oir chapitre V, § i-II
CHAP. VI
Lli DROIT DE GRÈVE
à la suite d’une punition infligée à la vice-présidente de la caisse de prévoyance, les journaux locaux menèrent une vive campagne contre le directeur, et une nouvelle effervescence s’ensuivit. En janvier 1882, un changement d’alelier imposé à deux ouvrières, dont les absences fréquentes nuisaient à des compagnes, fut l’occasion pour la société de prévoyance de susciter un nouveau refus de travail, mais qui n’eut pas de suites. Le 9 novembre 1882 enfin, à la suite d’une punition infligée à une ouvrière, qui avait mouillé du tabac, et à deux autres qui, prenant fait et cause pour elle, avaient suscité du tumulte, tous les ateliers de confection suspendirent le travail.
On se trouvait donc en présence d’une mise- en demeure d’avoir à lever une punition justement encoui’ue; si satisfaction n’était pas donnée, le travail ne reprendrait pas. Encouragés par les premiers résultats obtenus, les ouvriers tendaient ainsi à ériger le refus de travail en svstème d’administration. 11 fut donc décidé d’agir comme à Toulouse en 1875 et d’inviter les ouvriers à rentrer dans les quarante-huit heures. Mais à ce moment des indiscrétions se produisirent; les ouvrières, effi’ayées par la perspective du licenciement prochain, reprirent leur travail le 12 novembre sans conditions.
Personne ne fut puni ; l’administration fit simplement apposer dans les ateliers une affiche où on lisait notamment : a Ayant égard au prompt apai- (( sement, l’administration est disposée à oublier com- « plètement la tentative de désordre et d’insubordi-
(( nation qui vient de se produire... dans l’avenir (( l’administration ne cédera pas plus qu’elle ne vient « de céder, et elle est résolue à prendre, dans les cas (( analogues, les mesures les plus énergiques pour y c( couper court : ateliers immédiatement fermés et <( nouveau recrutement... »
Grève du Havre 1883. — Au mois de mai, une tentative de grève n’avait pas eu de suite. Le 13 septembre suivant, les ouvrières de la confection des cigares ordinaires refusèrent le tabac qui leur était distribué et qu’elles jugeaient désavantageux. Le directeur vint dans les ateliers faire lui-même la distribution ; cinq ouvrières qui persistèrent dans leur refus furent renvoyées séance tenante.
Le lendemain, 250 ouvrières firent grève et suscitèrent des désordres, cherchant à empêcher leurs compagnes de pénétrer dans les ateliers, puis se rendirent à la sous-préfecture et mirent comme condition à la reprise du travail, la rentrée des ouvrières renvoyées. Le 15 se[)tembre le directeur fit afficher un télégramme du ministre, avertissant les ouvrières que si, dans un délai de cinq joui*s, elles ne reprenaient pas leur travail, les ateliers en chômage seraient licenciés. Une vive agitation s’ensuivit. La municipalité était favorable aux grévistes et encourageait leur résistance, promettant d’obtenir famnistie qu’elles réclamaient. La police restait inactive.
Le 18, un ingénieur-inspecteur envoyé avec pleins pouvoirs arriva au Havre. 11 affirma au sous-préfet et
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LE DROIT DE GRÈVE
k la municipalité, la ferme décision du ministre de ne pas céder, et il en avertit les ouvrières. Celles-ci rentrèrent à l’expiration du délai.
Le 17 octobre à l’occasion du passage au Havre du président du conseil, le ministre des finances consentit à gracier les cinq ouvrières renvoyées, à condition qu’elles adresseraient au directeur une lettre de respect et de soumission.
Grève de Marseille, 1887, — Cette grève est l’une des plus intéressantes, en raison de la victoire que les ouvriers y ont remportée, des influences qui sont intervenues, des conséquences qui en sont résultées ; elle marque une date importante dans Fhistoire des manufactures de l’Etat. Aussi est-il utile d’en exposer avec détails les péripéties.
Le 5 janvier, tontes les ouvrières, obéissant à un mot d’ordre, cessent leur travail sans quitter leurs places. Interrogées, elles répondent que le tabac est défectueux, que la confection s’en ressentira, et qu’elles craignent alors d’être punies ; d’autres incriminent la réception, qu’elles trouvent trop sévèi’e ; les robeuses se plaignent du contrôle des robes. Le 7 au matin la rentrée a lieu comme de coutume, mais les ouvrières restent les bras croisés ; elles refusent d’envoyer des déléguées, soit chez l’ingénieur, soit chez le directeur. Enfin dans la journée du 7, elles se décident à déserter la manufacture.
Il était évident que les explications qu’elles avaient données n’étaient que des prétextes ; le 8 janvier seu-
leinent une délégation des grévistes fît connaître au préfet la véritable et unique raison de la grève : banimosité contre chef de section, accusé d’excès de sévérité et de rudesse. Déjà en 1883 (16 février) cette animosité s’était fait jour au cours d’un commencement dégrève, à laquelle quelques concessions, accordées par le directeur, avaient rapidement mis fin. Cette fois toutes les autres revendications furent immédiatement abandonnées et le personnel mit comme condition formelle à la reprise du travail le déplacement de X.... Le directeur refusa catégoriquement d’entrer dans cette voie.
Cependant dès le 8, la grève se généralise. Une grande réunion publique a lieu, à laquelle assistent les conseillers généraux, les conseillers municipaux et des journalistes. Tous sont favorables à la grève, tous encouragent la résistance et promettent leur intervention ; les journaux entreront en campagne et ouvriront des souscriptions.
A la meme date, un ingénieur en chef inspecteur délégué par le ministre arrive à Marseille avec pleins pouvoirs. A la suite d’entrevues avec le préfet et avec des délégations des grévistes, composées de conseillers généraux et municipaux, il ouvre une enquête.
Les ouvrières refusent d'abord de répondre, demandant que l’enquête soit confiée à une commission dont la moitié des membres seraient désignés par les grévistes ; sur le refus formel qui leur est opposé, elles renoncent à cette prétention et le 12 janvier elles consentent à venir déposer.
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Elles furent introduites par groupes de dix ; leurs dépositions étaient stéréotypées ; toutes incriminaient la rudesse et la sévérité de X..., mais aucun fait, aucune accusation n’étaient apportés. 150 ouvrières furent entendues, 600 autres se tenaient prêtes à contirmer leur dire, au total, 750 ouvrières sur 800 réclamèrent le déplacement de X...
En réalité X... était un excellent serviteur : l’absence de tout grief précis formulé contre lui, même dans les articles de journaux les plus hostilesen était la preuve ; sans doute l’enquête avait réussi à révéler à sa charge quelques paroles grossières, quelques faits isolés de raideur ou de rudesse, fort excusables chez des agents de cet ordre, anciens ouvriers ou anciens sous-officiers. Une enquête analogue faite dans de telles conditions, au sujet de n’importe lequel d’entr’eux, aurait permis de relever des faits semblables. L’administration s’en rendait parfaitement compte et comprenait combien une capitulation pouvait êli’e grosse de conséijuences pour l’avenir ; mais la campagne de presse continuait en faveur des grévistes, tous les corps élus les appuyaient ; Ladminisiration, disait-on, ne pouvait pas soutenir un seul individu contre 1500 ; l’opinion publique enfin condamnait X...
Le déplacement de ce préposé, quoiqu’injustifié, devenait ainsi peu à peu inévitable, et il fut décidé lorsque, découragé, X... le sollicita à son tour.
La grève faillit recommencer le lendemain parce que les ouvrières avaient appris que X... était employé dans les bureaux de la manufacture et le calme ne se
rétablit que lorsqu’elles furent certaines que X... quitterait la manufacture de Marseille.
Rappelons que c’est à l’issue de celte grève que les ouvrièi'es fondèrent le premier syndicat professionnel constitué dans les manufactures de l’Elat (1).
Grève de Bordeaux 1889. — Les ouvrières cessent brusquement le travail et poursuivent de huées, l’ingénieur et un chef de section. Le directeur ayant promis de prendre personnellement la direction effective des services, le travail est repris. Un ingénieur inspecteur, après enquête, reconnaît que Fingénieur a commis des vexations et que le chef de section a fait preuve de manque de tact ; l’ingénieur fut déplacé.
Grèves des manufactures de tabacs, postérieures à la création
des syndicats (1890-1900) (2)
Grève du Mans 1894. — Le 19 mars les ouvrières du paquetage des scaferlatis réclament la levée des punitions infligées à deux ouvrières qui avaient livré, Fune 33 0/0 l’autre 12 0/0 de malfaçons. Sur le refus du directeur, l’atelier de paquetage des scaferlatis et les ateliers de cigares se mettent en grève, réclamant en premier lieu ladiminution des punitions pour mal-