‹ De la colonisation du nord de l'Afrique; nécessité d'une association nationale pour l'exploitation agricole et industrielle de l'AlgérieChapitre 39 sur 53 · partie des cires nécessaires à leur consommation · texte numérisé non relu

partie des cires nécessaires à leur consommation

Malgré leiu- lorle antipatliic contre tout système de colonisation dans le royaume d'Alger, les anti-colonistes avouent que la France pourra retirer des provinces algériennes la totalité des soies brutes qu'elle achèt»' annuellement, dans les pays étrangers, pour une valeur d'au moins cinquante millions. « Mais que d'anné<'S, disent-ils, ')il lui faudra attendre pour recueillir les fruits des j)lan- » talions qu'il s'agit de créer dans celte colonie. » Non cou tens de présenter ce motif dt; découragemtMit . ils ajoutent que les vers à soie seront exposés h périr par les ébranlemens violens qu'impriment h l'air atm6s|»Iiéri([ue les orages et les coups de tonnerre, pendant les chaleurs de l'été. Nous commencerons par observer que les mûriers des plus grandes dimensions ne nécessitent pas plus de 7 h 8 ans pour donner des feuilles en abondance, et que les mûriers nains qu'on cultive avec succès <lans les déparlemcns de l'Ardèchc et du Gard , sont très-productifs à l'âge de trois ans.

Les femmes maures(pies élevaient autrefois une grande quantité de vers à soie. Mais la tyrannie du gouvernement, qui avait étendu l'action paralysante de son système de monopole sur celle branche d'industrie , l'avait tarie entièrement depuis j)lusieurs années. Ce n'était plus (ju'avec des soies lilées , importées de Smyrne , que les fabricans de soieries d'Alger, dont ks produitd élaicot

- 4i4 assez beaux, pouvaient entretenir leur commerce industriel.

Quant aux prétendus désastres causés parmi les vers à soie par la détonation de la foudre, nous nous contentons de déclarer qu'il résulte de l'examen de plusieurs tableaux météorologiques, tenus avec soin par des Européens h Alger, que le tonnerre ne se fait jamais entendre durant l'époque de l'éducation de ces insectes. Ce n'est qu'à la fin de l'automne et durant l'hiver que les orages sont assez fréquens et que les coups de tonnerre retentissent avec fracas dans les provinces algériennes. Loin d'avoir à craindre la rivalité des soies de la Crimée et de la Bessarabie , dont parlent , avec éloge , les écrivains anti-colonistes, les provinces algériennes auront l'avantage de pouvoir procurer à la France les soies fortes qui lui sont indispensables pour donner du nerf et de la solidité aux étoffes lyonnaises , et que, jusqu'à présent, elle a été obligée d'acheter en Italie.

Toutes les expériences qui ont été faites , tous les soins qu'on s'est donnés pour obtenir des soies fortes en France n'ont pas encore réussi. On attribue cette nonréussite à la froidure du climat. Le froid qui resserre et durcit la texture des feuilles du mûrier doit être encore plus nuisible à celle plante dans les provinces du midi de la Russie , où le terme moyen de la température est bien au-dessous de celle du midi de la France. Alger, après avoir fourni à la France toutes les soies dont elle a besoin , pourra encore en expédier en Allemagne , en Angleterre et même en Russie.

Tout en peconnaissant que le coton'doit prospérer dan»

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la régence d'Alger, les anti-colonlstes pensent que celle culture n'offre pas assez d'avantages pour fournir h des exportations. « Les cotons des Florides et do la Géorgie, » disent-ils, ne peuvent être égalés par leurs belles qua- «lités, à ceux de l'Inde par leur bas prix; et quant à ceux » des Antilles , ils sont très-supérieurs aux produits de » l'Egypte et de la Barbarie. »

En admettant que cela soit vrai , ne doit-on pas se demander quel motif pourrait empêcher les cultivateurs de cette denrée , dans les Etals barbaresques, de préférer les semences des cotonniers des Florides et de la Géorgie à celles du Levant , dont , par l'effet de la routine et de l'ignorance, les Egyptiens et les Barbaresques n'ont pas encore cessé de faire usage ?

Le coton , qui ne prospère pas en Amérique au delà du ô-j" degré de latitude nord, réussit très-bien en Europe jusqu'au 4o' degré. Dans le tableau isotherme des climats d'Europe et d'Amérique, la régence d'Alger peut rire classée , sous le rapport de la température , sur la même ligne que la Géorgie et les Florides. On peut en conclure que les colons de ces provinces américaines réussiraient très-bien dans la régence d'Alger. Malgré l'emploi des esclaves noirs dans les Etats du sud de l'union américaine, la main-d'œuvre y est très-chère et tend ^1 croître tous les jours, à cause des émigrations continuelles qui se portent vers les fertiles bassins de l'Ohio et du Missouri.

On peut donc espérer qu'avec des soins inlelligens , et en faisant usage des meilleures espèces de semences , on parviendra à obtenir, dans la régence d'Alger, des cotons d'excellente qualité , et que leurs produits seront un jour assez considérables pour fournir à la France les

54 millions de kilogrammes de coton qu'elle tire de l'étranger.

Les écrivains antl-colonistes , dont nous avons réfuté quelques opinions, n'ont pas poussé leurs recherches et leurs observations au-delà des produits agricoles que nous venons de signaler. Il est d'autres produits qui , quoique d'une moindre importance , méritent pourtant une attention sérieuse. Ce sont le riz, le tabac, le chanvre, le lin, les plantations d'arbres de toutes essences, et le vin.

Le riz pourrait être cultivé avec succès près de l'embouchure de quelques-unes des principales rivières, telles que le Schélif, la Seybouse et le Oued-el -Kébir, où les eaux n'ayant qu'un écoulement très-lent , se débordent et couvrent des terrains qui seraient très-propres à la culture de cette plante. On a fait quelques essais de ce genre dans le voisinage de Bouc , et ils ont eu un plein succès. Si cette culture reçoit l'encouragement qu'elle mérite , la France pourra retirer, avant une vingtaine d'années , de ses possessions d'Alger, les huit millions de kilogrammes de riz qu'elle achète h l'étranger.

Le tabac d'Alger ressemble à celui de l'Asie mineure. Cette plante n'a été cultivée jusqu'ici qu'en très-petite quantité dans les États algériens. Les parties inférieures des grands bassins qui sont couvertes d'une couche épaisse d'humus végétal , sont très-favorables à celte culture. Le gouvernement français pourra s'y procurer facilement une grande partie des six millions de kilogrammes de tabac étranger dont il a besoin pour ses manufactures royales.

Le chanvre et le lin ne peuvent pas manquer de prospérer sur un sol riche , facile h travailler, dont la base , à peu de pieds au-dessous do la surface extérieure, est constamment saturée d'humidité. : si la culture en était très -restreinte dans l'ancienne régence, c'est que les Turcs et les indigènes faisaient peu d'usage de matières de chanvre et de lin. Quelques essais en ce genre faits par des Européens ont été couronnés par le plus grand succès.

Les campagnes des provinces algériennes sont partout couvertes, comme nous l'avons déjà observé, d'une mul titude d'arbustes toujours verts, dont la végétation excessivement active et vorace , étouffe le développement des plantes des autres espèces, si l'on n'a pas l'attention de les isoler. On ne voit de forêts d'arbres à grandes dimensions que sur les montagnes de Bougie et des environs de Stora , et près des sommités du grand Atlas. Partout ailleurs , les arbres de futaie sont extrêmement rares.

Cependant tous les arbres de cette espèce qui ont été plantés près d'Alger, et particulièrement dans les jardins occupés par les consuls étrangers, ont acquis un aussi grand développement qu'en Europe.

Le petit bois de chauffage ne manque pas, puisque toutes les campagnes en sont couvertes. Mais il est indispensable d'obvier aux inconvénicns qui proviennent de la rareté des bois de charpente. On s'en procurera facilement et en grande quantité , eu faisant des plantations dans les plaines, et surtout près des nombreuses rivières qui sillonnent la surface de ce royaume. Ces plantations auront, en outre, l'avantage d'assainir quelques parties marécageuses dans le voisinage de l'embouchure des fleuves.

Sous le régime des mahométans , la vigne n'était cultivée que pour son fruit agréable et sain. Les juifs seuls en faisaient du vin pour leur usage particulier. Celui que nous avons goûté est agréable et ressemble beaucoup aux crus du midi de l'Espagne. Des plants de Xérès et de Malaga réussiraient donc à merveille dans l'Afrique française. — Juchereau de Saint-Denis , Considérations fur la régence d'Alger en 1801, p. 292-501.

Quant aux cultures permanentes , elles sont susceptibles d'atteindre le plus haut degré de prospérité; les arbres ont une vigueur miraculeuse , et l'on peut affirmer, sans plus de recherches , que la production de l'huile , de la soie , des oranges et du vin , par exemple , peut acquérir dans la régence un développement gigantesque.

Depuis long-temps, la dévastation était l'état ordinaire; cependant on retrouve partout encore , et jusque dans les terrains les plus arides, des restes nombreux de la culture de l'olivier. Cet arbre paraît indestructible dans le pays , toutes les natures de terrains lui sont propres. Livré aujourd'hui à l'état sauvage , on peut , à l'aide des simples ressources actuelles du sol , transplanter convenablement une grande quantité de rejetons et greffer les autres.

Des essais eu grand de plantations et de greffes ont été faits sur l'olivier par plusieurs colons intelligens , et ils sont concluans; l'expérience prouve également que l'on peut obtenir, à l'aide d'olives franches et de procédés convenables, d'aussi bonne huile qu'à Aix. L'indigène

pnraîl ignorer Tari do la grcflc ; loiis les oliviers sont sauvages, et l'huile du pays est détestable.

Le mûrier, peu cultivé dans la régence auli^efois, y réussit cependant admirablement; les soins particuliers (jue la préparation de la soie exige étaient , sans doute , l'obstacle qui s'opposait h ce genre de production, si apprécié cependant chez les Orientaux; les vallées et les plaines lui conviendront de préférence. — M. de la PinsoNMKRE , Rapport sur la colonisation de la régence d'Alger, II' part., p. G7 etG8.

L'olivier, qui est fort beau dans toute la régence, est admirable à ïrémecen , où on le cultive avec un soin remarquable. Il y est greffé , si ce n'est dans les bois où il n'est plus considéré que comme arbre forestier.

Dans cette riche contrée, ce précieux végétal qui atteint une grosseur extraordinaire, forme d'immenses vergers où l'art sait aider la nature. Dans la province d'Alger, il y a plus d'oliviers sauvages que d'oliviers greffés. Sous le r^gne d'Omar-Pacha, qui était un prince éclairé, le gouvernement ordonna de greffer tous les oliviers. Le dey en donna l'exemple sur ses terres. Mais celle mesure , qui ne fut prise (|u'à la fin du régne d'Omar, ne fut que partiellement exécutée.

A notre arrivée ;» Alger, nous trouvâmes beaucoup plus de vignes que ne semblait le comporter l'abstinence du vin prescrite aux musulmans par leur religion; les plus rigides se contenlaieut d'en manger les fruits, ou

d'en faire du vinaigre; mais il paraît que d'autres en liraient du vin, ou en faisaient fabriquer par les juifs. Les consuls européens en ont souvent fait d'une excellente qualité/Celui de Suède en avait qui ressemblait beaucoup au vin de Malaga. La cave de sa maison de campagne, qui en était abondamment pourvue, fut souvent visitée par nos soldats , pendant le siège du fort l'Empereur.

L'horticulture est en progrès sensible chez les Européens d'Alger depuis deux ans. Les jardiniers qui travaillent pour leur compte , font d'assez bonnes ajDfaircs , qui seraient meilleures s'il n'avaient pas été obligés d'acheter leurs terres aux spéculateurs qui ont bénéficié sur eux. Les Espagnols , les Mahonnais et quelques Provençaux sont les meilleurs jardiniers que nous ayons. Ils cultivent tous les légumes d'Europe et les mêmes arbres fruitiers que les Maures. La plupart des jardins, tant ceux des Européens que ceux des indigènes , sont arrosés par des puits à roue.

Quelques Européens ont planté des mûriers , ce qui implique le projet d'élever des vers à soie. M. le docteur Chevrau fut le premier qui se livra à des essais de cette nature. On a essayé au jardin de naturalisation d'élever les vers sur l'arbre même; ils viurent bien, mais ils furent dévorés par les oiseaux. Au reste , la seule inspection du climat suffit pour prouver qu'on peut facilement avoir de la soie dans la régence. C'est une source de richesses qui ne peut nous manquer. La prospérité future de la colonie est principalement basée sur l'huile , la soie et peut-être le coton. Ce sont trois branches de l'industrie agricole que la métropole a tout intérêt h encourager chez nous, puisqu'elle est, à cet égard, tributaire de

l'étranger. Le bambou a réussi au jardin de naturalisation. S'il se i)rop«^e , Il sera très-utile dans un pavs où il y n pénurie de bois de construction.

La régence d'Alger nourrit une grande quantité de bétail. La plupart des tribus n'ont pas d'autres richesses; mais la propagation s'en fait au hasard , sans que personne prenne le moindre soin du croisement des races ; aussi sont-elles fort abâtardies. Les bœufs sont infiniment plus petits qu'en Europe. On trouve encore d'asse/, l)eaux. moutons , débris d'une race qui s'éteint chaque jour, et qu'il serait cependant bien utile de conserver, car elle donne une laine superbe.

Les chevaux n'ont eu général rien de bien remarquable. Il est difficile d'en trouver un véritablement beau ; cependant , en les examinant bien , on trouve chez eux beaucoup de traits du cheval arabe , et l'on voit qu'avec un peu de soin, cette race se relèverait. Les personnes les plus versées , en pareille matière , croient qu'on obtiendrait de superbes produits avec des étalons indigènes et des jumens andalouses.

Les Arabes ont une grande quan'ité de chameaux, souvent bien au-delù de leiu's besoins , ce qui ne s'explique que par la facilité que Ton a de les nourrir. Les plus beaux se trouvent dans la province d'Oran. Ce.s animaux apparlicnnont à l'espèce appelé»* dromadaire . c'e<.lh-dire qu'ils n'ont qu'une bosse , tandis que les véritables chameaux en ont deux.

M. Genty de Bussy avait proposé l'établissement d'un haras et d'un troupeau modèle pour restaurer nos races

de chevaux et de bétail. Ce serait une très-bonne mesure. — M. Pelissier, Annales algériennes, t. II, chap. V, p. 525-334.

Il est difficile d'établir d'une manière précise quel était, h l'époque do l'expédition de i83o, l'état réel de l'agriculture en ce pays. Mais, quoique les renseignemens positifs manquent à cet égard , il est encore possible , par les souvenirs et les témoignages, de remonter jusqu'à ce passé qui est si voisin de nous.

Le massif et surtout les coteaux les plus rapprochés de la ville étaient couverts de maisons et de jardins ; la plus grande partie existe encore : chaque jour efface les traces de la dévastation que la guerre avait produites. Mais ces maisons et ces jardins n'étaient que des lieux de plaisance plus ou moins remarquables par leur élégance et leur richesse , traditions affaiblies de l'ancienne architecture mauresque , pâle et dernier reflet des splendeurs de Cordoue et de l'Alhambrah. Du reste, au temps des Turcs, il fallait considérer cette partie du territoire de la régence, qui entre nos mains a déjà acquis une certaine importance , comme nulle pour l'agriculture. On n'y labourait pas les champs, on n'y greffait pas l'olivier, qui croît partout naturellement, avec tant de facilité et de vigueur.

Depuis quelques années , la culture française a changé en partie l'aspect général du sol. Les plantations de toute espèce se multiplient; la plupart des légumes d'Europe sont aujourd'hui acclimatés , et la douceur du ciel donne à Alger, au cœur de l'hiver et à un prix peu élevé, ces primeurs que l'on n'obtient en France qu'avec

tant de frais et d'industrie; les céréales croissent là où, de mémoire d'homme , jamais charrue n'était venue tracer un sillon.

La plaine de la Mitidja présente , en ])eau(oup d'endroits , les traces d'une culture ancienne que la paix fait déjà renaître. L'insalubrité de quelques parties de cette plaine, bien connue des Arabes , insalubrité à laquelle ils étaient hors d'état de remédier, s'opposait h ce que Tagriculture y prît de grands développemens. On était d'ailleurs trop rapproché des Turcs pour ne pas craindre d'attirer leur soupçonneuse avidité par le spectacle d'une trop grande abondance. Dans nos expéditions à l'ouest et surtout à l'est , lors de la dernière insurrection des Issers, nous avons rencontré les preuves éclatantes des soins que les Arabes et surtout les Kabaïles savent donner au sol qu'ils habitent.

Les progrès de la culture autour d'Alger eussent été plus rapides, si la sécurité n'eût manqué souvent aux travailleurs : la ligne de nos postes était moins favorable à la protection que ne le sera celle qui circonscrit le territoire réservé par la convention du 5o mai. Toute la campagne en arrière de cette ligne sera couverte par l'occupation de points avancés dans toutes les directions. Jusqu'ici, ce résultat n'était pas obtenu; aussi, pendant que l'outhan de Rhachna , qui est au fond de la plaine, et que le camp de Bouffarick a protégé contre les incursions et les brigandages des Iladjoules , s'est couvert de cultures , ceux de Beni-Khalil et de Beni-Mcussa , plus fertiles que le premier, sont restés à peu près incultes. Les vastes terrains qui séparent le Mazafran de Delhy- Ibrahim sont déserts

L'agriculture a pris un développement énergique et ra-

plde. Les effets en sont matériellement sensibles pour quiconque parcourt le massif et la plaine , et surtout les revoit de temps h autre, même h des intervalles fort rapprochés. La plupart des maisons qui décoraient les environs d'Alger se relèvent et les jardins se rétablissent ; la plaine du Hamma, depuis son entrée jusqu'au champ de manœuvre , ne forme qu'un beau et riche jardin. Le village de Dclhy-Ibrahim a tiré bon parti de sa position sur la route de Doueira. En général , c'est du côté de l'est que se porte l'activité des colons : quelques-uns d'entre eux ont déjà franchi la plaine et se sont établis au pied de l'Atlas , sur le territoire de Beni-Moussa et de Khachna.

Du côté de l'ouest et au sud, les Européens se hasardent avec plus de peine ; toute cette étendue de terrains située entre la route et Doueira , le camp de Mahelma et la mer, qui a pour centre le champ de bataille de Staouéli , ne forme qu'un désert, La petite tribu de Ben- Omar, qui formait un point dans ce vide , a émigré naguère et n'a pas été remplacée.

Voici le détail des diverses cultures qui occupent spécialement les Européens. Les céréales remplissent plus de la moitié des terrains cultivés , c'est-à-dire 0,700 hectares. Cinq cents quintaux de blé ont été livrés par les colons à l'administration militaire. En orge , elle n'a rien reçu d'eux ; ce qui s'en récolte est destiné à la consommation particulière et ne paraît pas sur les marchés

Sur les terrains élevés , comme dans les vallées , une végétation puissante a créé des prairies naturelles; elles ont été améliorées et s'exploitent maintenant avec avan-

tage. Pendant les premières années qui ont suivi la conquête, les chevaux de l'armée n'ont été nourris que des foins venus par mer et à des prix exorbitans : le quinlal métrique coûtait de i 5 à 16 francs. En iSSj, les foins du pays achetés par l'administration militaire ne lui ont coulé, en moyenne, que 9 fr. 5o c. La dilllcullé et la cherté des transports sont encore pour beaucoup dans l'élévation de ces prix, qui tendront journellement h s'abaisser

La vigne est également cultivée sur presque tous les points de l'Algérie , et ses produits, si l'on en croit le témoignage du docteur Shaw, rivaliseraient aisément avec les meilleurs vins de l'Espagne; mais jusqu'ici, les Européens ont négligé celte culture, qui ne leur a pas paru offrir assez d'avantages. Les indigènes possèdent à peu près seuls les vignobles , généralement peu étendus, dojit les raisins sont portés au marché ou desséchés.

L'olivier est véritablement l'arbre du pays : partout il croît de lui-même , et nos troupes , de quelque côté qu'elles aient porté leurs pîis , en ont trouvé de petites forêts. Dans le massif, les Maures mêmes ne prenaient pas la peine de le greffer; chez quelques tribus arabes et suitout chez les Kabaïlcs , la culture est mieux entendue : celles-ci apportent h Alger des quantités considérables d'huile.

Le nombre d'oliviers greffés par les colons s'élève déjà à plus de 60,000 : tous les ans , celte, quantité doit s'accroître. C'est beaucoup , si l'on fait entrer en ligne de compte les diflicultés que le propriétaire européen rencontre à Alger dans la cherlé de la main-d'œuvre et sur tout dans la rareté d'ouvriers familiers avec ce genre de travail ; c'est bien peu , si l'on compare ce qui est avec ce

qui pourrait être. Le produit de Tolivier peut être compté comme assuré, puisque, par une heureuse exception, la douceur du climat le garantit contre ces gelées destructives qui désolent si souvent les départemens du midi de la France , et quelquefois les provinces du nord de l'Italie.

Les plantations de mûriers ont pris faveur : le chiffre présenté de 85,ooo serait plutôt en deçà qu'au-delà de la vérité. Cette année , le jardin d'essais a reçu des demandes pour 86,000 francs.

La culture du coton a été essayée et les essais promettent beaucoup. Ils suffisent pour démontrer que cette culture a des chances de succès, qu'elle doit être observée avec bienveillance et étudiée sans préjugé. Chez les Arabes eux-mêmes , on ne regarde pas l'entreprise comme absolument impossible , et Abd-el-Kader vient de charger un négociant d'Alger de lui faire venir d'Egypte de la graine de coton et vingt fellahs habitués à cette culture, qu'il se rappelle fort bien avoir remarquée, lorsque, jeune encore, il se rendait en pèlerinage à la Mecque. — Tableau des établissemens français dans l'Algérie, publié par le ministre de la guerre , II' part,, ch. XIII , p. 278-281.

La végétation est prodigieuse en Afrique; quelques faits que j'ai observés au Jardin - d'Essais et de naturalisation pourront en donner une idée. Ils ont d'ailleurs été constatés par une commission dont les membres avaient été choisis dans le sein delà société coloniale de l'état d'Alger.

Des pourrelles de mûriers blancs repiquées en pépinière, en lévrier i83ô, furent greffés h l'écusson au mois de septembre de la même année; au printemps de i855 , quinze ou dix- huit mois après que l'opération avait été pratiquée , beaucoup de ces greffes avaient des tiges de trois pouces (o",o8 environ de diamètre). Vers la soudure et les trois ou quatre branches i'ormant la tête de l'arbre, ils avaient un pouce et plus ou environ o^.oô.

Un semis de noix avait généralement atteint, h sa première pousse, un mètre de hauteur; mais \m de ces fruits, semé dans toutes les conditions les plus favorables , présentait h la fin do la seconde pousse, la hauteur vraiment prodigieuse de plus de 4'°>oo« Pris au niveau du sol , le diamètre de cette plante était d'environ o™,o4.

Un semis de pépins d'orange, sans qu'on lui «Mit donné de soins particuliers , atteignit près d'un mètre de hautcui- ;\ iia première pousse.

J'avais reçu du Jardin-des-Plantes de Paris deux filaos à feuilles étroites [casnarina slvicta) , dont les tiges avaient seulement quelques millimètres de diamètre, et douze ou quinze centimètres de hauteur. L'un d'eux, placé à découvert au milieu du jardin , exposé à tous les vents, surtout h ceux de la mer qui humectaient ses jeunes rameaux d'une vapeur chargée de sel, ne fit pas de très-grands progrès pendant les deux premières années de sa plantation; il atteignit pourtant r",5o dehaulciu- au bout de ce temps, et sa tige, à sa naissance, avait environ o'°,02; mais l'autre plante, qui avait été placée dans une terre meilleure et mieux exposée , avait atteint, dans le mêmr temps, 4'",oo de hauteur, et {)"',07 de diamètre au-dessus du collet des racines.

J'ai vu <i la Rassauta . ferme située dans l'est de la

plaine', un semis de filao de la même variété qui, à la première pousse , avait atteint plus de o^^So de hauteur. J'en lis transplanter en pépinière, et peu moururent à la suite de cette opération.

Cet arbre qui , comme on le voit , se plaît sur le sol de l'Algérie, est originaire de l'Inde; ses feuilles qu'il conserve l'hiver et ses rameaux grêles , ressemblent assez à ceux du tamarisc de Narbonne. C'est un arbre pyramidal dont la flèche droite s'élève considérablement, et donne de bonnes mâtures.

Un figuier élastique , reçu à la même époque , placé à une exposition et dans une terre peu convenables , avait atteint dans ces deux années plus de 2'",oo de hauteur, et son tronc assez fort , était garni de branches latérales qui permirent de faire bon nombre de marcottes en pots.

Des acacias et des mûriers de la Chine , multipliés par des morceaux de racine mis en terre , ont généralement atteint, à la fin de leur première pousse , de 2'°,oo à 3"°,oo de hauteur. Un morceau de racine, oublié sous une touffe de pelargonium, poussa spontanément et sans soins : sa lige, à la fin de la seconde pousse, avait atteint 5°',oo de hauteur ; il est vrai qu'exposition , nature et fraîcheur du sol , rien ne lui manquait.

Des graines de parkinsonnia , de baobab , de papayer [carica papaya) , etc. , reçues de Cayenne par la voie de Paris , non-seulement avaient bien levé , mais les sujets avaient atteint à la fin de leur première pousse, de i°,oo à 2'",oo de hauteur.

^ La Rassanta est une ferme de la Mitid/a.

Je dois l'aire remarquer ici que les papayers avaient ileuri abondaimnenl , el sans une circonstance vraiment déplorable , j'ainais pu vérifier s'ils })orl(;ralcnl (juilqucs fruits. Les fleurs qui ressemblent assez h celles de l'oranger, et qui répandent une odeur suave, lurent cueillies pou ù peu, à mon insu, et je n'ai connu qu'après leur totale disparution , l'auteur de ce délit.

Les plantes du tabac recueilli dans le Jardin-d'Essâis étaient d'une dimension monslrueuse. J'aviiis hiissé douze feuilles par pied, tant h la ([ualité de Virginie, qu'à celle de la Havane; la commission nommée par la société coloniale mesura des feuilles do la qualité de Virginie , qui avaient jusqu'à o'°,75 de longueur, et trouva qu'au lieu de douze feuilles , j'aurais pu en laisser vingt sur un seul pied. Les pieds de tabac espacés, comme on le fait en France , portant un si grand nombre de feuilles d'une pareille dimension , on peut juger du rendement de cette récolte. Les feuilles de la qualité Havane étaient naturellement moins grandes, mais dans leur espèce toute aussi monstrueuses.

Selon l'usage suivi en France, j'avais abrité les lignes de tabac avec du maïs semé en lignes. Celte semence à grains blancs aplatis, était venue de l'Amérique (de la Caroline, je crois); les feuilles étaient nombreuses, très-larges el très-longues. Des épis avaient de o™,2 5 à ©"jSo de longueur; et un assez grand nombre de plantes qui étaient parvenues à la hauteur de i"',ôo en portaient souvent deux et quelquefois trois.

Divers colons ont cultivé du tabac, et l'on a pu juger des produits avantageux de celte plante , par l'essai en grand qui a été fait à Dolhy- Ibrahim , sur la propriété de MM. Barri-Dervieux , de Marseille.

J'ajouterai que, presque partout , les foins naturels dans la plaine de la Mitidja sont si beaux , que ce n'est pas une exagération de dire , qu'en beaucoup d'endroits , ils égalent en hauteur la taille de l'homme. A la Rassauta , je me suis quelquefois trouvé dans des prairies où dominait l'espèce du grand sainfoin , ces plantes y avaient une hauteur telle que je ne pouvais voir autour de moi.

Dans les pâturages de la plaine, il est curieux de rencontrer des hommes h cheval : les sainfoins masquent les montures, et les cavaliers dont on n'aperçoit que le buste, paraissent de vrais géans. Voici une observation non moins intéressante. Vers la fin d'avril , on voit arriver à Alger des chameaux chargés de fourrages verts et de bottes de sainfoin , dont les sommités traînent presqu'à terre, quoiqu'elles soient fixées sur le dos très élevé de ces animaux. — Notes inédites sur les cultures du Jardin - d'Essais , par M. Barnier , jardinier en chef de cet établissement '.

* Nous devons à l'obligeance de M. Barnier, la communication de CCS notes intéressantes.

TROISIEME APPEXDICE.

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