‹ De la colonisation du nord de l'Afrique; nécessité d'une association nationale pour l'exploitation agricole et industrielle de l'AlgérieChapitre 38 sur 53 · APTITUDES COLONIALES ET RESSOURCES PRODUCTIVES · texte numérisé non relu

APTITUDES COLONIALES ET RESSOURCES PRODUCTIVES

Si les puissances de l'Europe entendaient leurs vrais intérêts , les immenses armées , la tactique , les trésors qu'elles emploient h se faire du mal mutuellement , seïaient employés à introduire la civilisation européenne dans l'Afrique septentionale ; elles pourraient toutes y former des colonies qui bientôt devenues indépendantes, comme toutes les colonies devraient l'être, fourniraient des denrées alimentaires précieuses , et ouvriraient un nouvel et vaste débouché aux marchandises de l'Europe. Mais non; l'Europe, toute puissante qu'elle est, supporte la honte de payer tribut h des forbans, et souffre que ces forbans , lorsqu'ils sont de mauvaise humeur, réduisent ses enfans en esclavage ! Les améliorations possibles sont immenses, celles qui s'opèrent réellement sont lentes et bornées; mais l'avenir est pour nous. — J.-B. Say, Cours complet d'économie politique, t. IV, ch. XII, p. 45 1.

Dans quel dessein conserve-t-on pendant une paix pro-

— 4oo — fonde, des armées si considérables et dont l'entretien empêche les nations de jouir des avantages de la cessation d'une guerre trop long- temps prolongée? Ces troupes sont-e^es destinées à jouer le rôle des prétoriens à Rome, des janissaires h Constantinople , des Mameloucks en Egypte, des Strélitz des Czars? Doivent-elles convertir l'Europe en de grandes casernes, et établir dans le monde civilisé un pouvoir despotique et militaire , semblable à celui des beys et des empereurs d'Afrique ? Pourquoi une faible partie de ces trois millions d'hommes , qu'on dit avoir produit tous les maux de la guerre , sans aucun de ses avantages , n'a-t-elle pas été mise à bord de quelques vaisseaux? Pourquoi n'a- t- elle pas été chargée d'aller prendre Bone et Oran, et, parla, de réduire le pacha d'Alger à une conduite plus modérée ?

De quelle conséquence est -il que Gênes ait été donné h la Savoie , qu'un territoire de plusieurs milliers d'habi tans, entre Rhin et Meuse, ait été réuni à la Prusse ? Sans doute, il est naturel que chaque puissance cherche à étendre la ligne de ses fronlières, et à augmenter le nombre de ses sujets ; mais ce qu'il importe surtout , c'est d'assurer la liberté des mers , c'est de mettre un terme au pillage des pirates maures , c'est d'établir de franches communications cntrcles nations

Les diverses contrées du midi de l'Europe, tant qu'elles ont ont été placées sous la domination de l'ex-empereur Napoléon , n'ont eu rien à redouter des corsaires bar baresques. Maintenant qu'un autre ordre politique les a privées de cette haute protection, elles se voient exposées , de nouveau , aux dépradations des pirates. On

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assure que les chefs africains ont appris avec joie cette séparation qui devait leur permettre de donner un libre cours à leur haine et à leur amour du pillage. Napoléon, qui aimait les entreprises vastes, éprouvait , dit-on , un plaisir particulier, en songeant à Textrcme facilité avec laquelle on pourrait exécuter la conquête du nord de l'Afrique, et j'ai souvent vu les Maures trembler à la seule idée de l'invasion d'une armée française. Ceux qui ont renversé le pouvoir gigantesque de la France , ont contracté l'obligation tacite d'accomplir tout le bien que son chef aurait pu faire

Si les motifs d'honneur et de justice ne sont pas écoutés, le sentiment de l'intérêt et de l'utilité générale aura peut-être assez de pouvoir pour se faire entendre et pour amener une guerre de représailles. Où l'Europe peut-elle trouver une acquisition plus importante que celle des rivages de l'Afrique ? Aucune des colonies établies jusqu'à ce jour, sur quelque point de l'univers que ce soit , ne peut entrer en comparaison avec cette côte , soit pour le climat , soit pour les productions naturelles. Dans aucuns parages, les peuples de l'Europe ne rencontreront les ressources inépuisables de cette belle contrée, où croissent presque spontanément les productions de la plupart des autres pays du monde. Les Romains avaient placé leur principale gloire h coloniser l'Afrique, si justement appelée par eux le jardin de la nature. Aussi ne cessa-t-elle de leur fournir des blés, du vin et de l'huile , et de pourvoir abondamment h leurs besoins.

On a toujours représenté l'Afrique comme une belle femme, dont la tête est couronnée d'épis de blé, symbole

de son étonnante fécondité. C'est un fait curieux et certain que pendant les années les moins favorables aux moissons en Europe, il y en a toujours d'abondantes en Barbarie, et il est naturel de croire que si cette contrée devenait une colonie ou une conquête des Européens, une agriculture mieux entendue la rendrait encore plus productive. Les avantages que l'Europe retirerait d'une réciprocié d'intérêts entre elle et l'Afrique sont infinis. Nous pourrions recevoir des côtes de la Barbarie tous les objets de première nécessité et tous les articles de luxe, qui nous viennent des divers points du globe. Si la proposition de coloniser l'Afrique sourit au philosophe, au savant, au négociant , elle ne doit pas avoir moins d'attrait pour le soldat entreprenant. Celui-ci , en contribuant h faire entrer cette région sans bornes dans la grande famille européenne, serait sûr d'y trouver la fortune et l'indépendance, pour prix de son courage.

Une guerre semblable aurait donc le rare avantage d'être d'accord avec l'humanité et une saine politique, et d'être à la fois juste et populaire. Elle serait une sorte d'expiation de tant de guerres, ruineuses entreprises sans motif et enfantées seulement par le caprice , par l'amour d'une vaine gloire et le désir de régner. C'est surtout aux peuples subjugués que celle-là deviendrait utile. Ils recevraient de leurs vainqueurs, des lois, les sciences, les arts et le commerce; les mœurs de la civilisation remplaceraient la barbarie. Les terres ne seraient plus sans culture, et les productions du sol cesseraient d'être un fardeau pour leurs propriétaires. La contrée de la terre la mieux traitée par \d nature se trouverait affranchie du joug du fer d'une milice féroce et étrangère.

Combien n'est-il pas doux d'arrêter sa pensée sur le grand mouvement que donnerait aux affaires humaines l'occupation trop long-temps négligée de cette contrée ? De nouvelles cités s'élèveraient sur les ruines de celles qui n'existent plus et compenseraient les malheurs causés

par tant de guerre destructives La foi du rédempteur

reprendrait son empire sur une terre où le christianisme

a compté autrefois plus de six cents évêques Et s'il

faut descendre à de moindres intérêts, la colonie ouvrirait un vaste champ de recherches utiles aux naturalistes , à l'antiquaire et h l'homme de lettres. — Pananti , Relation d'un séjour à Alger, ch. XXII, p. 574-682.

Quand on considère avec réflexion les révolutions qu'éprouvent les empires, on ne peut voir, sans le plus grand étonnement, que l'Espagne, qui fut ravagée pendant huit siècles par les mahométans, soit parvenu au plus haut degré de puissance, si l'on doit en juger par l'étendue de ses domaines, un instant après avoir secoué le joug de ces peuples; te! est le secret des événemens que la providence se plaît à cacher aux hommes, et qu'elle dirige au gré de sa volonté.

Il paraît cependant que de tous les projets d'agrandissement que l'Espagne conçut sous le règne de Ferdinand, de Charles-Quint et de Philippe n, la conquête des bords de l'Afrique, dont elle ne s'occupa que par occasion et presque par orgueil , eût été le plus naturel et le plus utile peut-être; c'était de toutes les colonies à

former, la seule qui eût dû tenter l'ambition de l'Espagne, puisque , par sa proximité , cette conquête était aussi facile à faire qu'à garder. Les bords de l'Afrique, d'ailleurs , par leur fertilité , par la pureté et la douceur du climat, eussent été d'un plus grand prix pour elle , que toutes les mines du Mexique et du Pérou ; possessions qui , vues politiquement , et dans l'état de mobilité que présentent l'inquiétude des hommes et l'incertitude des événemens, peuvent devenir ruineuses pour cette monarchie, par une division continuelle de ses forces, et parce que l'autorité se trouve trop éloignée de son centre; taudis que, d'autre part, ces mêmes bords de l'Afrique , envahis par des brigands , que l'Europe est dans le cas de ménager, tiennent l'Espagne ellemême dans cette défiance qu'inspirent des pirates qui n'ont jamais d'autres convenances que celle de leur intérêt. — CnÈNiER, Recherches historiques sur les Maures, t. II , ch. V, p. 089 et 390.

En principe général , il peut être intéressant de chercher à connaître quelle pourra être la destinée de ce beau pays , placé si près du centre de la civilisaiion , renfermant dans son sein les moyens de nourrir une population nombreuse; un climat qui ne le cède en fertili^téà aucutï autre; et, enfin, les élémens d'une puissance qui ne peut être surpassée par aucun état d'une même étendue géographique.

Si cette partie de l'Afrique était la propriété d'un

~ 4o5 — peuple nctif et civilisé, elle pourrait, même dans la génération présente, aspirer à la plus grande prospérité, et h la gloire de civiliser ce vaste continent, dont les habitans sont encore plongés dans les ténèbres de la barbarie.

La position d'Alger paraît être le seul point que l'on devrait choisir pour arriver à un but aussi important. Nous nous sommes livrés à des réflexions assez étendues dans les pages (pii précèdent pour démontrer que le gouvernement algérien , tel qu'il existe aujourd'hui, n'est nullement susceptible de perfectionnement, et que le caractère barbare et l'ignorance des Turcs ne permettent pas d'espérer la moindre amélioration. Ce gouvernement absurde périra le jour où on le forcera lout-à-fait de renoncer h la piraterie; et, suivant le cours des événemens, cette époque n'est pas bien éloignée.

Alors, l'état d'abaissement des naturels et l'absence complète d'instruction politique, seraient cause que ce peuple se partagerait en plusieurs tribus indépendantes; la guerre naîtrait de petites jalousies locales , et toute es- |)èce d'esprit de perfectionnement périrait par suite du caractère naturellement inconstant et féroce des habitans , qui rentreraient dans l'état sauvage et feraient un désert de ce beau pays.

Mon but n'est nullement de combattre les raisons politiques, s'il en existe réellement, qui semblent s'opposer à l'occupation de cette contrée par un état eu ropéen, surtout, lorsque dans sa sagesse la saintealliance a jugé convenable de faire descendre l'Espagne jusqu'à n'être, sous le rapport politique, que l'égale de l'empire de Maroc Il me paraît ftussi inutile de discu-

ter la question des colonies comme principe général. Leur inutilité positive pour les états qui les fondent, en prenant pour règle le système de colonisation des temps modernes, a été, je le crois, pleinement démontré aux nations de l'Europe. Les États-Unis, par une communauté toujours si puissante de langage, de mœurs et de lois, quoique séparés de l'Angleterre, ont été pour elle et sont encore une source d'avantages bien supérieurs à ceux qu'ils lui procuraient , n'étant encore qu'une simple colonie dépendante.

Il reste encore à faire des tentatives, d'après les principes suivis par les anciens, et, autant que peut le prévoir la raison humaine , aidée de l'expérience , il semble qu'on serait en droit de promettre les plus grands succès à une pareille tentative, si le choix local était judicieux, et si les premières années de la colonie naissante étaient protégées par tous les moyens capables d'assurer son existence et sa prospérité.

Il n'est pas donné à la prévision de l'homme de calculer les avantages immenses que retirait le genre humain de l'établissement d'une colonie anglaise dans la Numidie , si cette colonie recevait les institutions de sa métropole , et une organisation qui lui laissât le privilège d'une certaine indépendance , sans autres obligations à remplir que celles qui résulteraient d'une affection naturelle, du souvenir d'anciens bienfaits, et d'une communauté d'intérêts. Telles étaient Syracuse et Carthage à l'égard de leur métropole, tels de nos jours sont les nouveaux états de la confédération américaine, et telle deviendrait l'Irlande,

— 4o7 — si le gouvernement anglais adoptait un système de politique mieux entendu à son égard.

Outre les grands avantages qu'offre la régence d'Alger, comme les diverses parties des côtes occidentales de l'Afrique, pour former des plantations , elle peut se prêter aux développemeus d'un grand empire. En effet, celte parlie de la Barbarie fournirait plus de blé , de vin, d'huile , de soie, de laine, de bestiaux que toute autre contrée; on verrait. renaître le (Commerce intérieur do l'Afrique qui , sous la domination des Romains , porta plusieurs villes de celte portion de la Mauritanie à un degré de splendeur qui nous semble aujourd'hui incroyable. Les produits des arls et les principes de la civilisation européenne iraient , par ces canaux, se répandre dans le centre même de ce malheureux continent, abolir le trafic inhumain des esclaves, et, peul-ôlrc produire dans l'étal social des nations , une révolution aussi importante que celle qui résulta , pour l'Europe , de la découverte et de la colonisation de 'Amérique.

Des principes d'économie politique bien entendus démontrent combien sont rapides les progrès d'une colonie sous un bon climat et sur un sol fertile. Quand on emploie des moyens dignes de l'objet qu'on se propose , l'expérience a fait voir que les effets dépassent toutes les espérances : si le surplus de la population de la Grande-Bretagne, qui aujourd'hui est déjà pour elle un fardeau insupportable, était transporté ici graduellement, en suivant un système régulier; enfin, si ses immenses capitaux étaient employés au développement des ressources naturelles de ce pays, il est probable que dans l'espace d'un siècle, ce nouvel empire pourrait devenir une seconde

Angleterre. — William Shaler, Esquisse de l'état d'Alger, ch. VI, p. 2o5-2ii *.

Que d'objets se présentent h nos réflexions ! Tous les grands hommes du christianisme, nés dans ce pays autrefois si chrétien, qui l'avaient instruit des vérités de la foi , qui avaient soutenu et fortifié la religion par leurs écrits , leurs sermons ou leur martyre; uii saint Augustin, un saint Cyprien, saint Fulgencc, Tertullien et tant d'autres.

De célèbres conciles qui y ont été assemblés , où tant de saints évêques et en si grand nombre avaient paru comme autant d'étoiles que Dieu y avait fait briller pour éclairer les chrétiens des autres parties du monde. L'Afrique, si peuplée de savans hommes, devenue le séjour

d'un peuple plongé dans l'ignorance Une terre si

abondante et si fertile par elle-même, desséchée par la faute de ses habitans qui, sans émulation, sans industrie , n'ont d'autre commerce que celui de vendre des hommes

dont ils ne comiaissent pas le prix Voilà de quoi nous

entretenir dans notre loisir forcé. — Voyage à Maroc et à Alger, pour la rédemption des captifs, par les P. P. Jean DÉ LA Faye, Denis Mackar, etc.,ch. CXIX, p. aSo-aôs.

Ce que je viens d'exposer sur les différentes espèces de végétaux qui croissent naturellement par la culture dans

* Toutes ces pages ont été écrites avant la conquèlc d'Alger par les Français. Ainsi, Chénier dès 1788, Pananti et Shaler vers 1810, et Say, en 1829, signalaient déjà les grands avantages qui pouvaient résulter pour l'Europe de la colonisation du nord de l'Afrique.

la portion de la régence d'Alger que j'ai pu visiter prouve, il me semble, que cette contrée est une des plus fertiles que nous connaissions. Si l'agriculture y était , lors de notre arrivée , dans un si grand état de dépérissement; si plus de la moitié de la surface du soi était couverte de broussailles, on doit l'attribuer à la paresse des habitans, et au despotisme sanguinaire sous lequel ils vivaient. Mais aujourd'hui qu'une grande nation a jeté les premiers fondemens de colonisation dans cette belle contrée , espérons que l'agriculture va y fleurir, et que nous verrons renaître pour l'Afrique les beaux jours des LucuUus, des Caton , etc.

Je ne sais pas si le café, le sucre, l'indigo, le coton, etc. , pourront être cultivés sur la côte d'Alger. Mais sans ces plantes, il y en a beaucoup d'autres dont on pourrait tirer de grands avantages.

Des hivers rigoureux ont presque détruit tous les oliviers de la Provence, et nous manquerons peut-être bientôt d'hcrile d'olive en France. Eh bien ! en Afrique , on aurait des plantations d'oliviers qui ne craindraient ])as la gelée , et qui fourniraient dès récoltes abondantes. Quand on serait obligé de donner l'huile h un franc le kilogramme, il y aurait encore du bénéfice à enlabriquer.

Les mûriers cultivés comme ils le sont dans nos provinces méridionales, permettraient d'élever une grande quantité de vers h soie, et d'obtenir ainsi la soie à bien meilleur marché que nous ne l'avons maintenant

La culture de la vigne est certainement une des uKîilleures entreprises que l'on puisse faire dans la nouvelle colonie que nous voulons former : avec de la persévérance, on pourrait obtenir à Alger toutes les qualités de vin que l'on a en Espagne.

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Beaucoup de fruits que l'on tire de l'Espagne et du Portugal nous seraient donnés par l'Afrique. Si on ne peut pas y naturaliser la canne à sucre , qu'on y plante des betteraves, on en aura de fort belles et en très-grande quantité. Elles seront amenées en France, ou bien on établira des sucreries dans nos villes d'Afrique.

Le coton et l'indigo y viendront certainement ; il suffira de chercher les expositions convenables pour les placer, et les accidens du sol montueux compris entre la mer et la grande plaine de la Mitidja, ne manqueront pas d'en offrir en foule. On pourrait peut-être, en suivant cette méthode, cultiver avec succès, dans les environs d'Alger , plusieurs plantes de l'Amérique et des Indes orientales, dont les graines et les fruits sont l'objet d'un grand commerce ; mais quoi qu'on fasse , je ne pense pas qu'on parvienne jamais à naturaliser le caféj; cet arbuste demande un climat plus chaud et moins humide que celui de la côte de Barbarie.

Je termine ici ce qui a rapport au règne végétal , et j'engage les cultivateurs qui sont allés s'établir dans nos possessions de la côte nord de l'Afrique, h faire beaucoup d'essais, mais en petit, afin de ne pas épuiser leurs capitaux, dont ils doivent d'abord employer la plus grande partie à des entreprises d'un succès certain, conuue les plantations d'oliviers, de mûriers , la culture de la vigne, du froment, des betteraves, etc. — Rozet, Voyage dans la régence d'Alger, t. I", ch. IX, p. 206-216.

L'occupation permanente d'AJger fait surgir une quçs-

lion qu'il et.1 du devoir du gouvernement d'examiner avant qu'il n'en soit plus temps. C'est celle de savoir quelles cultures , quelles industries on interdira , et si l'on peut et doit tout livrer en ce genre au régime de la plus entière liberté? Les cultures émiHemmcnt propres à l'Afrique septentrionale, notamment à la parlie que nous occupons , sont les céréales , l'olivier, la vigne, le mûrier, le bétail fissipèdc et solipède. L<'. coton y prospérerait-il ? cela est probable. Cependant il n'y a jamais été cultivé *. La laine et le lin sont les élémens des tissus domestiques.

On a parlé de faire réussir les plantes intertropicales dans notre nouvelle colonie. En deçà de l'Atlas , je ne le crois pas praticable en grand. J'ai vu à Mustapha quelques cannes et quelques bananiers , mais dans des lieux Irès-ûbrités. Oji a aussi parlé de l'indigo et de la cochenille : je ne pense pas que la chaleur y soit assez forte pour la première production. Le cactus sans épine y est d'une extrême abondance : qu'on essaye d'y naturaliser l'insecte qu'il nourrit dans le Nouveau-Monde.

Mais il ne faut qu'avoir des yeux pour voir que l'huile , le grain , le vin et la soie seront les produits spéciaux d'exportation et de consommation. Avec de la sécurité, je maintiens que, dans six ans, Alger pourrait fournir de vin toute la population européenne qui s'y trouvera, sans en excepter la garnison. Le vin d'Alger est connu : j'en ai bu. C'est le vin de Provence presque sans dillérciice, quand les étrangers le fabriquent. Nous n'aurons jamais Irop d'huile, mais nous pourrions avoir trop de vin, et les

( C'est une erreur, le cotunnier a «té cultivé autrefois daoa i'iUgéric.

colons nous querellerons bientôt si nous voulons leur imposer les nôtres. — M. Pichon , Alger sous la domination française, 1. II, ch. VI, p. 3ii et 3i2.

Disposés à tout déprécier, les anti-colonistes prétendent que les huiles d'Alger ne pourront pas devenir, avant un grand nombre d'années , assez abondantes pour subvenir h la consommation de la France, et que, comme la végétation de l'olivier est extrêmement lente , il est probable que les colons ne s'attacheront pas à cette branche d'agriculture , dont il leur faudrait attendre les bénéfices pendant trente ans.

L'olivier croît naturellement sur presque toute la surface de la régence d'Alger. Enlevé à sa stérilité par l'action de la greffe , il donne des olives , non-seulement à trente ans, mais même dès l'âge de dix ans. On en obtient des produits beaucoup plus tôt si la greffe est insérée dans un sujet déjà robuste.

Comme cet arbre, favorisé par l'humidité souterraine du sol africain, prend un développement extraordinaire, et n'a jamais à redouter l'action destructive d'un froid rigoureux, on peut être convaincu que la France pourra s'approvisionner à Alger, dans quelques années , de toutes les huiles d'olive dont elle a besoin pour sa consomma tion et ses fabriques. Elle ne sera pas alors dans l'obligation d'envoyer, tous les ans , en Espagne et en Italie , une somme de dix-huit millions de francs pour les huiles d'olive qu'elle achète dans ces contrées étrangères.

La cire qui, sous le jiouvrriirnicnl lyranniqur et dos- Irucleur (les deys , outrait pour 5oo,ooo iVaucs daus les exportations de la régence , n'est pas indigne de l'attenlion de la France, quoique les anti-colonistcs représentent cet article comme n»' méritant pas qu'on en lasse mention. Les Romains tiraient de la Nuuiidie une grande

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