CHAPITRE VII LES TRANSPORTS
En comparaison du plan préparé par Moltke, discutable en certains points, mais en tous cas visant le développement d'une idée, comportant la préparation de moyens en conséquence, examinons le plan français. On connaît en France la supériorité numérique avec laquelle les Allemands vont apparaître dans la lutte. On compte y parer, en prenant l'offensive sans retard, en vue de contraindre à la neutralité l'Allemagne du Sud, en vue de rejoindre les armées allemandes et de marcher avec elles contre les armées autrichiennes. Cette offensive on la prendra par Maxau; on se portera sur Stuttgard, puis Nuremberg. On croit pouvoir compter sur une action commune avec l'Autriche depuis la mission du général Lebrun à Vienne. Il a eu plusieurs entrevues avec un personnage important, l'archiduc Albert; il en a rapporté les bases et les conditions d'une entente et
8o LA MANŒUVRE POUR LA BATAILLE
d'une action militaire communes. Elles se résument comme il suit :
La Prusse, dit l'Etat-major autrichien, ne peut avoir terminé la réunion de ses forces avant cinq semaines;
L'Autriche de son côté a besoin d'un grand mois, cinq à six semaines pour terminer ses préparatifs ;
En conséquence, on demande à la France, que l'on suppose pouvoir être prête avec ses réserves le seizième jour, de^ se mettre en mouvement vers le Mein^ d'exécuter une marche d'environ un mois pour se lier à l'armée autrichienne qui se formera en Bohème; finalement, d'être après '^ "I" '"jours ou six semaines à Nuremberg.
Telles sont les conditions auxquelles la France aura le concours de l'Autriche. Penser à entreprendre la traversée de toute l'Allemagne en armes ou tout au moins en mouvement, pour aller tendre la main à des alliés incertains, c'est évidemment, de notre part, supposer \t problème réioui, l'adversaire inactif ou battu, la vicîoire acquise. C'est à ces propositions cependant, comble d'ironie ou comble d'ignorance, que s'arrête l'Etat-major français pour en faire la base d'un projet d'opérations.
Comme à un plan chimérique il est difficile de faire suivre une préparation effective, l'exécution n'est nullement préparée. Quand approche le moment de réaliser les projets, les chemins de fer imposent la formation de l'armée en deux masses l'une en Alsace, l'autre en Lorraine, séparées par les Vosges ; il y aura une troisième armée de réserve au camp de Châlons. Aucune idée d'action ne préside à cette conception; bientôt encore la question des approvisionnements apparaît pour fixer les lieux de formation des troupes, on les réunit aux points où se trouvent les approvisionnements, c'est ainsi que Tannée française se forme le 28 juillet 1870 :
i" corps à Strasbourg.
2^" — à Saiiil-Avold.
y — à Metz.
4^ — à Thionville.
5' — à Bitche.