‹ De La Condition Juridique Des Etrangers Au CambodgeChapitre 5 sur 39 · DES TUE · texte numérisé non relu

DES TUE

par les nombreuses guerres intestines qui désolaient l'Empire Céleste, sous le règne de Kang-Hi (1654-1722).

Il est plus difficile de situer l’époque des immigrations malaises qui paraissent s’être produites au xnr° siècle et dont les descendants se trouvent groupés en de nombreux endroits du Royaume, sans avoir été absorbés par les Cambodgiens. Certains, les Chyéa, comme ils se dénomment encore aujourd’hui, étaient venus de Java et de Sumatra, après l'introduction de l’Islamisme par les Arabes; les autres, les Malayous, provenaient de la presqu'île de Malacca, mais étaient originaires de. l’Inde #). En tout cas, au xvir siècle, les Malais étaient assez puissants et nombreux pour déterminer le Roi Préa Réam Châl Sas #), qu’ils avaient aidé à montér sur le trône, à contracter une alliance avec une femme chame et à embrasser la religion mahométane. Auparavant, ils avaient réussi à former une conjuration qui aboutit à l'assassinat d’un souverain cambodgien 1), et, plusieurs d’entre eux, s’emparèrent, à diverses époques, des plus hautes charges ou les obtinrent pour avoir prêté leur concours dans maintes circonstances, soit aux rois régnants, soit à des compétiteurs. Trop souvent, Malais et Chams n'étaient que gens de sac et de corde mettant leur influence au service du plus offrant pour en tirer le maximum de bénéfices.

13) A proprement parler, les Malayous n’étaient pas des Malais, mais des « Malabars »; ils étaient originaires de la côte de ce nom, nommée Malayala par les Hindous (A. Leclère: Recherches sur le droit public des Cambodgiens, Paris, 1894, p. 39). A l'heure actuelle, ce nom de Malaya désigne encore une chaîne de montagne du Dekhan et un district montagneux de Ceylan dont le Pic d'Adam est le centre.

14) Le Roi Rama, le renégat («Châl Sas» signifie, en effet, « renier sa religion »).

15) Assassinat de Préah Outey en 1642.

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Quant aux colonies chames qui forment encore aujourd’hui des îlots homogènes, disséminés sur toute l'étendue du Royaume, elles datent du xvn° siècle. En effet, à la suite de la conquête de leur empire, le Ciampa 1), par les Annamites, bon nombre de Chams, plutôt que de se soumettre, préférèrent s’expatrier et passèrent au Cambodge !?), où certains d’entre eux jouèrent bientôt des rôles politiques importants; on les trouve, avec les Malais, à plusieurs reprises, mêlés à des complots ayant pour objet le renversement du gouvernement établi dans leur patrie d’adoption.

Ainsi subsistent au Cambodge trois groupes d’allogènes, établis depuis des siècles, ayant conservé leurs traits propres, leurs moeurs et coutumes particulières, leur religion, alors que leurs ancêtres contribuèrent initialement, par une fusion intégrale, à la formation de la race régnicole, et bien qu'ils ne se soient jamais refusé, par la suite, à contracter avec celle-ci de nouvelles alliances.

D’autres étrangers devaient faire souche au Cambodge. Il y a deux siècles environ, une colonie de Portugais vint s’y établir, et ses descendants ont occupé et occupent encore des fonctions dans l'Administration

16) Repoussés du Cambodge, dès le début de notre ère, par les conquérants hindous, les Chams s'étaient retirés dans le Bas- Laos qui portait depuis le nom de Champa-Sac, devenu aujourd’hui Cham-Bassac et Bassac tout court, et établirent, par la suite, le puissant royaume du Champa en Annam.

17) Vers 1600, les Chams et les Malais, bien que Mahomé:tans et étrangers, avaient obtenu des rois du Cambodge l’autorisation de se grouper dans la province de Thbaung Khmum où ils sont encore très nombreux de nos jours. En 1692, la famille royale de Pandurang (l’une des deux familles royales du Champa) émigra au Cambodge avec 5.000 chams, à la suite d’une défaite qui leur avait été infligée par les Annamites,

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cambodgienne. Par ailleurs, les Japonais parcoururent le Cambodge dès le xv° siècle. C'étaient surtout des commerçants qui furent évangélisés par les missionnaires portugais. Ils se sont mélangés, presque partout, aux Portugais et ont fini par se fondre dans cette race dont ils suivirent les destinées. Comme eux, certains ont épousé des Cambodgiennes et leurs descendants ne se distinguent plus guère des régnicoles. Plus récemment, des Annamites, des Siamois, des Laotiens et des Hindous sont venus se mêler à une population déjà fortement bigarrée. Et, le flot de ces diverses races, les Chams exceptés, ne cesse de déferler sur cette terre, véritable carrefour des grands courants ethniques de l’Asie : Manillais, Chinois, Japonais, Coréens, Malais des Straits, Javanais des Indes Néerlandaises, Siamois, Birmans, Hindous de l’Inde Anglaise et de nos établissements, Laotiens, Annamites de la Cochinchine, du Tonkin et de l’'Annam, viennent chercher fortune au Cambodge.

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