I. — Situation hygiénique des établissements
L’administration s’est toujours beaucoup préoccupée de l’hygiène de ses établissements. A la suite
de Tenquête de 1875, au cours de laquelle la position hygiénique du personnel fit l’objet d’un examen tout spécial, le rapporteur concluait : « Nous avons été (( heureux de pouvoir constater personnellement les « résultats obtenus dans nos visites aux jnanufactures, « à Nantes, à Châteauroux et particulièrement à Mor- « laix. Nous avons pu voir dans ces établissements des (( ateliers -qui renfermaient plus'" de 300 femmes, et « qui présentaient au point de vue de l’hygiène les (( conditions les plus satisfaisantes )). Depuis, les hygiénistes ont sans cesse accru leurs exigences, sans qu’il soit possible de réaliser constamment les améliorations préconisées. D’autre part, la compagnie Yermière des allumettes était loin d’attacher la meme importance à cet ordre de questions et, surtout dans les dernières années de sa concession, elle évita toute modification coûteuse ; aussi livra-t-elle à l’Administration ses usines dans un état déplorable.
Il n’est donc pas étonnant que les établissements de l’Administration présentent, au point de vue de l’hygiène, des garanties très inégales. Dans les manufactures neuves comme Toulouse, Dijon, Orléans, et dans la fabrique d’allumettes d’Aix, tous les ateliers sont très vastes, très élevés, les dégagements et escaliers très larges. Entre les batiments régnent de grandes cours plantées d’arbres et de massifs de verdure. Le sol des ateliers est formé de parquets bien jointifs, tous les murs sont enduits de plâtre et peints en couleur claire. Lartout, en un mot, la projireté est facile à entretenir, l’air et la lumière pénètrent en abondance.
GHAP. I. — l’atelier
Ce sont, dans toute Tacception du terme, des établissements industriels modèles. Les manufactures plus anciennes sont généralement plus resserrées. Les plafonds sont moins hauts, les fenêtres moins vastes, les cours moins spacieuses. Les parquets sont souvent de qualité médiocre et les murs n’ont été enduits et peints que récemment. Les manufactures de Bordeaux, Dieppe, le Havre, Nice, etc., appartiennent à cette catégorie. L’installation est loin de comporter le luxe des constructions tout à fait modernes, mais dans son ensemble elle est encore très satisfaisante au point de vue de Lhygiène. 11 n’en est pas de même de quelques très vieilles manufactures de tabacs, comme celle de Paris (Gros-Caillou), ni surtout des fabriipies d’allumettes, particulièrement celles d’Aubervilliers et de Règles. De grandes dépenses ont déjà été faites, mais rien ne peut corriger des installations aussi défectueuses et la reconstruction complète de ces établissements est déjà décidée en principe ou même commencée ( l).
Dans des ateliers où 200 et 300 femtnes séjournent dix heures par jour, et où elles se livrent à un travail sédentaire, il est essentiel d’obtenir un renouvellement constant de l’air et de maintenir une température égale et assez élevée. La ventilation est généralement organisée au moyen de gaines, ménagées entre les solives ou régnant autour des ateliers et communiquant
I. La manufacture du Gros- Caillou va être supprimée. Une grande manufacture est en construction à Issy. Les crédits nécessaires à la reconstruction de la fabrique d’Aubervilliers sont acquis.
les unes avec rextéi’ieur, les autres avec les cheminées d'appel. Les premières, qui servent à l'entrée de l’air, débouchent autour des poêles de chauffage afin que la ventilation n’amène pas de refroidissement ; les autres servent à l’évacuation. Lorsque le déplacement d’air est insuffisant, on a recours à des ventilateurs mécaniques. Dans les vastes ateliers modernes où le cubage d’air par ouvrière est très considérable, il n’est pas
nécessaire d’établir un renouvellement rapide de
air.
Le chauffage à la vapeur est partout adopté : il est facile à régler et ne donne lieu à aucune émanation ; la vapeur circule soit dans des poêles en tôle de formes diverses, soit à travers des tuyaux qui, dans ces constructions modernes sont placés sous les tables des ouvrières.
L’éclairage au gaz existe dans la plupart des manufactures ; on emploie généralement des becs donnant une lumière intensive et particulièrement des becs à incandescence ; d’ordinaire une table de dix à douze ouvrières comporte deux becs. Le gaz a l’inconvénient de produire beaucoup de chaleur et de résidus de combustion, il présente en outre des dangers d’incendie. Aussi l’éclairage électrique tend-il à s’introduire partout où les conditions économiques le permettent. Plusieurs manufactures sont éclairées exclusivement au moyeu de lampes à incandescence (Toulouse, Dieppe).
Dans les manufactures modernes, les cabinels d’alsancc sont relégués dans des constructions isolées.
CHAP, I. — l’atelier
Dans les autres ils sont souventrépartis dans les mêmes bâtiments que les ateliers, mais on s’efforce alors au moyen de nettoyages fréquents et de désinfectants énergiques, d’éviter autant que possible les inconvénients que présente cette disposition évidemment défectueuse. Des chasses d’eau sont d’ailleurs établies dans toutes les villes où le tout à l’égout fonctionne.
Auprès de chaque atelier se trouve un vestiaire où les ouvrières déposent les vêtements dont elles veulent se débarrasser pendant le travail.
Un réfectoire ouvert à des heures déterminées, et comportant un système pour réchauffer les provisions est mis à la disposition des ouvrières. Des lavabos existent dans tous les établissements et dans certains d’entre eux sont répartis à tous les étages (1). Enfin dans la plupart des manufactures, des salles de bains sont installées pour le personnel (2).