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LA VIGNE. — ^ l'oranger, LE TABAC, GtC. — PLANTA- TIONS DE BOIS. — MINES.
L'abstinence du vin prescrite à tous les musulmans par la politique de Mahomet, n'a point porté un aussi grand préjudice qu'on pourrait le croire à la culture de la vigne : le géographe Edrisy nous apprend qu'elle était très-répandue et très-florissante dans l'Afrique septentrionale , au commencement du treizième siècle. Les meilleurs vignobles se trouvaient en ce temps-là sur les bords du Schélif ^
Les Maures ont toujours eu une prédilection marquée pour cette culture. La plupart des arbres fruitiers de la région maritime de l'Atlas ont dégénéré par leur négligence : la vigne in-
' Géographie d'Edrisy, t. V"', I1I« climat, § I", p. 25i.
digène, objet constant de leurs soins, a conservé ses qualités primitives. C'est donc avec raison que ses fruits sont généralement préférés à tous ceux de la régence ^
Comme l'olivier, cet arbre se complaît sur la terre d^frique, et y puise une vigueur extraordinaire. De quelque côté que l'on porte ses pas, on le voit étaler sa végétation luxuriante , ses larges ceps et ses grappes surchargées de fruits. Il croît à l'état sauvage dans les haies, dans les bois et même dans les broussailles ; il produit ainsi sans culture des raisins noirs et blancs, qui sont meilleurs et plus gros que ceux de beaucoup de nos vignobles français -.
Au sud et au nord du petit Atlas , il forme en plein champ de belles agglomérations cultivées par les Berbères.
Ceux-ci ne connaissant point l'usage des échalas , abandonnent les ceps à leur propre impulsion et les laissent s'élever ou ramper irrégulièrement sur le sol ; système qui a quelque analogie avec le mode de culture suivi en Espagne ^ , et qui donne à chaque pièce de vigne l'aspect d'une nature moitié disciplinée , moitié sauvage.
' Le capitaine Rozel , Voyage, dans la régence d'Alger, t. I*', chap IX, p. 2o3 et 204.
- Ibid.
^ Voyez \ Itinéraire descriptif de V Espagne , par M. Alexandre de Laborde, t. IV, p. g5.
Il y a de magnifiques treilles dans les jardins et les cours des maisons mauresques *. En 1831 , nos soldats ont pu admirer dans la nouvelle Casbah d'Oran , un pied de vigne dont les nombreuses ramifications couvraient un espace de cent vingt mètres carrés -.
Tout est gigantesque dans la vigne de l'Alge'rie. Elle produit des ceps de sept à huit pouces de diamètre et des grumes de trois pouces de circonférence ; parmi ses grappes d'une grosseur prodigieuse, il en est qui pèsent jusqu'à 13 livres ^. Il n'y a pas loin de ces énormes fruits aux
' Hebenstreit , Nouvelles annales des Voyages j IP série , t. XVI, p. 27. *
^ Le capitaine Rozet , Voyage dans la régence d'Alger^ p. 2o5 et 2o5.
« A Orau , dans la cour nord de la nouvelle Casbah, j'ai vu un pied de vigne, planté à côté d'une fontaine, il est vrai , dont le diamètre était de 0™ 23"^ ou 8 pouces 6 lignes; les branches formaient une treille ^ui couvrait un espace de i5 mètres de long sur 8 de large, ou de 120 mètres carrés. J'ai compté sur cette treille mille grappes de raisin, dont chacune pesait plus de deux livres. C'est une des plus belles choses que j'aie vues depuis que je voyage. S'il pouvait exister quelques doutes sur ce fait, j'invoquerais le témoignage de tous les officiers du 21^ régiment de ligne , qui l'ont observé comme moi. » — Ibid.
^ « Sans échalas , sans autres soins , les ceps se chargent des plus gros raisins qu'on puisse imaginer. On trouve assez corn-* munément des grappes qai pèsent quinze livres , et des grumes longues de vingt-deu.t lignes, ayant 5 pouces 5 lignes de circon-
grappes de la vigne numidienne, qui, au dire de Strabon, étaient longues d'une coude'e *.
Les vignes commencent à pousser vers la fin de mars, se couvrent de fleurs dans les premiers jours de juin, et sont en plein rapport en juillet. De tous leurs fruits, l'espèce la plus commune et la plus estimée , est un chasselas qui ressemble beaucoup à celui de Fontainebleau ; elles don-
férence. Ce raisin raùrit, quoique couché jur la terre, etc. » — Renaudot, Tableau du royaume et de la ville d'Alger, chap. VI, p. i5i.
« Cette plante croît en Barbarie avec une force étonnante. Dans les champs, on trouve des ceps plus gros que le bras j les treilles des jardins sont compc^ées de pieds de vigne de toute beauté. » — Voyage dans la régence d' Alger j par le capitaine Rozet, t. P% p. 204.
' « On convient généralement que la Maurusie , sauf une partie déserte, est un pays riche et fertile , bien arrosé de rivières et baigné de lacs : cette contrée , abondante en toutes choses , produit entre autres arbres d'une dimension extraordinaire, une espèce de vigne, dont deux hommes ont peine à embrasser le tronc, et qui donne des grappes longues d'environ une coudée. » — {Géographie de Strabon, t. V, liv. XVII, p. 454-)
D'après les Recherches sur le principe, les bases et l'évaluation des systèmes linéaires de l'antiquité^ insérées dans l'appendice de ce grand ouvrage , la coudée grecque était de vingt-quatre doigts ou six palmes. (Ibid. , app., p. 558.) Remarquons encore , pendant que nous sommes sur ce noble terrain h de l'antiquité , que , selon Pline , la vigne africaine était grosse et se soutenait sans appui ; et qu'où était obligé de tempérer avec
nent aussi des raisins noirs et gris a petits grains. Les produits des treilles sont des chasselas , des malagas et des muscats. C'est principalement aux malagas qu'il faut appliquer ce que nous venons de dire sur la grosseur extraordinaire des grappes *.
Les cultivateurs du littoral vendent ces fruits excellens dans leur e'tat naturel, ou après les avoir fait dessécher. Pendaut Thiver , les Kabaïles apportent à Alger une grande quantité de raisins secs. Les habitans de la vallée de Mostaganem en font aussi un commerce assez considérable ^.
D'après tous ces faits, on sent quel parti avantageux une exploitation agricole pourrait tirer de la culture de la vigne.
Les voyageurs qui ont pu s'assurer , par leur propre expérience , de la force et de la richesse des vins indigènes , s'accordent à les mettre sur la même ligne que les produits du Portugal, de l'Espagne et de la Provence ^. Mais ce serait
du gypse , 1 âprelé naUuelle du raisin fabriqué avec ses fruits. — Histoire naturelle^ 1. XIV^ chap. III, el I.XVII, ch. II.
' Desfontaines, Nouvelles annales des Voyages , IP série, t. XVII, p. 353. — Rozet, Voyage en Afrique, t. P^ p. 2o5 cl ao4.
^ Tableau des ètablissemens français dans l'Algérie, I" part., p. 67.
^ « Avant les ravages que firent les sauterelles en 1723 et en i']^^, dans les vignobles de l'Algérie, ses vins égalaient ceux de
surtout par le perfectionnement de cette culture que notre association nationale pourrait obtenir les plus beaux résultats et rendre les plus grands services à la colonie. Elle transplanterait dans l'Afrique française les ceps des crus les plus estimés de la péninsule hispanique, de la Grèce et de l'île de Madère *. Nous sommes convaincus que ces tentatives réussiraient complètement, et que la culture de la vigne , très-facile et peu dispendieuse à Alger 2, y serait infiniment plus productive que de l'autre côté du détroit.
S'il fallait en croire les relevés de l'administration , le nombre des pieds de vigne serait trèsborné dans l'Algérie.
l'Herraitage , poui' le goût et le parfum. Depuis , les vignes ont beaucoup perdu de ces avantages, et au moment où nous écrivons, elles n'ont pas encore recouvré leurs anciennes qualités. Cependant , leurs produits pourraient peut-être rivaliser encore avec les vins d'Espagne et de Portugal.» — Le docteur Shaw, Travels in several parts of Barbary, p. 227.
' Il existe un Traité des variétés de la vigne dans l'Andalousie j par Roxa Clémente, qui contient de précieux renseignemens sur les vignobles de l'Espagne. Cet ouvrage a été traduit de l'espagnol en français, et publié à Paris, en i824' M. Gaultier d'Arc, consul de France à Valence, a consigné aussi des observations très-intéressantes sur les vignes de la Péninsule, dans un mémoire adressé au maréchal Clauzel, en i855.
" M. de la Pinsonnière, Colonisation de V ex-régence d'AlgèrjU' part., p. 69.