LES CÉRÉALES. — ^LES BESTIAUX. — LES RUCUES A MIEL
L'espèce de froment la plus ge'ne'ralemcnt cultivée dans la régence d'Alger, est le Triticum durum, auquel les Arabes donnent le nom de Jennali'Nassr . C'est le blé dur ou le blé barbu des Francs, si facile à distinguer, entre tous, par sa conformation particulière : sa tige est presque pleine, son épi renflé, et son grain plus allongé que sa grosseur ne paraît le comporter. Le seigle diffère peu du nôtre et croît fort bien dans les endroits humides. On ne sème quune espèce d'orge , celui à six côtés , liordeum hexasticliiim : comme il affectionne les pays chauds , il est très-productif dans l'Algérie, et y sert à la
fois de nourriture aux hommes et aux chevaux.
Nous n'ignorons pas que M. de la Pinsonnière a porté un jugement très-défavorable sur le froment du territoire d'Alger. Selon l'honorable écrivain , l'extrême chaleur nuirait à sa granification , et il ne donnerait qu'un produit dur et grossier *.
Mais cette opinion n'est nullement confirmée par les hommes qui connaissent le mieux la nouvelle colonie française. M. Barbet disait à la commission d'Afrique , il y a quelques années , que la végétation du froment lui avait paru admirable, malgré le détestable mode de culture suivi par les Arabes ^. William Shaler fait observer, dans sa relation, que si le blé est d'une espèce commune , il n'en donne pas moins un pain excellent : il affirme d'ailleurs que dans les marchés d'Italie , ce produit est préféré aux autres grains, parce qu'on en fait le meilleur macaroni et les meilleures pâtes ^. Plus récemment, M. Edouard de Solms, consul - général de Wurtemberg , n'a pas hésité à dire « qu'il trouvait les blés récoltés aux environs d'Alger
Rapport sur la colonisation d'Alger^ IP part., p. 66
et 67.
=* Procès-verbaux et rapports de la commission d' Afrique j p. 92 et 95.
^ Esquisse de l'état d' Alger j p. 12 et i3.
d'une meilleure qualité que ceux de la mer Noire » ^.
Les blés tallent beaucoup en Barbarie , et il n'est pas rare de voir un grand nombre de tiges jaillir d'un seul grain , en gerbe verdoyante ou dorée ^.
Le docteur Shaw apporta en Angleterre une espèce de froment du littoral, dont chaque semence avait donné cinquante épis. Il nous apprend que le bey de la province de Tlemsen ,
' Revue africaine j i8* livraison des mois de février et mars i858, p. 52 et 35.
Les rapports officiels parlent aussi dans les termes les plus avantageux du froment indigène. Ils nous apprennent « que l'intendance de Parmée d'Afrique vient de rendre compte d'achats s' élevant ensemble à 5,ooo quintaux de blé d'essence dure et
L tendre, de très-belle qvwlité, et que, satisfait de ces résultats , il va continuer ses acquisitions dans le pays. » — Situation des ètablissemens français j P'= part., § IX, p. i43.
* Cette disposition naturelle du triticum n'avait pas échappé à l'observation des Romains. Pline nous apprend dans son curieux chapitre de Fertilitate tritici in Africa, qu^un boisseau de ce blé en produisait jusqu^à cent cinquante sur les terres de Bysacium. « L'intendant de l'empereur Auguste lui envoya de || cette province , dit-il , un pied de froment d'oU sortaient près de 4oo tiges (chose à peine croyable) toutes provenues d'un seul grain, et nous avons encore des lettres qui attestent ce fait. L'intendant de Néron lui envoya de même 36o tiges de froment produites par un seul grain. » -—Histoire naturelUj liv. XXI, chap. X.
Mazaretty, se plaisait à montrer aux habitans d'Alger un pied de blé de son gouvernement , qui avait donné quarante pour un. L'officier turc racontait même , à ce sujet, qu'une discussion s'étant élevée entre l'Hadgé et le pacha du Caire sur la fertilité comparée de la Barbarie et de l'Egypte , le premier de ces hauts personnages avait envoyé à l'autre une souche chargée de soixante tiges ^.
Souvent des épis d'une singulière beauté couronnent ces groupes de chaume : le célèbre botaniste Desfontaincs en a mesuré qui avaient jusqu'à cinq pouces de longueur -.
11 paraît difficile de fixer aujourd'hui le produit moyen du froment. S'il faut en croire les Arabes , il y a quelques cantons où cette culture donne cinquante pour un. l^es auteurs les
* Travds or observations relating to several parts of | Barbaryj p. 220. — Desfontaines, Nouvelles annales des Voyages^ IP série, t. XVII, p. 552. Ce derniei-, après avoir rapporté les mêmes faits que le docteur Shaw, ajoute que pendant son séjour en Afrique, les Arabes lui ont cité d'autres exemples de fécondité non moins surprenaus. — Ibid.
^ Nouvelles annales des Voyages ^ IP série, t. XVII, p. 332. Le blé de Constantine, au dire du professeur Desfontaines , est surtout d'une grande richesse. Il en a retiré à la mouture 70 livres de Heur de farine , 4 livres de recoupe , et 6 livres de son, sur 80 livres de grains. (Ibid., p. SSg.) Du reste, les observations du botaniste français s'accordent ici , sous quelques
mieux informés, estiment qu'elle peut rendre huit pour un , dans les années médiocres , et de douze à vingt , dans les bonnes années. Depuis la prise d'Alger par les Français , M. Duchassin a récolté du froment à Kouba, qui lui a rapporté de vingt à vingt-deux fois la valeur de la semence ^. D'autres colons, il est vrai, ont été moins heureux dans leurs tentatives, mais il faut l'attribuer à la mauvaise qualité de leurs terres, ou plutôt à un mode vicieux de culture ^.
rapports, avec celles de Pline. L'illustre romain mettait le blé d'Afrique , pour le poids et la qualité , au nombre des fromens les plus estimes de son ternes.— Histoire naturelUj liv. XVIII, chap, XII.
' Desfontaines , Nouvelles annales des Voyages, Yt" série , t. XVII, p. 33i. — William Shaler, Esquisse de l'état d Alger j chap, I<'', p. 12. — Juchereau de Saint -Denis, Considérations statistiques j p. 286. — Pelissier, Annales de l' Algérie j t. II, p. 55i.
Les terres du^cap de Bonne-Espérance , cultivées par des colons européens, donnent quinze pour un dans les années ordinaires , et vingt et même trente pour un dans les années fécondées par de grandes pluies. — Ritter, Géographie comparée ^ t. P', § Vî, chap. m, p. 162.
- Rapport sur la colonisation de Vex-règence d'Alger, par M. de la Pinsonnière, IP part., p. QQ.
« Les colons européens ont cultivé comme les indigènes et n'ont pas été plus heureux qu'eux. Les mauvaises méthodes ont donné de mauvais résultats , et les mauvais résultats ont découragé les gens qui auraient été tentés de se livrer à la culture. » — Ib.
D'après les observations pratiques de quelques-uns d'entre nous, cultivateurs d'outre-Méditerranée , il nous paraît certain que , par le choix des terrains et l'application des bonnes méthodes, nous obtiendrions une moyenne de seize à dix-huit pour un ^. Et comme les frais d'exploitation ne s'élèveraient pas au tiers des produits, il suit que la culture des céréales pourrait devenir extrêmement avantageuse.
Nous avons fait connaître ailleurs dans quelles proportions les terres à froment se trouvent relativement à la masse des plantations dont l'existence a été constatée par l'administration. Nous
' On ne saurait croire combien le plus ou moins d'intelligence et d'attention que le cultivateur apporte à ses travaux peut influer sur le rendement du grain. En 1777, l'^^l»^ Poncelet ayant creuse cent petits trous dans un champ de six pieds carrés, planta un grain de froment dans chacune de ces fossettes.
« Les épis et les chalumeaux que j'obtins , dit cet agronome , étaient prodigieux dans leurs dimensions. L^ feuilles avaient 2 pouces de largeur sur 2 pieds 1/2 de longueur^ le chalumeau portait 4 lignes de diamètre et 5 pieds 2 pouces de haut. L'épi avait 8 pouces de long et de 19^27 balles. Les plus fortes touffes étaient composées de 65 chalumeaux , d'autres de 5o à 45, et quelques-unes de 17 à 24. Approximativement, mon champ m'avait donné 5, 600 épis, portant 79,200 balles et 896,600 grains. » — Histoire naturelle du Froment, dans laquelle on traite du principe du développement du germe , de son accroissement j de la floraison, etc., par l'abbé Poncelet, app., art. II, p. 260 et 261. Paris, 1779.
donnons maintenant les mêmes résultats dans leurs rapports avec chaque localité'.