Yves Guyot. Les conflits du travail et leur solution
patrons, traitant avec ces derniers, seraient amenés à accepter, dans les conventions collectives qu’ils pourraient signer, des conditions telles qu'il leur serait interdit d'embaucher des ouvriers non-syndiqués.
Le syndicat doit donc englober la société commerciale de travail ; autrement dit la commercialisation du travail doit se faire par les syndicats.
En effet, le syndicat est aujourd’hui le groupement social par excellence de tous les ouvriers ; c’est par le syndicat qu'ils sont arrivés à faire triompher leurs revendications: ils ne consentiraient jamais à l’abandonner. Avec la commercialisation du travail, le syndicat serait à la fois un groupement social et un groupement économique.
Groupement social, il continuerait à défendre les droits de ses adhérents. Il traiterait avec les entrepreneurs et passerait avec eux des conventions collectives de travail, réglant ainsi la question des salaires, la durée du travail, les règlements d’ateliers : conventions qui s’appliqueraient dans la suite aux contrats collectifs à venir.
Groupement économique, il vendrait le travail de ses membres, il passerait des contrats collectifs avec les patrons, et il offrirait à ces derniers des garanties effectives, car la responsabilité des deux cocontractants serait réciproque.
Exposer la doctrine de M. de Molinari ; étudier la société commerciale de M. Yves Guyot et les applications qui ont été faites ; dégager les critiques
qu'elles soulèvent ; montrer les défauts des syndicats actuels et l’inefficacité des mesures législatives qui ont été proposées, présenter la théorie du syndicat à forme de société commerciale de travail : tel est l’ob-
jet de cette étude.
Premiére Partie
La conception doctrinale de M. de Molinari. — Le contrat d'équipe et la commandite dans l'imprimerie. — La société commerciale de M. Yves Guyot. — Les sociétés existantes. —
Critique de la société commerciale de travail.