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Telle était en effet la solution obligatoire il y a une trentaine d'années ; lelle est encore, dans bien des cas, l’impasse nécessaire aujourd’hui ; telle ne sera pas celle de demain.
Lorsque les ouvriers se sont organisés, lorsqu'ils ont commencé à soutenir leurs revendications par des grèves parfois violentes, les patrons ont senti, dans bien des cas, combien ieurs demandes étaient justes et bien fondées ; ils ont cédé, non sans regrets, mais ils ont consenti à abandonner une part de leurs bénéfices à ceux qui étaient les artisans du progrès et de leur fortune. Ils ont espéré faire payer au consommateur l'augmentation de salaires qu'ils octroyaient si généreusement en majorant le prix de vente des produits.
Cependant les grèves n’ont pas cessé, elles ont été marquées, dans bien des cas, par des menaces, des voies de fait qui n’ont pas été sans jeter le trouble et la perturbation dans les régions où elles se sont produites. D’autre part, comme les bénéfices ne se sont pas accrus en proportion des sacrifices acceptés, les patrons se sont décidés à résister, et il est probable que leur résistance se fera de plus en plus intransigeante et de plus en plus irréductible.
De plus, si jadis un entrepreneur se réjouissait des difficultés qui mettaient aux prises ses concurrents avec leurs ouvriers, occasionnant ainsi à ces derniers des pertes énormes, il n’en est plus de même aujourd’hui.
Jadis, en effet, à la faveur du calme régnant dans
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ses ateliers, l'employeur parvenait à maintenir son prix de revient et à attirer une clientèle plus nombreuse ; aujourd'hui les conflits du travail se sont généralisés, et tel qui ne tenait aucun compte de ceux soulevés chez son voisin, s'est aperçu, à son détriment, que le mal était contagieux, et que nul ne pouvait s'y soustraire.
Aussi tous les patrons, entrepreneurs, industriels et commerçants ont-ils senti le besoin de se solidariser; ils ont fait abstraction de leurs divergences et de leurs jalousies ; et, lorsque les ouvriers d’une région, mécontents des conditions du travail, se coaliseat pour faire grève, ils répondent par un lock-out.
Ces luttes d'intérêts qui deviennent de plus en plus menaçanties, parce que sous l'empire du régime actuel il ne peut y avoir une entente ferme entre le travail et le capital, prendront dans l’avenir des proportions inquiétantes si une solution prochaine ne calme ces antagonismes persistants et funestes.
Or, ce n’est pas en donnant au syndicat de la loi de 1884, c'est à-dire, nous le répétons, à une association sans capitaux et sans responsabilité le droit de poursuivre en dommages-intérêts des patrons liés avec eux par une convention collective, sans réciprocité effective pour ces derniers, que l’on établira un juste équilibre entre les parties. On risquera, au contraire, de susciter des lock-out gigantesques qui occasionneront la ruine des régions où ils se produiront.
Dans cette lutte à outrance, le fort ne succombera pas, car les patrons sont assez fortunés pour attendre des jours meilleurs ; ils trouveront toujours à placer leurs capitaux devenus improductifs, et préféreront subir des pertes même importantes plutôt que de végéter sur place, et risquer une faillite, qu'ils considéreront comme inévitable.
Pour remédier à ces inconvénients, pour rendre le contrat collectif efficace, pour le faire accepter par les patrons, on a proposé de rendre le syndicat capitaliste.
Cette seconde tendance s’accentue tous les jours. Elle a fini par triompher de l’obsession persistante qui bantait le législateur de cette obsession si ancienne et pourtant si vivante des biens de mainmorte. |
Comment résoudre ce problème ?
Les propositions et les projets de loi, déposés sur le bureau des Chambres, nous ont paru insuffisants, parce que, avons-nous dit, ils risquaient de faire perdre de vue la défense des intérêts professionnels, et parce qu'ils n’organisaient pas la responsabilité effective du syndicat.
Nous avons présenté le syndicat à forme de société commerciale, basé au contraire sur cette responsabilité. Son capital se forme mathématiquement pour ainsi dire, et si, encore une fois, ses débutsont besoin d’être favorisés, il peut dans la suite se transformer en une vaste association, avec qui, mais sur qui les patrons devront compter.
Aussi la question qui se pose à la fin de cette étude est celle de savoir si les ouvriers seraient prêts à accepter cette responsabilité.
Il faut reconnaître qu'un grand nombre d’entre eux sont engagés dans des syndicats, affiliés euxmêmes à la Confédération Générale du Travail. Cet organe socialiste et révolutionnaire n’est pas fait pour les pousser à chercher une base d'entente avec «la classe patronale ».
Lorsque le projet Millerand a été connu, « la Fédération des Bourses du travail, qui s'est faite l’interprète des appréhensions ouvrières, a redouté dans l'extension de la capacité accordée aux syndicats, la possibilité de les exposer & à des formules dûment garanties par des saisies légales, et partant ruineuses » (1).
Nous avons étudié la proposition Vaillant, nous avons vu qu'elle était muette sur le droit des syndicaits d'ester en justice, et qu’elle déclare « que le syndicat doit rester l'organe des revendications professionnelles, économiques et sociales de la corporation et de la classe ouvrière organisée, qui doit rester aussi à l’abri des poursuites patronales et des tribunaux qui la dépouilleraient et la ligoteraient (2). »
Mais quel que soit l’accueil fait par les ouvriers à ces projets, quels que soient leurs désirs de fuir ou d’accepter cette responsabilité, nous croyons qu'ils