PREMIER APPENDICE
CLIMAT, SOL ET PRODUCTIONS NATURELLES Dit L ALGERIE.
La partie habitée de ce royaume étant située entre le 54^ et le 37' degrés de latitude nord, on y jouit d'un air fort sain et tempéré , qui n'est ni trop chaud ou trop étouffé en été, ni trop vif ou trop froid en hiver. Pendant douze ans que j'ai demeuré à Alger, je n'ai vu que deux fois le thermomètre à la gelée , et alors toute la campagne fut couverte de neige ; je ne l'ai vu non plus h l'extrême chaleur, que lorsque le vent venait du Sahara. Les saisons se succèdent les unes aux autres d'une manière insensible, et l'on peut juger de l'égalité delà température par ce seul fait ; quelque temps qu'il fasse, le baromètre ne varie que d'un pouce o/io*^', c'est-à-dire, qu'il n'y descend jamais plus bas que 29 pouces 1/10*, et que sa plus grande élévation y est de 00 pouces /^jio".
Les vents viennent ordinairement de la mer, et, par conséquent , du nord-ouest et du sud-ouest, Les vents
d'est régnent communément à Alger, depuis le mois de mai jusqu'en septembre , et, pendant le reste de l'année , on a les vents d'ouest. Quelquefois, surtout vers les équinoxes, on y sent le vent que les anciens nommaient Africus : c'est un vent fort et impétueux qui vient du sudouest et que les mariniers de ces mers-ci appellent Labctch. Les vents du sud, qui sont ordinairement chauds et violons, ne sont pas fréquens à Alger : ils soufflent quelquefois cinq ou six jours de suite, en juillet et en août, et rendent alors l'air si prodigieusement étouffant, que les habitans du pays sont obligés de jeter de l'eau sur les planchers pour rafraîchir les maisons. Sur la fin de janvier lySo-Si, nous eûmes un gros vent de sud trèschaud, qui fit fondre tout d'un coup la neige dont les plaines et les montagnes voisines étaient couvertes depuis deux mois : ce qui parut une chose fort extraordinaire et surprenante aux gens du pays.
Les vents d'ouest, de nord-ouest et du nord amènent d'ordinaire le beau temps en été, et la pluie en hiver. Mais les vents d'est et de sud sont presque toujours secs, quoiqu'ils amènent de gros nuages, et que le temps soit alors couvert. C'est une chose assez singulière , que les montagnes de Barbarie et celles de la côte méridionale de l'Europe ressentent des effets différons par le même vent : car j'ai observé que celles de Barbarie sont constamment sereines par les vents d'est , et couvertes de nuages par ceux d'ouest , particulièrement un peu avant et durant la pluie; mais le contraire arrive, à ce qu'on m'a assuré , en Espagne et en Italie.
Le baromètre monte jusqu'à 3o pouces 2/10" ou o/io" par les vents du nord , quoique ces vents soient accompagnés de grosses pluies ou tempêtes : mais les vents d'est
ou d'ouest n'y produisent point un elï'et constant : cependant, dans les trois ou quatre mois de l'été, le mercure était toujours h environ 3o pouces, sans aucune variation , soit que le vent fût à l'est ou à l'ouest. Lorsque les vents chauds du sud régnaient, ce baromètre ne montait guère plus haut que 29 pouces 3/io",ce qui est aussi sa hauteur ordinaire lorsqu'il pleut par un gros vent d'ouest.
La quantité de pluie qui tombe communément à Alger est, une année portant l'autre, de 27 à 28 pouces par an. Dans les années 1723-24 et 1724-25, qui furent des années sèches, il n'en tomba qu'environ 24 pouces; mais l'an lyôo-ôi, qui fut une année pluvieuse, il en tomba plus de 5o. Il tomba encore plus d'eau l'an 1752-33, puisque cela alla jusqu'à 44 pouces; mais c'était une année tout-à-fait extraordinaire à cet égard. Les pluies surtout du i5 octobre et du 11 novembre furent si abon^ dantes et si fréquentes, que les tuyaux qui servent à conduire l'eau de dessus les terrasses dans les réservoirs,, n'étaient pas assez larges pour lui livrer passage. Aux mois de février et de mars de l'an 1727-28, il plut à Tunis quarante jours sans cesser; c'est ce que je n'ai jamais vu à Alger, où il ne pleut guère que deux ou trois jours de suite , après quoi Ton a ordinairement huit ou quinze jours de beau temps. — Shaw, Voyages dans plusieurs provinces de la Barbarie, t. I", p. a8i-283.
Récapitulons maintenant les observations consignées dans notre tableau météorologique pour en déduire le*conséquences les plus importantes.
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Eli couipaïaut entre elles les dili'éreules températures de l'année % on voit que c'est dans le mois de décembre que le thermomètre est descendu le plus bas à Alger, mais il ne s'est jamais abaissé au-dessous de zéro : son minimum a été de 2° 80'. Pendant mon séjour à Alger, je n'ai point vu de glace ni de gelée blanche dans celte ville ou dans la campagne environnante; la neige qui couvrit tout le mont Boudzaréah, le 25 décembre i83o, et qui tomba aussi dans les rues d'Alger, n'a pas persisté
plus d'une heure
C'est pendant le mois d'août, abstraction faite des époques où le vent du sud souillait , que j'ai vu le thermomètre monter le plus haut, 55° 5o'. Dans les mois de juin, de juillet et de septembre, il s'est élevé à 29°, 5o° et ai"; c'est pendant ces quatre mois que les chaleurs sont le plus fortes. Au mois d'octobre , la température est extrêmement agréable , quoiqu'il y ait encore quelques jours où le thermomètre s'élève h 24 degrés; en novembre, commencent le mauvais temps et le froid, qui durent, par int(M'valles , jusqu'aux derniers jours d'avril. Vers la fin de décembre , les arbres perdent leurs feuilles; mais avant le 20 janvier, on en voit de nouvelles se montrer ; les haies sont presque toujours parsemées d'arbustes verts et fleuris. Au milieu de février, la végétation est en pleine activité ; et , dans les premiers jours de mars, on fait une première récolte de pommes, de poires et de quelques autres fruits. De mars en juin , on a un temps délicieux sur la côte de Barbarie; h part les jours de mauvais temps , on se croirait dans un paradis terrestre; mais au mois de juin, les grandes cha-
1 Ces obsei'valionj s'appliquent à laniice i85o.
— 36i — leurs commencent à se faire sentir, les sources se tarissent et la végétation péréclite
Dans les trois mois qu'ont duré nos observations à Alger, le baromètre n'est jamais descendu au - dessous de 746°"" 00, et il ne s'est pas élevé au-dessus de 774™™ 00 ; c'est dans le mois de février qu'il s'est élevé le plus haut, et dans celui de mars qu'il s'est abaissé davantage; la demi-somme de ces nombres se trouve exactement 760""°. A l'équinoxe du pinntemps, la colonne barométrique a varié entre 746°"" 00 et 761°"° 00; h celui d'automne (i83o), elle s'est soutenue entre 751°"" et 764°"°; et, en i83i, entre G54"'° et 765°"°,- au solstice d'été, elle s'est élevée à 764 °"° seulement , mais elle n'est pas descendue au-dessous de 760™™ ; au solstice d'hiver, l'abaissement a été aussi considérable que pendant les équinoxes
A Alger, les hauteurs de la colonne barométrique annoncent assez bien le beau et le mauvais temps; nous nous sommes rarement trompés dans les prédictions que nous avons faites d'après leur indication; nous avions prévu , deux jours à l'avance, la grande pluie du mois de décembre i85o. Les vents qui amènent la pluie et font baisser le baromètre sont ceux du nord et du nordouest , les plus communs sur la côte d'Afrique. Celui du sud le fait aussi baisser; j'ai vu cet abaissement aller jusqu'à cinq millimètres ; je crois qu'il est dû h la grande quantité de vapeurs rousses répandues dans l'atmosphère. Les autres vents le font monter et amènent le beau temps. Pendant la durée des grandes chaleurs . j'ai souvent vu les deux ménisques barométriques dispa-
raîlre entièrement, et ces colonnes terminées par des surfaces sensiblement planes : j'attribue cet effet au grand état de sécheresse dans lequel le tube se trouvait alors.
Les vents les plus communs sur la côte d'Alger, sont ceux du nord et du nord-ouest; ceux du sud, du sud ouest et du sud-est sont beaucoup moins fréquens; mais les plus rares sont ceux de l'est et de l'ouest. C'est depuis novembre jusqu'en avril, que les vents du nord et du nord-ouest se font le plus fortement sentir; ils occasionnent quelquefois des tempêtes dangereuses, mais beaucoup moins souvent qu'on avait voulu nous le faire
croire avant le départ de l'expédition Depuis le
i4 juin i85o jusqu'au G octobre i85i, je n'ai vu que six fois la mer assez mauvaise nous mettre en perdition les bàtimens qui étaient à l'ancre, soit dans la rade d'Alger, soit dans celle de Sidi-Efroudji. C'est de novembre en mars que la mer a été le plus agitée, et non pas dans le voisinage des équinoxes
La saison des pluies et des orages dure six mois sur la côte de Barbarie, de novembre Ix mai. C'est dans les trois premiers mois qu'il pleut davantage : il y a eu trente-six jours de pluie, du i" novembre i83o au i" février i85i, et vingt-trois jours seulement depuis cette époque jusqu'au i" mai. Dans ces six mois, nous avons eu dix jours d'orage, avec tonnerre et grèlc;, dont sept dans le mois de décembre et un jour de neige. Pendant les six autres, les pluies ont été fort rares; j'ai cependant encore compté vingt-trois jours pluvieux; mais alors la pluie dura rarement plus d'une heure ou deux, tandis qu'en hiver elle continue souvent pendant vingtquatre heures, et quelquefois elle dure plusieurs jours.
Comme dans tous les pays chauds, les pluies sont extrêmement abondantes sur la côte de Barbarie. Dans notre expédition le long de l'Atlas, en i83i, nous étions assaillis chaque jour par des torrens d'eau.
Les orages sont rares, mais ceux qui éclatent sont toujours extrêmement violens; l'air est alors chargé d'une grande quantité d'électricité, les éclairs embrasent l'atmosphère, et le tonnerre roule avec un fracas épouvantable; je l'ai vu tomber plusieurs fois en hiver. La masse d'électricité répandue dans l'air, donne lieu , comme on sait, à une foule de phénomènes curieux. Quelques-uns de ces phénomènes se manifestent en Afrique avec une intensité inconnue en Europe. Le 8 mai 1 83 1 , après le coucher du soleil , toute l'atmosphère était en feu ; le tonnerre grondait continuellement , et les éclairs sillonnaient les airs dans toutes les directions. On aperçut alors, aux extrémités des mâts de pavillon, qui sont en très-grand nombre dans l'intérieur d'Alger et sur les forts environnans, une lumière blanche , en forme d'aigrette , qui persista pendant une demi-heure. Des officiers du génie et de l'artillerie , qui se promenaient tête nue sur la terrasse du fort Bab-Azoun, furent très- étonnés de sentir leurs cheveux se dresser et de voir une petite aigrette h l'extrémité de chacun de ceux de leurs camarades. Quand ils levaient les mains en l'air, il se formait des aigrettes au bout de leurs doigts , qui disparaissaient aussitôt qu'ils les abaissaient. Pour vérifier complètement le fait , ces messieurs firent venir sur la terrasse dix soldats , sur lesquels le phénomène se reproduisit à l'instant même et avec une égale intensité. Les officiers et les soldats éprouvèrent des contractions nerveuses dans les
— 5G4 — îiiembres el une lassitude générale , principalement dans les jambes.
Les jours de mauvais temps exceptés, la température est extrêmement agréable dans les environs d'Alger, depuis le commencement de janvier jusqu'au i5 juin. C'est alors seulement que commencent les grandes chaleurs qui continuent sans interruption jusqu'à la fin de septembre. La chaleur est très- vive; mais elle n'est point accablante , et l'on y résiste fort bien , si l'on peut se passer de boire pendant quelques heures ; les personnes qui se livrent à toute l'ardeur de leur soif, transpirent beaucoup et ne tardent pas îi n'en pouvoir plus. Quand je dis que la chaleur n'est point accablante , je fais abstraction des jours où souffle le sémoun
L'air est extrêmement sain sur la côte de Barbarie : malgré l'incurie des habitans, qui laissent amasser des tas d'ordures autour des villes, qui les environnent de cimetières, et qui abandonnent sur le sol le corps de tous les animaux morts , il n'y règne point de maladies endémiques; ce n'est que sur quelques points assez avancés dans les terres (plaine de la Mitidja) que des émanations marécageuses produisent des fièvres intermittentes. L'atmosphère est pure pendant la plus grande partie de l'année,
et les brouillards sont assez rares Quoique pendant
toute la matinée, une brise de mer, et daus l'après-midi, une brise de terre viennent chaque jour rafraîchir le fond de l'air, celui qu'on respire est presque toujours chaud. Nous éprouvions une grande jouissance à respirer de l'air frais pendant l'hiver, et les maux que nous causait le froid se trouvaient ainsi compensés.
Cinq mois aprt'îs mon reloiir on France , h smsntion agréable (juo j'»''|)ronvnis en n^spirant <!•• I.iii- tV.iis n't'-lail point encore elVac«''c. — Uozet , Voynj^e »i.iii> !;• r.-;;fiu.f U'Alger, t. I", cil. MI . p. iZ/ô-Hi;.
Sous le rapport sanilnire. la régence d'Alger ne ressemble en rien h beaucoup d'antres pays chauds, à noire ancienne colonie de Saint-Doniinguc , par exemple , h davenn»' ou au Sénégal. A ne considérer que son ensemble, le territoire est parfaitement sain; rinsalubrilén'est que locale, elb^ se borne aux plaines de la Alilidji et de la Boujima , et à un très-pelit nombre d'autres points, encore tient-elle à des causes qu'il est possible de faire disparaître. Malheureusemenl , les deux principaux sièges de notre établissement ( Bone et Alger) sont précisément ceux oii la colnnisnfinn aiir^ le plii>; à foire pour assainir le sol.
Le voisinage des nionla^^nes de TAllas au sud '^^^«^Il lissant des vcniyHpclésert . il rinlhuncc i\r l'air de la mer étant concentrée sur le lilloral , le eliuinl est doux et lacilc , et convient h merveille au l(;mj)érauicnt des Enlopéens. Il n'y a à cet égard aucune conclusion fâcheuse .1 tirer d<s noull)reu'^(■s pertes rpie r,uune ;i t'j)rouvées ; les ()l)li^^•llion^ (ju'impose un service de guerre dans un lieu plulùL cpie dans un nuire, l'impossibilité matérielle de suivre un bon système hygiénique, quand même on eût eoiiiiu d.ivance les dangers à éviter-, ont place- le sdidat dans des circonstances extraordinaires dont on pourra j, probablement U". garantir dorénavant . ou (|iii «seront nu moins modifiées.
En un mot, on le répète, l'insalubrité n'est que locale, et l'on ne peut pas plus conclure que le territoire de la régence est malsain de ce que les marécages de la Mitidja et de la Bougima sont dangereux , qu'on ne dirait que la France est un pays insalubre, parce que les marais des environs de Rochefort sont un foyer d'épidémie. — M. de LA PiNsoNNiÈRE , Rapport sur la colonisation de l'ex-régence d'Alger, II' part., p. 67 et 68.
Le sol d'Alger qui est composé presque partout d'une terre argileuse mêlée de sables et de débris de végétaux, est en général plus fécond que celui de Tunis. Les montagnes y sont plus élevées, et les pluies y tombent en plus grande abondance. Les plus riches cantons de ce royaume sont : les environs de Constantine , de Bone , les plaines de la Mitije auprès d'Alger; celles de Mayana à 26 lieues au sud-est de cette ville, de Habra »<dfaMascar. de Tremessen, près le royaume de Fez. Ce superbe pays est entrecoupé d'une multitude de ruisseaux qui descendent de l'Atlas; les plantes s'y renouvellent sans cesse dans toutes les saisons de l'année , et l'on y récolte les plus belles moissons de toute la Barbarie.
Le mont Atlas , qui traverse les royaumes de Tunis et d'Alger, est divisé en deux grandes chaînes principales qui courent d'orient en occident; l'une, qui est connue sous le nom de petit Atlas , commence près de Tabarque, sur les confins de Tunis , et se prolonge le long de la Méditerranée jusque dans le royaume de Maroc; l'autre,
que quelques géographes ont nommée le grand Atlas , côtoie le désert parallèlement h la première, et en fixe les bornes du côté du nord. Suivant iMarmol , celle-ci prend naissance h environ 80 lieues en deçà de l'Kgypte , et va finir à l'Océan occidental ; ces deux grandes chaînes de montagnes, souvent réunies de distance en distance par des chaînons intermédiaires , opposent une barrière aux nuages qui sont presque toujours amenés par les vents du nord ; ils s'y arrêtent , s'y condensent , s'y résolvent , et c'est sans doute h cette cause qu'il faut attribuer principalement la sécheresse qui règne pendant l'été dans la partie du Sahara , tandis que celle qui avoisine la mer, est arrosée pendant l'hiver par des pluies bienfaisantes qui la tempèrent et la fertilisent
Les montagnes qui bornent le désert sont arides, et ne produisent qu'un petit nombre de plantes et quelques arbustes. Elles sont plus élevées que celles qui avoisinent la mer, car les plus grandes rivières y prennent leur source.
Les plus grandes montagnes du petit Atlas, telles ([ue le Jurjura, sur le chemin d'Alger h Constantine , celles de Bélide, à 12 lieues au sud d'Alger, de Mayana, de Cericé, h 25 lieues au sud-ouest de cette ville, ne conservent les neiges que jusqu'au commencement de mai. Celles-ci sont très-fertiles, et les Arabes les cultivent jusqu'au sommet dans quelques endroits; mais j)resque partout elles sont couvertes d'épaisses forêts. Le lentisque, l'olivier sauvage, le pin de Jérusalem, le chêne aux glands doux, le liégc, le peuplier blanc , le genévrier de Phénicic, sont les arbres qui y donu'nent.
Le laurier rose y croît aussi en abondance; il se plait «lans les lieux humides
Un grand nombre de rivières et de ruisseaux qui prennent leurs sources dans les montagnes de l'Atlas , arrosent et fertilisent le territoire d'xUger. La direction de leurs cours est en général du sud au nord ; aucime de ces rivières n'est assez forte pour porter bateau pen dant l'été , mais plusieurs deviennent très-considérables lorsqu'elles ont été grossies par les pluies de l'hiver, et elles arrêtent quelquefois les voyageurs au passage pendant des mois entiers.
On jouit en Barbarie d'un Irès-beau climat, particulièrement le long de la côte ; il y gèle rarement , même au plus fort de l'hiver, et le thermomètre de Réaumur se soutient ordinairement dans cette saison à huit ou dix degrés au-dessus de zéro.
Les pluies qui commencent à tomber vers la fm d'oclobre, continuent, par intervalles, jusqu'aux premiers jours de mai. Une particularité qui mérite d'être observée, c'est qu'elles viennent toujours avec les vents du nord qui régnent ordinairement pendant l'hiver, tandis que les vents d'est et du midi qui soufflent presque toujours en été, amènent constamment les beaux jours. Un missionnaire m'a assuré, d'après des observations qu'il avait faites à Alger, pendant plusieurs années consécutives, qu'il y tombe 5o à 36 pouces d'eau par an.
Lorsque le ciel est bien pur, et que les vents sont au sud, on jouit pendant l'hiver, sur la côte de Barbarie, d'une température presque aussi douce que dans nos beaux jours de mai. Dès le mois de janvier, la terre se couvre de verdure, les amandiers, les pêchers et les abricotiers fleurissent, et dans le courant de mars, tous les
arbres se parent d'un nouveau feuillage. Les pluies cessent au commencement de mai , et le ciel est toujours pur jusqu'au retoiu" de l'hiver. Les grandes chaleurs ne commencent h se l'aire sentir que dans le mois de juin, et elles continuent jusqu'à la fin de septembre; pendant ce temps, le thermomètre se soutient pi-csque toujours à l'ombre au milieu du jour, depuis 26 jusqu'à ;•>•?. degrés; mais lorsque les vents soufllent de la partie du désert, une vapeur embrasée se répand quelquefois dans Tair; on se renferme dans les maisons et l'on a peine à y respirer.
De l'autre côté de l'Atlas, c'est-à-dire à 100 ou 120 lieues au sud de la côte , on éprouve une température fort différente. Ces contrées bridantes ne sont presque jamais rafraîchies par les pluies , et les sables sans cesse échauffés par l'ardeur du soleil, entretiennent une vive chaleur. Pendant les mois de janvier et février 1784, que je passai dans le désert , le thermomètre se soutint à l'ombre, au milieu du jour, à 1 5 ou 16 degrés; il monta même jusqu'à 24. Les orges étaient en épis et l'on en ilt la récolte en mars. Les chaleurs y sont excessives ])endant l'été , et les habitans abandonnent leurs maisons pour chercher la fraîcheur dans leurs jardins à l'ombre des dattiers. Les bords du Sahara, jusqu'à 5o ou Go lieues du sud du mont Atlas , quoique rarement arrosés par les pluies, sont néanmoins fertiles en beaucoup d'endroits; à la vérité on y récolte peu de blé, mais le dattier v croît on abondance. Cet arbn; précieux lient lieu de moissons aux habitans de ces contrées , et fournit presque entièrement à leur subsistance. La fertilité de ce soi sablonneux et en apparence si aride , est due aux rivières et aux ruisseaux qui découlent des montagnes de l'Atlas,
— ^7^ — et se perdent dans les sables du désert , comme dans une vaste mer, pour reparaître en divers lieux , où ils forment même des lacs d'une étendue considérable. Dans toute la partie qui s'étend au nord du Sahara, on cultive plusieurs espèces de blés, tels que le froment, l'orge, le maïs, le sorgho, le millet à chandelles.
Le sol est si fertile sur les côtes d'Afrique que, sans y mettre jamais d'engrais, il produit de très-belles moissons. A la vérité, le nombre des habitans étant pen considérable relativement à l'étendue du pays , on est dans l'usage de laisser reposer les terres pendant plusieurs années. La grande quantité de sel marin qui s'y trouve mêlée en beaucoup d'endroits, ne serait- elle point aussi une des causes principales de la grande fé condité de ces contrées ? Les bonnes terres i*endent souvent depuis douze jusqu'à vingt pour un , et l'on m'a assuré que dans quelquf's cantons elles donnaient jusqu'à cinquante et plus
Les produits du blé sont fort dilTérens de ceux d'Europe, et n«; sont pas même toul-à-fait semblables daas tous les cantons de la Barbarie. 80 livres de bon blé des environs de Constantine , que j'ai fait moudre , ont donné 70 livres de semoule, ^ de farine et 6 de son; 00 livres de semoule ont produit environ l\0 livres de trèsbon pain blanc. Les blés de la partie occidentale du royaume d'Alger contiennent un peu plus de farine que ceux de Constantine, et par conséquent, ils ont moins de valeur. 70 livres de beau blé des environs de Mascar ont rendu 43 livres et demie de semoule , 1 1 et demie de farine et i4 de son; 29 Hvres de semoule ont produit 37 livres et demie de pain blanc.
Il est très-vraisemblable qu'une température plus ou
moins chaude, sèche ou humide, occasionne même d'une année à l'autre des différences sensibles dans ces divers produits des grains.
Les autres blés cultivés sur les côtes de Barbarie, tels que le maïs, le sorgho, le dreu ou millet à chandelles, se sèment dans le mois d'avril, de la même manière que le froment et l'orge , c'est-à-dire en jetant la semence sur la surface de la terre et en la recouvraut ensuite avec la charrue. On est obligé de les arroser souvent , depuis le commencement où le grain a été mis en terre presque jusqu'au temps de la récolte, soit eu pratiquant des conduits qui communiquent avec les rivières et les ruisseaux du voisinage , soit en creusant des puits auprès des champs ensemencés.
Les grains dont nous venons de parler sont mûrs dans le mois d'août. La farine que l'on mêle ordinairement avec cejle de froment ou d'orge , est employée h la nourriture des hommes ; les feuilles offrent un très-bon fourrage pour il les bestiaux , et sont très utiles dans une saison où la terre est absolument aride.
Le dattier qui est d'une si grande ressource sur les côtes (l d'Afrique , croît presque indistinctement partout , mais on ne le cultive avec soin qu'au-delà de l'Atlas , parce I que les chaleurs ne sont pas assez fortes le long de la côte pour en mûrir le fruit. Nous ne ferons point mention des caractères particuliers qui distinguent cet arbre si intéjj ressaut , il nous suffira de donner ici quelques observatll lions sur la manière dont on le cultive et sur ses divers il usages économiques.
; I 11 n'est presque aucune partie du dattier qui n'ait son
utilité. Le bois , quoique d'un tissu assez lâché , se cou • serve pendant un si grand nombre d'années , que les gens du pays le disent incorruptible ; ils en font des poutres , des solives, des instrumens de labourage, etc. Il brûle lentement et ne donne presque point de flammes , mais les charbons qui en résultent, sont très-ardens et produisent une forte chaleur
Les Arabes enlèvent l'écorce et les parties fibreuses des jeunes dattiers, et mangent la moelle qui est dans le centre. Cette moelle est placée dans l'intervalle des fibres qui vont toujours en se serrant du centre à la circonférence en sens contraire des autres arbres. Elle est nourrissante, d'un goût sucré et d'une couleur blanche. Les Arabes mangent aussi les feuilles assaisonnées avec le suc de citron lorsqu'elles sont encore tendres. Quant aux feuilles qu'ils laissent arriver à leur pleine croissance , ils les font sécher soigneusement; elles leur servent à faire des tapis et autres ouvrages de sparterie qui sont d'un usage trèsfréquent, et dont on fait un commerce considérable dans l'intérieur du pays. Des côtés du pétiole , dans l'endroit où il s'unit au tronc , il se détache un grand nombre de filamens déliés avec lesquels on fabrique des cordes
et que l'on pourrait convertir en toile
On retire aussi du dattier une liqueur blanche, connue sous le nom de lait. Le lait du dattier a un goût sucré et agréable lorsqu'il est frais. Il est rafraîchissant et on le donne à boire même aux malades; mais il s'aigrit ordinairement au bout de vingt- quatre heures
L'olivier tient le second rang parmi les arbres utiles
que l'on cultive en Barbarie. Il est vine des plus grandes sources de richesse dans le royaume de Tunis. J'en ai vu de superbes plantations le long des bords de la mer, depuis Bizerte jusqu'aux environs de la petite Syrte, dans une étendue de près de loo lieues en longueur. Ces arbres qui sont beaucoup plus grands en Afrique que dans nos provinces méridionales , produisent chaque année d'abondantes récoltes d'olives. L'huile qu'on en retire est d'une qualité bien inférieure h celle de Provence, sans doute parce qu'ils ignorent l'art de la perfectionner. On en fait un commerce considérable avec les pays étrangers. Les négocians français en envoient tous les ans plusieurs chargemens pour les manufactures de savons à Marseille. On en embarque aussi beaucoup pour Livourne, Candie et autres lieux. L'huile la plus estimée de toute la Barbarie est celle de Souse , de Hammamct et d'Africa. Les Maures fabriquent des savons d'une consistance molle qui conservent la couleur verte de l'olive
La culture de l'olivier est fort négligée à Alger ; on en voit néanmoins de belles plantations aux environs de Bone , de Bougie , de Bélide et de Tremessen.
La plupart des montagnes du petit Atlas sont couvertes d'oliviers sauvages; j'en ai vu de très-beaux en plusieurs endroits qui produisent d'excellentes olives que les gens du pays préfèrent même aux fruits des oliviers cultivés. Ces arbres fleurissent en mai , et on en recueille les fruits vers le commencement de l'hiver. Les Maures ont soin de bien labourer la terre au pied des oliviers et de les arroser souvent dans le printemps. L'arrosage leur donne plus de vigueur et les dispose à porter de plus beaux fruits. C'est presque à cela que se bornent le& soins qu'ils prennent^de leur culture
Le long de la côte , on se sert de pressoirs pour extraire l'huile des olives; mais dans l'intérieur du pays, et particulièrement dans quelques cantons du désert, les Arabes se contentent de les écraser sur une pierre plate, en faisant rouler dessus »m tronçon de colonne ou quelqu'autre corps pesant , de forme cylindrique ; ils mettent le marc dans de grandes jarres remplies d'eau , puis en le comprimant avec les mains , ils en expriment le plus d'huile qu'il est possible , et la ramassent sur la surface de l'eau où elle surnage; mais une si légère compression n'en saurait faire sortir qu'une assez petite quantité, et de plus, ils perdentjtoule celle qui est miscible à l'eau. Ceci fait voir, pour le dire en passant , combien ces peuples sont peu avancés , même dans les arts de première nécessité.
Le nicotiana tabacwn et le nicotlana ruslica sont cultivés sur les côtes d'Afrique. La seconde espèce est la plus commune et la plus estimée; on sème le tabac vers le mois d'avril dans les terres grasses et humides ; il s'en fait une grande consommation dans toute l'étendue du pays. La canne à sucre réussit très-bien à Alger et à Tunis , mais elle n'y est qu'un objet de curiosité ; on ne cherche point à la multiplier, et ou ignore entièrement les moyens d'en extraire le sucre
Les légumes, excepté le melouchier [corchorus olitorias) et le gombaut [hibiscus escuUntus) , sont les mêmes en Barbarie qu'en Europe. On mange les feuilles du premier bouillies et apprêtées à peu près comme nos épinards; les fruits du gombaut , quoique d'un goût fade , se mangent assaisonnés avec les viandes. Les Maures sèment en
novembre et eu décembre beaucoup de pois chiches, de lentilles et de fèves. Les négocians chrétiens en achètent tous les ans de grandes provisions qu'ils envoient à Marseille et sm' les côtes d'Italie
La Barbarie produit en outre un grand nombre de fruits particuliers aux climats chauds, de grenades, d'oranges, de limons aigres et doux , de figues, de jujubes, de pistaches , de raisins, de pastèques et d'excellens melons. Les oranges d'Alger le disputent à celles de Candie et de Malte. A Tunis, elles sont d'une qualité inférieure.
Les melons et les pastèques croissent presque sans culture dans les terres sablonneuses : ces fruits offrent un grand nombre de variétés et sont infiniment meilleurs que ceux que l'on cultive en Europe avec beaucoup plus de soins.
Les vignes viennent très-bien le long des bords de la mer, sur les coteaux sablonneux et exposés à l'ardeur du soleil; elles pi'oduisent de très-bons raisins. L'espèce la plus commune est le muscat blanc; on n'en retire point de vin, l'usage de cette liqueur est défendu par la religion et par les lois , mais on en sèche tous les ans une grande quantité dont on fait commerce au dehors et dans l'intérieur du pays.
Quelques uns de nos arbres fruitiers , tels que les pommiers et les poiriers qui ont été transportés en Afrique , y ont dégénéré, ce qui vient sans doute du peu de soin que l'on prend de les greffer et de les cultiver convenablement.
Les Maures qui habitent les villes aiment beaucoup les fleurs; leurs jardins plantés de myrthes , de Icntisques, de jasmins, de grenadiers, d'orangers, de hennés, offrent un mélange qui plaît par son irrégularité même. Les eaux
qui y sont conduites et distribuées avec art , y font naître beaucoup de tapis de verdure sur lesquels ils vont respirer le frais pendant les fortes chaleurs de l'été. Dans le printemps, les orangers fleuris répandent une odeur délicieuse. Le rouge éclatant des grenades et les couleurs variées des fleurs, font le plus beau contraste avec le vert foncé des lentisques , des orangers et des myrlhes. Une multitude d'oiseaux attirés par la fraîcheur de ces ombrages , les embellissent encore par la diversité de leur plumage et les animent par leurs chants. — Desfontaines, Observations sur les plantes économiques qui croissent dans les royaumes de Tunis et d'Alger. Annales des Voyages, II' série, t. XVII, p. 324-553.
La campagne d'Alger est des plus belles, et très -fertile en blé , en légumes, en fruits et en fleurs. Ses plaines et ses collines bien cultivées , offrent une agréable diversité à la vue. Elles jouissent d'une verdure continuelle , parce que l'humidité de la terre, toujours bien arrosée, garantit les feuilles des effets de la chaleur, tandis que la douceur de l'hiver ks conserve sur les arbres. Les habitans semblent faire peu d'attention à cet avantage ; car au lieu de l'employer à embellir le pays d'allées et de promenades , ils abandonnent la nature à elle-même.
Les vignes sont d'une beauté et d'un produit éfonnaus. 11 y en a qui , après s'être portées au haut de grands arbres, s'étendent à d'autres pour former des berceaux naturels. Elles doivent leur première plantation aux Maures nui furent chassés de Grenade. Avant leur expulsion de ce royaume, les Algériens ne cultivaient point cette plante;
ils arrachaient au contraire les ceps plantés par les chrétiens, pour convertir le terrain à d'autres usages. Les arbres commencent ordinairement à fleurir en février, et les fruits sont parfaitement mûrs en aiai ou en juin.
On compte vingt mille jardins ou plantations dans la
campagne adjacente Plusieurs 'propriétaires de ces
jardins n'y ont, à la vérité, que des huttes faites de branches d'arbres ; mais près d'Alger, les maisons sont de la même beauté que celles de la ville... Derrière le côté oriental de la montagne, se trouve une belle plaine baignée de plusieurs ruisseaux. Elle est abondamment peuplée de tribus arabes...
Les Orangers, les citronniers et les autres arbres Iruitiers sont ici en abondance ; mais, faute de soins, ils n'arrivent jamais à toute la beauté et la perfection dont ils sont susceptibles. Il est surprenant que les habitans ne profitent point en cela de l'exemple des consuls étrangers, dont les maisons de campagne ont un aspect ravissant. Celle du consul Irançais est la plus enchantée que j'aie jamais vue nulle part. Parmi ses différentes beautés, elle est remarquable par la hauteur et le contour d'un superbe tilleul , dont les branches inférieures s'entrelaçant avec celles de plusieurs érables dont il est entouré, forment un cabinet de verdure d'environ soixante pieds de circonférence. Inaccessible aux rayons du soleil , on y respire un air frais et odoriférant dans les chaleurs les plus excessives. — Lavgier dk Tassv, Histoire des États barbaresques , t. I", ch. I\ , p. ùo/^-oog.
L influence d'une température chaude sans être brû-
lante , jointe à celle du sol, donne à la végétation une très-grande force , dans la portion de la Barbarie que nous avons conquise
Les figuiers do Barbarie {raquette, cactus opuntia) forment d'épaisses haies qui s'élèvent à quatre et cinq mètres au-dessus du sol; les haies d'agaves présentent un coup d'oeil réellement magnifique et imposant : ces longues feuilles vertes et pointues ressemblent à des palissades entrelacées les unes dans les autres, jiour défendre l'approche d'un poste militaire; du milieu des touffes s'élève une hampe garnie de fleurs jaunes, qui porte sa tête audessus de celles de tous les autres arbres... Celle-ci croît avec une si grande vitesse, qu'on pourrait presque suivre de l'œil les progrès qu'elle ûiit.
Les oliviers sont aussi beaux que nos chênes d'Europe ; les orangers, les citronniers le cèdent à peine, pour la taille, h quelques-uns de nos plus beaux arbres fruitiers. Dès le mois de février, toutes les portions de terrain qui sont incultes et non garnies de broussailles se couvi'cnt de graminées qui croissent avec une si grande rapidité, qu'au bout d'un mois on a beaucoup de peine à marcher dedans. Le 12 mai j8.5i,en traversant plusieurs terrains de ce genre dans la plaine de la Mitidja , l'herbe nous venait jusqu'au-dessous des bras
Des bords de la mer au pied de l'Atlas, les portions de terrain qui n'ont jamais été cultivées, et on pourrait bien dire les deux tiers de la surface du sol , sont couvertes de fortes broussailles dont la hauteur dépasse souvent celle d'un homme.
Sur les collines du littoral , ces massifs de broussailles sont en grande partie composées de lentisques , parmi lesquels on voit , eu plus ou moins grande quantité , des
— •'>79 — touffes d'nrbousirrfi , «l'olivicrs . Ht- d«tlirr> unin> , de chèn*'s verls, cl qiu'lqurs huissons <lc myrllus cl d'rpiiics. Dans la plainr, It's IcnliMjiies et lis arbousiers soiil boHucoup plus ran's; ils sonl loinphicé.s p.ir une grande quau tilé de ;j;«*nèls rj)iiuMi\ i(tii s'élcxinl ;» deux ou trois inclre.». Ji n'y ;i presque jamais d'arbre? au uïilicu de ce» broussailles
Les endroits niarécnp;eux , les lits d"S ruisseaux, ceux des ri\ièrcs et uïènirs ceux des torrens <[ui se trouvent k sec pendant l.i plu» graiidr p;ntie de l'année, sonl remplis de lauriers roses; ces arbustes, eu fleur pendant l'clé, présentent le cou[) d'reil le plus riant au milieu d'un pays sauvage. Dans la j>laine et quebjurs parties des collines qui sont au nord, il existe des forêts peu élendues , il est vrai, d'oliviers uiagniliques ; nu cm trouve sur les bords de rOiK'd-jer, de la (.hifla el du M.i/.alVan. Ces lorêls sonl composées <r;iilu<- .iiissi ^ros ([ur uns clirues ordinaires
Au sud (lu |nlil \lla», la fore»' «le la végétation est beaucou|> moin- giaude qu'au nord. Ou v reuuirqur une vaste étendue de terrain aride : les broussailles sonl loin d'être aussi épaisses el aussi élevées que celles de la plaini; «b- la Milidja «l df» eo|line> d'Alger. Ou n'v voit plus le dattier ni I arb<tusier, u»ai» toujours de> lenliitques. des genêts, «les chênes \eils el des épines ; |e> lauriers roses ne décorent j»lus le cours des rivièiTS el des ruisseaux. <i Jcn nuirais ni' snui |i|iin cointiu que des joncs el des roseaux, <pie le saiivage berbère emploie
à In construction dr sa ebélivc cabane
Un couçoil iiacilcuivnl que , dan» une coulréc ou 1«
végétation est si active , toutes les plantes doivent y croître et s'y propager sans culture , même celles qui y ont été introduites des autres pays. C'est effectivement ce qui a lieu : nos plantes d'Europe, celles d'Afrique et même celles d'Amérique , qui ont probablement été apportées dans l'Algérie, y croissent naturellement et atteignent des dimensions extraordinaires. Cette circonstance est extrêmement heureuse, car les indigènes naturellement paresseux et insoucians , négligent tout-h-fait l'agriculture. — RozET, Voyage dans la régence d'Alger, t. I". cb. IX,p. i8.5-i8<). •
Le climat de l'état d'Alger est le plus doux, le plus constant et le plus sain peut-être du globe entier. Point de neiges ni de froids excessifs en hiver^ excepté dans les hautes montagnes; point de chaleurs insupportables en été; les plus fortes arrivent d'ordinaire vers l'époque de la canicule , et sont de 26 à 5o degrés. Point de typhus , point de choléra , point de fièvres épidémiques : aussi les habitans de la régence invoquent-ils rarement les secours de la médecine. La sobriété , la diète , et quelques herbes aromatiques, remplacent avantageusement, chez eux, les plus savans médecins de nos contrées civilisées. On ne peut pas dire que ces peuples soient une racr de géans; a»i contraire , leur taille , peu élevée , est en général au-dessous de celle des Turcs; mais ils sont dispos, robustes et jouissent d'une bonne santé, surtout ceux qui habitent les frontières du royaume vers le désert
Aux approches du grand Sahara, le terrain, plus plat, plus sablonneux, moins fertihsé par les pluies, n'offre
pas mitant de ressources que celui des côtes , où ïl semble que l'èlrc suprême .tit reposé ses regards avec complaisance Ibrs de la Ibrmalioii du monde. Mais dans les endroits où l'eau prodigue ses trésors, tout est animé, vivant . varié, sans que la main de l'homme y ait jamais louché. Les plantes les plus rares, les fleurs les moins connues, Ibrmenl les prairies et les. bosquets les plus vivans. Les fruits et les racines qu'on se «knine la peine de cultiver, sont d'une qualité infiniment supérieare à ceux de l'Europe. INi à Malle, ni à Majorque, ni en Sicile, je n'ai mangé nulle pari des oranges et des raisins plus exquis; de l'avis unanime des Européens, dans aucun pays, la )>omme de terre n'est aussi délicieuse et aussi parfaite que dans celle contrée de l'Afrique. — Trapam , Alger tel qu'il est , p. 88-90.
La Barbarie , placée sous un ciel plus brûlant encore que le Portugal, l'Espagne et l'Ilalie, ollre le long de ses côtes la masse des plantes (jihî l'on trouve dans les provinces et les royaumes du midi de l'Europe; mais à mesure que l'on s'avance dans les terres, dés ([U(; l'on a traversé la penlc des montagnes de l'Atlas qui regarde la mer, ces plantes disparaissent : ce n'est pins la même nature; ce ne sont plus ces bosquets lleuris. ces forêts verdoyantes, ces gazons couverts de mille espèces de fleius; des rochers arides et pelés, (li;s sables slé-riles, un sol brûlant succèdent h ces coteaux lertiles, à ces pâturages abondans, h ces vastes plaines couvertes de moissons. Le défaut de sources, l'air embrasé du midi s'oj)poseul à la végélalion sur le revers de l'Atlas , du côté du Sahara.
Cette partie est presique inhabitable , et en effet très-peu habitée. Revenons a«>nc à cette riche végétation, et suivons un instant les travaux des Arabes cultivateurs ou bergers.
Dans ce fortuné climat, les productions naturelles n'ont point à craindre l'intempérie des saisons. Jamais les rigueurs de l'hiver, les froids tardifs , les pluies trop abondantes, les sécheresses trop longues . un brouillard empesté, une grêle pernicieuse ne détruisent l'espérance du cultivateur. Sous cet heureux ciel , le printemps est presque continuel, la température de l'hiver est à peu près celle de notre mois de mai : des pluies fréquentes, réunies aux rayons d'un soleil vivifiant, développent, pendant cette saison , une abondante végétation , et le mois de janvier offre, en Barbarie, tous les agrémens de notre printemps. Le sol, quoique peu cultivé, est très-fertile. Sa nature est une argile rendue légère par le sable qui s'y trouve en abondance , ou bien ce n'est que du sable mêlé aux débris annuels des plantes , d'où il résulte une terre noirâtre, légère, sans consistance, mais d'im « xcellent produit.
Les Maures ne connaissent point du tout les engrais. Ils en ont cependant de deux sortes , et le hasard semble venir au secours de leur ignorance. Ils ont coutume tous les ans après la moisson (comme je l'ai déjà dit), de mettre le feu partout. Cet incendie général dure plus de deux mois. Les cendres abondantes qui en résultent bonifient le terrain, surtout après avoir été détrempées par les pluies de l'automne, et mélangées par le labour. Le second engrais vient de leurs nombreux troupeaux. Comme ils cul-
— 585 ~ tivent ordloaircment les lieux qu'ils habitent ou qu'ils ont habités , et qu'ils changent souvent de local , le terrain insensiblement se trouve enfumé sans soins, sans fatigues, et qui plus est , sans que le» Maures s'en doutent. Ajoutons h cela que, comme il y a peu de terre cultivée, il est rare qu'ils labourent le même champ plusieurs années de suite. Ils choisissent toujours celui qui est le plus h leur portée. La terre , par ce moyen , ne cesse point d'être neuve ; elle répare, avec le temps , par la destruction de» végétaux, ce qu'elle peut avoir perdu par la culture.
Il est aise de juger d'après cela > combien ce pays presque inculte, deviendrait précieux entre les mains de bons agriculteurs. Quand l'homme y aurait les saisons et les élémens à sa disposition , il ne pourrait les rendre plus favorables. Quelques pluies d'automne disposent la terre au labour. Celles de l'hiver, réunies à une chaleur modérée , développent la végétation , la nourrissent. Dans le printemps, le soleil déjà brûlant, hiite la maturité et la perfectionne , de sorte qu au mois de juin, au moment où commencent les grandes chaleurs, la terre n'a plus rien à produire , et le cultivateur a cessé de recueillir.
L'olivier, la vigne, la grenade et l'arbousier qui croissent sur les coteaux en abondance et sans culture, prouvent combien il serait avantageux de les y cultiver. L'olivier croît par toute la Numidic. dans les terrains secs et sur les collines. Celui qui vient sans culture , varie beaucoup. J'y ai rencontré Volea huxifa/ia (olivier h feuilles de buis) du jardin du lloi.
Les olives sauvages sont petites, allongées, peu charnues. Celles que l'on recueille à Bone sont plus grosses
et plus roDdes. Les oliviers cultivés en Barbarie sont plus beaux et plus élevés que ceux que j'ai vus en Provence. J'ignore s'ils donnent de meilleure huile. — Poirkt, Voyage en Barbarie, IP part., p. 70-81.
La campagne , aux environs d'Alger, est montueuse et agréable par ses vallées fraîches et fertiles. On y voit beaucoup de jardins plantés de vignes, d'orangers, d'amandiers et d'autres arbres fruitiers, ainsi que de cyprès. Les personnes que leurs affaires ne forcent pas h rester dans la ville , passent l'été dans ces habitations champêtres. Les routes sont bordées d'oliviers qui ne sont pas aussi féconds que ceux de la Provence, parce que les habitans, s'abandonnant à leur paresse habituelle, ne les cultivent pas.
Les cactus croissent en abondance , parviennent h une grande hauteur, et produisent tant de fruits , que les pauvres en font leur principale nourriture. Les dattiers viennent bien dans ces cantons ; mais ils ne portent pas de fruits, ou bien n'en donnent que d'aigres ou sans noyaux. Peut-être l'espèce qui croît ici est-elle stérile, ou bien la chaleur, quoique très -grande , n'est -elle pas suffisante pour mûrir complètement les dattes. Le palmite croît en grande quantité. La moelle de l'intérieur sert de nourriture au peuple ; elle est d'un goût très-agréable.
On trouve le long de tous les chemins le grand aloès , ou plutôt l'agave et l'aloës sucotrisé. Le premier pousse une tige haute de vingt pieds, avec de jolis rameaux, ce qui forme un superbe coup d'œil. L'arbousier, ou fraisier en arbre , est très-commun et chargé de fruits en ce
moment. Le vin que les chrétiens récoltent dans leurs jardins est très-bon et très-agréable au goût. Les Turcs emploient des raisins secs ou bien ils les font bouillir pour en extraire une liqueur de bon goût, qui, avec le sorbet, est leur boisson ordinaire.
La terre est très-propre à la culture du froment. Les habitans de la plaine de la JMitidja et les Maures de la province d'Oran , en approvisionnent les greniers du dey. Ciclui-ci le vend aux étrangers qui en font un grand commerce en Espagne , en France et à Gibraltar. L'humidité de l'hiver, qui pénètre très-profondément la terre, compense le manque de ploie qui est extrêmement rare , depuis avril jusqu'en octobre. Aussi les fleurs et les plantes dont nous trouvons en ce moment une ample provision, ne parent-elles la terre que jusque vers la fin de mai : alors elles se dessèchent par suite de la grande chaleur. — Hebekstreit, Voyage à Alger, Tunis et Tripoli. Nouvelles annales des Voyages, IP série, t. XVI, p. 27 et 28.
Ce n'est qu'après beaucoup d'instances que j'ai pu obtenir du gouvernement d'Alger la permission de faire le voyage dont je vais tracer le journal. Je pris une escorte suffisante , des mules pour porter toutes les choses dont j'avais besoin , quatre domestiques et un soldat de la régence. Nous partîmes le 4 mai 1784. Pendant la journée, nous fûmes sans cesse baignés par la pluie ; elle ne nous empêcha cependant pas de marcher pendant dix heurts, parce que nous désirions rejoindre un camp volant qui était parti la veille. Nous allâmes camper dans la plaine
de la Mitije, dans le voisinage d'un douar d'arabe , à environ une lieue et demie au nord de Bélide.
La Mitije est une plaine très-belle et très-fertile , située au pied du mont Atlas, h quelques lieues au nord d'Alger; elle s'étend de l'est h l'ouest, depuis le cap Matifou jusqu'à Cherchel. Sa longueur est d'environ vingt lieues , et sa largeur de cinq à six. Elle est arrosée par un grand nombi'e de rivières et de ruisseaux , et l'on y récolte chaque année de riches moissons d'orge , de maïs et de froment; elle est bornée au sud dans toute son étendue par un chaînon de l'Atlas, et, au nord, par une suite de collines et de jolis coteaux qui suivent le rivage de la mer, et sont couverts de Icntîsques, de cistes, de myrthes, de jasmins et d'oliviers sauvages. Los habilans d'Alger ont dans la Mitije un grand nombre de maisons de campagne et de jardins plantés d'orangers et de grenadiers ; ils les appellent des macerics, et y vont y passer l'été avec leurs familles....
Bélide est une petite ville située au pied du mont Atlas, au bord de la Mitije. Ou n'y trouve aucun monument antique, et les édifices n'offrent rien de remarquable; mais, en revanche, tous les environs sont bien cultivés, les jardins sont fertiles et abondans en fruits excellons. Les eaux vives et pures, qui descendent du mont Atlas , y entretiennent une belle vevdure dans presque toutes les saisons de l'année, et l'on y respire un air trèspur. Si cet heureux pays appartenait à des Européens, ils en feraient un séjour délicieux. Les eaux tombent en abondance du mont Atlas ; elles se réunissent en une
rivière au fond d'un grand vallon. Les gens aisés ont su en profiter pour leurs jardins.
Les montagnes voisines de Bélide sont fort élevées; leur sommet est souvent couvert de neige jusqu'à la mimai. J'ai fait diverses herborisations dans les montagnes. Leur cime est couronnée de chênes balottes, dont les glands nourrissent un grand nombre d'habitans de ces cantons. L'on y voit des ravins profonds très-fertiles , remplis d'arbres fruitiers, arrosés par des sources d'eaux vives et aussi pures que le cristal. Les frênes, les peupliers blancs, les micoucouliers s'y élèvent à une grande hauteur et offrent des ombrages où il est agréable de se reposer...
Après avoir traversé l'Oued-jer, nous marchâmes encore au moins trois heures, et nous campâmes au milieu du mont Atlas, près des douars appartenant à la régence , un peu au-delà d'une ancienne forteresse bâtie par les Turcs , que l'on nomme Baokelourn. Ces lieux offrent un paysage agréable, parsemé de collines, de coteaux couverts de verdure, où la vue se repose avec plaisir dans le lointain des montagnes escarpées et très-pittoresques. On récolte ici, tous les ans, une si grande quantité de grains, que les Arabes appellent ces contrées le grenier d'Alger. Le chemin qui conduit de Baokelourn à Mayané est très-mauvais , et passe auprès de ravins profonds, au bord desquels il faut marcher avec précaution. Toutes ces montagnes sont couvertes d'épaisses forêts, où il règue un profond silence qui saisit d'un respect religieux
Au pied de la montagne de Mendia est une immense
plaine qui s'allonge de l'est h l'ouest, depuis Mayané jusqu'à Laïa Tefla. Cette plaine est très-unie; elle est bornée an midi par une autre chaîne de l'Atlas, parallèle à celle dont j'ai parlé. Le Shélif , qui est une des plus grandes rivières du royaume, la traverse et l'arrose dans toute sa longueur; il y coule dans un lit prolond et va se jeter dans la mer, h plus de trente lieues au-delà , et h peu de distance de Mostaganem... La plaine de Mayané est trèsiécondc; elle n»'a paru lorL élevée au-dessus de la Mitije.
11 y a aux environs deTreraessen des jardins bien plantés de beaux arbres fruitiers. Les montagnes voisines sont calcaires; l'eau qui en découle en abondance les arrose et les fertilise. Derrière la ville , il y a de grandes montagnes composées de trois couches posées les unes sur les autres. La première est en plateau et présente des rochers nus, coupes à pic, d'où tombent en cascade plusieurs ruisseaux qui coulent au-dessous sur des lits de verdure émaillés de mille Heurs. La végétation y est forte. La base de la montagne et les bords de la plaine sont couverts de vieux oliviers dont la plupart tombent de vétusté, et tout le pays sera bientôt nu, parce que les habitans ne prennent pas soin de les remplacer...
Il y a au sud de la ville un des plus beaux vallons que j'aie jamais vus. Des sources abondantes, d'une eau aussi claire que le cristal, qui sortent de la première couche des montagnes , forment une rivière qui coulent sous des voûtes d'arbres fruitiers *^'t se partageant en divers canaux. Sur les bords du vallon , elle forme une île charmante , plantée de beaux arbres, à l'ombre desquels on respire
une fraîcheur délicieuse ; puis elle se présente tantôt en cascades, tantôt en nappes d'eau dans des abîmes dont l'œil ose à peine sonder la profondeur. Les rochers cjui sont sur les bords du vallon ollrent difierens aspects. Dans le lointain, on aperçoit à l'embouchure du vallon, des collines et des montagnes pelées qui forment un contraste
admirable avec la fécondité de ce lieu
Les abîmes sont couverts d'arbres qui sembleal pendre des rochers. Les de«ix côtés du vallon sont formés par des rochers coupés à pic qui se perdent dans les nues, et d'où tombent plusieurs ruisseaux. A leurs bases sont des cavernes profondes qui servent de retraite h des Maures. Tout le fond du vallon est rempli de micoucouliers , do frênes, de cerisiers, de noyers et de saules qui s'élèven à une grande hauteur et offrent un ombrage impénétrable aux rayons du soleil. Un ruisseau se précipite perpendiculairement de plus de deux cents pieds; on peut se promener entre le jet d'eau et la montagne qui est tapissée de mousse et de fougère. Ces lieux sont remplis de rossignols et d'autres oiseaux qui animent ce beau séjour, taudis que les plus beaux rochers servent de demeure aux aigles et à divers oiseaux de proie que l'on prend plaisir à voir
planer au haut des airs
Je n'ai jamais vu un pays si bien arrosé que celui de Tremessen. Les habitans comptent environ deux mille fontaines dans l'espace d'environ Irenle lieiies de loni2;ueur. Les plantes et les arbres y croissent avec force. La fraîcheur que les eaux répandent entretient dans ces lieux une douce température, et l'on y respire un air délicieux. Le paysage est si beau, si varié, que je ne me lassais point d'y resler... Les montagnards participent de la beatUé du climat, malgré la uiisère h Inquelle ils soûl réduits j»ar
— ogo —
les Turcs; j'y ai vu de beaux hommes, bien faits, et d'un teint plus clair que dans tout le reste de la Barbarie. Le pays est si fertile que les Algériens ne se soucient pas qu'il soit visité par des chrétiens, dans la crainte qu'il ne devienne un objet de conquête
La ville de Mascar est située sur le penchant d'une montagne peu élevée du côté du midi. La plaine qui est au pied s'étend régulièrement de l'est à l'ouest, et de toutes parts elle est dominée par des monts peu escarpés , qui offrent des points de vue très-divers; quelques-unes de ces montagnes s'avancent au milieu de la plaine qui est très-fertile et bien cultivée ; plusieurs ruisseaux l'arrosent en coiilant du sud au nord. La principale récolte est celle de l'orge et du froment. Cette plaine est habitée par un grand nombre de familles arabes
La ville de Mascar peut avoir un mille de circuit; elle est mal pavée et mal bâtie... Elle est bien fournie d'eau au moyen de conduits qui l'amènent des montagnes voisines... Ces eaux sont très-pures et excellentes à boire... Les jardins sont assez bien cultivés; ils sont plantés de vignes, d'abricotiers, d'amandiers, de figuiers, de grenadiers; et, placés pour la plupart en pente sur la montagne, ils présentent de loin un bel aspect. — Relation du voyage du professeur Desfoktaines , d'Alger à Tremessen. Nouvelles annales des Voyages, II' série, t. XVI, p. 018-048.
Le terroir de la régence d'Alger est généralement si
léger, qu'une paire de bœuls ordinaires peut sans peine en labourer un acre par jour, même dans les endroits où il a le plijs de consistance. Sa couleur varie : dans les plaines d'Azydour, il est noirâtre, et, dans celles d'Elmildegali et ailleurs , il tire sur le rouge : il est cepen dant partout également fertile, et fort rempli de sel et de iiitre.
Dans les salpêtrières de Tremesscn, on lire environ six onces de nitre de chaque quintal de la terre ordinaire , qui est ici noirâtre; h Dowsan, à Cayrvan et en quelques autres endroits, on tire la même quantité de nitre d'une terre grasse, dont la couleur est entre le rouge et le jaune. Les bords de plusieurs rivières, quelquefois à deux ou trois brasses de profondeur, sont tout couverls en été de morceaux de sel ou de nitre ; ce qui fait voir non-seulement la profondeur du terroir, mais aussi combien il est chargé de ces minéraux.
C'est sans doute à ce fonds inépuisable de sels que l'on doit en bonne partie attribuer la grande fertilité de ce pays-ci, de laquelle même les anciens ont tant parlé, et qui continue encore aujourd'hui , quoique les habitans ne fîissent rien pour engraisser leurs terres , si ce n'esl qu'eu quelques endroits ils mettent le feu au chaume. Il est cependant un peu surprenant que la province àv Bysacium, qui était autrefois si fameuse pour sa fertilité , soit présentement la moins féconde de ces royaumes. — SuAW, Voyage dans plusieurs provinces de la Barbarie ei du Levant, t. I", p. 295 et 296.
Comme tous les peuples pasteurs, les Arabes ne cher-
client que dans la végétation naturelle et spontanée les produits nécessaires à l'entretien de leurs troupeaux. Lorsqu'ils ont mis à nu certains points , ils se portent sur d'autres : la culture artificielle , si répandue en Europe , est complètement ignorée chez eux ; mais ne le seraitelle pas , leur indolence s'opposerait h ce qu'ils en fissent usage. Cette indomptable volonté de jouir sans travail a été funeste pour les bois : les Arabes mettent en automne le feu aux broussailles qui couvrent d'immenses superficies dans le pays; ils font brouter l'herbe qui croît sur le sol après l'incendie , et plus tard les jeunes pousses.
Les bois n'offrent h l'Arabe , qui passe sa vie sous la tente et dont la sobriété est réellement primitive , qu'un faible intérêt; aussi leur conservation le préoccupe-t-elle peu et n'a-t-il jamais eu la pensée d'une exploitation régulière. Il prend là où il se trouve, sans s'inquiéter de l'avenir, le peu de bois qui lui est nécessaire pour cuire ses alimens.
Cependant quelques forêts rares et séparées par de longues distances ont échappé h ce système d'incendie ; voici l'indication rapide de celles dont nos expéditions et nos investigations ont constaté l'existence. Dans la province d'Alger, toute la partie comprise entre la montagne du Chenouan, auprès de Scherschel et de Goléah, est trèsboisée. Au milieu des oliviers et des Icntisques, on trouve dans la montée du col de Ténia, des chênes de la plus belle venue. La portion du Sahel qui s'étend entre Coléah et Alger, oflVe le bois du Mazafran dont l'étendue est considérable et qui se compose de lentisques, d'oliviers sauvages, de chênes, d'ormes et de frênes.
En général , dans la province d'Alger et jusqu'aux abords même de la ville , les coteaux sont plus ou moins
couverts de broussailles. Les essences dominantes sont l'olivier sauvage, le lentisquc et le chêne vert : on y rencontre aussi quelques pins d'une grande beauté. 11 est hors de doute que tous les arbres de France y réussiraient parfaitement.
Quelques soins , l'obligation pour les exploitans de réserver un certain nombre de beaux sujets destinés à croître en futaie et à protéger les jeunes pousses, la prohibition de l'incendie, du pâturage désordonné, une surveillance active et une répression sévère, auront bientôt repeuplé cette terre qui n'est pas , comme on l'a cru , condamnée par sa nature à ne point produire de bois.
La province d'Oran offre aussi de l'intérêt sous le point de vue forestier. Dans le défdé qui va de la plaine de Tlélal jusqu'au Sig, à dix lieues d'Oran, est la forêt de Muley Ismaël , peuplée de lentisques etd^olivicrs sauvages. Entre la plaine de Ceirat et iVIostaganem , au lieu dit El Mascra, il existe un beau bois de lentisques. Nos troupes ont trouvé la vallée du Schélif ornée de bois assez vigoureux et en assez grande quantité , pour prouver que le sol supporterait de belles forêts, si la nature était aidée ou seulement n'était pas contrariée par l'homme.
A ces indications, on croit devoir ajouter des détails plus précis sur les ressources forestières qui existent dans les parties du territoire de la province d'Oran les plus rapprochées de nosétablissemens. La forêt d'Emsila est située à quatre lieues d'Oran, sur le versant méridional du G.! mara, au-dessus de Messerguiu et deBridia. Le peu de ressources qu'offraient en bois les euvirons de cette ville , a été bientôt épuisé; la forêt d'Emsila pourra être exploitée, mais avec réserve . pour ne pas dépouiller les roches calcaires d'ombrages qui attirent l'humidité et conservent
- 594 ~ îtinsi des ruisseaux auxquels la plaine doit sa lertilité.
Cette forêt peut avoir trois à quatre lieues de superficie; elle est séparée de la mer par une plaine d'une lieue environ, bordée au sud par des montagnes escarpées, sur le versant desquelles se trouvent les bois : d'étroits défilés sont les seules communications avec la plaine des Béni Ammer. Les essences qui dominent sont des ormes , des chênes de diverses espèces, des hêtres, des pins dont quelques-uns ont atteint de l'orles dimensions.
Le bois de la Stidia ou de la Macta , situé sur la côte , entre l'embouchure de l'Habra et Mazagran , ressemble à un taillis de i5 à «o ans en France : son étendue est de deux lieues environ : parmi les arbres qui s'y trouvent , on remarque en grand nombre le thuya articulata.
La province de Constantine est mieux partagée que les deux autres. Entre l'Oued-el-Akral et l'Oued-Nouîîha , on remarque un beau bois de pins agrestes , entremêlés d'oliviers sauvages, de lentisques et de genêts épineux. Il existe entre Bougie et le cap de Fer, sur les montagnes qui avoisinent le cap Bougaronc , des forêls de haute futaie d'une étendue considérable , mais qu'on n'a encore mesurées que de l'œil, personne n'ayant pu, jusqu'à ce jour, pénétrer dans l'intérieur des montagnes. Dans les premières années de notre occupation , Bone tirait de. là tous ses approvisionnemens en bois de chaulTage et même de construction , par l'entremise des habitans de Gollo. Ces mêmes habitans écrivirent depuis cette époque à M. le maréchal Clauzel , pour offrir de lui vendre tout le bois de construction dont il pourrait avoir besoin. Les hostilités ont empêché qu'il fût donné suite à ces propositions; les circonstances semblent maintenant plus favorables.
Dp Bone à Ghelma , on.pe trouve que des broussailles;
on aperçoit cependant, de divers points de la route , des montagnes boisées à leur sommet; les rensèignemens recueillis s'accordent à les dire couvertes de pins. Le versant nord et les débouchés de la deuxième chaîne de l'Atlas qui commence derrière Ghelma , sont boisés toujours de lentisques et d'oliviers sauvages. Une fois arrivé à la crête de cette chaîne, le bois disparaît totalement jusqu'à Constantine. Les indications manquent pour esquisser, même par aperçu , le sol forestier au sud de celte ville.
Des reconnaissances poussées assez loin dans la direction de Stora et de Djigelli , signalent à l'extrémité des plaines , et , conséquemment , dans une zone de huit à dix lieues le long de la mer, l'existence de forêts sur lesquelles on ne tardera pas h avoir des rensèignemens plus précis. Mais de tous les points de cette province et de nos possessions, le mieux connu, celui qui , par les produits qu'il peut immédiatement fournir, par les garanties qu'il donne pour l'avenir, mérite le plus de fixer l'attention du gouvernement, c'est sans contredit le territoire de la Galle.
La Galle est environnée de forêts qui occupent une surface immense de terrain. Celles qui sont les plus rapprochées de la ville sont un peu dévastées par le feu; toutefois, elles peuvent encore offrir de beaux produits; le chêne-liége est l'essence dominante. A mesure que l'on s'enfonce dans l'intérieur, les traces de feu disparaissent , les bois se présentent plus serrés , plus élancés. Il en est qui paraissent n'avoir jamais vu la cognée et sous lesquels il n'y a aucune végétation. Ges bois sont en général des futaies pleines : on y retrouve l'orme, le frêne et l'aulne ; le chêne vert et surtout le chêne-liége y abondent.
Ges bois pourront alimenter notre consommation , soit pour le chauffage, soit pour les constructions; et l'cx-
ploitalion de i'écorce du chêne-liége , conduite selon les règles pratiquées dans les pays où cette culture est lamilière, sera encore une source de revenus.
La forêt la plus considérable par son étendue comme par sa beauté, est celle que l'on trouve sur la roule de Bone, dans la partie qui avoisine le Monte-Rotondo ; on y voit, en grande quantité, des ormes, des frênes , des aulnes et des chênes rouvres; cette partie dépend du territoire de Djeb-AUah. Il faut deuv heures et demie de marche pour se rendre de celle tribu à la grande plaine de la Mafrag qui conduit à Bone, On ne connaît personne {{lii ait Ira verte celte forci dans celle largeur; les Arabes prétendent qu'il faudrait plusieurs journées de marche, mais comme ils exagèrenl tout, on ne peut avoir une grande confiance dans leurs rapports.
Les indications qui précèdent ne signalent qu'une infiniment pelile parlic du sol forestier de l'Algérie. Les côtes reconnues par nos navigateurs leur apparaissent presque toutes garnies de bois h une distance plus ou moins grande du rivage. Le pays, chaque jour mieux connu ou plus profondément pénétré , se trouve autre qu'on ne l'avait d'aboixl dépeint. 11 devient évident que les points occupés sur le littoral sont les moins fertiles et les plus dépouillés. Après trois siècles de la domination turque , dans les villes où nous l'avons lemplacée , il n'en pouvait être autreme'ïil. Des routes nouvelles , des communications plus faciles et plus promptes , nous permeltronl bientôt de mieux apprécier les ressources forestières que peut offrir la terre d'Afrique , et de les utiliser (|uand elles seront à notre portée.
Le dey tirait des bois de construction de Bougie , de CoUo , de Djigelli et même de la Galle. La régence, dont
— '^97 — la population consomnuiit , il fsl \r;ii, immensément moins que ne le ferait une population égale «l'Etiropéens , ne demandait pas de hois à l'étranger; et nous, jusqu'ici , nous n'avons presipu' rien tiré du ])avs même. — Tableau des établissemens français dans l'Algérie, publié par le ministre dr la guerre, II' pail.. cli. IV. p. '2^)0-'2^•^.
BFJ^XÎEME APPE?^'BÎCE.