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Le Contrat d'équipe

Un groupe d'ouvriers travaillant par équipes, assumant dans chaque équipe une tâche collective et solidaire, tout en étant occupés à des fonctions différentes : tel est le type de la sous-entreprise ouvrière.

Le chef d'équipe traite avec un entrepreneur pour la confection d’un ouvrage déterminé, ou de toute une catégorie de travaux, travaux qui doivent être exécutés au bout d’un certain temps moyennant un salaire fixé en principe à l'avance, mais qui peut progresser suivant le rendement plus ou moins grand ou plus ou moins rapide du travail à fournir.

Ce système connu en Angleterre sous le nom de « gang-system », ou système de l’escouade simple et composé, est d’une pratique constante dans ce pays.

Il a été pratiqué notamment lors de la construction des routes, des canaux,des voies ferrées et dans les mines.

€ Dans les premiers temps de la construction des

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chemins de fer, dit Herbert Spencer, des parties de lignes, longues de quelques milles,étaient attribuées chacune à des entrepreneurs particuliers qui se chargeaient, dans certains cas, de tous les travaux requis, tranchées, ramblais, ponts, etc., et, dans d’autres cas, d’un seul genre de travail. La division du travail en plusieurs parties subsista sous une autre forme ; l’entrepreneur principal traitant avec des sous-entrepreneurs, soit pour la construction d’une section, soit pour les différents travaux dans une même section, travaux de terrassement, etc. Il y avait aussi à l’occasion les travaux cédés en sous-entreprise par ces sous-entrepreneurs. Enfin, il y avait encore une dernière subdivision : c'était l’escouade. Dans ce système, un certain travail est confié à une escouade de 10 à 13 hommes, selon le cas ; le produit du travail est distribué entre eux de façon égale, le chef recevantun peu plus que les autres (1). »

Parmi les mineurs anglais de Cornouailles, fonctionne encore le contrat d'équipe. L'ouvrage à exécuter est mis aux enchères : les différentes équipes l’examinent et font leurs offres, à tant la toise.

Ce système a le grand inconvénient de stimuler la concurrence entre les groupements ouvriers. Si les

1. Hubert Spencer./nstitutions professionnelles et industrielles, p. 407, cité par A. Richard .— Essai sur la coopération de main-d'œuvre, p. 407.

— sit

équipes sont nombreuses et ne savent pas s’entendre entre elles, les marchés sont très mal payés, et c'est une véritable concurrence au rabais que se font les mineurs anglais.

En France,des contrats d'équipe sont conclus dans certaines industries, telles que la métallurgie, la filature et la verrerie. |

Dans la verrerie à bouteilles de Carmaux, voici comment M. de Seilhac décrit l’organisation du salaire (1) : « L'équipe se compose du souffleur,du grand garçon, du gamin, et par extension du porteur... Or, cette équipe est solidaire. C’est à elle, prise en bloc, que le nombre de bouteilles réussies est compté et que le nombre des rebuts est soustrait. Sur cette somme commune, chacun est payé selon son grade : le souffleur 1 fr. 80 par cent de bouteilles, par exemple, le grand garçon, 1 franc, et le gamin o fr. 65.

Dans toutes ces industries, le chef d'équipe, au nom des ouvriers composant cette équipe, traite luimême pour l'exécution d’un ouvrage quelconque, débat le salaire avec le directeur de l'usine, et ce salaire est fixé à forfait. Les ouvriers se distribuent dans la suite le prix du produit du travail fait en commun : tel est le principe.

ll peut arriver que le chef d'équipe touche une part de bénéfice supérieur à celui que touche chaque homme de l’équipe. Il peut arriver également

1. De Seilhac : La grève de Carmaux, p. 39-40, cité par Rist dans l'ouvrage de M. Schloss (traduction). Les modes de rémunération du travail, p. 343-344.

que l’équipe ne pouvant par exemple lerminer toute la tâche qu’elle a assumée dans le temps prescrit, embauche des aides : ces aides, qui travailleront autant que les ouvriers de l’équipe, recevront cependant un salaire moins élevé.

Enfin, l’on cherche à accroître l'efficacité du travail en accordant à l’équipe un salaire progressif. L’équipe est assurée d’un salaire minimum, mais si elle parvient à donner un supplément de travail, les primes lui sont allouées.

« Voici quel est, en effet, le système appliqué chez M. Motte, le grand filateur de Roubaix. Là 1.000 broches sont desservies par un fileur, 3 rattacheurs et 1 bâcleur. « Nous garantissons, dit-il luimême, à l’équipe une semaine de 93 fr. 50 basée sur le prix de o fr. 42 l'heure pour le fileur, o fr. 32 pour les deux premiers rattacheurs et o fr, 25 pour le troisième ; les primes partiront au delà de ce taux et seront partagées entre fileurs et rattacheurs, le bâcleur n’y participant pas (1). »

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