IRRÉSOLUTIONS DU POUVOIR ET FAUTES DES PREMIERS COLONS
U y a donc eu quelque chose de providentiel dans renchaînement des circonstances qui conduisirent une armée française sur cette terre privile'giée de l'Algérie, et qui tirent tomber en son pouvoir le siège orgueilleux de la piraterie barbaresque, le 5 juillet 1830.
Ce jour-là, la Restauration ajouta une belle page aux fastes de nos expéditions militaires, et acquit un titre glorieux à la reconnaissance de la postérité, car la conquête d'Alger, digne sœur de l'expédition de Morée , comme un l'a dit récemment à la tribune législative, restera nn acte grand et honoré dans l'avenir '. Ce jour-là, nos
' Discours prononcr par M. Mcnlliuii , à lu Cliumbrc des pairs, dans la discussion du projet dt loi relatif aux (redits d'Jfriquc. Séance du 5 juillet i838.
jeunes soldats plantèrent en face de la France , sur l'autre rive de la Méditerranée, les premiers jalons d'une puissance, d'une grandeur et d'une prospérité que ne pourront arrêter ni le fanatisme de la race indigqiie, ni les hauteurs de l'Atlas, ni les plaines du Sahara. Ce jour -là, notre brave armée ouvrit , à quelques journées de la côte où elle s'était embarquée , une carrière sans bornes à l'esprit aventureux de notre nation, aux spéculations de nos capitalistes, aux expéditions de notre commerce, au travail de nos populations et à l'extension des sciences, des arts et de la civilisation de l'Europe.
La réduction d'Alger , entreprise par la Restauration , et accomplie par nos soldats, fut plus ^ju'un beau fait d'armes; ce fut une de ces révolutions morales qui , par leurs résultats , sont appelées à marquer dans l'histoire de l'humanité, à changer la face d'une partie du monde , a infuser une vie nouvelle dans le sang des peuples rapprochés par la conquête, à donner un caractère plus décisif aux luttes de la guerre, et à créer de nouveaux intérêts entre toutes les nations.
Or, comment se fait-il que la France, après huit ans de règne sur l'Afrique, n'ait recueilli que de faibles avantages dans ce champ immense, où elle devait moissonner a pleines mains ? Comment se fait-il qu'une terre, toujours prête à
récompenser le travail de l'homme au centuple, soit restée jusqu'à présent sans culture sur presque tous les points? Comment se fait-il que la colonisation, avec toutes les garanties et tous les élémens de succès, ne se soit maniCestée que par un petit nombre de travaux, au lieu de prendre un essor rapide et un vaste développement?
Ce n'est pas que la colonie ait manqué à ses promesses, c'est au contraire l'intelligence qui a manqué à l'exploitation de la colonie. Dès les commencemens de l'occupation , de graves erreurs et des fautes multipliées ont été commises par le gouvernement , par ses délégués et par les individus.
Le gouvernement n'a point rempli l'attente de la nation , parce qu'il a marché sans confiance , sans pensée et sans système, à l'accomplissement d'une œuvre qui voulait, avant tout, un esprit de fermeté, de suite et de sagesse ^ Des troupes
' C'est ce {(iii a été dit liauleineut îi la Chambre des députés cl devant M. le président du conseil, dans la séance du 8 juin i838. M. Guizot, ancien ministre lui-même, n'a pas craint déporter un jugement dont le blàmc retombait, en grande partie, sur les actes de son administration. Il a avoue franchement « (jue le défaut de plan et de système, (pu a existé depuis i83o, à l'égard de l'iVfrique, était cause du peu de résultats que nous avons obtenus ».
M. BAyer, ayanl pris la parole après M. Guizot , a exprimé la même pensée , avec ces formes éloquentes qui n'appartiennent
nombreuses , des sommes considérables ont été mises à sa disposition, et, avec ces moyens d'action , il n'a su ni étendre notre puissance par les armes, ni l'affermir par des alliances avec la race indigène, ni la féconder par la colonisation. Ses continuelles et déplorables irrésolutions se sont manifestées dans ses discours comme dans sa conduite , dans les entreprises de la
qu'à lui. — « Messieurs , je veux tout dire , s'est-il écrié : je dis que tout le mal de nos affaires vient de ces incertitudes , de ces contradictions dont vous êtes témoins chaque année. On a beau prétendre qu'il ne se fait pas de système général en politique. J'en demande bien pardon j il faut im système. Quand on n'en a pas, on ne gouverne pas, et quand on ne gouverne pas, on perd toutes choses. »
Au commencement de l'année i834, la commission d'Afrique, dans son rapport à la Chambre des députés , s'était déjà élevée avec force contre les déplorables iiTesolutions du pouvoir.
Elle reprochait au gouvernement « une politique indécise et quelquefois marquée par la violence , la guerre conduite sans système arrêté et sans but déterminé , les hostilités violentes des tribus indigènes et les sanglantes représailles de nos troupes ». Elle lui attribuait « le dégoiit des officiers, qui saisissaient toutes les occasions de rentrer en France , le découragement des spéculateurs, qui ne savaient point si la France ne songeait pas à abandonner la plage africaine, et le man({ue de sécurité dans le présent et de confiance dans l'avenir pour tous les babitans indigènes , français ou étrangers. » — Procès-verbaux et rapports de la commission d'Afrique , instituée par ordonnance du roi j du 12 décembre i833. Rapport adopta dans la séance du 7 mars i834 > P- ^91, 393.
guerre comme dans les travaux do l'administration , dans l'emploi des hommes comme dans la direction des choses. Sans parler des fâcheuses mutations qui ont renouvelé si souvent le personnel de ses employés subalternes, le pouvoir a cliangé jusqu'à neuf ibis le gouverneur-général de la colonie, c'est-à-dire, que jusqu'à neuf fois il a détruit le travail d'organisation commencé par ses lieutenans dans un esprit d'unité plus ou moins heureux et "plus ou moins éclairé K Cependant quoi de plus contraire à la prospérité de notre établissement , que de révoquer les agens de l'autorité française, aussitôt qu'ils ont acquis quelque connaissance du pays , de ses besoins , de ses mœurs et de son langage ?
Une des conséquences les plus déplorables des hésitations du pouvoir a été d'encourager les
' Avant le marcchal Vailcc, gouvciueiir actuel de l'Algérie , M. de liouiinont , le maréchal Clansel , le duc de Rovigo, le géucial iîerlhczène , le comte d'Eiiou et le généial de Damrémoiit ont successivement dirige les aiiàires de notre colonie africaine. Il faut aussi tenir compte du commandement des généraux Avizard et Voirol, qui ont occupé celle haute position provisoircine;it ou par inlérim, du mois de mars 1853 au mois de septembre 1854. Quant aux fonctiotis de 1 intendance civile, elles ont été tour à tour exercées par iMi\I. l'ichon ^ Centy de Biissy, Lepasfpiier, Bresson et Waisse. M. Vallelte-Chevigny a ou, eu outre, la direction des afVaircs civiles, comme intérimaire, pendant l'intervalle qui s'est écoule entre la gestion de M. Lepasquicr et celle de M. Bresson.
ennemis de nos possessions d'outre - Méditerranée.
Ceux-ci, avec une mauvaise foi e'vidente , ont conclu contre l'Algérie des fautes de nos gouvernans et contre sa conservation des dépenses inséparables de la formation d'un établissement colonial ^ Ils ont osé conseiller l'abandon complet ou partiel de cette glorieuse conquête qu'ils qualifient de legs funeste de la Reslauralion. En présence de la puissante végétation dont le ciel a doué cet heureux climat et qui parle si énergiquement à tous les yeux, ils n'ont pas craint de nier l'existence de ses ressources productives. Et chaque année, à l'époque de la discussion du budget , ils ont reproduit les mêmes argumens , sans s'inquiéter du démenti formel
' Dès le 25 janvier i834, M. le général Damrémont combattait, devant la commission d'Afrique , l'erreur si perfidement accréditée , « qu'il faudrait sacrifier hommes el argent dans des proportions elftayantes, pour tirer quelque parti des possessions d'Afiique. » — P roct'S-verbaux et rapports de la commission cC /tjrique. JN° XVI, p. gf et 95.
Du reste , M. Berryer a fait justice de cet esprit étroit , « qui demande la solution de la question d'Afrique , à de misérables détails de chiflïes. Quelle est l'entieprise qui, pouvant faire la gloire et la force d'un peuple , si elle eût été jugée par ses commencemens , et traduite d'abord en écus , n'eût pas été repoussée ?» — Discours prononce à la Chambre des députés sur la tjuestion d'Afrique j dans la séance du 8 juin i838.
-^ 13 — que leur donnaient le temps, l'expérience et les faits *.
Sous le point de vue agricole , industriel et commercial, le littoral africain s'est ressenti de ces irrésolutions, de ces fautes et de ces attaques.
Le mouvement de la colonisation a été arrêté par l'indifférence de l'administration locale, par les troubles de !a guerre, par le découragement des travailleurs, par les craintes des capitalistes, et surtout par la concentration des terres dans les mains les moins habiles à les cultiver.
Parmi les Européens qui pénétrèrent dans l'Algérie à la suite de nos armées, il s'est trouvé d'aliord beaucoup d'iiommes plus disposés à spéculer sur le trafic des propriétés qu'à les rendre productives par le travail. Ceux-ci, en faisant l'acquisition de toutes sortes d'immeubles, ont cherché à constituer un monopole qui leur permit de réaliser des bénéfices considérables à la revente. Des portions de terrain fort étendues ont passé de la sorte par tous les degrés du brocantage et ont atteint un prix nominal hors de toute proportion avec leur valeur réelle.
' Proch-vcrbaur et ra])j)orLi> de la commission d'Afrique, \}. 24, 25, |(jo et 5oi. — La question d'Alger. Politique , colonisation, commerce , |i;ir iM. A. Dcsjoljcrt , ch. XI, p. 26a, 276. Pans, i85-.
Dès lors, il s'est élevé une classe d'agioteurs sans caractère et sans moralité entre le sol et le colon, et ce dernier n'a pu devenir propriétaire qu'en acceptant des conditions onéreuses, et par conséquent funestes à la production ^
Mais les exigences des spéculateurs faisant obstacle à la revente des terres, et l'insuflisance de leurs ressources ne leur permettant pas de les cultiver pour leur propre compte, il est souvent arrivé que les plus belles propriétés de la régence sont restées sans culture et dans un état déplorable d'abandon. jNous pourrions invoquer, entre autres exemples, la situation de sept mille cent trente-huit hectares des plus belles terres du district de Bone, qui sont condamnés,
' Rapport i>ur lu coloiusalloii ilc Vcx-règcncc, par M. de laPinsoniiière, députe (flndre-ci-Loirc^ membre de la commission envoyée en Afrique. V" [»arl., p. loet n. i854'
« En général, nos possessions dAfiique n'ont pas été exploitées dans le sens colonial. Les Européens, tjiu se sont occupés de culture jusqu'ici, sont peu noiiibjeux. La plupart arrivaient en Afrique avec l'idée de réaliser proniptement et sans travail une fortune : c'étaient le plus souvent des a.venturicrs, n'ayant aucune ressource d'argent et (jui ont nui bien plus qu'ils n'ont été utiles. Il impuitc ([ue le gouvorncuicnt avise aux moyens de se procurer une meilleure espèce de colons, et qu'il fasse succéder de véritables travailleurs aux gens sans aveu qui infestent la colonie. » — M. de Caraïuan, uiaiéchal-de-canip d'artillerie. Procès-verbaux et rapports de la commission d' Afrique, p. 86 et 87.
depuis la conquête, k ne rien produire, et à ne rien rapporter, parce qu'ils ont été accaparés par douze grands propriétaires. Les maîtres de ces richesses territoriales, au lieu de les couvrir de magnifiques plantations d'oliviers, de mûriers, d'orangers, de vignes, de jujubiers, etc., se bornent h y laisser croître spontanément des foins qui sont achetés par l'administration militaire ^
D'un autre côté, le manque de bras a contribué beaucoup à maintenir le prix des salaires à un taux élevé et h augmenter les frais d'exploitation -.
La plupart des cultivateurs n'ayant point d'autre avance que la perspective du travail, ont été dans l'impossibilité de se hasarder sur une terre oii il ne leur était permis de mettre le pied, d'àprès les termes de l'avis officiel du 30 août 1833, c qu'en fournissant la preuve qu'ils avaient les
' Annales de la rcgence (CAlger^ par le capitaine Pelissier, chciclu bureau aiabe. T. 1% p. 55. Voyez aussi le grand ouvrage sorti des bureaux du minislére de la guerre et publié au mois de février i838, sous ce titre : Tableau de la situation des îtablissemens français dans l' Algérie j précède de l'exposé des /natifs et du projet de loi portant demande de crédits extraordinaires au titre de l'exercice i838. II'' part., §XIII, p. i8i et 182.
- Procès-verbaux et rapports de la commission d'Afrique, p. i;i.
moyens de pourvoir à leur subsistance pendant au moins im an du jour de leur arrivée ^».
Enfin, au nombre des causes qui , en dehors de l'action du gouvernement, se sont oppose'es à la culture du sol, il faut mettre aussi , en première ligne, la rareté des capitaux et la pénurie du crédit.
' Alger sons la domination française ^ son élat présent et son avenir, par M. Pichoii , ancien intciidant. civil. Liv. I*^'", ch. VI, p. 88 et 89. i855.
LE GOUVERNEMENT SE DÉCLARE ENFIN POUR LA CO- LONISATION. — TRAVAUX EXTRAORDINAIRES d'ÉTA- BLISSEMENT.
Malgré les fautes du pouvoir, de ses agens et des premiers colons, le développement agricole, industriel et commercial de notre établissement d'Alger a suivi constamment une progression ascendante, depuis le jour où la France a succédé à la domination des Turcs. Tant cette terre calomniée par des esprits malades et méconnue par d'étroits calculateurs, recèle dans son sein (le forces vitales et d'élémens de grandeur!
C'est même aux résultats favorables et aux magnifiques preuves de fécondité, données par Tancienne régence , qu'il faut attribuer la récente conversion du gouvernement à une politique plus nationale et la résolution énergiquement manifestée par les deux Chambres ,
pendant la session de 1838, de conserver nos possessions d'Afrique comme une portion intégrale du territoire français.
Cette anne'e, les ministres ne se sont pas bornés à demander aux représentans du pays légal des subsides considérables pour porter l'effectif du corps d'occupation à près de 50,000 hommes, c'est-à-dire à la septième partie des forces générales de notre armée active ' : aux garanties de sécurité morale que donne à la colonisation le formidable déploiement de cette puissance militaire, ils ont voulu ajouter des assurances d'amélioration matérielle.
Voici le résumé des travaux extraordinaires d'établissement que le gouvernement se propose d'entreprendre, et de répartir successivement sur les dépenses annuelles du budget de la colonie :
Armement des places et construclioii de magasins 5,3oo,ooo fr.
Casernes, hôpitaux, fortifications permanentes. 6, 1 00,000
Routes à ouvrir ou à continuer 5,5oo,ooo
Dessèchement des plaines marécageuses. . . 2,5oo,ooo
Prolongation du môle d'Alger 9,000,000
Lazaret d'Alger 600,000
l'otal. . . . 26,800,000
' Tableau de la situation des ètablissemens français dans l'Algérie. Exposé des motifs, p. ii,
Sur ces 26 millions , dans lesquels ne sont pas comprises les dépenses du port deMers-el-Kébir et de la route de Constantine au golfe deStora, le ministre de la guerre a demandé une première allocation de 1,500,000 fr. pour l'exercice de 1838. Il a annoncé qu'un autre crédit de 3,000,000 fr. serait consacré au même objet en 1839 , et que ces premières dépenses seraient suivies , chaque année, de nouvelles allocations, dont le chiffre varierait, jusqu'à l'achèvement complet des travaux prévus, selon la grandeur et l'urgence des besoins , les moyens d'exécution et l'état de nos finances K
' Tableau de. la situation des ètablissemens français dans l'Algérie. Exposé, p, xi et xii.
L'exécution de ces grands travaux avait été comme arrêtée, il y a quatre ans, par la commission d'Afrique. « Les travaux à exécuter sont de deux sortes, disait M. le général Montfort, son rapporteur; ceux qui sont destinés au développement de la colonie et ceux qui doivent la garantir des attaques de ses ennemis indigènes ou étrangers.
» Ce sont donc : les fortifications permanentes et passagères , soit dans les villes, soit au pied de l'Atlas, soit dans tous les points désignés par nos ingénieurs ; le complément des ètablissemens militaires et civils, les divers camps, les routes stratégiques et autres, les places, les marchés, les fontaines, les aqueducs, les travaux maritimes, tels que curage et construction déports, quais, etc., le dessèchement des marais de la Mitidja et de Donc.
» Le devis estimatif de ces travaux, devis qui repose sur l'expé rieucc de ce qui a été fait jusqu'à présent, établit la dépense ainsi
Le général Bernard n'a pas voulu qu'on pût se méprendre sur la portée des sacrifices et de la sanction qu'il réclamait des représentans de la France.
« Les propositions que nous vous apportons , a-t-il ajouté, répondent dans une juste mesure aux nécessités du pays ; elles prévoient et préparent l'avenir ; elles pourvoient à la défense et à la garde du littoral africain , assurent à ses habitans protection , sécurité, salubrité, ouvrent au commerce des communications faciles et libres , à nos vaisseaux des abris commodes et sûrs. 11 vous appartient, messieurs, en les adoptant, d'affeîmir la ptmsance française en Algérie, et de consacrer sur cette terre, arrachée aux pirates, LA FONDATION d'uN ÉTABLISSEMENT DURABLE, qul
qu'il suit : A Alger, y compris i,5oo>ooo francs pour la Milidja, 10,880,000 fr.5 à Oran, 4)56o,ooo fr.j à Bone, y compris les marais, 3,570,000 fr.: à Bougie , 5, 000, 000 fr. Total général, 20,810,000 fr.
» Dans un avenir peu éloigné , les travaux doivent donc s'élever à 21 millions environ, et, plus tard, pcut-clrc à 29 millions etmêrae à 55, si l'on construit des ports à Oian cl à Alger. Les travaux de première nécessité d'Alger, Bone et Oran, peurent être faits en six ans, c'est-à-dire par sixième, et ceux de Cougie et de la Milidja par cincpiième, ce qui fera une dépense ijnnuelle de 5,594,000 fr. » — Colonisation de Vex-règencf d'Alger. Documens officiels déposés sur le bureau de lai Chambre des députés. P. 890190. i854-
compense Içs sacrifices faits par la France pour fixer sur le sol de l'Afrique la civilisation de la l' teille Europe ''. >
M. le président du conseil des ministres s'est exprimé en termes aussi nets et aussi positifs a la Chambre des pairs , sur la résolution de garder définitivement Alger.
« Il y a deux éléniens de succès dont nous prétendons également nous servir pour féconder notre conquête , a-t-il dit. Ces deux élémens , messieurs, sont la population européenne qu'il faut attirer pour cultiver et posséder la terre , et les indigènes qui pourront aussi prendre assez de confiance pour la posséder et la cultiver sous notre autorité. En résumé, les germes de production et de prospérité que nous pouvons développer en Afrique , consistent dans le COMMERCE, et nous avons toutes les côtes, et la cllïUKE DU TERRITOIRE par Ics colous et les indigènes -. *
M. Mole a terminé son remarquable discours en promettant à la Chambre des pairs « que les ministres n'épargneraient rien pour présenter à la session prochaine des vues plus arrêtées
' Tableau de la situation des ètablissemens français. Exposé, p. xri.
^ Discussion du projet de loi relatif aux crédits d'A- Jrique, Séance du 5 juillet i858.
sur le développement à donner à nés ëtablissemens d'Afrique et sur les moyens d'assurer leur avenir ^ >
Comme on le voit, rien de plus formel (|ue ces déclarations faites du haut de la tribune et à la face de l'Europe.
Le pouvoir veut enfin asseoir profondément dans le sol les bases d'un établissement durable, élever un système de fortifications pour l'avenir, ouvrir de nouvelles routes , rendre à la production les champs inondés , aplanir les voies à là culture , et préparer même un plan de colonisation.
Mais ce qui est, selon nous , d'une toute autre importance, c'est que la Chambre des députés et la Chambre des pairs , par l'organe de leurs commissions et par le voté intégral des crédits extraordinaires d'Afrique, ont donné une sanc-
' « Nous n'avons pas présenté, dit-on , celte année, de système de colonisation. Messieurs , deux systèmes ont été développés à la tribune de la Chambre des députés : la colonisation militaire et la colonisation civile. Nous ne rejetons niTub ni l'autre. Je citerai une autorité fort grave à mes yeux, celle de notre gouverneur-général , M. le maréchal Vallée.
» Ces deux systèmes lui paraissent devoir être essayés , mais non pas en grand et de manièi'e à entraîner des dépenses trop considérables. L'essai devra se faire sagement, graduellement. C'est ce ('jui va dévenir , durant l'intervalle des sessions , l'objet de notre constante étude. » — M. Mole, séance du 5 juillet iÔ58.
tion solennelle aux déclarations et aux mesures des ministres relativement à la conservation et à la colonisation de l'Algérie K
Les journaux les plus influens, de toutes les opinions, ont applaudi à un vote qui donne pleine satisfaction aux sympathies de la France -. Car le pays, avec son admirable sentiment des grandes choses , avait décidé depuis long-temps qu'il fallait garder et coloniser nos possessions de l'Afrique septentrionale.
N'oublions pas de dire que le gouvernement a donné dernièrement un autre témoignage du
' Le Moniteur u?ii\'erseL III*^ supplément au a" i5a du vendiedi 1*' Juin i858.
- Les jouinaiix se prononcèienl avec la même unanimité pour la colonisation de l'Algérie. Voyez le Journal des Débats,, la Charte de i830j le Journal de Paris ^ le Constitutionnel , le Courrier Français j, le Commerce „ l'Europe industrielle j le National ^ le Bon Sens j, le Siècle j la Gazette de France, etc. , du 8 au lo juin i858.
« INous ignorons le système que l'on suivra pour consolider notre domination en Afrique, remarquait le Courrier Français ; mais ce qui demeure évident , après le débat , c'est que l'on ne peut remettre en question dans une chambre fiançaise la conservation d'Algei . »
La Gazette de France faisait cette observation importante : « que pendant la discussion du budget de la colonie, les journaux ministériels ont cité des extraits de toutes les feuilles de province, pour prouver que la conservation de l'Algérie était un. intérêt national ».
changement qui s'est fait dans sa politique , en prenant la résolution d'envoyer à Alger une commission d'enquête composée d'hommes éminens dans les sciences.
Depuis cinq ans, on songeait à organiser une expédition scientifique qui aurait mission de faire pour l'Afrique française , ce que l'élite de nos corps savans avait déjà accompli pour l'Egypte et la Morée. Deux communications du ministère de la guerre avaient été adressées, a ce sujet, à l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, Tune, par le maréchal Soult, le 18 novembre 1833, l'autre, par le duc de Trévise, le 22 janvier 1835 K C'est ce projet d'exploration, auquel la conquête de l'ancienne Numidie vient d'ajouter encore plus d'importance , qu'il s'agit aujourd'hui de réaliser.
L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres s'est hâtée de répondre à l'appel du gouvernement, et de lui envoyer par l'intermédiaire de MM. Raoul-Rociiette et Hase, une série d'instructions archéologiques et un plan d'itinéraire fort étendus. LlUustre compagnie a même désigné, au choix du ministre de la guerre, les
' Recueil des renseignemens pour l'expédition et l'établissement des Français dans la province de Gonstantine. Par M. Dureau de La Malle, membre de l'Institut. Introduction , p. lo et II. 1837.
savans qui lui ont paru le plus dignes de coopérer activement au succès de Texpédition *. Au milieu de l'esprit de recherches que nous voyons se manifester de toutes parts , les différentes branches de l'administration locale , en Afrique , ne restent pas oisives. Elles s'occupent de la formation du cadastre algérien sur les bases les plus larges. Cette grande opération aura pour objet d'établir d'une manière exacte l'étendue et la nature des cultures par la connaisssance des terres incultes et incultivables , des parties boisées et à repeupler , des prairies et des marais; de tracer la délimitation des propriétés, dont les contenances sont en général très -peu connues, et de rechercher, dans l'intérêt du domaine public, les immeubles abandonnés par les indigènes oif usurpés sur l'État. Le cadastre embrassera, en outre, toutes les con-
' Journal des Débats, du 28 octobre i858. Les savans désignés par l^Académie , sont :
MM. Léon Vaudoycr, architecte j Ikrbruggci', bibliothécaire de la ville d'Alger ; Faille , capitaine de vaisseau ; Paul Prieur, payeur îuiiitairc de la place d'Oran ; Carelle, capitaine de génie j Brenel , lieutenant au lo'^ régimejit d'arlillcrie ; Puillon-Boilayc, capitaine d'état-iriajor : Casiiuirski et Honoré de Lapoite , orientalistes.
Tous ces noms sont honorableuicnl connus en France et on Afrique.
naissances relatives à l'existence des carrières , des mines et des eaux minérales, aux travaux d'hygiène générale et aux entreprises de dessèchement; enfin , à la pente et à la force des eaux qui , plus tard , pourront être converties au service des usines et employées à l'arrosement des terres *.
' Situation des ctablissemens français dans L'Algérie, 11<= partie, ch. XU, p. ayS et 276.