III. Rapports du personnel ouvrier avec ses chefs
Le droit de présenter directement à ses chefs ses plaintes, ses désirs ou ses revendications, est une garantie essentielle pour l’ouvrier. Ce droit a toujours été reconnu au personnel des manufactures de l’Etat à qui il est de tradition, à tous les degrés de la hiérarchie, de témoigner, en toutes circonstances, la bienveillance la plus grande. L’article 125 de rinstruction de 1862 définissait ainsi le droit de réclamation :
L’ouvrier qui croirait avoir des motifs légitimes de réclamer, soit contre une punition, soit contre le résultat delà réception de son travail, peut aller soumettre la réclamation soit à l’ingénieur, soit au directeur, après avoir prévenu son chef de section du motif pour lequel il quitte l’atelier.
Cet article a toujours été interprété dans le sens le plus large, et le droit de réclamation, loin d’être limité aux sujets spécifiés dans le texte, s’applique à toutes les questions’ concernant la situation matérielle, morale, économique de l’ouvrier.
Il est à remarquer aussi que l’ouvrier n’est tenu qu’à prévenir son chef de section, lorsqu’il entend présenter une réclamation, et qu’il n’est pas obligé d’ex-
poser les motifs de sa plainte. Cette précaution a pour but de mettre Touvrier à l’abri de tout abus d’autorité et de faire cesser toute vexation de la part de ses surveillants et contre-maîtres ou chefs de sections, en lui permettant d’apporter ses plaintes ou ses accusations directement à l’ingénieur. L’administration, en diverses occasions, a commenté l’article 125 de l’Instruction dans ce sens.
En 1870 déjà (1), à une époque par conséquent où la question ouvrière était loin d’avoir l’acuité actuelle, l’Administration traçait ainsi aux directeurs leur devoir.
« Il est essentiel que vous et vos collaborateurs sachiez « acquérir et conserver une légitime influence sur le per- « sonnel dont vous avez la direction immédiate. Les em- (( ployés supérieurs assureront cette influence par des tour- « nées fréquentes dans les ateliers, par des rapports « personnels avec les ouvriers, par leur dévouement à « seconder les vues de Tadministration, relativement à « l’amélioration des conditions matérielles, intellectuelles « et morales des nombreux agents qu’elle emploie, en un « mot par un esprit de justice et de bienveillance qui n’ex- « dut nullement la fermeté. S’ils ont su gagner ainsi la « confiance de leurs ouvriers, ceux-ci les regardant comme (( leurs intermédiaires naturels s’adresseront exclusivement (( à eux quand ils croiront avoir à faire quelque réclama- (<' tion et sauront comprendre, quand leurs prétentions ne « seront pas admises, l’équité des motifs du refus qui leur « aura été opposé ».