II. — Institutions locales
Bains des ouvrières. — Presque partout, des mesures ontété prises en vue de procurer aux ouvrières, le moyen de prendre des bains, soit gratuitement, soit moyennant un prix très réduit. Quand la disposition des lieux s’y prêtait, de petits établissements de bains,
comprenant de deux à six cabines ont été construits et
outillés aux frais de l’administration. De telles installations existent à Chàteauroux (1888), Morlaix (1886), Dieppe (1894), Dijon (1897), Marseille (1900), Pantin (1894), Santines (1895), Aix (1896), Trélazé (1895).
Dans tous ces établissements les bains sont absolument gratuits. L’installation de ces bains revient dans chaque manufacture en moyenne à 3.000 fr. A Châteauroux et à Dijon, des appareils à douches sont aussi mis à la disposition du personnel.
Lorsqu’une installation intérieure n’a pu être faite, on distribue aux ouvriers des bons qui leur donnent droit, dans les établissements de bains de la localité, à de notables réduction de tarifs. Dans toutes les fabriques d’allumettes, l’administration prend complètement à ses frais l’achat de ces bons, qui sont délivrés à tous les ouvriers à raison de un ou deux par mois.
Bibliothèques. * — Les budgets des manufactures comj)ren lient une allocation annuelle afférente à l’achat de livres, destinés à être mis à la disposition des ouvi’iers. Les livres [lenvent être emportés; la comp-
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LES INSTITUTIONS
labilité des prêts est tenue par un préposé. Certaines de ces bibliothèques remontent à 1860. Les plus récentes datent de 1895. Leur richesse est très variable ; plusieurs comprennent de 6 à 800 volumes. Le nombre des prêts varie beaucoup suivant les établissements.
Depuis que le recrutement, suspendu pendant 10 ans, a été repris, le nombre des lecteurs a notablement augmenté. 11 est cependant partout relativement faible, ce qui s’explique par ce fait que la presque totalité du personnel est formé de femmes, qui, après avoir passé toute leur journée à la manufacture, ont besoin en rentrant chez elles le soir, de vaquer aux soins de leur ménage.
Bureaux d’épargne (1). — C’est une des institutions les plus intéressantes et les plus utiles.
Quelques réduites que soient les formalités exigées de la part des déposants aux caisses d’épargne, elles sont trop compliquées encore pour bien des ouvriers. L’obligation de se rendre à un bureau, parfois éloigné, et les pertes de temps qui résultent soit de ce déplacement, soit de la nécessité d’attendre, si les déposants sont nombreux, sont autant de causes qui, en s’ajoutant, arrivent à éloigner les ouvriers des caisses d’épargne.
D’autre part l’ouvrière, au moment où elle vient de toucher le salaire de sa dizaine, se laisse bien souvent
I. Voir la notice de M. de Malarce ( Comptes rendus du Congrès des Sociétés savantes, 1898).
entraîner à des dépenses inutiles ou futiles; pour s’en convaincre, ils suffit de considérer le nombre des petits commerçants et camelots qui, les jours de paie, s’assemblent toujours en grand nombre aux portes des usines. Enfin, alors même que la femme a le goût de l’épargne, il ne lui est pas toujours possible de soustraire le salaire qu’elle a gagné, à son mari, qui souvent le dépense au cabaret.
Le bureau d’épargne remédie à cette situation ; il met la caisse à la portée des ouvrières, en leur procurant l'avantage de déposer leurs économies sans déplacement, sans perte de temps, mais à l’instant môme de la paie, au moment où elles peuvent le mieux faire un dépôt et de la manière la plus simple.
L’ouvrière, après avoir reçu son salaire intégralement à la table du chef d’atelier, dépose aux mains de ce payeur devenu receveur, la somme qu’elle destine à l’épargne. Le chef d'atelier inscrit cette somme sur un livret que l’ouvrière conserve, et sur une feuille bordereau qu’il garde par devers lui. Le soir même, toutes les sommes sont réunies et versées par les soins de la direction à la caisse d’épargne où le montant de chaque dé[)ôt est transcrit sur des livrets individuels au nom et compte de chaque déposant. Dans certains établissements, les ouvriers peuvent procéder aux retraits dans les mômes formes ; dans d’autres, au contraire, ils doivent s’en occuper seuls et se rendre eux-mêmes à la caisse d’épargne.
Le premier bureau d éfiargne a été créé à Nantes en 187G. 11 en existe aussi à Lyon, Riom, Dieppe, Morlaix,
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LES INSTITUTIONS
Pantin, Nancy, Nice, Reuilly. lis ont partout très bien réussi.
Leur situation était la suivante (1) pour 1899 :
Manufactures
Montant des versements
Montant des^ retraits
Stock déposé au 31 décembre
Stock des livrets au
31 décembre
Dieppe .
Lyon .
Morlaix .
Nancy .
Nantes .
Nice .
Pantin .
Reuilly .
Riom .
Total .
On voit que les bureaux d’épargne rendent aux ouvriers de très réels services. L’administration intervient dans leur fonctionnement en prenant à sa charge les menus faits d’impression des imprimés et le paiement des indemnités qu’il peut y avoir lieu d’allouer aux préposés qui tiennent la comptabilité de ces bureaux.
Au Hâvre, à Orléans et à Reuilly, une autre organisation a été établie dans le même but. Des troncs indi-
I. Les renseignements sont incomplets pour les manufactures où les agents chargés de la gestion des bureaux d’épargne restent étrangers à l’exécution des retraits.
viduels ont été répartis dans les ateliers et mis à la disposition des ouvriers qui en font la demande. Ce système qui a eu son heure de succès, est aujourd’hui très délaissé.
Crèches. Ecoles maternelles (1). — Etant donné que la presque totalité du personnel se compose de femmes, la crèche est une des institutions les plus utiles qu’on puisse créer.
. On sait en effet combien sont grandes les chances de mortalité des enfants mis en nourrice ou élevés au biberon par des gardiennes. Or, la mère occupée dans une manufacture, et ne voulant ou ne pouvant pas se priver de son salaire pendant l’allaitement, est obligée de recourir à ces procédés, qui au surplus sont souvent très onéreux pour elle.
Il y a bien dans toute manufacture un local où elle pourrait, en le demandant, se faire apporter son enfant pour l’allaiter, mais c’est déjà une difficulté bien grande et peu consentent à interrompre ainsi leur travail.
Enfin il n’est pas démontré qu’il ne soit pas dangereux pour l’enfant, d’être nourri dans ces conditions, c’est-à-dire sans que la mère, s’interrompant de son travail, prenne les précautions de propreté indispensables.
La seule solution pratique, pour sauvegarder la vie
I. Il existait autrefois des cours d’adultes. Ils ont disparu à la suite de la période de lo ans, pendant laquelle le recrutement a été suspendu.
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(les enfants d’ouvrières, était d’installer des crèches attenantes aux manufactures, en sorte que la mère
puisse apporler l’enfant en venant à son travail, l’em-
porter en le quittant et l’allaiter dans le courant de la journée, sous la surveillance de personnes expérimentées.
L’administration, guidée par ces considérations,, s'est efforcée de mettre partout des crèches à la portée des ouvrières. Elle y a été aidée puissamment par de généreuses initiatives. La crèche de Nantes, la plus
ancienne de toutes, a été fondée en 1861 par M. Debi-
der, directeur de la manufacture ; 25 enfants en moyenne y séjournent. L’administration accorde une subvention annuelle de 1.000 francs. Les mères payent 1 fr. 50 à 2 francs par dizaine.
En 1875, M. Darquier, directeur à Toulouse, a fondé une crèche et l’a dotée d’un capital de 20.000 francs. L’administration donne 2.000 francs par an et la municipalité 1.000 francs. A Nancy, en 1898, M. Wunschendorff a fait construire à côté de la manufacture une crèche modèle, réalisant luxueusement tous les préceptes de l’hygiène; 56 enfants peuvent y être admis et les mères ne paient que 0,15 c. par jour. A Bordeaux, une crèche a été fondée en dehors de la manufacture, sous le nom de « Crèche de la manufacture des tabacs » ; les enfants d’ouvriers y sont reçus gratuitement; Tadministration paie 0,25 c. par jour et par enfant.
L’administration a, d’autre part, fondé à ses frais des crèches à Piiom (1893), Dijon (1891), Le Mans (1893),
Ghâleauroux (1894), Orléans (1896). Elle en paie l’entretien, ne réclamant en général des mères qne 0.10 c. par jour. Malheureusement, les manufactures dont les locaux se prêtaient à de telles installations sont relativement rares. Là où des difficultés pratiques ou budgétaires se sont opposées à la création de crèches, l’administration a presque partout conclu des ententes, soit avec des municipalités, soit avec des particuliers, afin de réserver des places aux enfants d’ouvrières dans les crèches les plus voisines des manufactures.
A la suite d’une enquête faite par l’intermédiaire des directeurs en 1899, cette organisation a été étendue à toutes les fabriques d’allumettes. Généralement l’administration paie une quote-part de 0,20 à 0,25 c. par jour et par enfant, et les mères de 0,10 à 0,20 c. Dans certains cas, l’administration donne une subvention annuelle fixe. A l’heure actuelle, dans presque toutes les manufactures, les ouvrières ont ainsi à leur disposition des crèches, où, sans doute, il ne leur est pas toujours possible de venir allaiter leurs enfants, mais où se trouvent des gardiennes auxquelles elles peuvent, moyennant un prix très minime, les confier en toute sécuritiL
Il y a certes de grands progrès à réaliser dans cette voie, mais il faut malheureusement constater que cette organisation, bien qu’incomplète, est loin de rendre les services dont elle est susceptible. Actuellement, dans beaucoup de localités, les mères préfèrent abandonner leur enfant à des nourrices, afin de n’avoir pas à s’en occuper la nuit, et en agissant ainsi, elles ne font
dHÂP. Iir. — ‘ LES INSTITUTIONS
souvent que se conformer aux habitudes du pays. Quoi qu’il en soit, bien des berceaux restent vides, et la mortalité des enfants d’ouvrières, par suite du manque d’hygiène et surtout du défaut de soins, continue à être beaucoup trop considérable.
Les crèches ne reçoivent guère que des enfants de moins de Sans. Ceux qui ont dépassé cet âge sont encore une lourde charge pour l’ouvrière.
M. Darquier a fondé une école maternelle à Toulouse en l87o. II en existe une à Nantes depuis 1865. C’est un établissement municipal fonctionnant dans un local fourni dans la manufacture. Depuis 1891, l’administration en a pris tous les frais à sa charge (environ 3.000 francs par an). Une école municipale existe aussi dans la manufacture de Bordeaux. Elle a été fondée en 1875; l’administration fournit le local et le matériel scolaire (environ 1.400 francs par an). Une école maternelle a été annexée à la crèche du Mans en 1896; une autre est subventionnée par l’administration à Reuilly. Cette institution est à bien des égards aussi utile que celle des crèches, et il faut regretter qu’elle ne soit pas plus développée.
Institutions diverses. — Il existe des sociétés de prêts mutuels constituées sur Linstigation des directeurs à Orléans, à Reuilly et à Paris Gros-Caillou.
Les statuts sont très variables ; en principe les sociétaires paient une cotisation régulière ou simplement des apports volontaires, moyennant quoi, après un certain noviciat, ils deviennent sociétaii*es et peuvetit
MANNHEIM
obtenir des prêts remboursables par fractions chaque dizaine.
L’administration accorde des subventions annuelles à ces sortes de sociétés dont plusieurs d’ailleurs n’ont pas réussi. A Reuilly, un directeur a fondé une société en participation d’épargne « la Solidaire » qui vit de ses propres ressources.
Société de secours mutuels. — Les sociétés de secours mutuels ne font plus, à proprement parler, partie des institutions par lesquelles l’administration cherche à améliorer le sort des ouvriers, puisque depuis la réorganisation du service d’assistance en 1898, il est recommandé aux employés supérieurs de rester complètement étrangers à l’administration de ces sociétés.
Il convient cependant d’en dire un mot ici, d’abord par ce que ce sont des directeui'S qui ont |)i‘is l’initiative de la presque totalité des mutualités formées entre ouvriers d’une même manufacture, ensuite parce ([u’aujourd'hui encore, l’administration leur donne, dans la mesure du possible, son afipui matériel et surtout moral.
Quelques-unes de ces sociétés de secours mutuels sont très anciennes. Celle de Chàteauroux date de 1858, ainsi que celle de Reuilly. La société de Toulouse remonte à 1855 et celle de Dieppe à 1856. La plupart assurent à leurs membres [)artici[)ants le paiement du médecin et du pharmacien et une indemnité journalière pendant cbaiiue maladie. Quelques-unes, celle de
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LES INSTITUTIONS
Bordeaux entr’aulres donnent un certain nombre de modestes pensions de retraite.
En 1895, ainsi que nous l’avons expliqué (1) Tadministration a créé des mutualités partout où il n’y en avait pas encore, afin d’assister les malades par leur intermédiaire.
Dans ces conditions, la mutualité devait nécessairement prendre une extension immédiate importante, et peu à peu englober tout le personnel ouvrier des manufactures de l’Etat.
En mai 1897, sur un effectif total d’environ 17.300 ouvriers des manufactures de tabac, 11.200 à peu près étaient membres participants de mutualités formées dans les manufactures, 1.200 appartenaient à des mutualités étrangères et parmi les non-mutualisés 2.000 environ ne pouvaient pas l’être en raison de leur âge ou de leur état de santé.
Mais la fédération fit une campagne acharnée contre le mode de répartition du crédit servant à assister les malades et par conséquent contre ce qu’elle appelle « les sociétés de secours mutuels administratives » ; 2.500 ouvriers approximativement refusèrent toute participation au service d’assistance de 1895 et ils obtinrent la réorganisation de 1898 qui devait porter un coup si funeste à la mutualité (2).
A l’heure actuelle il existe encore des sociétés dans toutes les manufactures, mais le nombre des ouvriers optant pour l’assistance directe croît rapidement et,