CONCLUSION
Nous avons exposé les principes généraux de notre projet d'association nationale pour l'exploitation agricole de l'Afrique française. Il ne nous reste plus qu'à ajouter quelques mots sur la combinaison financière qui servira de base à notre organisation industrielle. Sans nous préoccuper de la forme que l'association pourra définitivement recevoir, nous avons pensé qu'une tentative sérieuse de colonisation devait reposer sur l'alliance des capitalistes de la métropole et des propriétaires de l'Algérie. Nous nous sommes donc adressé d'abord à ceux-ci pour les engager à se réussir à nous. A peine ce premier appel a-t-il été fait, que les adhésions nous sont arrivées de toutes parts. Plus de vingt mille ar*pens de terres sont mis, dès aujourd'hui, à notre
disposition, par des propriétaires qui sont prêts à s'associer à nos travaux.
C'est aux capitalistes qu'il appartient de faire le reste, en venant en aide à la culture. Nous n'avons pas besoin de remarquer combien l'alliance que nous leur proposons re'unit d'élémens de sécurité : ils ne placeront pas leur mise de fonds sur une propriété purement morale et conventionnelle, comme il arrive presque toujours dans les sociétés ordinaires ; mais sur une propriété immobilière et collective, qui leur tiendra lieu, en quelque sorte, de nantissement. L'esprit de parti devait rester étranger à une œuvre aussi éminemment nationale. C'est ce sentiment qui a présidé à la formation de notre comité de fondation. Nous avons indistinctement réclamé le concours moral des hommes de toutes les nuances de l'opinion : partout , nous avons trouvé de vives et profondes sympathies pour l'Afrique française; et les premières illustrations industrielles , financières , politiques et militaires de la France, nous ont promis Tappui de leurs lumières.
Le comité de fondation de l'association nationale pour la colonisation agricole et industrielle de l'Algérie, se compose de MM. le maréchal Clauzel, Ledru - Rollin , de Mortemart, Berryer, Arago, de Caraman, Thiers, Laffitte, de Cazes, Odilon - Barrot , Mauguin , la Pinson-
nière, Martin de Strasbourg , Félix Desportes et Pillault-Debit, ancien commissaire du gouvernement à Alger. Nous ne saurions invoquer un témoignage plus décisif en faveur de notre projet décolonisation que celui de ces hommes éminens. Mais , nous le répétons , les ':^ssurances de succès ressortent des choses elles-mêmes : les unes de l'ordre moral, sont dans l'histoire du passé , et les autres , de l'ordre physique , dans la nature particulière du pays. L'admirable situation géographique de cette contrée, la beauté de son climat, les merveilles de sa végétation, et l'exubérance de ses ressources naturelles , sont autant de garanties matérielles de prospérité qui éclatent, pour ainsi dire, au grand jour du soleil africain. Il en est de même des rapides progrès qui se sont accomplis, aux yeux du monde entier, depuis huit ans , dans la population, l'agriculture, l'industrie, le commerce, la navigation, les fortunes particulières et les revenus généraux de l'Algérie.
Jamais une entreprise n'a présenté plus de garanties de stabilité, de succès et de prospérité. Nous disons de stabilité, car la conservation de l'Algérie est irrévocablement arrêtée par la volonté nationale , comme par les déclarations du gouvernement ', par le sentiment de notre grandeur, romme par l'intelligence de
• Tous les hommes d'ctal <]ui , depuis neuf ans , ont pris la part la -^l'is active aux affaiies, MM. le maréchal Soult, Thiers,
nos^ intérêts, par les nécessités politiques du présent , comme par la prévision des complications éventuelles de l'avenir. Une guerre générale , de l'opinion de nos meilleurs officiers , ne compromettrait pas l'existence de l'Afrique française; et une guerre intérieure contre Abd-el- Kader n'aurait d'autre effet que d'amener la ruine de ce chef arabe , et la consolidation de notre établissement.
D'ailleurs, comment la France pourrait-elle se résoudre à abandonner une terre dont elle a payé si chèrement la prise de possession et qui doit assurer sa prééminence politique , maritime et commerciale sur le bassin de la Méditerranée ? Une terre , où , après avoir trouvé une glorieuse école pour ses soldats, elle verra bientôt se former une vaste pépinière d'excellens marins? Une terre, où, pendant les sept premières années de sa domination , elle a employé plus de trois millions en travaux maritimes et civils , et près de huit millions en fortifications et en bâtimens militaires? Une terre que ses braves ont arrosée de leur sang et ses colons fécondée de leurs sueurs ? Une terre , où , sur la foi de ses promesses, une multitude d'Européens, Français, Anglais, Espagnols, Portugais, Italiens, Allemands, Grecs et Russes, sont venus
iMolé , Guizot, etc., se sont prononcés pour la conseryation de l'Algérie.
successivement s établir avec leurs familles? Une terre, enfin, où l'élite de la nouvelle population coloniale a déjà dépensé une somme de vingt à vingt-cinq millions en acquisitions de biens mobiliers , en entreprises de culture et en travaux de construction?
Non, la France, pour quelque considération que ce soit , ne consentira jamais à se dessaisir de tant d'avantages , ni à sacrifier de si grands intérêts. Selon nous , ses anciennes provinces de Normandie , de Flandre et d'Alsace, ne tiennent pas à sa cKîiistitution territoriale par des liens plus indissolubles que ses nouvelles possessions du nord de l'Afrique.
Nous terminerons par une observation h laquelle nous attachons , pour notre compte , une grande importance. Les hommes honorables qui travaillent depuis deux ans à la fondation de l'association nationale , n'ont pas voulu seulement fonder une entreprise industrielle : ils ont agi avec la conviction profonde que toutes les œuvres de l'intelligence et de l'industrie humaine dans une époque de progrès comme la notre, doive:i|t avoir une sanction morale. Si donc
ils ont aniMtionné l'honneur de contribuer à
la colonisation agricole de l'Afrique , c'est qu'à cette grande entreprise , dans leur pensée , se rattachent intimement tous les intérêts de la France, de l'humanité et de la civilisation. Mais
surtout ils ont été vivement touchés par la perspective d'ouvrir une large voie à l'amélioration morale , physique et industrielle de nos classes laborieuses, sur lesquelles l'organisation actuelle du travail fait peser si souvent les trois grands fléaux de l'inactivité, de la misère et de la démoralisation. En un mot, ils se sont rappelé que la république de Carthage, cette grande autorité en matière de colonisation africaine, avait regardé l'établissement des colonies commerciales €t agricoles comme le moyen le plus sûr d'obtenir la faveur du peuple, en donnant une heureuse issue au trop plein de la population, et en améliorant le sort du plus grand nombre par la distribution des terres.
APPEIXDICES.
EXTRAITS, OPINIOXS ET JtGE>IElVS SLR L'ALGÉRIE, PUISÉS