‹ De la Commercialisation du Travail par les SyndicatsChapitre 17 sur 44 · Yves Guyot, op. cit., p · texte numérisé non relu

Yves Guyot, op. cit., p

dire avec une répartition égale des salaires, proportionnellement à la production de chacun, dont un minimum est exigé pour l'heure de travail.

Il semblerait qu’une telle organisation, en principe normale, devrait fonctionner sans difficultés, mais des compétitions incessantes surgissent : auxiliaires et aides sont en conflit permanent avec les sociétaires pour obtenir, et une plus grande part de travail, et un certain rôle dans l’administration de la société. Depuis vingt-huit ans, ils tendent à enlever aux sociétaires tous leurs privilèges, et leur désir est surtout d'obtenir la commandite égalitaire avec une répartition égale et permanente de travail pour tous.

Cette combinaison serait sans grand inconvénient au regard de l'Etat, quand le travail abonde ; mais, lorsqu'il se raréfie, pendant les vacances, elle deviendrait tôt ou tard onéreuse ; car les ouvriers ne pouvant plus être licenciés suivant les besoins de l'exploitation, n'auraient à se répartir qu’un salaire infime. Ceux-ci ne sauraient tolérer longtemps cette situation : la conséquence en serait une augmentation du prix de la main-d'œuvre avec tarification de salaire minimum quotidien, quel que soit le travail produit.

En sorte que l'Etat, en abandonnant le système de l'adjudication publique, ou celui de la régie directe, pour traiter avec une société ouvrière à capital insuffisant, s’est presque engagé à l’alimenter et à

la faire vivre.

La preuve en a été donnée lors de la dernière grève de la typographie.

Dès que la grève éclata en avril 1906, les sociétaires, désireux de profiter d’une augmentation de salaire malgré le traité forfaitaire conclu avec l'Etat, adhérèrent au tarif syndical, et cela en cours de traité et sans en avertir l'administration. Or, ils ne pouvaient arguer de ce que ce dernier tarif avait élé accepté par les patrons, puisque la plupart des grandes imprimeries l'avaient repoussé.

Il en résulta que la société qui ne disposait ni de capitaux suffisants, ni de revenus, alloua aux ouvriers des salaires majorés, qui n'étaient plus en proportion avec le prix du travail antérieurement convenu avec l'Etat et payé par lui.

C'était la ruine et la faillite incontestables au cours même de l’année, L'Etat conservait, il est vrai, un cautionnement déposé par la société, il le remboursa pour l’aider à continuer une gestion onéreuse.

Le déficit n’en continua pas moins, et l'Etat, qui ne serait pas intervenu en faveur d’un adjudicataire ordinaire, et qui aurait implacablement saisi son cautionnement, fut amené à demander aux Chambres, un crédit spécial destiné à rembourser le déficit de la société, avec promesse d'augmenter les tarifs.

Ces circonstances n’ont pas fortifié la société ouvrière, elles n’ont pas établi que l'Etat ait avantage et économie à traiter avec des groupements quels qu'ils soient, qui ne disposent pas de capitaux suf-

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