet, Foyage à Alger, t. l'S p. 166.
CONFIGURATION ET ASPECT DE l'aLGÉRIE.
Il existe, sous beaucoup de rapports, une analogie frappante entre la péninsule hispanique et le littoral de la régence. On dirait à voir leur configuration physique, que ce sont deux portions d'une même contrée , dont l'invasion de la mer a brisé l'unité. Celle -ci est, comme celle - là , sillonnée dans tous les sens par des lignes montueuses qui se relient entre elles, en formant mille sinuosités. Dans l'une et l'autre, des ravins profonds, de riches vallées et de beaux pâturages se dessinent sur ie versant des montagnes. On remarque , en delà comme en deçà de la Méditerranée, la même
disposition du sol , qui s'élève graduellement en plateaux superposés au-dessus du niveau primitif de la côte *. Enfin, dans les deux pays, l'encaissement de la plupart des rivières entre de hautes berges et le dessèchement périodique de leurs eaux , offrent d'autres points de ressemblance extérieure.
La température moyenne de l'Algérie est, comme celle de l'Espagne, d'environ 17 degrés. Les caractères généraux de la végétation , de l'un et de l'autre côté, offrent une coïncidence non moins curieuse : sur ces côtes qui se regardent , on retrouve les mêmes espèces de plantes marines, les mêmes fucus, les mêmes ulva, les mêmes conferves. Plusieurs végétaux bien connus, tels que l'olivier, le ricin arborescent, l'oranger, le dattier commun, le cliamœrops liu-
'"■ « La hauteur des cônes les plus élevés de l'x'itlas correspond parfaitement aux montagnes neigeuses de la Sierra-Nevada, situées vis-à-vis dans l'Andalousie et la Grenade. Les deux systèmes ne diffèrent que dans leurs dépressions. Le plateau d'Espagne a sa principale pente dans les vastes plaines de l'ouest , vers l'Océan Atlantique, tandis que sa dépression vers la Méditerranée est beaucoup moins prolongée et plus escarpée. En Barbarie, au contraire, les grandes plaines de la principale dépression du plateau se dirigent à l'est, vers la Méditerranée. Celles qui vont joindre l'Océan sont beaucoup plus abruptes. » — Géographie générale et comparée ^ ou étude de la terre dans ses rapports avec Vhommej par Karl Ritter, traduit de l'allemand par E. Buret, t. III, III^ division, chap. 1*='^ p. iSy.
7nilis, appartiennent e'galement à la Flore des deux pays ^
Il n'y a point de doute que .ces frappantes analogies furent remarquées par les Arabes à l'époque de l'invasion de l'Espagne , et qu'elles contribuèrent beaucoup à les retenir au-delà du détroit. Quoique les aventureux sectateurs' du prophète eussent franchi la mer, en regardant autour d'eux , ils se croyaient encore sur la terre d'Afrique.
Dans l'appréciation de la configuration géographique de la régence, il importe de ne point confondre les hauteurs qui environnent la capitale avec les montagnes de l'Atlas. «Le massif sur le versant duquel est bâti la ville d'Alger, disent les rapports officiels, présente un système de collines très-régulier, sillonné par de nombreux talwegs ; ses eaux du côté du sud descendent dans la plaine , tandis que du côté du nord elles tombent directement dans la Méditerranée. Le point le plus remarquable de ce groupe de collines , est le Boudzaréah , élevé de quatre cents mètres au-dessus du niveau de la mer. Le massif est couvert d'habitations agréa-
' M. Davesac signale des points de ressemblance non moins nombreux dans le règne animal de l'Europe méridionale et de la région maritime de l'Atlas. — Encyclopédie pittoresque, X. V", art. Alger, p. 294.
blés dans le voisinage de la ville, et des sources abondantes y entretiennent la fraîcheur et une végétation active. Il ne présente pas une perspective aussi riante sur les sommités , où le terrain est sec, pierreux et couvert de broussailles peu élevées ; les ravins , au contraire , lorsqu'ils sont arrosés par quelques cours d'eau, sont boisés et deviennent susceptibles d'une grande fertilité ^ »
L'Atlas sert à la fois de limites et de lignes d'intersection et d'exhaussement au territoire de l'Algérie.
A son point culminant , il se déroule , ou plutôt il s'épanouit , en une vaste chaîne dont la masse complexe, imposante, sépare la colonie française du Sahara , et la protège contre l'influence du désert. Puis, vers le nord, au-delà des plateaux adossés h cet immense rempart, comme une suite de terrasses - , une seconde
'■ Notices sur les points occupés j par M. Conil, capitaine au corps royal d'état-major, insérées dans les documens officiels ur l'Algérie, I" part., § III, p. 58 et Sg.
' « En s'avançant dans l'intérieur, on aperçoit entre les chaînes parallèles du petit et du grand Atlas, qui toutes deux s^étendent dfe l'est à l'ouest, plusieurs autres rangées de montagnes, qui tantôt suivent la même direction, tantôt présentent entre elles les connexions les plus variées. Elles forment un large et haut pays de montagnes, entrecoupé par une quantité de vallées, de plaines, de fleuve et de pâturages. Peu accidenté au sud, depuis Cous-
cliaînc, sous le nom de petit Atlas , s'étend parallèlement à l'autre, de l'est à l'ouest, et traverse le littoral dans toute sa loni^ueur. Celle-ci est le point de départ d'une multitude de ramilications qui se rattachent à la grande ligne du Sahara, ou s'avancent al>ruptement dans la direction de la Méditerranée, et quehpiefois jusque sur la côte. La cime la plus haute du petit Atlas ne s'élève pas à plus de l,6o0 mètres au-dessus du niveau de la mer ',
Souvent des délilés d'une physionomie pittoresque et sauvage se dessinent entre les rochers coupés à pic par la nature : les Turcs les appel-
lanlinc jusque pics (.le la longue chaîne de Bouzara, qui borde le Sahara, l' Allas moyen s'élève de plus eu plus, cl par terrasses, du côte de l'ouest, >crs le haut Atlas. Sa situation élevée audessus de la incr et des déserts de sable brûlant, lui conscrvenl un climat tempéré , que les Arabes ont de tout temps parfaitement apprécié, Edri^v pense «[u'aucunc contrée de la terre n'est comparable à ce p<'i)s de montagnes, pour la fcrtibté , l'étendue et le nombre xle la population , frequcntia domiciliorum. » — Rarl Rittcr, t. III. p. i66 et 167.
* Géographie générale et comparée, 1. lll . 111' pari., chap. l"", v'- 'j5--?,. — Considérations statistiques sur la régence d'Alger, p.ir !<• j^énéral .lucluTcau de Saint- Dcin- .
p. I-IO.
Au nord-ouest, près de Maroc, les cimes les pins élevées de la grande chaîne de l' Allas atteignent une hauteur de 4.000 mètres et se couvrent de neiges éternelles. — M. Davcsac, Esquisse générale de V Afrique., p. 20.
lent Demir-capi), portes de fer. Ce sont, en effet, de formidables portes , toutes taillées pour les besoins de la guerre, et dont quelques hommes pourraient facilement défendre l'entrée. Le plus célèbre est le passage des Bibans, placé sur la route d'Alger à Constantine, et, pour ainsi dire, sur le seuil de ces deux provinces : quand les Turcs voulaient le franchir, au temps de la domination des anciens pachas, ils étaient obligés de payer un droit aux tribus de la montagne ^
Par une conséquence géologique de cette disposition générale du sol, de grands bassins doivent se développer entre les ramifications de l'Atlas et de nombreux cours d'eau descendre de ses hauteurs dans la plaine.
Aussi tout le littoral est -il parsemé de vallées d'une remarquable beauté. Les plus fertiles sont, à l'est, les plaines de Constantine, et celle de Bone , connue sous le nom de la Boujimah -;
' Géographie comparée, \)iirï{iuev, t. lïlj li. i68 et 169. — Dcs£oiiUines, Annales des Voyages, IP série, t. XVII, p. 86-88.
' « Bone est très-beurcusempnt située, et avant la stagnation des eaux de !a Boujimah , la salubrité de l'air qu'on y respirait était proverbiale. C'est là que de l'intérieur de l'Afrique on venait chercher la santé, comme en France nous allons à Hières. Celte plaine pourra être facilement assainie, en ouvrant une issue aux eaux de la rivière dont l'embouchure est obstruée par un banc de sable que les vents de mer y ont élevé. » — Rapport sur la colonisation d'Alger j parM. delaPinsonnière, P«part.,p. 14.
et, k l'ouest, les plaines du Schélif et de l'Hal>ra h, fécondées depuis long-temps ])ar la culture arabe. D'autres vallées beaucoup moins étendues, aux environs de Mostaganem, de Mazagran , d'Arzew , de Mascara , d'Oran , de Tlemcen, de la Galle, etc., doivent être également comptées au nom]>re des terres les plus productives de la régence ^
Non loin de la capitale est la Mitidja , la plus vaste et la plus belle plaine de l'Afrique française.
Elle a 16 à 18 lieues de long sur 6 ou 7 de large. Sur deux de ses côtés , elle est bordée et dominée par le massif d'Alger et le petit Atlas ; et, à ses deux points extrêmes , elle a pour limites naturelles les collines du Sahel et les dunes de sable de TArrach. Malgré le voisinage des montagnes, elle est peu ondulée et présente presque partout une surface plane. Plusieurs rivières, le Mazaft^an, l'ilamise, l'Arrach, etc., la traversent dans une direction à peu près parallèle , en se rendant du petit Atlas dans la Méditerranée. L'inclinaison générale du sol , et , par conséquent , des eaux ,
' Description de la province de Constantine j par M. Dureaii de la Malle, I'" pari., § VI, p. Sg, 65 cl 68. — Dosfoutaiaes, Nouvelles annales des P^oyages , 1. XVJI, II* série, p. 90, 97, 525 et 547. — Situation des ctablisseniens f ranimais dans l'Algérie, V" part., p. 67.
est du sud au nord. Arrivés au pied du massif, quelques ruisseaux sont tout à coup arrêtés dans leur marche et rejetés sur les basses terres, où ils se transforment en marais *. On trouve dans la Mitidja , et particulièrement
' Tableau officiel^ I"^ part., chap. III, § \" , p. 59 et 4o.
Depuis quelques années, on a acquis la certitude que le dessécheraent des marais de la Mitidja ne présente point de grandes difficultés. « Le génie militaire , au moyen d'opérations graphiques et de nivelleraens , remarquent à ce sujet les rapports officiels, s'est convaincu de la possibilité du succès.»
Des canaux d'écoulement, creusés par nos soldats, ont déjà fait disparaître les eaux sur plusieurs points , et rendu d'excellentes terres à la culture. En prenant la précaution de ne faire exécuter ces travaux d'assainissement que du mois d'octobre au mois de mars , on évite les maladies que pouri'aicnt occasionner les chaleurs et les exhalaisons du printemps et de l'été. Aussi les 17a 1,800 ouvriers eanployés dans la plaine ont-ils été constamment dans l'état sanitaire le plus satisfaisant.
Tout porte à croire qu'avec un travail de quatre à cinq mois par an , la Mitidja sera complètement assainie dans trois ou quatre ans. On évalue de i5 à 1,600,000 fr. les dépenses totales qu'entraînera le dessèchement de la plaine. — M. delaPinsonnière. Rapport sur lacolonisationd' Alger, 1"^ part., p. 5o.
Du reste, M. le capitaine Pelissier fait observer qu'en explorant la Mitidja, on voit encore des traces irrécusables d'anciens travaux d'assainissement, exécutés soit à l'époque de la domination romaine, soit à une époque plus rapprochée . « La tra- 1 dition conserve le souvenir d'un temps heureux où la Mitidja était riche et peuplée, ajoute-t-il. Tout cela a disparu sous l'administration imprévoyante des Turcs qui ont négligé les ti'avaux dç | dessèchement. »
dans sa partie méridionale, des établisscmens agricoles , de très - belles cultures d'orge et de blé , de riches vignobles et des plantations d'oliviers, d'orangers, de caroubiers], de jujubiers, etc. ^
\oici comment A\ illiam Shaler, le consulgénéral des États-Unis, parlait de cette vallée quelques années avant la conquête d'Alger par nos soldats. « La plaine de la Mitidja dont la partie est touche à la ville , disait le diplomate américain, est probablement une des plus l)elles étendues de terrain qui existent sur notre globe, à la considérer sous le rapport de sa température, de sa fertilité et de sa position. Une foule de sources et plusieurs ruisseaux qui descendent des montagnes environnantes, l'arrosent de leurs eaux , et , relativement à son développement, il n'y a pas de contrée qui soit capable de nourrir une population plus nombreuse. Si ce malheureux pays pouvait , par l'enchaînement des choses, jouir encore une fois des bienfaits de la civilisation , Alger, aidé des seules ressources de la plaine de la Mitidja ,
' Situation des èlablissemens français, 1'" part., p. 5^. — Lettre du professeur Dcslontaines, insérée dans les JXouvelles observations du maréchal Clauzel , p. 56. — J^oyagc dans la régence d'yUger^ par le capitaine Piozcl, t. 1", cliap. IX, p. 201 et ao3.
deviendrait une des villes les plus opulentes des côtes de ia Méditerranée» ^
Les sources d'eaux vives abondent sur le versant des montagnes et au milieu des collines. Elles remplissent les nombreux aqueducs qui approvisionnent la ville et une partie de la camjpagne d'Alger. Celles des vallées du petit Atlas ne tarissent jamais.
La nature africaine paraît s'être préoccupée beaucoup plus de pourvoir à l'irrigation du pays , qu'aux besoins de la navigation intérieure. Les eaux , assez abondantes pour entretenir un grand nombre de petites rivières et une multitude de ruisseaux, sont en général trop faibles pour alimenter des lignes fluviales de quelque importance. Entravées d'ailleurs dans leur cours par la fréquente interposition des montagnes , elles ne peuvent s'ouvrir un passage à la mer qu'en perçant ou en contournant ces hauteurs ^.
De tous les cours d'eau du territoire d'Alger, un seul, rOued-el-Kerma , a son origine dans le massif qui entoure la capitale de la régence : l'Arrach , la Chiffa , l'Oued-Bouffarick , l'Ouedjer et l'Hamise ont leur source dans les mon-
' Esquisse de l'état cV Alger ^ chap. III, p. io8 et 109.
- Desfontaines, Nouvelles annales des Voyages , IP série, t. XVII, p. 525 et 325. — Rozet, Voyage dans la régence d' Alger j t. I«% p. 5i et 170. — Jucbereau de Saint-Denis, Considérations statistiques sur l'Algérie, p. 10 et i5.
tagnes du petit Atlas ^. Les principales rivières de la province d'Oran sont l'Oued - el - Malah , l'Habrah, l'Oued - Hamman , la Tafna ^ et le Schëlif, qui, pour la plupart, descendent aussi des gorges de l'Atlas. Dans la province de Constantine , on distingue l'Oued-el-Kébir ^, la Sum-
' L'Arrach sort d'une vallée du petit Atlas et traverse la Mitidja du sud au nord. Elle reçoit outre l'Oued-el-Rerma, un ruisseau des collines du massif et un autre de la plaine, et va se jeter dans la rade d'Alger, à deux lieues de cette capitale.
La Chifia , après avoir suivi d''abord la direction du sud au nord et reçu successivement l'Oued-el-Rébir et l'Oued-jer, prend le nom de Mazafran. Elle se dirige alors vers le nord-est, se réunit à l'Oued-Boufïarick , se détourne pour éviter le massif d'Alger, et se jette dans la mer à deux lieues de Sidi-Feroudj .
- La Tafna , qui a donné son nom au traité conclu enti'e le général Bugeaud et Abd-el-Kader, est la plus grande rivière de la province d'Oran. Après un cours d'environ 5o lieues, pendant lequel elle est grossie par la Sickack et plusieurs autres affluens, elle se jette dans la mer à l'extrémité orientale du golfe de Harchgoun.
^ L'oued-el-Rébir, connu d'abord sous le nom de Oued-Rummel , a sa source dans la chaîne du grand Atlas, à plus de cinq journées de marche de Constantine. Elll coule du nord au sud sur un plateau élevé, perce plusieurs contre-forts du petit Atlas, tourne autour des murs de Constantine, et déverse ses eaux dans la mer, entre Djigelli et le cap Boujarine.
L'Oued-el-Kébir, remarque l'auteur des Notices sur les points occupés j pourrait servir un jour au transport des gros arbres , « si l'on réussissait à persuader aux Kabaïles qu^ils trouveraient un grand avantage à s'adonner à l'exploitation de leurs
man, rOued-Zefraf, la Seybouse ^ l'Oued-Boujimah et la Mafrag : de ces derniers cours d'eau, quelques-uns prennent naissance dans les défilés de l'Atlas ou sur les grands plateaux de la, région moyenne.
Le Schélif est la rivière la plus considérable de l'Algérie pour le volume de ses eaux et la longueur de son cours. Il prend sa source dans le Sahara, au sud de la province de Titterie, traverse le lac de Dya , décrit une ligne de 80 à 100 lieues de Testa l'ouest, sans être jamais obstrué par les sables dans son majestueux développement, et vient se jeter dans la Méditerranée à 6 milles au-dessus de Mostaganem ^.
Sur le versant des montagnes , et en général
forêts » . On assure qu uue autre rivière de la province de Constantine, la Sumraan, Oued-Adouze ou Nazabath , a déjà fourni au flottage des bois de construction.
' La Seybouse, dont le cours accidenté embrasse une étendue de 4o lieues, a son embouchure dans le golfe de Bonc. Formée par la réunion de l'Oued-Zenati et de l'Oued-AUigali , ses eaux sont très-profondes dans la vaste plaine qu'elle parcourt du nord au sud , et « les gx'osscs embarcations , les caboteurs du pays et les sandales peuvent y naviguer jusqu'à une assez grande dislance de la mer. » — Le capitaine Conil, Notices sur les points occupés.
" Malte-Brun, Précis de la Géographie universelle j t. X, p. Sij . — Notices sur les points occupés j l''^ part., § IV, p. io4. — William Shaler, Esquisse de l'état d'Alger, t. I*"^, p. i4.
partout où le sol est fortement incliné , lès rivières coulent avec la rapidité d'un torrent. D'autres roulent lentement dans la plaine des eaux peu profondes et comme ensevelies entre des bords extrêmement escarpés : c'est ainsi que la Chiffa a un lit de 400 mètres de large et des berges de près de 40 mètres de hauteur.
Les rivières , d'abord considérablement grossies par les pluies du mois de novembre au mois de mai, éprouvent une grande réduction quand vient l'ardente chaleur de l'été ^ Mais alors la nature supplée par ses courans souterrains à cet épuisement partiel des eaux extérieures.
Les montagnes du petit Atlas, comme les collines situées au nord et au sud de cette chaîne, et celles qui longent la partie septentrionale de la Mitidja , sont composées d'une masse argileuse ou d'une marne compacte. Or, ces terrains sont les plus propres, par leur
' Desfontaincs , JSouvdlcs annales des Voyages ^ 11^ série, t. XVII , p. 325. — Rozet , Voyage dans la régence d' Alger j t. P% ch. Il, p. 12 et i8.
« L'eau des sources, des puits, des ruisseaux et des rivières est généralement de bonne qualité j celle qui vient de l'intérieur de la terre est toujours fraîche en été , car sa température dépasse rarement i8° centigrades. Les eaux courantes et stagnantes sont toujours plus ou moins chaudes 3 j'ai vu leur température s'élever jusqu'à 27°. En Barbarie, les eaux douces nourrissent très-peu d'animaux et de végétaux. » — Jhià., chap. VIII, p. 171.
constitution particulière, à retenir les eaux qui tombent du ciel et à les diriger par de secrets passages, et, pour ainsi dire , entre deux sols, à une grande distance de leur point de départ. « On peut , avec beaucoup de chances de succès , remarque un savant «ingénieur-géographe , essayer d'établir des puits artésiens sur le territoire de Médéah et dans toute la vaste plaine de la Mitidja. C'est surtout à une petite distance du pied des montagnes qu'on pourra le plus facilement réussir. Toute la plaine qui s'étend depuis les bassins de Bab- Azoun jusqu'au cap Matifou, offre aussi de grandes chances de succès. On pourrait encore sonder dîyis la presqu'île de Sidi - l'eroudj et le long de la côte, jusqu'à une assez grande distance à l'ouest. Nous en dirons autant de la plaine qui s'étend au sud et à l'est d'Oran, et même de l'intérieur de la ville ' j> .
' Voyage dans la règenec d'Alger^ par le capitaine Rozet, t. P', chap. IV, p. 5^-55, et cliap. V, p. 67-70. Voyez aussi les Considérations statistiques sur l'Algérie, par le général Juchereau de Saint-Denis, p. i3-i5.
M. Rozet, par analogie, fait l'application du même raisonnement au Sahara. Il dit que « des courans souterrains doivent traverser une grande partie du désert, et qu'en sondant au milieu des sables, on obtiendrait probablement des souixcs jaillissantes. Le succès d'une pareille tentative serait de la plus haute importance pour cette malheureuse contrée , et faciliterait beaucoup les relations, avec l'intérieur de l'Afrique ». -— Ibid., p. 75 et 74.
D'autres observations viennent h l'appui de cette opinion. Les nappes et les courans d'eau qui s'étendent ou circulent dans l'intérieur des terres, et contribuent si puissamment à entretenir la force de la végétation pendant la durée des grandes sécheresses, sont très-rapprochés delà surface du sol. Les puits des collines de Médéah et ceux des plaines d'Oran ne sont pas creusés plus avant dans les terres que ceux des environs d'Alger K
La fréquente reproduction du mot Hammân (bain), et du mot A'yn (fontaine), atteste l'abondance des sources thermales et minérales de toute espèce. Celles de Hammân Meskontyn, imprégnées de soufre et de bitume, atteignent une température de 76" du thermomètre octogésimal. On voit encore à Hammân Méryghah, Yaqiiœ ccdid(B colonia des anciens , de nombreux restes de l'architecture et de la civilisation romaine. A quinze lieues de Bone , sur la route de Constantine, il y a une source incrustante, probablement r«^i«c' Tibilitanœ, qui fournit de l'eau à 80 degrés du thermomètre de Réaumur» et auprès de laquelle on remarque, parmi d'au-
' Rozet, Foyage dans la régence d' Alger j. t. 1*^', p. 169 et 170. —M. Conil, Notices sur les points occupés j I^^ part.;, p. 5i.
très débris du passé, une grande et belle piscine de construction antique.
Il existe plusieurs lacs dans le territoire d'Alger, d'Oran et de la Galle. Non loin de la seconde de ces villes est la Sebkha, énorme masse d'eau qui a 2,000 mètres de large , et qu'on voit s'étendre du côté de l'ouest , à perte de vue, comme un bras de mer. Cependant l'évaporation est si active sur ce point , pendant les chaleurs de l'été, qu'au mois de juillet, les chevaux et les chameaux des Arabes passent d'une rive à l'autre presque à pied sec ^
Pour compléter notre aperçu de l'aspect général de l'Algérie, nous allons indiquer, en quelques mots, les principaux traits de sa physionomie maritime.
La Méditerranée baigne ses côtes et décrit ses limites naturelles, de l'est à l'ouest , sur une étendue de 225 lieues 2. Vers l'extrémité occi-
' Shaler, Esquisse de l'état d'Alger, chap. h^, p. î4 et i5. — Davesac, Encyclopédie pittoresque j t. I^"^, p. 293. — Habenstreit. Nouvelles annales des P^oyages^ U^ série, t. XVI, p. 64. — Conil, Notices sur les points occupés j 1'^ part., § HI, p.49et5o.
" Les établissemens français dans le nord de l'Afrique sont situés entre le 34*^ et le 3 7^ degré de latitude nord, et entre le 4* degré de longitude ouest et le 6* degré 20 minutes de longitude est , à compter du méridien de Paris. Ils présentent une largeur moyenne, du nord au sud, d'environ ^5 lieues de 25 au degré.
dentale de cette ligne de rochers , le bassin de la mer se rétrécit tellement , que , par un beau jour d'été, on peut apercevoir à l'œil nu, des hauteurs du Rammra, les montagnes les plus élevées de la frontière méridionale de l'Espagne. De là , il n'y a plus qu'un intervalle de 45 lieues entre la colonie française et le continent européen ^
Des falaises, s'abaissant quelquefois jusqu'au niveau des plaines de l'intérieur, mais plus souvent très-élevées et comme taillées à pic, se prolongent presque sans interruption sur les rivages du littoral, et se rattachent, de loin en loin, aux contre-forts de l'Atlas.
Si les parties saillantes de la côte ne sont pas assez nombreuses et ne s'avancent pas toujours assez dans les eaux de la Méditerranée pour former partout des bassins profonds ou des abris commodes, il y a néanmoins, dans ces parages, des baies et des rades dont on peut tirer un excellent parti. Le temps n'est pas éloigné où les travaux de nos ingénieurs , comme nous l'avons
= Rozet, Voyage à Alger j t. I«% p. 7,*et t. III, chap. X, p. 289. Les montagnes du Rammra, dont la mer baigne le pied , s'élèvent brusquement à 480 mètres au-dessus du niveau de la mer. C'est sur un des sdmmets de ce plateau que les Espagnols ont construit le fort de Santa-Cruz, immédiatement au-dessus de la ville d'Oran.
déjà fait observer, donneront un grand développement au port de la ville d'Alger. A l'ouest de la régence , les bâtimens ordinaires du commerce trouvent , en tout temps , un excellent mouillage dans la baie d'Arzew, qui présente d'ailleurs un emplacement très-favorable à l'établissement d'une colonie marchande. La baie de Stora, à l'est, réunit tous les avantages qu'on peut désirer : un port spacieux presque formé , une rade sûre et fort étendue , une position agréable et salubre , un sol très-fertile et la faculté d'ouvrir de promptes communications avec l'intérieur et surtout avec Constantine ^. Ajoutons qu'au moyen de quelques travaux , la magnifique baie de Mers-el-Kébir deviendra pour la Méditerranée ce que Brest est pour l'Océan , un port militaire de la plus haute importance , où cent vaisseaux de guerre, au besoin, pourront mouiller à l'aise.
* Notices sur les points occupés^ I'^ part., cbap. IV, p. 69 et Ï16.