‹ De La Condition Juridique Des Etrangers Au CambodgeChapitre 4 sur 39 · D VINS · texte numérisé non relu

D VINS

Cet empire comprenait, outre les peuplades aborigènes, des Hindous#) venus, à diverses reprises, coloniser cette partie de l’Indochine {), des Malais de Java et de Sumatra, des Chams, peuple voisin des Malais, déjà hindouisés, qui s'étaient établis au Sud et devaient fonder, par la suite, sur la côte actuelle d’Annam, un empire des plus puissants d’où les chassèrent les Annamites. Enfin, la Chine, déjà maîtresse de l’Extrême- Orient et suzeraine du monde connu d’elle, échangea, de très bonne heure, des ambassades avec le royaume de Founan, puis, plus tard, avec celui de Kampuchéa, où ses ressortissants devinrent de plus en plus nombreux.

C’est de la fusion de tous ces peuples $) en présence et d’un métissage qui s’est étendu sur des siècles qu’est née la race cambodgienne ou khmère f).

3) Nous emploierons de préférence ce vocable pour désigner les habitants des Indes; mais nous rencontrerons, par la suite, dans les textes administratifs, dans les décisions jurisprudentielles et chez plusieurs auteurs l’expression « Indiens », beaucoup plus répandue, bien que prêtant à confusion, puisqu’elle s’applique tout aussi bien aux autochtones de l'Amérique.

4) Notamment Kaundinya 1°’ et Kaundinya II, noms de deux brahmanes qui sont venus, à un siècle d’intervalle, fonder des colonies importantes dans le Sud de l’Indochine (Pelliot, op. cit.).

5) Les inscriptions du xrxrI° siècle nous parlent de « 90 peuples » soumis à l’hégémonie khmère.

6) Ce mot khmer vient d’un adjectif pali khemara qui signifie paisible, doux. L'aspect de ce mot, d’origine palie, nous laisse supposer qu’il a été introduit au Cambodge en même temps que le Bouddhisme, dit du « Petit Véhicule », c’est-à-dire vers le xzr1° ou xiv° siècle.

Le Mahayana ou « Grand Véhicule » constitue le Bouddhisme, dit du Nord, qui a étendu son influence sur le Tibet, la Chine, le Japon et, initialement, sur la Birmanie et le Cambodge, où il fut plus tard remplacé par le Hinayana ou « Petit Véhicule » ou Bouddhisme du Sud, originaire de Ceylan. Le premier avait comme véhicule la langue sanscrite, le second la langue palie. Le Mahayana a une tendance très nette vers la déification du Bouddha, alors que le Hinayana est plus près du Bouddhisme primitif qui considérait simplement le Bouddha comme le Sage, le « Parfait ».

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Il est hors de doute que ce sont les Hindous et les Chinois qui ont imprimé au type khmer ses caractères les plus saillants. Et si un peuple doit justifier pleinement l’appellatif d'indochinois, c’est sans conteste possible le peuple cambodgien. De nos jours, d’ailleurs, et bien qu’il faille se garder de toute affirmation trop catégorique, on peut distinguer chez les Cambodgiens deux types assez tranchés qui indiquent une double origine prédominante : l’un, grand, svelte, au nez droit; l'autre, massif et courtaud. « Le teint, altéré par de nombreux croisements, est intermédiaire entre celui des races jaunes et celui des races colorées de l’Inde. Les yeux sont parfois légèrement bridés. » ?).

L'influence chinoise initiale ne semble pas avoir retenu toute l’attention qu’elle mérite. Groslier dit justement dans ses « Recherches sur les Cambodgiens » $) : « Aussi dans cette fécondation d’un terrain où la pensée indienne a germé si aisément, devons-nous accorder au Chinois un rôle actif séculaire que les écrivains indianistes ont trop l’habitude de négliger. »

Au cours des siècles jusqu’à nos jours, cette fusion de races n’a cessé de se répéter par suite de nouveaux apports de sang chinois, malais et cham. Il suffit de citer les immigrations les plus importantes de ces trois races, en insistant sur ce point capital que les éléments ethniques composant ces immigrations postérieures n’ont pas

7) Russier et Brenier: L’Indochine française, Paris, 1911, page 149. Pas

8) George Groslier: Recherches sur les Cambodgiens, Paris, 1921; p. 378.

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été absorbés par les Khmers ?). Malgré les alliances contractées avec les régnicoles, les Chinois, les Malais et les Chams ont conservé les caractères spécifiques de leur race.

Les Chinois 1), établis dans le Sud de l’Indochine depuis les temps les plus reculés, commencèrent, vers le x siècle 11), au cours de leur guerre de cent ans contre les Mongols, à se répandre en groupes plus nombreux au Cambodge, après avoir suivi la vallée du Mékong. Ils jouissaient au xvr siècle d’une influence telle, qu'ils réussirent à évincer du Cambodge les Espagnols, les Portugais et les Hollandais dont l’activité commerciale leur portait ombrage 12). Leurs rangs furent, par la suite, renforcés grâce à une immigration importante, provoquée

9) Elles n’ont pas présenté, dans Ja suite, l’importance fondamentale qu’elles avaient eue au début. Pour commencer, il y eut fusion complète engendrant un type bien déterminé, dont il a été question plus haut, puis, métissage accidentel et, enfin, en ce qui concerne les Chams et les Malais, après l’introduction de l’islamisme, au xiv° siècle, il n’y eut plus que simple juxtaposition.

10) C’est avec les Chinois que les Cambodgiens ont montré, au cours des siècles, le plus d’affinité, ainsi que vient l’attester le nombre important de métis sino-cambodgiens qu’on trouve un peu partout, mais qui, en certains points (Koh Sutin, Kampot, etc), forment un élément ethnique relativement compact et d’ailleurs très intéressant au point de vue de l’avenir économique du pays.

11) C’est vers la même époque que l’influence hindoue a dû cesser de se faire sentir, au moment de la victoire du Bouddhisme du Sud sur le Brahmanisme et le Bouddhisme du Nord. Aux xi* et xrr° siècles, l’influence hindoue devait être encore prépondérante, puisque le roi Harshavarman (1079) « fait strictemeni observer les devoirs des quatre castes » (Adhémard Leclère: Histoire du Cambodge, Paris, 1914, p. 114).

12) Avec l’aide des Chams et des Malais, très influents à la Cour, ils réussirent à les faire tomber en disgrâce et à provoquer notamment le départ des Espagnols, après la mort de Belloso et de Blas Ruiz qui avaient cependant été élevés par le Roi à la dignité de Sdach Tranh (gouverneur). (Adhémard Leclère, Histoire du Cambodge, op. cit., p. 330).

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