‹ De la condition civile des étrangers;Chapitre 5 sur 12 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Législation grecque. — Sparte. — Constitution de Lycurgue. — Rigueurs envers les étrangers. — Le temps adoucit ces rudesses. — Athènes. — Lois de Solon. — Afflucncc dei étrangers à Athènes^ — Différentes classes d'étrangers. — Droits qu'on leur accorde. -* Humiliations qu'on leur impose.

Quittons Jérusalem. Laissons le peuple de Dieu à ses mystérieuses destinées, et dirigeons nos pas vers la Grèce. Là, deux villes et deux législateurs se dressent au-dessus des autres : Sparte et Athènes; Lycurgue et Solon.

. Guidées par un même principe, l'intérêt étroit de la cité, les deux constitutions arrivèrent à des résultats opposés.

Lycurgue, comme le remarque Montesquieu, fit un même code pour les lois, les mœurs et les manières (1), et il forma son peuple d'une si étrange façon, que Xénopbon lui-même, grand admirateur de ces institutions, avoue qu'aucune ville ne veut les imiter.

On dirait un général dans une place qui va subir un siège. Il tourne toutes les forces vers la guerre. Il proscrit le commerce, l'industrie et les arts, comme propres à détourner de ce but unique. Il fixe le nombre des habitants, règle la nourriture, défend aux citoyens de quitter le territoire, éloigne le plus possible les étrangers. Le mariage, le droit de propriété, la capacité

(I) Montesquieu, EsprU des hit , liv. XIX, ch. xti.

de disposer ou de recevoir à titre gratuit, tout cela leur était refusé ; les tribunaux étaient fermés pour eux, et, si leur présence semblait inutile, on les expulsait sans pitié. On craignait, dit Plutarque (1), qu'ils ne donnassent quelque mauvais exemple aux citoyens.

A cette situation précaire s'ajoutait l'impossibilité d'obtenir le droit de cité. Cette règle, au temps d'Hérodote, n'avait Qéchi qu'une seule fois en faveur du devin Tisamène et de son frère Hégie. Un oracle avait prédit que Tisamène serait triomphant dans cinq grandes batailles. Les Spartiates voulurent, moyennant une récompense, attirer chez eux cet homme prédestiné. Il demanda le droit de cité. Indignés de cette orgueilleuse prétention, les Lacédémoniens renoncèrent d'abord à leur projet. L'approche des Perses put seule les déterminer ensuite à céder (2).

Lycurgue isola donc sa patrie. « Yos institutions sont incompatibles avec celles des autres peuples », disaient les ambassadeurs athéniens dans une assemblée tenue à Lacédémone (3). Longtemps ces lois furent scrupuleusement observées. Mais un jour vint où le faisceau se rompit. La nature, trop fortement violentée par le législateur inflexible, reprit le dessus. Xénophon le constate et le déplore.

<( Les Lacédémoniens, dit-il, qui dans les commencements vivaient chez eux, contents d'une heureuse médiocrité, ont voulu depuis dominer et recevoir de corrupteurs hommages. Jadis ils méprisaient l'or; aujour-

(1) PlaUrque, Vie de Lycurgue.

(2) Hérodote, liv. IX, ch. xxxiii (.1) Thucydide, 1. 77.

d'hui ils mettent leur gloire dans leurs richesses. Jadis on chassait les étrangers de Sparte et on défendait aux citoyens de voyager; aujourd'hui on va satisfaire son ambition hors de la patrie. Jadis enfin les Spartiates se rendaient dignes de commander; aujourd'hui ils veulent commander sans se préparer au commande* ment. Aussi les Grecs, qui demandaient autrefois des chefs à Lacédémone, unissent-ils maintenant tous leurs efforts contre elle.

« Cela devait arriver, ajoute tristement Xénophon , puisque les Lacédémoniens n'ont écouté ni les dieux ni Lycurgue (1 ). »

Cela devait arriver, dirons-nous à notre tour, parce que la rigueur même des institutions de Sparte s'opposait à leur dorée.

Nimium tendcndo rumpi funiculos lolet (2).

Si donc quelque chose peut nous étonner, c'est bien plutôt l'extrême docilité de cette ville , justement appelée par Horace la patiente Lacédémone , assez patiente en effet pour se plier aux inhumaines prescriptions de l'austère fils d'Eunomus. C'est aussi l'admiration enthousiaste que d'éminents esprits, dans l'antiquité, ont vouée à cette constitution antisociale dont Saint- Just et sa sinistre école auraient voulu doter la France, pendant que Camille Desmoulins vantait les charmes de la démocratie athénienne.

(!) Xénophon, GimûememetU eu LaeédimomeHS, ch. xv. (2) Publias Sjnit.

« Ce qui rendrait furieux le gouvernement anglais, écrivait Camille dans son Vieuœ Cardelier, c'est si on disait de la France ce que Dicéarque disait de TAttique : Nulle part au monde, on ne peut vivre plus agréablement qu'à Athènes, soit qu'on ait de l'argent, soit qu'on n'en ait point. Ceux qui se sont mis à l'aise par le commerce ou leur industrie peuvent s'y procurer tous les agréments imaginables; et quant à ceux qui cherchent à le devenir, il y a tant d'ateliers où ils ga« gnent de quoi se divertir aux Anlhestéries et mettre encore quelque chose de côté , qu'il n'y a pas moyen de se plaindre de sa pauvreté sans se faire à soi-même un reproche de sa paresse. »

A côté de Lacédémone , qui présentait le sombre aspect d'un glorieux tombeau, la spirituelle Athènes semblait être un temple élevé en l'honneur de la joie. Telles encore ont paru à .Chateaubriand les ruines de .ces deux villes célèbres. « Celles de la première, dit-il , sont tristes, graves, solitaires; celles de la seconde sont riantes, légères, habitées. Je sentis, ajoute- t-îl, que j'aurais voulu mourir avec Léonidas et vivre avec Périclès (<). »

Bien avant Périclès, les étrangers partageaient les sentiments qu'éprouvait l'harmonieux chantre des Martyrs devant l'antique cité de Cécrops. Aucune loi ne leur interdisait l'entrée de cette ville. Ils y trouvaient les plus grandes facilités pour le commerce; ils y voyaient affluer les denrées de toute la terre ; ils y

(1) Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem, \^ partie. Voyage de la Grèce,

goûtaient de continuelë plaisirs unis à une liberté qui dégénérait souvent en licence; ils y rencontraient l'élite des artistes, des sophistes, des philosophes, des poëtes. Aucune cité en Grèce n'offrait autantde divertissements qu'Athènes. « Il n'y avait rien de plus délicieux à voir, dit Bossuet, que cette ville où les fêtes et les jeux étaient perpétuels , où l'esprit, où la liberté et les passions donnaient tous les jours de nouveaux spectacles (1). )) Attirés par toutes ces séductions, les Grecs et les barbares envahissaient pacifiquement Athènes , dont la langue et les mœurs subissaient insen* siblement cette influence extérieure (2).

L'intérêt et l'orgueil étaient les véritables causes de cette bienveillance égoïste. Athènes, voulant dominer par le commerce, dut entrer en relations fréquentes et amicales avec les peuples étrangers. Elle dut ouvrir un asile , assurer des droits aux navigateurs qui venaient de loin accroître ses richesses.

Tout servit Athènes dans ce dessein : sa merveilleuse position, les relâches belles et sûres qu'elle offrait aux vaisseaux; son caractère actif, entreprenant, avide de nouveautés.

Et cependant que seraient devenus ces avantages , si un Lycurgue avait imposé ses rudes lois aux habitants de r Attique ? Bien différent du législateur Spartiate, Solon emprunta ses idées et ses lois aux mœurs, aux habitudes, aux manières de ses concitoyens. Il réforma ce qu'il jugea mauvais, mais sans lutter contre

(f ) Discours sur Vhàstoire universelle, fiartie III, ch. v. (3) Xénophon, Gouœmemeni desjithéniens, ch. ii.

là nature, sans façonner à son gré les caractères. Il ne mit pas sa gloire à créer un peuple sur un modèle encore inconnu. Il s'efforça, au contraire, selon l'expression du judicieux. Plutarque, d'accommoder bien plus les lois aux choses que les choses aux lois (1).

Les étrangers affluaient dans l'Altique et obtenaient très-facilement lé droit de bourgeoisie. Solon se contenta de restreindre un peu cette prodigalité. Longtemps les Athéniens se conformèrent , sinon au texte même, du moins à l'esprit de cette loi. D'éminents services étaient nécessaires pour devenir citoyen d'Athènes. La rareté de celte distinction en augmentait singulièrement le prix. Des princes, des rois, des peuples l'ambitionnèrent et demandèrent, quelquefois sans succès, le droit d'entrer dans la cité de Minerve. De sérieuses garanties entouraient l'admission d'un nouveau citoyen et empêchaient toute surprise. Il fallait deux votes; et, après cette double épreuve, le premier venu pouvait attaquer et faire annuler la décision de l'assemblée.

Une fois reçu , on différait encore du citoyen qui devait son titre à sa naissance. On n'avait pas le droit de tester. On ne pouvait aspirer ni à l'archontat ni au sacerdoce (2).

Malgré ces précautions , malgré la fierté d'Athènes , peu à peu tout se relâcha. Les descendants des héros de Marathon envoyèrent des mercenaires au combat (3), et les fils de célix qui avaient refusé à Perdiccas de Macédoine et à Ménon de Pharsale ce que méritaient

(I) PluUrque, Vie de Solon,

(f) Dëmosdbène (Contra Nectram).

(8) Dëmosthène. — Iiocrate. -r- Xënophon.

leurs signalés services, vendirent sans pudeur le droit de bourgeoisie (i ).

Les acheteurs ne manquèrent pas. Isocrate et Démosthène élevèrent contre ces abus leur voix éloquente. Us reprochèrent aux Athéniens dégénérés de partager l'illustration de leur nom plus facilement que les Triballes, les Lucaniens, les Cythniens ne consentaient à partager leur obscure nationalité (2).

Ces protestations patriotiques ne purent arrêter le courant. Le fleuve avait rompu ses digues. La démagogie , qui diffère autant de la démocratie que* la licence de la liberté j que la courtisane de la femme honnête , entraînait Athènes sur la pente d'une rapide décadence.

Le nombre des citoyens augmentait sans cesse. Celui des étrangers domiciliés ne diminuait pas; et, au temps de Démétrius, un dénombrement attesta la présence de dix mille métœques attirés non-seulement par la perspective d'obtenir aisément le droit de cité, mais encore parles facilités commerciales, par celte liberté, par ces séductions qui adoucissaient pour eux une condition où se mêlaient pourtant des douleurs et des humiliations.

Si rien dans le costume ne distinguait l'étranger du citoyen (3), si la personne des uns et des autres était également protégée non pas sans doute contre la raillerie des poëtes comiques , mais contre' les brutalités et les violences; néanmoins, au point de vue des droits

(l) Démosthène. — Isocrate.

(3) Démosthène. — Isocrate.

(3) Xënophon , Gouvernement des Athénien* ^ ch. i.

politiques et civils, un abime séparait le métoeque de l'Athénien.

Le métœque n'avait le droit ni d'être propriétaire foncier, ni de tester. On ne pouvait l'instituer héritier. Sa condition se rapproche beaucoup de celle desaffran* cbis. Il doit, sous des peines très-séVères , se choisir un patron qui réponde de lui et l'assiste dans tous les actes de la vie civile. Le choix de ce patron avait son importance, car, à Athènes, on jugeait d'un étranger par le patron qui le représentait (1).

L'affranchi, qui se montrait ingrat, retombait dans la servitude. Sois esclave , lui disait son maître , puisque tu ne sais pas rester libre. Sois esclave, disait la loi au métœque qui commettait certaines fautes, à celui qui n'avait pas de patron , à celui qui ne payait pas la taxe annuelle imposée aux étrangers en échange de la protection qu'ils recevaient, à celui enfin qui par ruse se glissait parmi les citoyens.

La tentation était bien forte, et souvent on y succombait. L'union entre étrangers et citoyens ne produisait pas les effets d'un véritable et légitime mariage. Les enfants naissaient bâtards et ne pouvaient prétendre à la successionde leurs parents. Cette triste perspective, que, dans la Comédie des Oiseanœ, Pisthétérus fait habilement entrevoir à Hercule, brise les derniers scrupules et les dernières résistances du fils bâtard de Jupiter et de la Tirynthienne Alcmène (2). Cette même perspective douloureuse poussait plus d'un métœque à la fraude;

(1) Isocrate.

(2) Aristophane, Comédie des oiseaux.

au risque de devenir esclave, si l'on était découvert, on reniait son origine étrangère, on se haussait au rang des citoyens et on inscrivait ses enfants dans la Phratrie.

Des lois, plus ou moins sévères selon les temps, ordonnaient la révision des listes qui contenaient les noms des citoyens, et on rayait tous ceux qui avaient usurpé un titre auquel ils n'avaient pas droit. Si celui qui se trouvait ainsi frappé dans sa vie civile et politique ne se plaignait pas et reconnaissait son crime par son silence même, il cessait simplement d'être citoyen, mais restait libre. Si, au contraire, il réclamait et qu'il succombât dans cette lutte nouvelle soulevée par lui, il était impitoyablement vendu comme esclave.

Ces révisions tardives, cette censure qui appelait la délation, avaient leurs dangers^ La. haine et la vengeance apportaient leur contingent de victimes à ces listes de proscription, et plus d'un citoyep véritable, fils de père et mère athéniens, était déclaré suspect, convaincu de bâtardise et mis au nombre des condamnés.

Ce fier patriotisme avait des moments d'apaisement. C'était quand la loi devait frapper quelque tète illustre: ainsi Ton vit Périclès , «abreuvé d'amertume et pliant sous les coups du malheur, supplier le peuple de rapporter le décret qu'il avait lui-même proposé au temps de sa puissance et de son bonheur (4). C'était quand le vaisseau de la république , battu par la tempête , menaçait de sombi'er; alors on ne se montrait pas aussi ardent à épurer la cité et on donnait le droit de bourgeoisie aux méloeques, qui concouraient avec plus d'ar-

(I) PluUrqae, Vie de Périciéê,

deur à la défense et au salut de leur nouvelle patrie. Celait enfin aux heures de tourmente politique. Les agitateurs accordaient tout aux étrangers pour s'assurer des suffrages. Les ennemis de Phocion, voulant destituer cet honnête général et condamner à mort ce vertueux Athénien, laissèrent les métOBques se mêler aux citoyens ; et, quand une voix courageuse demanda qu'on fît sortir de rassemblée les esclaves et les étrangers, on cria à l'oligarchie et l'on put faire mourir injustement Pbocion .

On avait, pour accomplir cette œuvre impie, audacieusement négligé les lois. Car, selon Montesquieu, qui s'appuie du reste sur le témoignage unique du rhéteur Libanius, un étranger, qui pénétrait dans l'assemblée du peuple, était puni de mort (1).

Exclus de la vie politique et des honneurs, les métoeques subissaient de lourdes charges et de cruels mépris.

Athènes prélevait sur eux de fortes contributions; en outre ils devaient, comme les citoyens, verser leur sang pour défendre ou agrandir un territoire dont ils ne pouvaient acquérir la moindre parcelle. Dans l'infanterie, où ils servaient, on les reléguait aux fonctions les moins honorables, et la cavalerie, au temps de Xénophon, ne leur ouvrait pas ses rangs (ï). Tout étrangers qu'ils étaient, ils n'avaient point le droit de prêter leur argent au patron d'un vaisseau qui n'apportait pas de blé à Athènes. Il leur était défendu de trafiquer sur l'Agora. Dans les jours de réjouissance, ils ne pouvaient

(1) Montesquieu, Esprit des lois , liy. II, cli. u.

(2) Xénophoii. Le Commandant de la cavalerie, ch. ii. — Les Revenus, ch. ii.

pas faire partie des chœurs que dirigeait un Alcibiade ou un Démoslhène. S'ils étaient admis à certaines fêtes, c'était pour y jouer un rôle servile , portant les vases remplis d'eau et de miel destinés aux sacrifices , tandis que leurs filles tenaient des ombrelles sur la tête des femmes athéniennes.

La justice elle-même, qui ne doit point faire acception des personnes et devant laquelle toute inégalité cesse, la justice se faisait la complice de ces outrages et ne cachait pas au métoeque la différence qui le séparait des citoyens.

Protégés aussi bien que ceux-ci contre les coups , les violences, les blessures, les métoeques, comme les affranchis, relevaient d'une juridiction particulière; celle du Polémarque. Ils ne pouvaient agir devant les tribunaux qu'avec l'assistance du patron, sans lequel ils n'étaient rien; et, s'ils voulaient révéler au peuple quelque importante nouvelle, intéressant la république, on soumettait leur dénonciation aux mêmes formalités que la dénonciation des esclaves. Le même fait, qui, comipis par un citoyen, entraînait la peine de l'exil, amenait la mort du coupable, si ce coupable était étranger.

Le Polémarque (1), chargé de surveiller, de protéger, de juger les métoeques, écoutait leurs réclamations et les plaintes dirigées contre eux, prenait soin de leurs biens^ si cela devenait nécessaire, faisait en un mot pour les étrangers ce que l'archonte éponyme , ou plus simplement l'archonte, faisait pour les Athéniens.

La main tutélaire ou vengeresse du Polémarque

(0 Voy. G. Perroty Essai sur le droit publie d* Athènes, p. 2&8 et suiv.

s'étendait sur tous ceux qui n'étaient ni citoyens ni esclaves.

Entre ces limites extrêmes d'élévation et d'abaissement se trouvaient placés les affranchis, les raétœques ou étrangers domiciliés, les isolâtes ou métœques pri* vilégiés qui, délivrés des charges pesant sur leur classe, étaient, sous le rapport des impôts, entièrement assimilés aux citoyens, enfin les étrangers qui venaient en voyageurs dans TÂttique, qui demandaient seulement à Athènes sd protection , ne réclamant d^elle ni droits ni honneurs, el restaient fidèles à leur patrie.

Ces voyageurs étaient de différentes espèces. Les uns, dit Platon (1), sont des oiseaux de passage; ils volent à travers les mers, de contrée en contrée. Ils font le commerce et veulent s'enrichir. Quelquefois, comme ce jeune homme du Pont auquel Isocrate prêta son éloquence, ils étaient attirés non-seulement par la passion de l'argent, mais encore par le désir plus noble de visiter un pays aussi célèbre que l'Attique (2). D'autres cherchaient uniquement le plaisir, les divertissements, les fêtes et les spectacles. Il faut compter aussi les ambassadeurs qui accomplissaient quelque mission et n'avaient pas toujours à se louer de la douceur athénienne. Leur caractère sacré était quelquefois impuissant à les défendre contre d'indignes traitements.

Dans celte foule d'étrangers, qui aimaient Athènes « pour s'y venir promener et y passer leur temps, mafs non pour l'épouser, c'est-à-dire pour s'y habituer et

(1) Lois , liy. XII.

(2) Isocrate , Discours irapéziiique.

domicilier (1) », il ne faut pas oublier ceux, qui, beau* coup plus rares, ainsi que le remarque Timmortel disciple de Socrate(2), voulaient s'instruire, observer, connaître les lois, les coutumes, les mœurs et offrir à leur pays, comme un trophée pacifique, le fruit de leurs laborieuses et savantes conquêtes. Dans ce but, Lycurgue et Solon avaient parcouru FÉgypte et l'Asie. Dans ce but trois des décemvirs, chargés d'établir la législation romaine, visitèrent la Grèce, si le récit des historiens est fidèle , et rapportèrent à Rome les lois d'Athènes.

Avec les décemvirs nous abandonnerons la patrie des Muses; avec eux nous aborderons aux rivages de l'Italie et nous remercierons les dieux de cette heureuse rencontre. Car nous ne pourrions, sous de meilleurs auspices, pénétrer dans la patrie du droit.

(1) Montaigne, liv. III, ch. v.

(2) Lois, liv. Xn.

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