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III. La décision est obtenue par une armée d'aile (la

(') Von der Goltz, Opérations de la //« année.

IIP armée dans la bataille de la Sarre), le tiers des forces environ, masse incontestablement respectable, capable d'assurer le résultat tactique, la victoire du jour, incapable par contre d'en faire sortir les immenses conséquences de la manoeuvre et de la bataille napoléoniennes, dans lesquelles la décision est demandée au gros de l'armée, comme on le verra plus loin.

IV, C'est sur le champ de bataille même, pendant l'action, sur la Sarre, vers le 9 août, pour les P% 11% IIP armées (comme à Sadowa, pour les trois armées de 1866), que doit se faire la réunion des forces ; cette opération reste par suite, jusqu'au dernier jour, aléatoire, incertaine, à la merci d'une manœuvre de l'adversaire; elle laisse dans la même incertitude le résultat tactique final poursuivi, la décision.

A cette conception de l'attaque Moltke, la maiveavre directe avec le corps de balaille^ opposons celle de Napoléon : qu'il agisse en i8o5, 1806 ou 1807, son corps de bataille, fort de trois colonnes, trois masses (en 1806), possède une tête, organe propre, l'avant-garde générale (en 1806, i" corps et réserve de cavalerie, le tout sous les ordres de son beaufrère Murât). Sa manœuvre consiste alors à chercher l'adversaire avec cette avant-garde qui a des effectifs suffisants, qui au besoin est renforcée ('); tandis que, avec le gros des troupes, avec l'armée, le corps de bataille éclairé, réuni en entier (avant l'action), il va manœuvrer et attaquer l'adversaire déjà saisi par l'avant-garde; le tournant avec le gros de son armée, se présentant et agissant d'emblée sur sa ligne de communication. De là ces batailles à fronts renversés qui caractérisent la guerre napoléonienne et dont les conséquences sont si considérables.

(') « Il faut à tout événement reconnaître une belle position, en avant de Schleitz, qui puisse servir de champ de bataille à plus de 80.000 hommes. »

Comme on le voit, Napoléon allend évidemment de la tactique le résultat, et un résultat considérable (le gros des forces est sa troupe de manœuvre). Mais il demande aussi beaucoup à la stratégie ; il lui demande en particulier (') une direction dans laquelle ces résultats tactiques considérables deviennent décisifs, destructeurs.

En résumé, la comparaison des chefs d'armée, à ce poinl de vue de l'engagement de la bataille, nous montre : Napoléon tournant l'armée ennemie avant la bataille avec le gros de son armée, qu'il a réuni, et attaquant seulement alors; Moltke tournant l'adversaire pendant la bataille avec une partie de ses forces (IIP armée à la bataille de la Sarre); la réunion de ses moyens se faisant sur le champ de bataille par convergence des colonnes. Le premier poursuit plus sûrement urie victoire plus féconde en résultats, grâce à une stratégie à laquelle il demande une direction d'attaque permettant ces résultats, grâce à une conduite de troupes hautement combinée dans le temps et dans l'espace, par l'emploi de son avant-garde.

Dans la manœuvre du premier, apparaît par contre un danger réel : c'est, en tournant, d'être tourné; en coupant les communications de l'ennemi, de perdre les siennes propres. De là les préoccupations du grand homme (*) pour sa ligne d'opérations. Aussi en 1806, pour ne citer qu'un exemple, prend-il une double base : le Danube, le Rhin.

(0 Quand ses ennemis se multiplient, quand ses armées augmentent de nombre et diminuent de valeur, c'est à une stratégie de plus en plus méthodique, de plus en plus classique, visant une disposition d'ensemble rationnelle, un emploi judicieux des masses, supprimant les elï'els dus aux erreurs de détail, ou aux faiblesses de la tactique, qu'il demande la victoire, avançant toujours dans cette voie du développement naturel du génie. Bien plus, à mesure qu'il agrandit ses visées, il accorde de moins en moins d'attention aux moyens, de plus en plus au but, au point qu'il cessera de voir que ce but n'est plus eu rapport avec les moyens, comme dans la marche sur Moscou.

(-) Preuve, sa correspondance avec le roi de Hollande.

PASSAGE A l'action ']b

Avec les armées modernes, que les pays occupés ne suffisent plus à nourrir, qui ne peuvent vivre que sur l'arrière, les conséquences d'une manœuvre sur les lignes de communications ont considérablement augmenté; si elle aboutit, c'est la ruine de l'ennemi. Par contre, ces communications relativement courtes sont faciles à couvrir. L'on a les plus grandes difficultés à les atteindre, comme aussi à préparer et à exécuter une bataille à fronts renversés, étant donnés les effectifs actuels et plusieurs autres circonstances nouvelles.

Ainsi, la bataille napoléonienne, à grands résultats, a comme point de départ l'emploi de Favant-garde, c'est iacontestable; elle résulte aussi du fait que l'Empereur concentre tout d'abord ses troupes sur le flanc (droit en 1800 et i8o5, gauche en 1806) de l'adversaire, et s'empare d'emblée de sa ligne de communications; de là sortent Ulm et léna. Mais il dispose pour cela et se sert d''espaces considérables. Que l'on se rappelle les points de départ de ses armées dans l'un et l'autre cas ; les longues marches qui précèdent cette concentration. Ces espaces, on ne les a plus aujourd'hui; ils disparaissent complètement si l'on n'y veille. Les chemins de fer jettent immédiatement à la frontière commune les masses d'hommes opposées, surtout si l'on ne songe à demander à ces chemins de fer, utilisés à plein, que des transports aussi avancés que possible; ils les jettent front contre frontj si l'on cherche à utiliser avant tout, pour un déploiement qui devient ainsi Hnéaire, tout l'espace que comporte l'étroite frontière commune (comme celle du Palatinat entre la France et l'Allemagne en 1870).

Egalement, à l'époque napoléonienne, la concentration s'effectuait par étapes, c'est-à-dire lentement; le général en chef avait tout le temps pour reconnaître les dispositions prises par l'ennemi, et à mesure que son idée se formait sur la situation et les intentions de l'adversaire, il avait la

possibilité de diriger ses marches, d'acheminer progressivement ses colonnes en vue de gagner le flanc de cet adversaire.

Aujourd'hui, afin de hâter la concentration, la tendance est de régler les transports dans tous leurs détails; mais alors la concentration ne peut être modifiée. Le transport détaillé est une opération rigide qui amène une concentration forcée, dans une direction fixée d'avance^ généralement devant le centre des forces adverses, et non sur le flanc.

Cette concentration, s'efl'ectuant le plus promptement possible et en même temps que celle de l'adversaire, se termine au moment où l'on pourrait avoir des données précises sur la situation adverse, savoir où en est le flanc, etc.; le temps manque alors pour la modifier, pour la placer sur ce flanc enfin connu.

C'est ainsi que généralement celui des deux ennemis qui cherche avant tout à prendre l'initiative de ToiTensive stratégique est amené, par la rapidité mcme de ses opérations de concentration, à les fixer d'une façon invariable; s'enlève la possibihté : de combiner une manœuvre stratégique d'après la situation révélée à la dernière heure chez l'adversaire; de gagner ses flancs ou ses derrières, si ce n'est en les débordant âxec une partie seulement de ses forces; d'organiser une bataille à grands résultats stratégiques : ceux de Napoléon.

Telles sont les considérations (') d'où sort (à la notion près de sûreté stratégique, d'avant-garde) la manœuvre de Mollke en 1870, exclusive a priori de toute attaque sur la hgne de communications de l'ennemi ; on j songera après Wœrth et Spicheren, qui permettront les manœuvres autour de Metz.

Peut-être faut-il rechercher, dans ces difficultés d'exécu-

(') à) Communications compromises;

b) Utilisation à plein du réseau menant à la frontière;

c) Impossibilité de savoir à ten^ps où se forme l'ennemi.

PASSAGE A l'action 77

lion reconnues par lui, la raison pour laquelle ii se borne à une manœuvre plus prosaïque, comparée à la manœuvre artistique et géniale de Napoléon, mais plus facile à mener à bien, et reconnaître alors une fois de plus la prudence et la sagesse d'une théorie qui maintient intact le principe toujours vrai de l'acte de force : attaque de front et attaque décisive, mais en fait l'application qui lui paraît le mieux convenir aux proportions des effectifs, comme aussi à la conduite qu'il pouvait imprimer à l'entreprise; et qui, dans ces conditions, a déterminé une répartition des forces incontestablement judicieuse dans le sens en front, incontestablement discutable dans le sens de la profondeur.

Quant à la manœuvre visant la ligne de communications, il appartient à l'avenir de nous montrer si elle est enco"re possible dans les conditions d'effectifs, d'espace et de temps de la fin du siècle. Retenons pour le moment que là est la direction dans laquelle il faut chercher le développement artistique et logique de l'art de la guerre.

En ce qui concerne la répartition des forces dans le sens de la profondeur, nous avons vu la théorie de l'avant-garde de Moltke, gros corps de cavalerie soutenu à plusieurs journées en arrière par une division d'infanterie, par suite :

Organe de renseignement d'une valeur discutable;

Organe de résistance d'une puissance insuffisante.

Mais bien plus, cet organe il ne le constitue pas, il ne le garde pas à ses ordres, il répartit toutes les forces disponibles entre les trois armées; qu'arrive-t-il alors? C'est que chacune, ayant un but propre, consacre à la poursuite de ce but tous ses moyens. Mais alors le corps de cavalerie projeté n'existe pas, la tâche reconnue indispensable cependant au développement de la manœuvre d'ensemble ne sera pas remplie. Un enseignement immédiat se dégage de là : pour

que le service d'une avant-garde générale reconnue nécessaire même par de Mollke, soit assuré, il faut que cette avant-garde soit constituée organiquement, d'une façon indépendante des armées, et reste aux ordres du généralissime.

Quant à de Moltke, n'ayant pas cet organe propre, à sa main, il est facile de prévoir que :

1° De renseignement, il n'en aura pas, ou il sera le dernier informé; faute de renseignements, il suspendra ses décisions; ou bien il les prendra sur des hypothèses; il mènera en aveugle;

2° Faute de protection garantissant la concentration de toutes ses forces, il verra son dispositif, dispersé pour la marche, tomber surpris sur l'ennemi sans avoir le temps de se réunir.

En somme donc, toute direction stratégique éclairée lui est organiquement interdite, c'est de surprise en surprise qu'il va promener ses armées. Qu'en résultera-t-il? S-is troupes vont nous le dire. Menées de la sorte, rencontrant l'ennemi, elles vont évidemment frapper, non qu'elles en aient l'ordre, mais parce qu'elles n'ont pas d'ordre contraire (comment l'auraienl-elles? on ne sait où est l'ennemi). Mises brusquement en présence de l'adversaire, il faut bien qu'elles se décident, l'esprit militaire dicte leur conduite.

Tandis que le commandement supérieur réserve encore ses décisions, elles concluent. Tandis qu'il s'abstient d'une direction effective, en raison des brouillards qui l'entourent, elles la prennent; elles conduisent la manœuvre stratégique qui, en fait, change de main. Dans quel sens?

A défaut de toute base, de toute connaissance du sujet, le sentiment primordial de l'action inspire les troupes, elles attaquent; la manœuvre stratégique précipite son allure, elle s'emporte ; mais continue-t-elle d'exister au moins en tant que manœuvre? C'est ce qu'on va voir!

PASSAGE A L ACTION -Jt)

Les troupes allaqucnt :

Sans savoir ce qu'elles ont devant elles — gros ou délachement de l'ennen-i, — faute du l'enseignement dont se passe le généralissime, dont se passent à son exemple les commandants d'armée; — même école, même milieu; — sans savoir si elles sont ou non de taille à attaquer;

Sans savoir les intentions du commandement supérieur, lesquelles, dépendant de renseignements insuffisants ou tardifs, ne prennent pas corps ou ne répondent plus à la situation du jour;

Sans savoir la situation générale de leur armée, en raison du rang dans la hiérarchie des commandants d'avanl-garde (on ne communique pas aux brigades la répartition journalière de l'ensemble des forces...); sans savoir par suite si elles entreprennent ou non une action rationnelle.

Les troupes s'engagent, comme on le voit, en ignorance 'complète :

1° De la situation ennemie;

2° De la situation de leur, armée.

De là tout le mal-fondé de leur décision initiale :

i) Au point de vue tactique : danger très grand de frapper un adversaire très supérieur;

2) Au point de vue stratégique : la bataille s'engage là où le commandement supérieur ne la voulait pas ; quand il ne la voulait pas (elle n'est pas encore prête) ; autrement qu'il ne la voulait.

Bataille imprévue, improvisée, impossible à conduire, dirons-nous donc, telles sont les conséquences forcées de cette conduite des troupes. L'issue en serait fatale devant un adversaire actif. Au total, l'action mal engagée par la stratégie amène sûrement au désastre, si une tactique supérieure ne présente à son profit ses arguments toujours décisifs.

Par la suite, les faits montreront surabondamment la

8o LA MANŒUVRE POUR LA BATAILLE

valeur de ces critiques. Si néanmoins nous les exposons avant les faits, c'est que les résultats peuvent être prévus d'avance. Quand nous montons un système, nous devons bien mesurer la portée des eflcts dont il est capable. Certaines conséquences provenant de l'organisation sont fatales et définitives; on ne peut récolter que ce qu'on a semé ; un poirier ne produit que des poires, quelques circonstances favorables ou contraires qu'il subisse; il ne donnera jamais de pommes.

Dès à présent retenons donc la supériorité de la combinaison napoléonienne avec i'avant-garde qui procure non seulement l'attaque à grands effets dont il a été parlé précédemment, mais aussi la sàreié dans tous les résultats, car elle permet de frapper où l'on veut, comme et quand on veut, en parfaite connaissance de cause ; I'avant-garde est organisée pour voir, attaquer, résister, manœuvrer en retraite, etc.

Rappelons-nous 1806.

Si, de la manœuvre projetée et réalisée partiellement en 1870 par Moltke, nous cherchons à passer à la manœuvre préconisée en 1900 par les écrivains allemands, la conception semble être la même :

York de Wartenbourg développe la difficulté d'exécuter aujourd'hui la manœuvre napoléonienne. Von der Goltz reconnaît l'impossibilité pour le commandement supérieur d'une direction effective; il voit très bien cette direction passée en réalité aux mains des commandants d'avantgarde tactique :

« Les masses en mouvement étant obligées de marcher sur un front étendu, les chances de rencontre inopinée de l'ermemi sor un point ou sur un autre sont plus grandes. Dans ce cas, les colonnes voisines s'empressent de courir au canon. Une action décisive s'engage sur un terrain qu'on n'a.

pas choisi, à un moment où on ne l'attendait pas. Ainsi, c'est précisément en ce qui touche à Vacte le plus essentiel de la guerre, au combat et à la bataille, que le commandement supérieur est le moins maître de sa conduite, qu'il est le plus soumis à des volontés étrangères, aux caprices du hasard. 11 aura presque régulièrement à compter avec un « fait accompli », il aura affaire à un combat déjà profondément engagé au moment où la première nouvelle de la rencontre lui parviendra.

« Celle faible influence du général en chef sur les origines des épisodes décisifs de la guerre, des crises tactiques, est une des principales causes de difficulté qui caractérisent la guerre moderne. Les plus habiles projets du général se trouvent souvent contrariés, ses calculs les plus exacts renversés.

« On objectera que sa volonté doit être connue et respectée de tous. Mais il est impossible à la guerre de tout prévoir. Chacun doit se guider pour agir sur le rayon de lumière fugitif ç\\\\ vient à un moment donné dissiper une partie des ténèbres. y>

En présence de cette impuissance, avouée dans l'organisation allemande, du commandement à commander, de l'obligation où il se trouve de s'en rapporter aux décisions des sous-ordres qui forcément ignorent, n'esl-elle pas supérieure la théorie comme l'organisation de Napoléon, théorie qui, pour garantir au commandement supérieur de toujours commander, pour lui éviter de voir ses projets contrecarrés, ses calculs renversés, les assure contre les entreprises de l'ennemi, contre les emportements des troupes ; soustrait cellesci à l'action attirante de la bataille jusqu'au moment voulu ; donne de la durée au rayon fugitif de lumière par la permanence d'une sûreté aux mains du général en chef et lui rend ainsi possible la direction effective des opérations pour la balaille?

f,A M\NŒUvnE PODn LA DVTAiri.E

Le colonel de Bernhardi, restant dans la conception de Moltke, cherche à la tendre davantage par une préparation plus poussée, afin d'en rendre l'exécution plus foudroyante. Il écrit :

(T La préparation du temps de paix doit aller plus loin aujourd'hui.

« La concentration terminée, VoJJensive manœuvrier e doit surgir comme l'éclair du nuage et avec la nécessité naturelle imposée d'une issue logique. Pour qu'elle soit possible, cette offensive doit être préparée et étudiée avec le plus grand soin, les tableaux de marche établis dans tous leurs détails.

a Tous ces préparatifs produiront, dans le courant d'une guerre future, leur plein effet qui sera toujours caractéristique. Le plan général ne doit plus se borner à préparer une concentration tenant compte des diverses manœuvres possibles à prévoir y et à exécuter^ mais réservant sa décision (le choix de la manœuvre à faire) pour agir réellement, jusqu'au moment où, la concentration terminée, on possède autant de renseignements que possible sur l'ennemi. Le procédé était encore possible en 1870. Aujourd'hui, c'est plutôt la résolution d'agir dans un sens déterminé qui doit servir de base à la concentration, et cette volonté d'agir doit être i^poussée (par la préparation qui permet d gagner du temps) ^ une limite telle que l'adversaire^ malgré tous les projets qu'il aura pu former j soit soumis sans réserve à la loi de cette initiative. »

La concentration allemande de demain n'est pas alors une réunion à plusieurs fins; elle vise une manœuvre montée a priori, une attaque arrêtée, fixée dans son exécution (direction et moyens), précédée de plus de préparation qui permet l'avance sur l'ennemi, faite, pour finir, de volonté et de résolution, conditions qui garantissent l'initiative, la subordination d'emblée de l'adversaire; c'est un effort constant

PASSAGE A l'action 83

pour s'emparer, au plus tôt, de la direction de la lutté. Quelque développés que soient ces caractères, encore faut-il, dironsnous, pour que la manœuvre conduise au résultat militaire, le renversement de l'adversaire, qu'elle frappe, et qu'elle frappe juste ; pour cela, qu'elle ne soit pas quelconque, mais éclairée; que cette action montée dans un sens déterminé, fixé a priori, soit montée dans le bon sens, celui où elle produira de l'effet, où elle livrera heureusement la bataille à grands résultats; sans cette fin, la vitesse, l'initiative sont sans valeur ; par suite, que ce sens, cette direction soient déterminés d'avance et sur des considérations valables. Rien de tel n'était possible aux Allemands de 1870, à Moltke leur chef. Ils devaient, pour attaquer les armées françaises, faire une concentration à plusieurs fins, parce que, les Français n'ayant pas antérieurement à la déclaration de guerre arrêté de plan de concentration, Moltke ne pouvait connaître ce que serait cette concentration ; il était bien obligé d'attendre qu'elle soit terminée pour le savoir.

Ce n'est plus le cas de l'Élal-major allemand de 1900. Dans les grands Ltats européens, on a fait des projets de la concentration à réaliser au moment d'une guerre. Ces plans sont en partie tracés sur le terrain par les voies ferrées, les quais de débarquement; ils sont également traduits en mesures d'exécution arrêtées dès le temps de paix ; en documents totaux ou partiels qui, plus ou moins connus, permettent de reconstituer en tout ou partie les projets arrêtés.

« Les mesures de préparation à la guerre ne sauraient, dans leur ensemble, être tenues secrètes, elles sont prises au vu et au su de tout le monde. Chacun peut se rendre compte des forces qui doivent coopérer à l'action et le secret gardé sur certains points particuliers ne peut rien changer à Vidée qu'on peut se faire de l'ensemble » (Colonel de Bernhardi.) Alors, la manœuv;e .aoaiéQ dans tj tempSj aussi prompte

que possible, comme le veut le colonel de Bernhardi, va se trouver juste dans V espace, pense-t-il, parce qu'elle est montée dans le bon sens, parce qu'elle repose sur la connaissance de la concentration adverse, sur des données réelles, qui permettent à la manœuvre rapide d'être juste.

Une pareille combinaison, c'est l'application à la stratégie de l'idée réalisée par Frédéric en tactique, dans l'ordre oblique : V attaque arrêtée ferme, d'avance, gagnant de vitesse les dispositions de l'adversaire ; conception à laquelle revient toujours, comme on le voit, l'esprit prussien. Elle croule néanmoins, comme elle a croulé en tactique, devant la conception napoléonienne ; devant une armée manœuvrant en stratégie comme en tactique en vue de créer, dans l'un et l'autre cas, la surprise; surprise qu'elle peut demander tout d'abord, aujourd'hui, à une concentration indéterminée jusqu'à la dernière heure, impossible alors à connaître, à viser et que permet le développement actuel des moyens matériels, chemins de fer notamment, dont vit l'œuvre de la concentration. Avec ce développement, en effet, reparaît une élasticité nouvelle, interdite les temps derniers.

L'obligation qui liait encore la concentration de 1870, comparée à celle de Napoléon, qui déterminait en partie sa forme, la fixait dans Vespace, était, pour économiser le temps, de se servir à plein de tous les chemins de fer susceptibles de transporter des troupes à la frontière. Ces chemins de fer n'étaient ni trop nombreux, ni d'un trop fort rendement ; leur emploi était encore chose nouvelle.

Il n'en est plus ainsi aujourd'hui :

Les besoins militaires ont déterminé la construction de voies ferrées purement stratégiques.

, Les besoins du commerce et de l'industrie ont augmenté le nombre et la puissance des voies ferrées purement comm Tciales.

Toutes les régions d'un pays tendent à avoir des chemins de fer. Un grand nombre d'entre eux sont à double voie.

L'emploi des chemins de fer dans nos opérations militaires (aux grandes manœuvres par exemple) est devenu chose courante. L'union entre les exploitants (compagnies) et les états-majors, entre le personnel des chemins de fer et l'armée, est devenue effective et intime. -

Mais alors :

i) Il n'est plus nécessaire d'employer à plein tous les chemins de fer qui vont à la frontière ; il y a surabondance, au moins abondance de lignes, excès de rendement de ces hgnes; il est possible de combiner l'emploi à en faire et de ïàlre plusieurs combinaisons;

2) L'instruction du personnel permet de n'arrêter qu'à la dernière heure la combinaison qui fixe la répartition des forces dans l'espace.

A la différence de ce qui existait en 1870, la possibilité reparaît donc de faire une concentration de la dernière heure j créant ipso facto la surprise^ dans le style de Napoléon, si à cet emploi élastique des chemins de fer on ajoute surtout une combinaison de marche par les routes.

Elle permet, pour l'offensive, de désaxer la concentration prévue par l'adversaire, de déplacer le centre de gravité des forces, par une condensation à droite ou à gauche du dispositif, de monter un système d'attaque inattendu, à la condition qu'étudié et préparé dès le temps de paix, avec plusieurs autres, il soit arrêté seulement au moment de la guerre.

Elle permet de même dans la défensive de monter une parade de la dernière heure, avec des effectifs considérables, la valeur d'une armée.

En résumé, dans un cas comme dans l'autre, de réserver par une concentration entendue de la sorte, la surprise stra"

tégique à rennemi qui trouve un dispositif autre que celui qu'il a prévu; de répondre, à la manœuvre qu'il exécute quand même, le plus rapidement possible, à son attaque décisive enfin dévoilée, de répondre par une parade et une contre-al laque équivalentes, constituant bien la surprise pour finir.

Voilà comment, au vingtième siècle, la conception supérieure de Napoléon, surprise dans l'espace d'abord puis dans le iempSj nous permet de voir la fin d'une conception Bcrnhardi qui n'exploite qu'un terme de la surprise, le tempSj la rapidité d'exécution, par une préparation plus minutieuse et laisse de côté les autres éléments dont une manœuvre est faite.

Volontiers, pour repousser de pareilles idées, on invoquerait la délicatesse, la rigidité des chemins de fer, la régularité qui leur est nécessaire ; c'est à l'avenir d'établir la limite de leur rendement. Bien maniés, ils ont jusqu'à présent donné tout ce qu'on leur a demandé. La concentration allemande de 1870 ne laisse-t-elle pas loin derrière elle les prévisions que formulait Jomini en 1866?

En tout cas, la lutte ne sera pas possible entre deux stratégies dont :

1° L'une débarquant ses armées d'après un plan prévu d'avance et plus ou moins connu par suite, les pousse droit devant elles;

2° Et une autre qui les débarque d'après une décision de la dernière heure; fixant seulement alors le sens des courants de transport, constituant et plaçant à ce moment seul l'armée de manœuvre, destinée :

Soit à l'attaque décisive ;

Soit à la contre-attaque.

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