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DE LA SUGGESTION HYPNOTIQUE

Peut-on négliger les découvertes qui ont été faites sur la suggestion ?

La même phrase, constamment répétée et venant frapper à coups égaux et réguliers, au même endroit de l'âme, finit par produire sur certains cerveaux, préparés à subir ces atteintes, un effet à peu près semblable à celui des passes sur les yeux des magnétisés. Leur volonté cède peu à peu la place, et une autre volonté, celle du journal, entre dans le malheureux, jour à jour vidé de son moi.

On lui dit que telle personnalité est la cause des maux dont le pays souffre; qu'il suffirait de la faire disparaître pour qu'en France tout rentrât dans l'ordre. L'idée pénètre lentement dans cet être incapable de résistance; elle en chasse toutes les autres, et, ne trouvant plus de contrepoids nulle part, elle le pousse d'un élan irrésistible à l'action K

1. On sait que deux t*coles, deux théories sont en présence : ceUe de Ja Salpôtriére, ayant pour initiateur le D"" Gharcot; ceHe de Nancy, qui a pour créateur le Dr Bernheiwi.

Jusqu'où peuvent aller la mainmise sur la volonté d'autrui, l'affaiblissement de rindépendance psychologique, l'ébranlement de l'équilibre moral?

Dans le Congrès de Bruxelles (août 1892) on s'est fort occupé des suggestions criminelles. Il résulte, des discussions qui s'y sont produites, qu'il y a là plus que des jeux de salon et des fantaisies de laboratoire.

Par la suggestion on guérit des affections très rebelles. En thérapeutique, la méthode hypnotique produit des effets surprenants. Sans doute, la suggestion criminelle paraît n'avoir d'influence que sur les débiles moraux, les dégénérés, au point de vue mental; mais ceux-là sont bien plus nombreux qu'on ne croit.

Les D" Bérillon et Voisin, médecins en chef de la Salpétrière, ont fait des communications fort intéressantes. M. Bérillon a invoqué dix-sept mille expériences et retrouvé la suggestion à l'état de veille jusque dans le cabinet du juge d'instruction qui, sans le savoir et

Il n'est pas besoin de provocation directe pour cela. On peut dire, avec Corneille :

Il ne fut que le bras, c'est toi qui fus la tête.

C'est le moyen, nous le verrons plus loin, qui est employé par les théoriciens de l'anarchisme.

Qui est le coupable, le vrai coupable? c'est le journaliste, car c'est lui qui a conduit le bras, sans y avoir pensé, je le veux bien.

Cela rappelle une revue du temps passé, où Grassot magnétisait quelqu'un sur la scène : il jetait du fluide à poignées, et tout à coup (c'était la scène dans la salle) une personne s'endormait au balcon.

< Ah ! pardon, disait-il, ce n'est pas ma faute! mon fluide € s'est trompé de route. >

Le journaliste pourrait répondre de même : € Je n'avais < aucunement l'intention de suggérer l'idée d'assassiner. « J'en parlais, il est vrai, tous les matins; mais pouvais-je « me douter qu'on ne verrait pas que c'était là histoire de € tirer à dix mille de plus? >

surtout sans le vouloir, dicte, suggère au témoin la réponse que celui-ci fera.

Je sais que certains prétendent encore que le médecin qui suggère n'est en somme qu'un habile diplomate, qu'un avocat persuasif; mais il y a des faits qu'on ne saurait nier.

En tous cas, nous ne parlons de la science nouvelle que pour signaler les dangers de l'impressionnabilité humaine. Nous n'allons pas jusqu'à admettre qu'il est certain qu'un homme puisse imposer absolument sa pensée à un sujet dont une disposition nerveuse détruirait la volonté; il nous suffit qu'une semence puisse être jetée dans l'esprit et que le grain puisse lever par incubation.

Voir notre ouvrage : De la responsabilité des criminels. Comparer les observations de MM. Liégeois, Franck, Desjardins, Janet, à l'Académie des sciences morales et politiques (Bulletin des séances de cette Académie, 1884, t. GXXII, pp. 172, 322, 231, 233). Consulter Touvrage de Gilles de la Tourette sur Thypnotisme, 2e édition, 1891.

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