CHAPITRE III
Concentration Réunion des forces dans l'espace
Les dispositions de Mollke sont centenues dans un mémoire qu'il soumet à l'approbation du Roi, dans l'hiver de 1868- 1869, et aussi dans certaines instructions adressées ar. Grand État-major à Berlin dans le printemps de 1870.
Les premières dispositions visent l'opération que nous appelons improprement la concentration ^ que le terme allemand de déploiement stratégique ne rend pas davantage, qui, dans le langage de Napoléon, s'appelait : réunion de l'armée ; opération qui demande à être envisagée au point de vue de la répartition dans Vespace et dans le temps.
Dans Vespace^ car préparant les premières rencontres elle ne doit pas préparer n'importe où, n'importe comment, ces batailles, prémisses d'où doit sortir le développement naturel du plan de guerre : « C'est à peine si, au cours de toute une campagne, il est p'ossible de réparer une erreur commise au moment de la concentration initiale. » (Moltke).
Dans le temps, car, par l'initiative qu'elle permet au plus avancé des deux adversaires, et le trouble qui en résulte pour les opérations de l'autre, elle rapproche promptemeni le résultat poursuivi. C'est ainsi qu' « une avance de trois jours dans la concentration des Français leur permettrait actuellement, dit von der Goltz, d'investir Metz et Thionville, sans coup férir, d'avancer sans difficulté jusqu'à la
Sarre, de couper les communications de Strasbourg, et obligerait les forces allemandes à se concentrer sur le même terrain qu'en 1870. »
Revenons au mémoire : il évalue d'abord les forces à mettre en jeu.
L'Allemagne du Nord compte treize corps d'armée, elle disposera de dix, parce que trois seront laissés pour garder les côtes et pour observer les pays voisins (considérations géographiques et politiques qui viennent doubler les considérations militaires au début des opérations) : au total de Soo.ooo combattants.
Les Français n'en auront pas plus de aSo.ooo. Mais cette supériorité s'accroîtra si :
1° L'on a l'Allemagne du Sud avec soi;
2° L'on a la possibilité de disposer des trois corps d'armée provisoirement maintenus en place ;
3° Les Français prennent dans leurs 260.000 hommes un corps expéditionnaire, destiné à opérer isolément.
Gomme on le voit, à l'inverse des Français et des faiseurs de théorie qui vont demander le succès à une prétendue habile diversion, quoiqu'elle les affaiblisse, ici toute la partie est jouée, à l'exemple de Napoléon, sur la masse d«s forces aussi agrandie et réunie que possible, engagée dans une même direction; parce que la supériorité numérique est un moyen certain d'obtenir le résultat poursuivi, détruire l'adversaire ; tandis qu'un débarquement, même réalisé sur les côtes allemandes, ne prépare en rien la destruction des armées allemandes, mais rend plus facile celle des armées françaises.
Étant donnée cette supériorité dès le début acquise et qui ne peut qu'augmenter, le mémoire indique la manière de s'en servir : attaquer.
« On ne saurait méconnaître combien il est important de profiter de la supériorité que les forces de l'Allemagne du Nord suffisent à elles seules à assurer dès le début. y>
Attaquer pour ne pas donner à l' adversaire le temps de réparer son infériorité numérique.
La concentration visera donc l'attaque ; mais, tandis qu'on prépare l'attaque dans une direction, on peut être l'objet soi-même d'une attaque inopinée et dans une direction quelconque : comment y faire face ?
1° « En ce qui concerne les premières (expéditions des Français contre les côtes), des forces sulfîsantes pour les repousser auront été laissées dans l'intérieur du pays (*). ))
(i) La solution donnée à la question maritime mérite de fixer l'attention. En raison de la faiblesse des escadres, on ne peut songer à attaquer sur[mer: on se défendra. La défense visera les ports de guerre ou de commerce insuffisamment organisés pour résister, et le territoire côtier : « La grande supériorité de la flotte française ne permettrait pas à la marine allemande de se mesurer en pleine mer avec l'ennemi, sans s'exposer elle-même à une défaite probable et sans abandonner ainsi à l'invasion de l'adversaire desy côtes presque sans défense. Sa tâche consistait bien plutôt à consacrer tous ses efforts, toutes ses ressources^ à fermer à l'assaillant l'accès des ports militaires, des principaux ports de commerce à l'embouchure des fleuves. Tout en reconnaissant que, dans certaines conditions favorables, on pourrait espérer des succès partiels de pointes offensives exécutées de concert par les trois cuirassés, on organisait cette action défensive et on répartissait de la sorte ses moyens :
à) MER DU NORD
Dans la Jahde pour la défense de Wil- | j^^ ^^^.^ ^.^^^^ cuirassées et sept helmshafen, établissement militaire con- f ^.^-^^^^^^ ^^^ tit^^ tenant la sidérable, position importante aux em- i ^^ Wangeroog.
bouchures de 1 Elbe et du W eser. . , . '
( 2 vaisseaux cuirassés de petit
Sur l'Elbe à Cuxhafen \ modèle.
( 3 chaloupes canonnières.
Sur le Weser. 4 chaloupes.
A Emden 2 chaloupes.