‹ De la condition des ouvriers dans les manufactures de l'État (tabacs-allumettes)Chapitre 40 sur 147 · II. — Comptabilité des salaires · texte numérisé non relu

II. — Comptabilité des salaires

La comptabilité des salaires comprend la constatation des présences, la livraison des matières premières au personnel, la réception des produits fabriqués, enfin le décompte de la somme due à chaque ouvrier, ainsi que le calcul des moyennes destinées à établir les statistiques. Dans chaque établissement, cette comptabilité est tenue par les préposés des ateliers, sous la direction des chefs de sections et sous la haute surveillance des employés supérieurs, particulièrement du contrôleur. L’Instruction sur le service des manufactures trace simplement les règles suivantes :

Article d22. — Les travaux à l’entreprise s’exécutent soit isolément, soit par association entre les ouvriers d’une même brigade. Dans le premier cas le produit individuel est inscrit sur la feuille de paye ainsi que le montant du salaire total de la dizaine. Dans le deuxième cas les matières ouvrées sont pesées et inscrites cumulativement et ce montant total du salaire est réparti proportionnellement au nombre des journées de présence de chaque ouvrier...

Le salaire journalier moyen de la dizaine pour chaque travail à l’entreprise est toujours inscrit sur la feuille de paye dans la colonne d’observation.

H est dressé une feuille de paye pour chaque sorte de main-d'œuvre et pour chaque atelier, si une maind’œuvre est exécutée simultanément dans plusieurs ateliers. Une feuille de paye se compose de trois parties :

CHAP. II

LE SALAIRE

La première contient l’indication des présences de chaque ouvrier.

Les préposés les constatent en faisant un appel au moment des rentrées, et en notant les entrées et sorties des ouvriers autorisés à s’absenter en dehors des heures réglementaires.

La constatation des présences est essentielle en ce qui concerne les ouvriers payés au temps. Elle a de rintérêtaussi à l’égard des ouvriers payésà la tâche, car si les temps de présence n’importent pas au décompte des salaires, ils sont l’un des éléments de calcul des salaires moyens (1).

La seconde partie de la feuille de paye contient l’indication des quantités fabriquées, jour par jour, individuellement. Le contrôleur (ou un commis) vérifie tous les jours sur place toutes ces inscriptions et procède à des contre-appels chaque fois qu’il le juge convenable.

La troisième partie est consacrée au décompte proprement dit du salaire, el porte l’indication de la somme due à chaque ouvrier. Le décompte est immédiat quand les ouvriers sont payés à la journée ou quand le travail à l’entreprise fonctionne dans toute sa simplicité. 11 devient beaucoup plus complexe pour les mains d’œuvre auxquelles les systèmes de primes, du rendement, etc., que nous avons décrits, sont appliqués. Un certain nombre de colonnes permettent

I. La constatation des présences est nécessaire aussi pour déterminer la durée des services et fixer l’époque et le montant de la retraite.

d’inscrire distinctement les divers éléments qui interviennent dans le salaire, c’est-à-dire les sommes à ajouter au produit de la quantité confectionnée par la base, ou à en retrancher, suivant l’emploi du tabac, le nombre des rejets et des robes brisées. Ces calculs ne sont exécutés qu’en fin de dizaine; ils exigent en effet la détermination préalable de la valeur de la prime et de l’emploi moyen du tabac pour toute la dizaine écoulée.

On inscrit enfin sur la feuille de paye le salaire moyen afférent à chaque atelier et à chaque maind’œuvre.

Les feuilles de paye sont vérifiées par le contrôleur, arrêtées par l’ingénieur et visées par le directeur. Elles sont conservées dans les archives de chaque établissement. A la fin de chaque semestre on adresse à l’administration un état (dit état 70) sur lequel figurent les quantités confectionnées, les sommes payées, les salaires moyens de chaque main-d’œuvre et de chaque association, ainsi que des renseignements sur l’effectif des ateliers et les présences des ouvriers. Les états dressés à la fin du second semestre de chaque année portent sur l’année entière. Ils permettent à l’administration de suivre dans ses détails, aussi bien que dans son ensemble, la marche des salaires moyens de tous les établissements. Ils constituent les éléments d’états comparatifs et de statistiques, qui servent de bases à l’examen de toutes les questions relatives aux salaires.

CHAP. II

LE SALAIRE

Nous en avons extrait quelques uns des tableaux qui sont réunis à la fin de cet ouvrage.

Les feuilles de paye ne sont pas mises entre les mains du personnel, mais, comme il est indispensable que chaque ouvrier puisse vérifier à tout moment l’exactitude des inscriptions portées à son compte, et calculer lui-même, en fin de dizaine, le montant de la somme qui lui est due, l’Instruction prescrit l’emploi de livrets individuels qui restent constamment entre les mains des ouvriers, et dont l’usage est défini comme suit.

Article 123. — Chaque ouvrier à l’entreprise travaillant isolemént est muni d’un carnet fourni par la manufacture, sur lequel les préposés chargés de pesées, enregistrent jour par jour les quantités ouvrées qu’il a livrées et dont le salaire lui est dû. Lorsque les travaux à l’entreprise s’exécutent par association, le carnet est confié à l’un des ouvriers désigné par les co-associés. Les préposés chargés des pesées inscrivent sur ce carnet toutes les quantités livrées par fassociation.

Article 124. — Les ouvriers payés à la journée dans la section des machines, ainsi que dans les ateliers où l’évaluation des quantités ouvrées est facile, reçoivent de même un carnet sur lequel les préposés chargés de la surveillance inscrivent jour par jour tous les éléments propres à rendre compte de l’emploi du temps des ouvriers.

On inscrit sur les livrets des ouvriers tous les éléments qui interviennent dans le décompte de la somme due.

En particulier dans les ateliers où fonctionne le système du rendement et où le bris des robes donne lieu à retenues, on inscrit les quantités de matières

premières fournies aux ouvrières, au fur et à mesure des distributions.

Les préposés portent aussi sur ces livrets le nombre des rejets contenus dans chaque livraison, et qui, suivant les manufactures, sont ou remplacés par les ouvrières ou détalqués de leur confection.

Aussitôt les feuilles de paye arrêtées, la valeur de la prime et Temploi moyen des matières premières sont affichés. De cette manière chaque ouvrière possède toutes les données nécessaires au calcul de la somme qui lui revient, et que le chef d’atelier inscrit d’ailleurs aussi sur le carnet en fin de dizaine, en même temps que les divers éléments de cette somme.

Enfin, pour que le personnel puisse se rendre compte de la situation générale des salaires dans les divers ateliers, le salaire moyen de chaque dizaine reste affiché pendant toute la durée de la dizaine suivante.

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