‹ De la condition des ouvriers dans les manufactures de l'État (tabacs-allumettes)Chapitre 37 sur 147 · LK TAUX DUS SALAIRES · texte numérisé non relu

LK TAUX DUS SALAIRES

II. — Le taux des salaires dans les établissements privés et dans

ceux de l’Etat.

' On sait que le taux des salaires de l’industrie privée suit la loi de l’offre et de la demande.

Lors(|ue le nombre des ouvriers cherchant du travail est supérieur aux besoins de l’industrie à laquelle ils appartiennent, le salaire s’abaisse, mais sans descendre au-dessous d’un certain gain, nécessaire à l’ouvrier pour vivre suivant les habitudes locales. Lorsque la proportion des ouvriers cherchant un emploi dans une industrie est inférieure aux besoins, le taux des salaires s’élève. Dans ce cas le prix de revient s’élève aussi, car, toutes choses égales, c’est-àdire étant donné le cours des matières premières, l’organisation et l’outillage d’une usine, le prix de revient est proportionnel au coût des salaires. Or, la différence entre le prix de vente et le prix de revient, représente l’intérêt du ca|)italiste et le profit de l’entrepreneur. Un patron ne peut donc pas consentir à dé[)asser un taux de salaire, au delà diujuel son industrie cesserait d’ètre rémunératrice. En un mot, il existe dans l’industrie privée des cours de salaires, constituant des nécessités économiques, auxquelles, sous peine de mine, tout patron doit obéir.

Il n’en est pas de même [)our les manufactures de

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LE SALAIPtE

l’Etat. L’industrie des tabacs et celle des allumettes

sont des monopoles fiscaux; il n’y a aucun rapport entre le prix de revient et les prix de vente. La différence de ces deux prix est un impôt, qui ne peut en aucune manière être assimilé à la rémunération de rindustriel. Une augmentation du prix de revient a pour conséquence une diminution du rendement de l'impôt; comme cet impôt est très important, comparé au prix de revient des produits, comme en outre le coût des salaires ne forme qu’une fraction très minime du prix de revient, à cause de la valeur élevée des matières premières, les augmentations du taux des salaires n’affectent que faiblement le rendement de l’impôt (1). D’ailleurs les prix de vente des produits fabriqués ne suivent pas la loi de l’offre et de la demande, puisque le monopole les soustrait à la concurrence. Ils résultent, non de cours, mais de tarifs arbitraires. L’Etat peut, le cas échéant, augmenter ses tarifs et réussir à relever les recettes; par conséquent aucun maximum ne limite le taux des salaires.

D’autre part, l’Etat est susceptible d’assurer à ses ouvriers des privilèges suffisants, pour obtenir leur préférence, tout en offrant des salaires au-dessous des cours. De même qu’il recrute avec la plus grande facilité des fonctionnaires de tout ordre, à qui il accorde

I. En 1900 les dépenses d’exploitations du monopole des tabacs se sont élevés à 85 millions de francs environ, comprenant 55 millions pour l’achat des taiiacs et leur transport, contre 16 millions pour les salaires des ouvriers.

Le bénéfice net a atteint près de 354 ndHions.

line réinunération seusibleiiieiit inférieure à celle (jn’ils exigent clés adininisti*ations privées, de me me il pourrait obtenir la main-crœnvre an rabais.

En fait, les ouvriers des manufactures de l’Etat jouissent d’avantages exceptionnels an point de vue de la régularité dn travail, de la sécurité, des institutions d’assistance et de retraites; le recrutement au contraire est très restreint et souvent il est suspendu pendant de longues périodes. Il en résulte que les demandes d’admission sont hors de proportion avec les emplois offerts (l) et il n’est pas douteux que le recrutement continuerait à être très facilè alors même que les salaires seraient inférieurs aux cours. A l’appui de ce dire, on peut citer ce fait, que les [)laces d’ouvriers du service des machines sont extrêmement recherchées, bien que les salaires de cette catégorie spéciale d’ouvriers, soient parfois inférieurs à ceux obtenus dans l’industrie privée. Pour jouir des privilèges et des garanties qu’offrent les

I . Il n’en a pas toujours été ainsi. A l’époque où le personnel des inanufaclures de l’IAat ne jouissait pas des privilèges actuels et où le développement de la vente des cigares nécessitait un accroissement constant de l’effectif, le recrutement n’était pas toujours facile. La nécessité d’y pourvoir eut môme une importance prépondérante dans le choix de remplacement des manufactures construites de i855 à dSjo. En iSjù encore, dans des centres comme Lille, Le Havre, Paris, les ouvrières hésitaient à s’imposer le long appiTiitissage de cigarières et l’on n’évitait l’accroissement des salaires, qu’en accordant aux. aj)prenties des primes leur assurant dès le début un gain suflisant ou en embauchant des enfants de ii> à i5 ans. Depuis, la situation s'est conqdètement modifiée.

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LE SALAIRE

établissements de l’Etat, les ouvriers n’hésitent pas à faire un sacrifice sur le prix de la journée (1).

Tout au contraire, les temporaires et auxiliaires ne possédant pas les mêmes garanties, n’acceptent de travailler dans les établissements de l’Etat qu’aux conditions qu’ils peuvent obtenir de l’industrie privée. Aussi, dans certaines villes maritimesoù le travail des docks offi*e aux hommes de peine un très large débouché, est-on conduit, pour s’assurer leur concours, à leur accorder de très gros salaires.

Remarquons enfin que les cigarières et les paqueteuses sont les seules ouvrières des manufactures de tabacs sur lesquelles porte le recrutement. La fabrication des tabacs étant monopolisée, on ne peut embaucher d’ouvrières formées, et, lorsqu'une ouvrière a quitté l’administration, elle ne peut tirer aucun parti de son métier.

Donc, alors que dans l’industrie libre, on recrute surtout des ouvrières instruites, formées, on ne peut, dans les manufactures de tabacs, recruter que des apprenties. En un mot, il n’existe pas de marché du travail et il ne peut s’établir, à proprement parler, de cours de salaires, de telle sorte qu’à l’égard de la catégorie d’ouvrières qui forme la grande majorité du personnel des manufactures de l’Etat, le jeu de la

1. Nous verrons plus loin que le sacrifice n’est qu’apparent, car si le prix de la journée est moindre le gain annuel est supérieur à celui qu’offre l’industrie privée.

loi (le Toffre et de la dénia iide se trouve complètement annihilé.

En résumé, l’Etat pourrait fixer le taux de salaires audessoLisdu cours, sanscompromettre le recrutement, et il peut impunément l’élever au-dessus. L’Etat n’est donc pas astreint comme l’industrie privée à conformer la détermination des salaires aux conditions économiques ambiantes et, dans ce sens, on peut (considérer, qu’entre certaines limites, le taux du salaii*e du personnel des manufactures de l’Etat est arbitraire.

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