PHYSIOLOGIE
C’est du côté de l’orbite que se manifestent les effets de la communication de la carotide interne avec le sinus caverneux. Les symptômes offrent, comme nous le verrons plus loin, la plus grande ressemblance avec ceux de toutes les tumeurs anévrysmales de l’orbite. Ils peuvent se résumer ainsi : Exophlhalmie; battements du globe de l’œil isochrones aux pulsations artérielles; bruit de souffle perçu à l’auscultation ; tumeur pulsatile à la partie supérieure et interne de l’orbite, constituée par la dilatation de la veine ophthalmique .
Cherchons si ces différents symptômes s’expliquent par ce que
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ious connaissons de la circulation veineuse do l’orbite et par les conditions nouvelles qui résultent de la perforation de la carotide.
Vexophtkalmie constante et souvent très -considérable est intimement liée à la dilatation de la veine oplitlialmique. Le premier effet produit par le mélange du sang artériel au sang veineux du sinus est évidemment d'augmenter la pression dans ce dernier. Mais les etïets de cette augmentation de pression se font peu sentir sur les sinus crâniens en raison delà rigidité de leurs parois. Le sinus caverneux cependant se dilate, à la longue, d’une manière notable. La veine oplitlialmique, dont les parois sont minces et peu soutenues par les parties molles intra- orbitaires, supporte presque seule toutes les conséquences de l’augmentation de pression. Elle se dilate alors jusqu’à acquérir un volume considérable et refoule devant elle le globe oculaire. Il se passe donc dans l'orbite ce que nous voyons se produire pour l’anévrysme artério-veineux des autres régions: le calibre des veines en communication avec l’artère augmente. Toutefois, nous ne savons si les parois de la veine ophthalmique subissent cette hypertrophie que l’on signale pour les autres veines. Les observations ne nous ont pas renseigné suffisamment sur ce point.
La gène delà circulation en retour et la stase sanguine dans les petites branches qui se jettent dans la veine oplitlialmique contribuent aussi, pour une large part, à la production de l’exophthalmie. On sait, en effet, que les phlébites de la veine oplitlialmique et toutes les obstructions de cette veine déterminent rapidement l’œdème orbitaire et l’œdème sous conjonctival. C’est là un fait établi depuis longtemps. (Voir : Thèse de Thibault, 1847, et thèse de Gassou. Phlébite de la veine oplitlialmique, 1857.)
Les thromboses du sinus caverneux produisent le même effet, comme il résulte du travail de Knapp ( Arch . fiir Ophthalm ., 18G8. I. Ab., p. 207). L’existence constante de l’œdème orbitaire et de 1 exophthalmie, dans ce cas, nous parait un argument sérieux contre 1 opinion du Dr Sesemann qui veut que la plus grande partie du sang de la veine oplitlialmique s’écoule parla veine faciale.
On peut aussi se demander si la lésion du plexus caverneux du grand sympathique ne contribue pas à la production de l’exophthalmic. La galvanisation du grand sympathique détermine, en effet, chez les animaux la propulsion en avant du globe de l’œil (Cl. Ber-
nard). Cette exoplitlialmie a été attribuée à la contraction des fibres musculaires lisses dont H. Millier, en Allemagne, et Ad. Sappey, en France, ont constaté la présence au fond de la cavité orbitaire. (Voir: J.-L. Prévost. Arcli. de Physiol ., 1868, n° 2.)
Mais pour admettre cette explication , il faudrait que l’action du grand sympathique se trouvât accrue parsuite de la lésion, comme elle l’est par la galvanisation, ce qui est peu rationnel. La paralysie des filets du grand sympathique est plus probable ; elle peut, il est vrai, mais dans une faible mesure, contribuer à l’exophthaimie par la diminution de résistance qu’elle entraîne dans les parois artérielles et par l’afflux plus considérable de sang qui en résulte.
Dans une observation du Dr Collard (de Berne) (Gaz. méd. 1866, p. 631,) les symptômes d’exophthalmie et de tumeur anévrysmale analogues à ceux qui se produisent dans l’anévrysme artério veineux de la carotide interne et du sinus ont été considérés comme le résul-' tat de la lésion du ganglion ophthalmique. Cette explication nous paraît difficilement acceptable.
Les pulsations constatées sur le globe de l’œil sont évidemment la transmission de celles qui se produisent dans la veine oplitlialmique dilatée et recevant l'impulsion de l’ondée artérielle. Cette transmission se fait d’autant plus facilement que les parties molles intraorbitaires sont contenues dans une cavité osseuse à parois inextensibles.
D’ailleurs, à l’état normal, en raison de ces conditions anatomiques spéciales , les pulsations artérielles se transmettent très-faiblement, il est vrai, au globe de l’œil :
« L’œil soutenu en arrière par un riche lacis vasculaire logé dans une cavité osseuse inextensible éprouve à chaque battement du cœur une propulsion en avant qu’on peut enregistrer en 1 amplifiant à l’aide du levier. » (Marey. Du mouvement dans les fonctions de la vie , p. 146.)
M. Marey qui avait recherché, il y a quelques années, ces battements, sur la demande de M. Nélaton, nous a dit en avoir obtenu des tracés. Mais les pulsations sont extrêmement faibles et ne peuvent être constatées qu’à l’aide des instruments. M. Alarey pense, en outre, que sous le rapport de l’amplitude, elles offrent d’assez
grandes différences individuelles.
Il nous reste à parler du bruit de souffle que l’auscultation lait
constater dans tous les cas de communication de la carotide interne avec le sinus. Ce bruit de souffle ne mériterait pas de nous arrêter, puisqu’on le constate dans tous les cas d’anévrysme artério-veineux, si, dans l’aflection qui nous occupe, il n’avait des caractères spéciaux qui pourraient faire méconnaître sa véritable nature. Bien qu’en réalité continu avec renforcement isochrone aux pulsations artérielles, il se présente, au premier abord, comme un souffle intermittent, ainsique nous le verrons en parlant des symptômes.
La meilleure explication qu’on puisse donner de ce fait est celle qu’a proposée Henry. Lorsqu’on ausculte un anévrysme artérioveineux à une certaine distance de l’orifice de communication, le bruit de souffle tend à perdre les caractères du souffle intermittent. 11 en est de même si l’on comprime la veine sans comprimer l’artère. Or, lorsqu’on ausculte l’orbite en appliquant le stéthoscope sur le globe occulaire, ces deux conditions se trouvent réunies, à savoir:
■ l’éloignement de la communication artério-veineuse et un certain degré de compression exercée par le stéthoscope.
C’est peut-être aussi en raison de l’éloignement de l’orilice qui i fait communiquer la veine avec l’artère que le frémissement vibratoire qui caractérise l’anévrysme artério-veineux de^ autres régions n’a pas été constaté sur la tumeur éminemment pulsatile constituée ! par la veine ophthalmique dilatée.