‹ De la condition des ouvriers dans les manufactures de l'État (tabacs-allumettes)Chapitre 127 sur 147 · I. — Les grèves antérieures à la fondation des syndicats · texte numérisé non relu

I. — Les grèves antérieures à la fondation des syndicats

La première grève d’ouvriers des manufactures de LEtat remonte à 1870. Elle éclata à Toulouse et fut causée par l’animosité du personnel contre un ingénieur. La démission spontanée de celui-ci y coupa court.

En 1871, à Marseille, tous les corps de métiers s'étant mis successivement en grève, le personnel de la manufacture se laissa entraîner par l’exemple, mais l’ordre se rétablit rapidement.

Une grève plus sérieuse éclata à Morlaix en 1874. Les ouvrières refusèrent de manipuler certains tabacs dont la qualité leur semblait désavantageuse ; elles descendirent dans la cour et s’y livrèrent à des mani-

1 . En particuliei* nous nous sommes abstenu de parler de l’inlervention des Préfets, qui est toujours très active chaque fois qu’une grève éclate dans un établissement de l’Etat, mais dont le caractère et les mobiles sont presque toujours d’oi’dre politique.

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GH AP. VI

LE CROIT DE GRÈVE

festatioris. Le directeur tira au sort le nom des ouvrières qui seraient rendues responsables. Cette mesure, que l’administration n’hésita d’ailleurs pas à blâmer suffit pour rétablir l’ordre.

La modification d’une méthode de travail mécontenta les cigarières de Dieppe en 1875. La simple menace de renvois amena leur soumission ; malgré cela, les instigatrices du mouvement furent punies.

La démission de l’ingénieur de Toulouse avait mis fin à la grève de 1870, mais l’impunité et la réussite devaient bientôt encourager les ouvrières à recommencer. Le 9 janvier 1874, 700 cigarières cessèrent le travail et allèrent à la préfecture réclamer le renvoi d'une ouvrière et une augmentation des salaires. L’attitude énergique du préfet, qui refusa d’intervenir, et la menace de licenciement de la manufacture, que les employés supérieurs affichèrent, suivant les instructions de l’administration firent avorter la grève. Celle répression immédiate, pas plus que le succès de 1870 ne calma les esprits ; un ferment de désordre était semé et devait amener en 1875 une grève importante.

Grève de Toulouse 1875. — Le 15 mars, 5 apprenties robeuses excitées par d’anciennes ouvrières, refusent de se plier à une méthode nouvelle de travail qu’on leur enseignait.

Le directeur renvoie séance tenante deux des récalcitrantes ; toutes les autres robeuses cessent alors le travail, réclamant la rentrée des ouvrières renvoyées,

le retour à l’ancienne méthode, la suppression du

rendement, etc. Le directeur refuse toute concession, et s’approvisionne de robes auprès des autres manu* factures, afin que le chômage des robeuses n’entraîne pas celui des 1200 cigarières. Mais celles-ci se solidarisent avec les robeuses et quittent à leur tour les ateliers. Le ministre fait alors inviter les ouvrières à reprendre leur travail dans les 3 jours sous peine de renvoi.

Pendant ce délai, le préfet faisait occuper militairement les abords de la manufacture, la police traquait partout les grévistes, dispersant les moindres attroupements et procédant à de nombreuses arrestations. Malgré cela, le 19 mars, à l’expiration du délai, 450 ouvrières manquaient à l’appel. Les ouvrières étaient persuadées qu’elles obtiendraient le déplacement du directeur, comme elles avaient obtenu précédemment le départ de l’ingénieur; elles avaient écrit dans ce sens à l’administration, mais elles n’obtinrent aucune réponse et tout le personnel fut licencié.

Dans ces conditions, le découragement ne tarda pas à se manifester et de nombreuses ouvrières sollicitèrent individuellement leur réadmission. Le directeur ne reprit les ouvrières qu’après une minutieuse enquête. Toutes celles qui ne donnaient pas entière satisfaction furent éliminées; 20 furent renvoyées, 20 autres sévèrement punies, et deux préposés qui avaient paru manquer de fermeté furent révoqués. Le travail fut suspendu au total pendant six semaines, mais cette énergique répression rétablit délinitivement la discipline à la manufacture de Toulouse.

CHAP. Vr, ^ LE droit de grève

ORèvÉ DE Nice 1876. — Le mécontentement causé par la taxation, dont les ouvrières demandaient la suppression et Tanimosité contre un ingénieur accusé d’excès de sévérité furent les prétextes d’une grève qui éclata inopinément le 28 août. Le directeur ferma immédiatement les ateliers. Lorsqu’ils furent ouverts de nouveau, le 6 septembre, les ouvrières reprirent spontanément le travail, sans avoir rien obtenu ; 15 d’entre elles furent renvoyées.

Grève de Tonneins 1876. — L’entrée en service de surveillantes qui remplacèrent des surveillants, suscita une véritable émeute. Des surveillantes furent poursuivies et insultées, le directeur dut recourir à la police pour expulser une ouvrière qui refusait de quitter l’atelier. Une répression sévère coupa court à la grève.

Ap rès enquête plusieurs ouvrières furent renvoyées, d’autres punies. L’une d’elles, poursuivie en police correctionnelle, sur l’ordre du préfet, pour avoir insulté le directeur, fut condamnée à 10 jours de prison.

Grève de Riom 1877. — Le 28 septembre la moitié des robeuses, mécontentes d’un système de contrôle, destiné à vérifier le nombre des robes livrées, et qui avait été l’occasion de punitions, cessèrent brusquement leur travail.

Le maire refusa d’intervenir, les autres manufactures assurèrent l’approvisionnement en robes. Au bout de deux jours les ouvrières cédèrent ; deux d’entre ell es furent renvoyées comme instigatrices de la grève

SITUATION MORALE ET JURIDigüE DES OUVRIERS

et des mises à pied d’un mois furent infligées à trois autres.

Grèves de Lyon de 1880 a 1883. — Durant toute cette période la manufacture de Lyon fut le siège d’une incessante agilation, organisée et entretenue par la « caisse de prévoyance des travailleurs » dont nous avons parlé précédemment (1). Les excitations provenant du dehors et d’origine politique n’y furent pas étrangères; la prévention des ouvrières contre un directeur, qui arriva à cette époque précédé d’une réputation d’excessive sévérité, provoqua la grève; la suppression de l’emploi de certaines espèces de tabacs, dans la confection des cigares, en fournit le prétexte. Le 25 octobre 1880 les ouvrières restèrent à leur place les bras croisés. Le directeur reçut une délégation de grévistes en présence du préfet et leur offrit une transaction. Les ouvrières refusèrent ; l’agitation grandit et la police dut intervenir pour faire évacuer la cour de la manufacture où le personnel s’était réuni pour manifester.

Sur la demande du directeur et du préfet, l’administi'ation envoya alors un ingénieur-inspecteur avec |)leins jiouvoirs. A la suite d’une entrevue dans laquelle celui-ci promit que les mesures prises n’amèneraient pas de baisse des salaires et que les déléguées des grévistes ne seraient pas punies comme meneuses, la rentrée fut décidée (31 octobre).

* Cependant une agitation latente persista. En 1881,

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