LE MURIER ET LE VER A SOIE
11 est impossible de préciser l'époque à laquelle remonte l'introduction de l'industrie séricicole dans l'Afrique septentrionale. Nous avons dit ailleurs que, pendant le moyen-âge, la colonie mauresque de Scherschel s'était livrée avec beaucoup de succès à l'éducation du ver à soie. Partout où cette industrie a existé et répandu quelque éclat , la tradition populaire en a consacré le souvenir. Avant la conquête, les noms de plusieurs localités de la banlieue d'Alger et de la plaine avaient pris leur origine dans la culture du miirier. Il existait même sur ce point central quelques vieux débris des anciennes plantations , lorsqu'on 1830 , notre armée s'empara de la régence ^
Les Français travaillèrent avec ardeur à rele-
' AnnaUi de V Algérie, par le capitaine Pelissier, t. II, p. 529.
ver ou plutôt à introduire une branche d'industrie dont ils avaient appris , depuis long-temps , à connaître les précieux avantages. En 1838, ils étaient déjà parvenus à élever plus de 85,000 mûriers.
Il existait , outre ces tiges de toute grandeur, 300,000 pourrettes du même arbre dans les pépinières du gouvernement, et les colons avaient adressé pour 86,000 fr. de demandes à l'établissement administratif. Le mûrier blanc et le mûrier muticaule , plantés dans les parties fraîches et humides du jardin d'essais, avaient réussi à merveille. On avait vu des boutures , en moins d'une année, atteindre plus de dix pieds de hauteur et se charger de feuilles nombreuses et d'une dimension extraordinaire ^
Cependant, comme pour la plupart des entreprises agricoles, les plantations s'étaient concentrées dans le territoire qui rayonne autour de la capitale de nos possessions africaines. Le
* Situation des ètabtissémens français dans l'Algérie^ II« part., § XIII , p. 280, et § XIV, p. 288. — Annales de la société coloniale d'Alger, t. P'", I" livraison, p. 07 et 58.
A Boufïarick, le génie et le domaine ont fait planter en mûriers , les routes , les principales rues et les places. — {Tableau officiel j p. 591.) Il serait à souhaiter que toutes les villes de la colonie fussent dotées des mêmes avantages. On sait que par l'ordre de la Compagnie des Indes , d'immenses plantations de mûriers ont été récemment créées dans le Bengale.
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COMMV5ES d'aIGER. PlA>TATIOPIS DE MCRItlS.
Pointe Pcscadc ^^T^"^
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Mustjpha -Pacha "7,1 55
Bir-Mad-Rn> 33y.
Husioiti-DtY 137
Koiiba 5,6.41
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R.Tildoui 1,-175
Boullarick 975
Tut.il .S6.5')a
D'aprrs It'S r«^rli(M( lies tic radminisiratiuii . il parait que dans les districts d'Orari et de Mostaganeni . il n't'xist.nt jtoinl de mniii'is. Il \ rn avait 603 «l.uis le territoir»' de lloiu* , ro (Hii donnait pour toute l'AIgiTir un total de 87,22.'» arbres de eettc csjircc ^ (l'est iM'.iueoup snns doulr . mais \\ \ a loin dr tr rcsulfaf aux "> niil-
' Tableau othcitl . « t< , H' |).irl.. |, Xlll y. ir. f ,\ -»S5.
lions 700 mille mûriers que renferme en France le seul département du Gard *. 11 reste encore , comme on le voit , une grande lacune à remplir et de vastes bénéfices à réaliser par notre association industrielle.
Un écrivain a dit , avec raison , que le produit d'une magnanerie ne saurait être surpassé, ni même égalé par aucune autre spéculation agricole. Cela est vrai surtout de l'éducation du ver à soie en Italie et en Afrique, où la nature vivifiante du climat seconde admirablement les travaux de l'industrie séricicole ^.
' Annales de la société Séricicole^ V" livraisou, p. 44- On comptait en France , en i834, ^^^^^ ^^ département du Gard, 5,709,466 mûriers 5 dans la Drôme, 2,800,000; dans le département de Vaucluse , 2,oi3,o54, et dans l'Ardèchc , 2,000,000. Venaient ensuite les Bouches-du-Rhône où le nombre des mûriers s'élevait à 670,799; l'Isère, à 602,600; le département de Seine-et-Oisc, à 34i,ooo; la Côte-d'Or, à 576,000; ', l'Hérault, à 247>ooo; la Lozère, à 2i4,4oo; le Var, à 2o8,425. — Ibid.
- Dès l'année i854, l'administration a pu juger des avantages que présente , sous ce rapport , la nouvelle colonie française. Un essai fait alors avec les mûriers blancs du jardin de naturalisation donna un excellent produit. La soie était bien corsée et les cocons beaux et bien faits ne laissaient rien à désirer. Cependant l'éducation des vers à soie avait été faite sous la plus fâcheuse influence. Faute d'un autre local , ou les avait élevés dans une chambre habitée par des ouvriers , des femmes et des enfans.— .^n/ia/e^ de la société coloniale d'Alger j p. 37 et 38.
Nous ne croyons pas exagérer en supposant que chacune de nos magnaneries, établie sur les mêmes bases que celle du comte de Dandolo, pourra donner les mêmes résultats. Or, voici quelles étaient les dépenses et les bénéfices de l'exploitation dirigée par le célèbre agronome italien.