III.— Paiement des salaires
L’Instruction se borne à poser la règle suivante :
Article 127. — Les ouvriers sont payés Ions les dix jours par les préposés des ateliers, conformément au décompte individuel qui est établi sur la feuille de paye. L’ingénieur et le contrôleur s’assurent de la régularité des paiements faits aux ouvriers.
Dans diverses circonstances l’administration a précisé et développé cet article. On procède généralement ainsi. La paie est faite dans l’atelier meme au-
CHAP. II
LE SALAIRE
quel appartient l’ouvrier, par deux préposés de façon à éviter toute erreur. Chaque ouvrier étant appelé successivement, l’un des préposés énonce la somme due, inscrite sur la feuille de paye, l’autre étale le numéraire. La somme est toujours fournie exactement, de manière à éviter tout échange de monnaie; l’ouvrier vérifie si la somme inscrite sur son livret est égale à celle qui lui est remise, constate que les pièces sont de bon aloi et ensuite seulement ramasse son argent. A partir de ce moment aucune réclamation n’est admise ; il n’est pas demandé d’émargement.
Lorsque la somme due comporte des centimes, on force ou on relient les centimes, suivant que leur nombre est supérieur ou inférieur à 3, de telle sorte, qu’il s’établit à la longue une compensation presque rigoureuse.
L’administration reste complètement étrangère à la procédure des saisies-arrêts qui peuvent être faites sur les salaires. Les oppositions sont signifiées aux receveurs principaux qui en informent les directeurs ; le rôle de ceux-ci se borne à fournir à ces comptables, à titre de renseignement, en même temps que les mandats de dizaine, des bordereaux nominatifs indiquant pour chacun des ouvriers débiteurs le montant du salaire et la quotité à prélever à titre de retenue.
Grâce à l’application de ces i*ègles, le paiement des salaires ne suscite jamais de contestations. Les seules réclamations qui se soient parfois produites ont trait à l’évaluation des salaires moyens.
L’ouvrier confond volontiers le gain moyen et le
salaire moyen. Il se rend souvent mal compte du total des absences qui se produisent dans un atelier pendant une période donnée. Comme les salaires moyens servent, ainsi que nous l’avons expliqué, de mesure au taux des salaires, la solution donnée à beaucoup des demandes d’augmentation formulées par le personnel dépend de leur évaluation. A diverses reprises des contestations ont eu lieu à ce sujet. En 1895, en particulier, une grève a éclaté à la fabrique d’allumettes de Pantin à la suite du refus d’une augmentation de base réclamée par le personnel, qui prétendait que les bases appliquées donnaient lieu à des salaires moyens inférieurs aux salaires promis. Ainsi que M. Ribot. ministre des finances, l’expliqua à la tribune de la Chambre (15 mars 1895) les ouvriers affirmaient « qu’en conscience à leur connaissance, la (( moyenne des salaires n’était pas celle qu’on avait « dite ». Le ministre décida qu’une vérification contradictoire serait faite par trois délégués de l’administration d’une part et trois délégués des ouvriers de l’autre. Il est bon de constater que les procèsverbaux, dressés à la suite de cet examen, établissent que les salaires moyens affichés dans les ateliers et figurant sur les feuilles de paye étaient rigoureusement exacts.
Nous reviendrons sur cet incident au cours de l’historique des grèves (1).
En ce qui concerne la comptabilité proprement dite