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SECTION II

La commandite de l’Imprimerie

La commandite de l’Imprimerie est le type le plus curieux et Le plus parfait de la sous-entreprise ouvrière. Un groupe d'ouvriers se charge de la com-

1. Statistique des grèves pour 1895, p. 282-283. Cité par Rist, op. cit., p. 344.

position et de l'impression du journal, ou de l'impression seulement. Ce groupe est représenté par un chef vis-à-vis le directeur de l'imprimerie. Ce chef est le metteur en pages. C’est lui qui discute avec le patron le prix de l'impression du journal, soit que ce prix soit déterminé suivant le nombre de lignes, soit qu'un forfait soit intervenu.

On distingue deux sortes de commandites :

i° La commandite égalitaire ;

2° La commandite au prorata.

Dans la commandite égalitaire, les ouvriers sont tenus de faire à l'heure une certaine quantité de travail ; ils devront, par exemple, lever un nombre déterminé de lettres dans un laps de temps: ceux qui auront ainsi placé dans le casier le nombre voulu de lettres, se partageront le salaire fixé à forfait proportionnellement avec le nombre des heures faites par letravail commun. Par contre, l’ouvrier qui n’aura pas accompli cette tâche, ne touchera pas le salaire.

Si dans la commandite égalitaire, le salaire définitif de chaque ouvrier ne contient, pour ainsi dire, qu’un élément, il n’en est pas de même avec la commandite au prorata.

Outre le salaire proportionnel à la tâche accomplie, chaque ouvrier touche un bénéfice. Dans ce système, en effet, le groupe tout entier a droit à certains bénéfices, qui viennent de ce que le patron paie à l’équipe plus que chacun des ouvriers ne reçoit, comme prix de sa tâche. Ainsi, dans un ou-

vrage, certaines pages ne comportent que quelques mots : l’ouvrier qui les imprimera ne sera payé que conformément au nombre de lettres que comprennent ces quelques mots. Mais l’équipe touchera le même prix que si la page entière était imprimée, car il aura fallu établir cette page.

À la différence de la commandite égalitaire, les bénéfices de l’équipe ne sont plus partagés suivant le nombre d'heures faites, mais au prorata de la tâche accomplie par chacun.

La sous-entreprise ouvrière, quelle que soit sa forme, offre de réels avantages soit aux entrepreneurs, soit aux ouvriers.

La responsabilité de l'entrepreneur est notablement diminuée. C’est ainsi par exemple que le directeur d’une imprimerie n’a plus à s'occuper de la surveillance des ouvriers ; il ne paye pas directement chacun de ceux qui impriment le journal: il n’a affaire qu’au metteur en pages.

Le groupe se discipline lui-même intérieurement : les ouvriers exercent les uns sur les autres une discipline sévère, et toute fraude entrainerait l'exclusion de ceux qui s’aviseraient à en commettre.

L’entrepreneur achète son travail en gros, il est assuré en principe contre le risque de la grève. et il peut calculer à l'avance les frais ou le prix de revient de la partie du travail donnée en sous-entreprise.

D'autre part, la sous-entreprise ouvrière fait disparaître le favoritisme dans la distribution du travail ; les ouvriers sont payés d’après le produit de la tâche

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qu’ils ont accomplie. Enfin, malgré la discipline sévère du groupe, les ouvriers se sentent indépendants du patron, il leur paraît que la surveillance de leurs camarades ne porte pas la même atteinte à leur liberté.

Mais les ouvriers qui sont embauchés par le groupe ne bénéficient pas des mêmes avantages que le groupe lui-même : le groupe devient une sorte de tâcheron qui ne paye pas intégralement le produit du travail de ceux qu’il emploie (1).

C'est la sous-entreprise ouvrière qui a inspiré à M. Yves Guyot l’idée de transformer ces groupes marchands de travail en sociétés commerciales.

1. Nous verrons les objections que soulèvent la sous-entreprise ouvrière, lorsque nous étudierons les objections faites aux sociétés commerciales de travail. Ces objections sont en effet identiques pour les divers systèmes.

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