‹ De la complicité intellectuelle et des délits d'opinion de la provocation etChapitre 19 sur 52 · LA FOULE CRIMINELLE · texte numérisé non relu

LA FOULE CRIMINELLE

A ceux qui ne croient pas aux entraînements irréfléchis, nous signalerons encore les crimes des foules'.

1. « La Foule criminelle », Essai de psychologie collective , par M. Scipio Sighele.

L'auteur produit une série d'observations profondes, singulièrement intéressantes, sur l'agglomération, Vagrègat des individus pris collectivement. Le danger social des réunions publiques, des attroupements, y est mis en éclatante lumière.

Dans son rapport au Congrès de Bruxelles, M. Tarde a montré qu'il était inexact de voir, dans la criminalité des foules, dans la criminalité collective, un simple total de criminalités individuelles : en réalité, les masses agissent sous l'action d'entraînements, de forces d'impulfeion qui ne surgissent que par l'effet de la réunion des individus. La foule n'agit que sous l'influence de meneurs; mais l'action de ces meneurs n'est possible que si, au préalable, cette foule possède une foi commune, une passion commune, un but commun créés par une contagion lente d'esprit à esprit, une imitation tranquille et silencieuse, et dont la nature différente caractérise les diverses sortes de foules. Dans ces agissements, d'ailleurs, cette foule se montrera inférieure non seulement au niveau moral de la société civilisée au sein de laquelle elle se forme, mais encore à celui de l'individu isolé qui en fait partie.

« La foule, parmi les populations les plus civilisées, est toujours « une sauvagesse ou une faunesse, moins que cela, une bète impul- « sive et maniaque, jouet de ses instincts et de ses habitudes machi- « nales... La bête humaine varie d'après chaque espèce de multi- « tude. »

Elle subit d'une manière presque passive l'influence de quelques meneurs : l'individualité des menés s'affaiblit, s'anéantit d'autant plus que l'organisation de la foule se fortifie davantage. Ils subissent une action entraînante qui va jusqu'à dénaturer leur caractère, une action qu'on peut comparer à l'influence delà suggestion hypnotique, bien qu'elle produise des eft'ets infiniment supérieurs.

De ces constatations, M. Tarde conclut à la distinction entre la responsabilité des meneurs et celle des menés, la première étant de beaucoup la plus grave.

Au cours de la discussion , le distingué magistrat a bien précisé qu'il ne confondait pas les meneurs et les menés avec les inspirateurs et les exécuteurs. Partout où il y a unanimité, il y a un despotisme inconsciemment suivi. La police sera insuffisante si on ne se résout

Le législateur s'en est préoccupé, en punissant les provocations à des attroupements et en aggravant la peine des délits ou des crimes, suggérés, déterminés au sein des réunions. Cela est surtout dangereux lors des grèves et des émeutes.

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