‹ De la colonisation du nord de l'Afrique; nécessité d'une association nationale pour l'exploitation agricole et industrielle de l'AlgérieChapitre 21 sur 53 · NATURE CULTIVÉE. — PUISSANCE DE LA VÉGÉTATION AFRICAINE · texte numérisé non relu

NATURE CULTIVÉE. — PUISSANCE DE LA VÉGÉTATION AFRICAINE

Si maintenant nous visitons les terres cultivées par les Maures , les Arabes et les Kabaïles , nous y retrouvons presque tous les végétaux que nous avons déjà vus à l'état sauvage.

L'olivier, le noyer, le noisetier, l'amandier, le jujubier, le figuier blanc et le figuier noir, le grenadier, le caroubier, le bananier, le palmier, le dattier, l'oranger doux et l'oranger amer, les diverses espèces de citronnier, les cédrats, la vigne, le mûrier rouge, le câprier, et, enfin, tous les arbres à fruits du centre de la France , le pommier, le poirier, le cerisier, le prunier, l'abricotier, etc., peuplent les champs, les vergers et les jardins de l'Algérie.

En parlant de l'état de l'agriculture indigène, nous avons indiqué les causes de la dégénères-

cence de quelques-uns de ces arbres. Mais la plupart, comme l'olivier, la vigne, le noyer, le jujubier, l'amandier, le palmier, le figuier, l'oranger, le citronnier, le grenadier, le caroubier, etc., sont des ve'gétaux pleins de vigueur, d'éclat et de fécondité. C'est quelque chose de ravissant à voir, par exemple , que les superbes plantations d'orangers des campagnes de Blidah et de la plaine de Bonc. On s'accorde à mettre les oranges d'Alger, pour la grosseur, le goût et le parfum , sur la même ligne que celles de Portugal, de Malte et de Candie ^ Les amandes.

• Poirct , Voyage, en Barbarie , V" part., let. XXI, p. 129, et II •= part., p. 126. — Dcsfontaincs , Nouvelles annales des Voyages,, 11'= série, t. XVII, p. 35 1 et 352. — Genly de Bussy, De l'établissement des Français dans la régence d'Alger^ t. V\ p. 192. — Rozet, Voyage à Alger, t. P% chap.IX,p. 197-203.

« Les jardins d'orangers s'étendent à mille mètres de Blidah , au nord, au sud et à l'est 3 ils sont clos de murs en pisé. Les arbres sont très-bien soignés ; la terre est piocbée ; à leur pied , et autour de chacun , se trouve un petit bassin creusé, communiquant par une échancrure avec un petit canal , qui passe entre deux ligues d'arbres, et qui , à certaines époques, amène dans les bassins l'eau d''un ruisseau que l'on détourne tout exprès pour arroser les orangers pendant Tété. Au moyen de toutes ces précautions, les arbres croissent avec une grande rapidité et deviennent très-forts au bout de quelques années : ceux de Blidah ne le cèdent pour la taille à aucun des arbres de nos jardins d'Europe. Ici les orangers doux ue portent qu'une fois par an ; ils fleurissent

les pistaches et les raisins sont aussi d'une excellente qualité, et il s'en fait un commerce considérable '.

Le district de Bonc est célèbre, depuis longtemps, pour la rare beauté de ses jujul)i('rs. Tout le monde sait que lîounah ou Bone a reçu des Arabes le surnom de Beled d A'neb , c'està-dire, de ville aux jujubes. Les plus belles ligues de la côte d'Afrique croissaient autrefois sur le territoire de Sclierchel ; et c'est de là qu'on les portait, dans leur état de fraîcheur, aux marchés de Tenez et d'Alger, et , « quand

au mois de juin, et, au i5 iio\cmbrc, lorsfjuc nous vînmes attaquer Biidah, ils étaient couverts de fruits qui, se détachant en jaune sur un fond vert foncé, présentaient au milieu du fracas et des horreurs de la guerre, le coup d'œil le plus riant que l'on puisse imaginer.

« rs'ous formions à Blidah, un corps d'armée de 8 nulle hommes, et chacun de nous mangea ou détruisit au moins cinquante oraugcsj ce qui fait un total de quatre cent mille. Eh bien ! à notre départ, cela ne s'apercevait pas sur les arbres, et, lui mois après, en revenant de Médéah , avec le général Doyer, les habitans de Ulidah vinrent nous vendre des oranges et nous en donnaient six pour un sou. Les oranges de Blidah sont aussi grosses et aussi bonnes que celles de Majorque. Les Arabes et les Maures les conduisent à Alger, où ils en donnent jusqu'à quatre pour un sou j mais vers la fin de la saison , au mois de février, elles coûtent un sou la pièce et quelquefois deux. » — Rozet. Ibid.

' Desfontaines, Nouvelles annales des Voyages , II" série, t. YIII, p. 555.

elles étaient sèches, jusqu'à Constantine et Tunis, et dans toutes les villes de la Barbarie». ^ Selon le capitaine Rozet, on recueille encore aujourd'hui, au milieu des montagnes de l'Atlas, des figues comparables à celles du midi de la France ^.

La culture du tabac est très-re'pandue dans l'Afrique française et y réussit parfaitement. On en connaît deux espèces, le nicotiana tabacum et le nicotiana rustica; la dernière est la plus commune et la plus estimée. Le tabac d'Alger se fait remarquer par sa rapide croissance , sa végétation vigoureuse et l'ampleur de ses feuilles. Avec un meilleur procédé de fabrication , celles-ci donneraient un produit qui ne le céderait en rien au Macouba de la Martinique ^.

' M. Conil, Notices sur les points occupés j cliap. VI, p. io5. — Davesac, Encyclopédie pittoresque j art. Alger, p. 3oo.

' Voyage dans la régence d'Alger, t. 1*', p. 198 et 199.

3 Desfontaines , Nouvelles annales des Voyages,, IP série , t. XVII, p. 35 1 et 352. — M. Conil, Notices sur les points occupés J I"* part., chap. III, p. 78. — Pharaon Joanny, Annales de la société coloniale d'Alger, t. I", p. 32 et 35. — M. de la Pinsonnière, Rapport sur la colonisation j IP part., p. 75.

« Nous avons eu plusieurs fois occasion de voir des cigares venant d'Alger, et ils ne sont que de médiocre qualité. Mais un

Nous avons dit, dans notre précédent chapitre , qu'on avait essayé avec assez peu de succès, d'implanter l'industrie cochenililère sur le sol de l'Algérie. Nous ne sachions point (juc les tentatives qu'on a faites pour naturaliser la canne à sucre et le caféier aient été plus heureuses *.

officier nous a remis un certain nombre de feuilles de tabac de ce pays, non préparées , et simplement scchées. Ayant cru y reconnaître l'aspect , le corps , la couleur, l'espèce d'onctuosité du tabac qui croit au Macouba de la Martinique , et que les Caraïbes noirs cultivaient aussi au Grand-Sable de l'île Saint-Vincent , avant leur expulsion de cette colonie anglaise , nous avons fait fermenter ces feuilles selon le procédé; nous les avons travaillées, et, comme nous l'espérions, nous en avons obtenu un tabac exquis, absolument semblable pour l^deur, le goût , au meilleur tabac Saint-Vincent, Il paraît qu^au tabac récolté à Alger, il ne manque qu'un bon procédé de fabrication.» — Dictionnaire du commerce , t. F % p. 60.

' « Le sol de la régence a son genre de richesse ; gardons-nous de vouloir lui en attribuer légèrement de nouvelles. Le sucre est productif aux Antilles; il ruine le colon à Bourbon : le café a des qualités supérieures à Moka ; il est médiocre au Brésil. La température indispensable n'est donc pas toujours une condition absolue de succès , et d'ailleurs le ciel d'Alger est encore loin de celui du tropicpie.

» Au cap de Bonnc-Espérancc , qui est à peu près à la nièiuc latitude qu'Alger, on a essayé la culture du café, qui séduit par sa facilité 3 l'arbre y a réussi merveilleusement , mais il ne porte pas de fruits, ou bien , lâches et inertes , ceux-ci n^'arrivent pas à maturité.

n Tout porte à croire que la partie sucrée de la canne ne serait

Le lin , si abondant autrefois dans le canton de Scherchel, et le henné' toujours très-cultivé au pied des montagnes de l'Atlas , peuvent être compte's au nombre des cultures les plus productives de notre colonie d'outre -Méditerranée *. Les indigènes n'ont jamais su tirer qu'un médiocre parti de l'indigo. Cependant cette plante tinctoriale mûrit très-bien dans l'Algérie, y est largement pourvue de matière colorante , et peut y donner jusqu'à deux ou trois récoltes par an -.

pas assez abondante à Alger ; c'est pour celte raison que les essais tentés en Egypte, en Italie, en Corse et en Espagne ont été infructueux. La canne à sucre a été également cultivée à Alger, mais comme fourrage pour les chevaux ; il en existe même au jardin d'acclimatement trois pieds assez beaux qui ont été trouvés à l'état sauvage dans le pays. » — Rapport sur la colonisation de l'ex-régencCj par M. de la Pinsônnière, P" part., p. 70, 71 et 72.

' Notices sur les points occupés, chap. IV, § II, p. io5. — Rozet, Koydgc en Algérie^ t. P' chap. IX, p. igS.

^ Nouvelles annales de la société coloniale d'Algerj t. I", p. 56 et 57.

Cette opinion favorable n'est point partagée par M. le rapporteur de la commission d'Afrique.

« L'indigo cultivé par les naturels , dit-il , est de mauvais© qualité. Les colons éclairés croient qu'il est susceptible d'une grande amélioration quaiit au principe colorant; mais l'expérience n'a pas encore démontré ce qu'il y a de fondé dans celte opinion , ou du moins les essais tentés jusqu'à ce jour ont été accompagnés de circonstances tellement favorables, qu'on ne peut en tirer

On voit partout des champs de lile, d'orge, de maïs, de millet et de sorgho. Le millet , le mais et le sorgho abondent surtout dans la province de Conslantine : on fait un excellent fourrage avec Jeurs feuilles quand les extrêmes chaleurs tarissent l'herbe des pâturages *. De grandes cultures de riz occupent une partie des plaines qui s'étendent d'Alger à Oran -.

Toutes les plantes fourragères de l'Europe , le sainfoin, la luzerne, le trètle, les vesces, etc., foissonnent dans les immenses pâturages de la Mitidja.

Les jardins potagers des Maures ne sont pas , à beaucoup près, aussi bien fournis que les nôtres : des melons, des pastèques, des concombres, des citrouilles, des oignons, des choux cabus, des poivres longs, des tomates, voilà

des conséquences absolues. Celte culture exige un choix niimiticux de sol et d'exposition et beaucoup de soins et de manipulation , dont il sera dillicile de couvrir les frais en Europe avec le produit de la plante; sous ce rapport et sous celui de la qualité, il ne paraît pas probable que l'on puisse lutter avantageusement avec l'indigo de l'Inde. » — M. de la Pinsonnicrc , Rapport sur la colonisation , !"■ part., p. 75.

' Desfontaines , Noin'el/cs annales des f^oyages, W" série, t. XVIII, p. 540 et ~i\\. — Coriil, Notices mr les points occupés, V" part., p. 72.

' Rozct, t. I*"", chap. IX, p. 2i3.

leur fonds ordinaire *. Mais les le'gumineux que nous avons importés dans l'Algérie viennent à merveille et donnent jusqu'à huit récoltes par an ^. En plein champ, on récolte des pois, des lentilles, des fèves et des garbanços, qui servent aux exportations du commerce , à la consommation intérieure et principalement à la nourriture des pauvres et des gens de la campagne ^.

Rien de plus intéressant que l'étude des développemens de la végétation dans leurs rapports avec les modifications périodiques de la température. En Afrique , il n'y a point , à proprement parler, de suspension complète dans

' Rozet, J^oyage dans la régence d'Alger, t. !«% ch. IX, p. 207 et 208.

« Les melons et les pastèques croissent presque sans culture dans les terres sablonneuses ; ces fruits offrent un grand nombre de variétés et sont infiniment meilleurs que ceux que l'on cultive en Europe. yt^r-DtsionXÛnQS, Nouvelles annales des Voyages j IP série, t. XVm, p. 555.

^ M. de la Pinsonnicre , Rapport sur la colonisation, d'Aïgerj P« part., p. 76.

« Notre marché de Covent-Garden est pauvre, à côté de celui d'Alger, » a dit le poète anglais Thomas Campbell. — Esquisse sur Alger , traduction de la Revue britannique j IIP série, t. XVni, livraison du mois de septembre i855.

^ Desfontaines, Nouvelles annales des Voyages, 11^ série, t. XVII , p. 552. — Rozet, Voyage dans la régence d' Alger j t. P", p. 207 et 208.

Le garbanço, cicer arietinunij est une espèce de pois chiche.

l'œuvre de la production : celle-ci parcourt, pour ainsi dire, un cercle perpétuel d'enlantemens depuis les premiers jours de l'été jusqu'aux derniers jours de l'hiver K

A l'époque où les froids sévissent le plus rigoureusement de notre côté de la Méditerranée, la douceur du ciel produit, h Alger, les primeurs qu'on n'obtient en France qu'avec beaucoup de peine et de frais -; ce qui a fait dire que, pour les végétaux d'origine étrangère, « l'hiver est moins un obstacle que l'été à l'abondance des produits». ^

Aumoisde janvier, les arbres, dépouillés seulement depuis quelques semaines , commencent à se couvrir de nouvelles feuilles. Le blé, l'orge, le sainfoin et la luzerne revêtent les champs d'une belle verdure et d'abondans pâturages ; les pommiers , les citronniers , les orangers à chaude exposition, les amandiers, les guigniers, sont en fleurs ; et, bientôt après, on récolte, dans les jardins potagers, des fraises, des petits pois , des salsitis, des asperges, toutes sortes de salades, des betteraves, des pommes de terre, des

' Shaw, Travtls in scveral paris oj Barbary, p. 228. ' Tableau officiel , M'' pan., § XIII, p. 277. ^ M. de la Pinsonnière, Rapport sur la colonisation j V* part., p. 76.

navets, des carottes et des choux - fleurs ^. En février, s'épanouit la fleur de l'abricotier, du prunellier, du jujubier, du cerisier. Le figuier fleurit en mars, le grenadier et le myrthe en avril, et la vigne en juin. Quelques arbres sont chargés de fleurs et de fruits pendant toute l'année ^.

L'extrême précocité de la floraison suppose celle de la production. En janvier, les bananes sont mûres ^, en mars , les arbouses , en avril , les premières amandes vertes , en juin , les raquettes, les jujubes, les figues, en juillet, le raisin, en août, la grenade, etc. Le pommier et le poirier donnent deux récoltes, Tune en mars et l'autre en octobre ''. On moissonne l'orge et

* Le Calendrier du cultivateur algérien j Revue africaine ^ VII« livraison , p. 49-5' , et VIII« livraison , p. 46-48-

* Voyez le beau chapitre de M. Rozet , sur la végétation africaine.

3 Revue africaine j VIP livraison, p. 5o.

' Rozet, Foyagc dans la régence d'Alger, t. I<"% cli. IX, p. 190-198.

Nos fleurs d'Europe ne sont pas moins précoces dans l'Algérie, où elles viennent pour la plupart sans culture. Dès le mois de janvier, les fougères , les genêts , l'aubépine , la fumetcrre , les pâquerettes, les cyclames, l'iris, les pieds d'alouette, l'asclépias, les giroflées , la violette , les juliennes , le réséda , la pervenche, les belles de nuit, les tulipes , les anémones, les jacinthes, les narcisses, les rosiers du Bengale à mille feuilles, etc., étalent toutes leurs couleurs et répandent tous leurs parfums.

le blé à la mi-juin et clans les premiers jours (le juillet.

Presque tous les végétaux grandissent sous l'inlluence du soleil de l'Algérie'. Le lenouil , les carottes et quelques autres ombellirères prennent un développement gigantesque : les panais projettent , parfois , des pousses (jui ont jusqu'à trois mètres de hauteur ~. On a vu des coings gros comme de petites citrouilles "% des clioux-llcurs ayant près d'un mètre de diamètre '% H des feuilles de mauve assez larges pour couvrir une assiette et dont les tiges étaient de grands arbrisseaux ^. Les plantes fourragères ; atteignent , sans culture , une hauteur à peine

' Suaboii Iiii-mcmo a dit, il y a long-temps, «que la Maiilusie produit une grande ([uantitc d'arbres d'une dimension cxliaordinaire, cl que les herbes y sont reraanjnablemcnt hautes ». — GcographiCj t. V, liv. XVII, p. 454-

'' Ro/-ct, Voyage dans la régence d'Alger, t. 1'% p. i83, i()5 et ic)5.

Dans la Maurusie, suivant Sirahun , lu tige du st.iphylniUi ou panais , et celle de l'iiippomarathus ou fenouil , avaient 12 coudées de haut et 4 palmes de large. — Géographie, t. V, liv. XVII, p. 45 î et 455.

' Edrisy. Dèlasscmcus géographi</iicij III" climat, p. c>.3").

' Sliaw , Travcls in se^cral par oj liarhary, p. ?.?."). — licnaudot, Tableau du royaume cl de la 7'! Ile d Alger, cliap. VI , p. i5~).

■• Rozet, t. I", p. i85.

croyable. Dans leurs expe'ditions , nos cavaliers disparaissent quelquefois presque en entier au milieu de Tépais fourré des herbes sauvages ^ ; et celles-ci , loin de perdre en qualité ce qu'elle gagnent en croissance, sont excellentes pour la nourriture du bétail et des chevaux -.

Les broussailles, formées de palmiers nains, de lentisques et de genêts épineux, s'élèvent souvent à deux ou trois mètres au-dessus du sol. Quelque élevés que soient ces ' arbustes sauvages, les cactus les dépassent encore de plusieurs mètres ^. La taille des orangers et des citronniers égale presque celle de nos plus beaux arbres fruitiers. Le ricin, le jujubier, l'olivier, le caroubier, acquièrent des dimensions vraiment extraordinaires ^. Les ceps de

' M. Arraandy, chef d'escadron d'artillerie, Procès-verbaux et Rapports de la commission d'Afrique , n° XIV, p. 6^.

' « Au printemps, les terrains incultes se couvrent d'iierbes excellentes qui s élèvent à plus d'uu mètre de hauteur. En juin 1 85 1 , nous en fîmes faucher une très-grande quantité, et nous obtînmes ainsi d'excellent foin que nos chevaux et nos mulets mangeaient parfaitement. » — Rozet , Voyage dans la régence d' Alger j, 1. 1", p. 2l5.

3 Rozet, t. I", p. 26, i85 et i85. —Voyez aussi le Poyage pittoresque dans la régence d'Alger, par MM. Lessore et Wyld, r«liv.,p. 8.

4 Poiret,ll« part., p. laS et 259. — Rozet, t. I", p. i85 et 199-

vigne sont d'une grosseur prodigieuse, et ils portent des grappes si ('normes, qu'elles écraseraient de leur poids les laibles balances de nos marchands d'Europe '.

' P.rriandot, rliaj). VI, ]). i5i

TÏ10I§IEME SECTION.

Organisation , travaux et cultures de l'association nationale.

CULTURES SPÉCIALES DE l'aSSOCIATION NATIONALE. ' '

Après un examen approfondi des diverses productions de l'Algérie qui pouvaient servir de bases à ses opérations, le choix de notre association s'est définitivement arrêté sur les bestiaux, les céréales, l'olivier, le mûrier, le cotonnier, le tabac et la vigne.

Une considération d'une haute importance l'a confirmée dans ce choix. Il s'est trouvé entièrement d'accord avec les observations que les voyageurs, les savans et les naturalistes du dix -huitième siècle nous ont laissé sur l'ancienne régence; et avec l'opinion des cultivateurs, des administrateurs et des fonctionnaires qui , depuis la conquête , se sont le plus appliqués à connaître les aptitudes naturelles de cette contrée.

Tous se sont constamment efforcés de diriger les entreprises des Européens établis en Afrique vers les cultures spéciales que nous venons d'énumérer. Ils ont pensé, comme notre association , qu'elles offrent à l'intelligence , à l'activité et au travail , le plus d'élémens de succès , de fécondité et de richesse.

Nous citerons, parmi les savans, que nous prenons pour guides , le célèbre docteur Shaw, qui a passé douze ans dans la capitale du royaume d'Alger, comme chapelain de la Factorerie anglaise ^ ; le professeur Desfontaines ^ et l'abbé Poiret ~\ dont les études scientifiques , plus rapprochées de notre temps , se rattachent impérissablemcnt à l'histoire naturelle des États barbaresques ; et le capitaine Rozet , ingénieurgéographe de l'armée d'Afrique, auquel nous devons de profondes recherches sur le climat , le sol et les productions de notre colonie d'outre-Méditerranée '*.

A ces noms, nous ajouterons la grave autorité du maréchal Clauzel , deux fois gouverneur de notre province africaine , et l'homme du monde

' Travels in several parts of Borhary-j j). 220, sgS.

^ Lettre au maréchal Clauzel j du i5raai i855, et Nouvelles annales des Voyages,, II" série, t. XVII.

•* Voyage en Barbarie, U^ part., p, 81. j

^ Voyage dans la régence d' Alger j t. P', ch. IX , p. 190, j 191 , 2i5 et 226.

qui en a peut-être le mieux apprécié les avantages^; des généraux Juchereau de Saint-Denis 2 et Monk-d'Uzer ^, tous deux attachés à la grande expédition de 1830; de M. de la Pinsonnière , l'un des membres et le principal rapporteur de la commission d'Afrique *; de MM. Pichon ^ et Genty de Bussy ^, qui ont rempli à Alger les hautes et importantes fonctions de l'intendance civile ; et de M. Barnier, jardinier en chef du jardin de naturalisation créé par le gouvernement colonial '^.

Nous invoquerons encore , à l'appui de notre système d'exploitation agricole, le témoignage de MM. William Shaler ^ et Edouard de Solms »,

' Nouvelles observations de M. le marécha'l Clauzel sur la colonisation d'Alger,, p. lo et 1 1.

" Considérations sur la régence d^ Alger en i85^ p. 289, 294 et 3oi.

^ Procès-verbaux et rapports de la commission d^Afri~ quCj p. 307.

4 Rapport sur la colonisation de la régence d'Alger^ p. 67.

'' Alger sous la domination française ^ liv. I^', chap. VI, p. 3i I et 5i2.

''' De l'établissement des Français dans la régence d'Algerj t. I^'", p. 256, 237, aSg, 242 et 255.

^ Notes inédites sur les cultures du Jardin de Naturalisation.

^ Esquisse de l'état d'Alger^ chap. P', p. 12 et 1 5.

'* Revue africaine j, IX«= livraison des mois de février et mars i858, p. 32 et 34.

consuls-généraux en Afrique , ceiui-ci pour les États-Unis d'Amérique, celui-là pour le royaume de Wurtemberg ; de M. Gaultier d'Arc *, auteur d'un mémoire sur les cultures du royaume de Valence, considérées dans leurs rapports avec les productions du nord de l'Afrique ; et de MM. Pelissier - et Blondel ^, l'un , chef du bureau arabe, et l'autre, directeur des finances à Alger. Enfin, nous signalerons les remarquables conclusions de la Statistique générale de l'Algérie, récemment présentée aux Chambres par le ministre de la guerre '\

Les produits des diverses branches de l'économie agricole , sur lesquelles nous voulons porter nos efforts , auront d'ailleurs ce grand avantage, qu'ils ne se trouveront jamais en concurrence avec ceux de la métropole. Au contraire, ils pourvoiront aux besoins de la consommation générale et de l'industrie manufacturière de la France. Celle-ci , au lieu de faire venir de l'extérieur les marchandises qui lui sont nécessaires , pourra s'approvisionner dans

' Annales de la société coloniale de l'état d'Alger^ " rédigées par MM. Jobert, J. Pharaon et Solvet, P* liv., p. 22, 27 et 29. ,

'■' Annales de VAIgcriej, t. I*"", p. 55o-358.

^ Aperçu des possessions françaises dans le nord de l'Afrique j p. i5.

• Situation des établissemens français dans le nord de l'Afrique^ IP part., p. 376-592.

sa province d'Afrique , c'est-à-dire dans une de ses annexes territoriales.

Le temps n'est pas éloigné où les produits naturels de l'Algérie ne seront pas imposés dans nos ports , à l'égal des articles similaires introduits sous le pavillon étranger. Alors, favorisés par le libre accès des marchés de la métropole, le bétail , les chevaux , la laine , les soies , le coton, le chanvre, le lin, les fruits et les huiles de l'Afrique septentrionale * l'emporteront, sans peine, sur les marchandises analogues envoyées par l'Amérique, l'Egypte, la Turquie,

' Voici pour quelles valeurs ces différens articles ont figuré, en i836, dans la masse des importations générales :

Coton en laine 76,812,763 fr.

Soies 4'P26,267

Laines en masse 01,890,657

Fil de lin et de chanvre 11,811,087

Lin et chanvre bruts 5,4^2,55 1

Huiles 27,150,758

Fruits oléagineux, amandes, noix, noisettes , etc 25,726,989

Fruits de table , frais, secs , tapés ,

confits 5,155,952

Tabac 7,096,921

Peaux brutes de toutes sortes. . . . 19,615,754

Bétail, moutons et porcs 7,629,062

Chevaux 5,454, 58o

jNous empruntons ces chiffres aux pages 269 et 5i8 de la Statistique commerciale de la France.

l'Espagne, l'Italie, la Sicile, la Sardaigne, l'Autriche, la Hollande et l'Angleterre. Et, par cette révolution mercantile , plus de 260 millions de francs, qui chaque année sortent de notre pays, et deviennent le partage des puissances étrangères, rentreront, en totalité ou en partie, dans le mouvement du commerce intérieur, et, sans épuiser la France, porteront l'Algérie au plus haut point de prospérité.

Mais, pour mieux faire sentir les avantages supérieurs des principales cultures de notre association , nous allons les examiner successivement sous le point de vue agricole , industriel et commercial.

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