LA MARCHE A LA SARRE II
Une pareille situation eût été incontestablement bonne pour quatre corps français ; ils seraient venus, sans rencontrer d'obstacle capable de ralentir leur marche, frapper trois corps allemands au plus. Que devenait alors le raisonnement de Moltke précédemment cité : « Le prince Frédéric- Charles aurait à sa disposition plus de 194.000 hommes d'infanterie... »? Le prince les avait bien à sa disposition, mais il ne pouvait les retirer à temps de la région boisée, traversée par deux seules routes, pour les présenter ensemble à l'adversaire, faute d'une avant-garde qui, après lui avoir signalé l'urgence d'une réunion des forces, lui curait garanti, par sa résistance, le temps, c'est-à-dire la possibilité de réaliser cette opération. La sûreté, que l'on a cherchée par le déploiement de la cavalerie, continue de faire défaut; la situation de l'armée reste précaire.
Elle est dans l'impossibilité de se réunir si l'ennemi attaque. Voilà bien la réédition du passage des montagnes de Bohême en 1866, si différent du passage des montagnes de la Thuringe en 1806 par l'Empereur, celui-ci ayant :
!° Sur sa route centrale, en avant-garde générale, le 1" corps d'armée, précédé d'une division de cavalerie légère, suivi de la réserve générale de cavalerie;
2" A une journée de marche plus loin, sur trois routes, trois colonnes de deux corps d'armée chacune.
L'avant-garde surprend le passage devant elle, puis dégage ceux des autres colonnes à droite et à gauche, les tirant ainsi d'un embarras possible. Cette première opération réalisée, elle prend du champ, poursuivant son rôle de découverte (toute la cavalerie alors en avant), mais en préparant, à mesure qu'elle avance, une position défensive étendue qui permette, en cas d'irruption de l'ennemi :
Aux troupes rapprochées de venir occuper et consolider la défensive entreprise ;
Aux troupes éloignées d'arriver et de se concentrer pou; entreprendre la manœuvre offensive d'où sortiront la décision et la victoire;
En tout cas d'avoir toutes les forces à la bataille.
L'immobilité absolue des Français de 1870 suffit à absoudre, sans la justifier, l'imperfection des combinaisons de Moltke, c'est tout ce que l'on peut dire.
Le 3i juillet, l'empereur Napoléon III recevait des renseignements disant que Steinmetz, à la tête des VIP et VIIP corps marchait vers le sud ; que de grosses masses se concentraient à Mayence et à Mannheim. D'autre part, les commandants de corps d'armée français faisaient connaître qu'ils n'étaient pas encore en état de passer à l'offensive. En conséquence de cette situation, on se décidait au Grand Quartier Général français, à prendre un moyen terme, une décision qui allait forcément manquer de but. On ordonnait une reconnaissance offensive pour obliger, pensait-on, l'ennemi à montrer ses forces. Elle est exécutée par :
Le 2* corps marchant sur Sarrebruck, et soutenu :
A droite, par une division du 5" corps débouchant à Sarreguemines sur la rive droite de la Sarre;
A gauche, par une division du 3^ corps agissant sur Wehrden;
Plus à l'ouest, par une démonstration du 4^ corps sur Sarrelouis.
C'est dans ces conditions que s'engageait, le 2 août, l'affaire de Sarrebruck : menée par les forces françaises énumérées ci-dessus, commencée à 10 heures du matin, elle était terminée peu après midi. Ces masses ont rencontré deux compagnies prussiennes, puis un bataillon (IP du 4o*), bientôt mis en retraite après avoir perdu 4 officiers et 79 hommes. Telle est cette affaire de Sarrebruck que l'on a ironiquement.