DE LA POLITIQUE SUIVIE PAR LES ROIS RHMERS A L'EGARD DES ETRANGERS
Cet aperçu sommaire sur l’origine des races établies au Cambodge permet d'examiner quelle a été la politique suivie par les souverains khmers à l'égard des étrangers. Elle est difficile à définir en raison de la rareté des textes, ignorés d’ailleurs du seul auteur qui ait tenté de l’étudier !).
En principe, les étrangers étaient soumis au même régime que les régnicoles. Cependant cette assimilation n’était pas complète, et les anciennes lois contiennent plusieurs restrictions, ayant trait au commerce de certains produits, au mariage et à des questions de protocole.
Dans le KXram Achnha Luong, ou loi sur les pouvoirs du souverain ?), est insérée une disposition selon laquelle il est interdit aux étrangers d’acheter du
1) A. Leclère: Recherches sur la législation cambodgienne, Paris, 1890, p. 4.
2) A. Leclère: Les Codes cambodgiens, t. II, Paris, 1898, page 263. >
plomb, du salpêtre, de la poudre et du soufre). Un autre article) prescrit aux dignitaires d'empêcher les étrangers de se livrer au trafic des marchandises dont la vente ou l’achat leur sont interdits, sous peine de vingt-cinq coups de fouet et de l'exposition publique acros °). Quant aux marchands, ils sont punis d’une amende double de la valeur des objets vendus ou achetés.
D’autre part, le Kram Tos Phiriyéa, ou loi sur les dix conditions des épouses, dispose que si un étranger, qui ne suit pas la religion de Bouddha, a un commerce charnel avec la fille ou la petite-fille d’un habitant du Royaume, il doit, d’après l’ordre du roi, être séparé d'elle et être mis à l’amende selon l’usage. Si, après avoir été séparés, cet étranger et cette fille reprennent leur commerce criminel, l’étranger, après avoir été puni de l’amende d'usage, sera expulsé du Royaume et la fille sera mise au nombre des esclaves du Roi f).
Le Kram Montiro Bal, ou loi sur l’administration intérieure de la Résidence Royale, condamne à une amende les étrangers qui, un jour de cérémonie, auraient omis de s’agenouiller devant le Roi). Ils sont même
3) Cette disposition fut assurément dictée par le souci de mettre le royaume à l’abri d’un coup de main: nous procédons aujourd’hui de la même façon à l’égard de nos protégés en leur interdisant le port d'armes de guerre et la détention de poudres et d’explosifs.
4) Ibd., II, p. 282.
5) Akros, du mot sanscrit kruç crier, précédé du préfixe a qui donne au verbe le sens de « poursuivre de cris, injurier ».
La peine dite akros consistait en effet, dans l’exhibition du coupable et la proclamation de sa faute. Le public ne manquait pas de poursuivre le coupable de ses cris et de ses railleries.
6) Ibd., I, p. 286.
7) On saisit bien là sur le vif ce formalisme cambodgien qui imprègne tous les actes de la vie privée et publique: La langue fourmille de détails où il éclate.