‹ De la condition des ouvriers dans les manufactures de l'État (tabacs-allumettes)Chapitre 2 sur 147 · I. — Emplacement des manufactures et fabriques · texte numérisé non relu

I. — Emplacement des manufactures et fabriques

Le personnel ouvrier dépendant de l’administration des manufactures de l’Etat est réparti entre vingt manufactures de tabac, six fabriques d’allumettes, un atelier de construction (2) et trente-quatre magasins dont cinq de transit.

Les magasins de transit sont situés dans les ports : à Rordeaux, Dieppe, Le Havre, Dunkerque et Marseille.

C’est là que sont débarquées et entreposées les

1. Pour faciliter notre exposé nous dirons : les «manufactures » de tabac et les « fabriques » d’allumettes,

2. On fabrique à Limoges une partie de l’outillage nécessaire aux manufactures de tabac et d^allumettes.

feuilles exotiques. Les magasins proprement dits sont établis au milieu des régions de culture de tabac. Les feuilles y sont apportées par les planteurs, expertisées, emballées, emmagasinées jusqu’à leur expédition aux manufactures.

11 résulte de la destination même de ces magasins, que le travail y est très irrégulier : considérable au moment des arrivages de tabacs exotiques ou de la récolte des tabacs indigènes, il se réduit à un minime service d’expédition pendant le restant de l’année. Gomme d’ailleurs aucune des manipulations effectuées dans ces établissements n’cxige d’apprentissage, on ne conserve à titre permanent qu'un personnel extrêmement restreint et on embauche suivant les besoins les ouvriers nécessaires.

La situation de ces ouvriers temporaires n’a rien de commun avec celle des ouvriers de l’Etat auxquels nous consacrons cette étude.

Les manufactures de tabac sont très disséminées et les raisons qui ont fixé le choix de leur emplacement n’onl qu’un intérêt rétrospectif, mais cet emplacement a toujours une très grande importance au double point de vue des salaires et de l’esprit qui anime l’ouvrier.

11 est évident que pour les manufactures du département de la Seine (Pantin, Pieuilly, Gros-Caillou) ou de grandes villes comme Lyon, Bordeaux, Marseille, les conditions économiques sont tout autres, que pour celles situées dans des localités comme Riom, Tonneins et Morlaix.

CHAP. I

— l’atelier

Pour l’esprit et les niœiirs, la [)()pulation de Nancy, d’Orléans, de Dijon, ne ressemble en rien à celle de Toulouse, pas plus que la population maritime de Dieppe et du Havre à celle à demi-italienne de Nice. Il est inévitable aussi que le personnel de la manufacture de Lille, vivant au milieu de l'importante agglomération industrielle du Nord, subisse les influences auxquelles échappe celui des manufactures du Mans, de Nantes ou de Ghâteauroux.

Les fabriques d’allumettes ne sont pas moins disséminées; l’une est dans le département de la Seine (Pantin-Aubervilliers), une autre à Marseille, une troisième à Règle, faubourg de Bordeaux, les autres à Aix-en- Provence, Trélazé (près Angers) et Saintines (près Gompiègne).

11 est impossible de ne pas tenir compte de toutes les influences ethniques et économiques dans la conduite à tenir à l’égard des ouvriers.

L’administration centrale s’est toujours appliquée à donner aux chefs de service locaux, une autonomie suffisante pour leur permettre d’adapter, dans une certaine mesure, les règles administratives à l’ensemble des circonstances ambiantes dont nous venons de parler.

Gependant cette autonomie tend de plus en plus à disparaître aujourd’hui, sous la pression de l’ouvrier essentiellement jaloux d’égalité, si bien qu’actuelle* ment il existe entre toutes les manufactures une uniformité presque absolue.

La seule distinction maintenue, est celle des manu-

factures en quatre classes, suivant le coût de la vie dans les centres où elles sont situées (1). Cette division, nous le verrons, sert de base pour la fixation du taux des salaires.

Page 1