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IP ARMÉE

Dès le 6, tandis que s'engageait l'affaire de Spicheren, la nécessité s'était révélée au commandant de la IP armée de soutenir au besoin ses fractions engagées et, par suite, de compléter les dispositions de marche arrêtées dès le 4? visant l'arrivée sur la ligne Neunkirchen — Deux-Ponts; elles allaient devenir insuffisantes.

En fait également, le IIP corps était dès le 6, sur la Sarre, à une journée en avant du pont de Neunkirchen qu'il devait en principe atteindre ce jour-là. Si l'on voulait donc maintenir la liaison, il fallait que les autres corps fournissent une marche plus considérable le 7.

Des ordres étaient donnés dans ce sens et allaient porter, le 7 :

Le X^ corps en soutien du IIP à Saint-Ingbert;

La Garde, d'Assvs^eiler à Bliescastel ;

Le IV*" corps à Neu-Hornbach avec avant-gardes sur Bitche et Rohrbach;

Le IX^ corps à Bexbach, sa tête prête à combattre;

Le XIP corps à Hombourg;

Quartier général à Bliescastel.

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Le 11^ corps débarquait à Hombourg et Neunkirchen et se concentrait autour de Neunkirchen.

Dans la soirée du 6, parvenait au quartier général de la II' armée à Hombourg d'abord un télégramme de Moltke (') :

Mayence, 6 août, 5^ 45 soir.

(k La 1"= armée franchira demain la Sarre en aval de Sarrebruck pour suivre l'ennemi. Il est à désirer que, outre la cavalerie, de l'infanterie de la IP armée s'attache aussi à l'adversaire. La route Sarrebruck — Saint- Avold est affectée à la IP armée. »

A 3'' 3o du matin, dans la nuit du 6 au 7, on apprenait le résultat de l'affaire de Spicheren, puis la victoire de Wœrth; nous avons vu précédemment comment le prince Frédéric-Charles ordonnait immédiatement à la 6° division de cavalerie et aux deux brigades de la 5* d'entreprendre la poursuite à la première heure. On peut penser combien fut désabusé le grand seigneur quand il apprit le dénouement de cette poursuite; le 7, à 1 heure après midi, il était encore réduit à écrire :

« Je suis, à I heure, après midi sans nouvelles de Sarreguemines, ni du IIP corps, ni des brigades de cavalerie de Rheinbaben, qui suivent l'ennemi sur Forbach (^). »

Quant à la cavalerie de la gauche {12^ brigade, Bredow, de la 5* division), dès le 6 août, elle avait reconnu de fortes colonnes en marche de Bitche sur Sarreguemines, un camp

(') Dépêche dont l'envoi peut être aussi discuté que celui de la dépêche du même moment à la I'^ armée; qniafjîrme (franchira) le franchissement de la frontière par la I^e armée, le 7, tandis que cette armée y était simplement autorisée ; qui donne en tout cas le corrigé des dispositions qui auraient dû être prises à la II» armée pour effectuer la poursuite : « De l'infanterie outre la cavalerie. »

(2) Général von Pelet-Narbonne.

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important près de cette ville et, d'autre part, des mouvements de troupe de Bitche sur Rohrbach et de forts rassemblements près de Bitche.

A ces renseignements et aux nouvelles parvenues dans la nuit, s'ajoutait bientôt une nouvelle dépêche du Grand Quartier général :

Mayence, 7 août, 8^ i5 matin.

« On vient d'apprendre qu'après la victoire remportée hier par le Prince Royal près de Wœrth, Mac-Mahon s'est retiré sur Bitche où il pourrait arriver aujourd'hui. Peut-être serait-il possible à la cavalerie et à l'aile gauche de la IP armée de l'atteindre demain près de Rohrbach. »

Le prince Frédéric-Charles prenait aussitôt des dispositions pour que l'aile gauche de l'armée concentrât vers Rohrbach le plus de troupes possible. D'où les ordres :

Au IV® corps, de pousser le 7 jusqu'à Volmunster, avantgarde à Rohrbach, où il devait être en entier le 8 ;

A la Garde, de le soutenir, dans le cas d'un combat à Rohrbach, en s'avançant, le 7, aussi loin que possible par la vallée de la Blies, et en réunissant le 8, entre 10 et 1 1 heures, à Gross-Rederching, sa 2^ division et la division de cavalerie, le reste suivant au plus près ;

Au X^ corps, de marcher sur Sarreguemines, de s'y présenter le 8 entre 8 et 10 heures pour y retenir les Français; dans ce but, d'engager le combat et de le faire tramer sans chercher à forcer le passage ; mais d'attendre ce résultat du IIP corps;

Au IIP corps, de se maintenir, le 7, en avant de Sarrebruck, sur la rive gauche de la Sarre pour se refaire, et de s'entendre avec le X^ quant à l'opération du 8;

Au IX^ corps et au XIP, de serrer sur leurs têtes de colonne et de faire repos à hauteur de Bexbach.

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On s'en rapportait, d'ailleurs, à la I'^ armée et à la 6^ division de cavalerie du soin de poursuivre les Frajiçais battus le 6 à Spiclieren.

Dans l'après-midi du 7, parvenaient de nouveaux renseignements du III^ corps; ils confirmaient le succès de la veille, la retraite des Français de la Sarre et de la Blies; on maintenait à la 11^ armée les dispositions arrêtées.

L'effet devait en être, le 8 :

i) L'abandon définitif de la poursuite, avortée dès le 7, des forces françaises battues à Spicheren (premier objectif cependant);

2) La constitution d'une forte masse à la gauche de la 11^ armée, vers Rohrbach, à la recherche, pensait-on, des débris français de Frœschwiller (nouvel objectif);

3) La constitution d'une autre masse devant Sarreguemines.

Si l'on rapproche ce mouvement de la W armée se condensant vers l'est, de celui de la I'^ armée se transportant à l'ouest, on constate comme résultat immédiat que le vide se produit justement en aval de Sarrebruck, au point où l'on a frappé sur le groupe principal cependant des forces françaises, celles de Lorraine; on abandonne la route Sarrebruck— Saint-Avold — Metz, ainsi que les passages de la Sarre si heureusement saisis, puis franchis. Une offensive française, survenant le 8, non seulement peut remettre en question les avantages obtenus le 6, mais créer une situation des plus graves, en consacrant la séparation déjà accomplie des deux armées allemandes.

Quant à Moltke, quelle combinaison nouvelle va-t-il faire de ses armées contre les forces de Lorraine qu'il vise depuis Je commencement des opérations? Quel compte tient-il de

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son principe formel : rechercher et battre la principale armée ennemie? Il semble le passer au second plan de ses préoccupations du moment et, loin d'en faire le point de départ, la base de sa ligne de conduite et de son commandement, il croit tout régler en prescrivant à la I'^ armée d'abandonner la route Sarrebruck — Saint- Avold; à la IP armée de prendre un nouvel objectif, les forces françaises en retraite de Wœrth.

S'il perd de vue son objectif principal^ c'est qu'il est sans nouvelle des Français en retraite de Spicheren. On a vu la faiblesse des reconnaissances des 3% 5^ et 6^ divisions de cavalerie; il n'y a pas eu de poursuite par une masse de cavalerie; Moltke ignore dans quelle direction s'est retiré le gros de l'adversaire. S'il prend un nouvel objectif, les troupes de Mac-Mahon, c'est qu'il y a été incité par les renseignements de la brigade Bredow. Le fait est naturel, la conséquence forcée. Les gros se portent où l'oïi croit l'ennemi. On verra par la suite la valeur du renseignement Bredow et delà manœuvre correspondante ; mais en ce qui concerne l'objectif principal, les forces françaises en retraite de Sarrebruck, il est certain qu'un commandement supérieur qui eût été dès le 6 à Sarrebruck, au lieu de s'immobiliser à Mayence, eût autrement actionné les divisions de cavalerie qu'elles ne le furent par leurs divisionnaires; il eût lui-même fait ce tirer au clair la question des rassemblements français dans le voisinage de la Sarre » qui lui tient justement au cœur. Une fois de plus, la distance à laquelle il se tient, l'absence d'un organe de reconnaissance à ses ordres, le privent des renseignements qui lui importent; il ne peut orienter ses coups. En même temps, des renseignements quelcoilques l'entraînent à Rohrbach dans ui^e direction divergente. Par l'impossibilité de commander, il s'est rendu incapable de réaliser sa solide théorie : la rexherche et la latte du gros des

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forces ennemies. Impuissance au Grand Quartier général, anarchie et divergences dans les quartiers généraux d'ar-' mée, tel est donc le tableau du commandement allemand dans la soirée du 7 ; singulier lendemain de victoire où, devant un adversaire sans résistance, les troupes victorieuses ne peuvent poursuivre, bien mieux, s'éloignent du vaincu, comme si le succès les avait mises plus bas que l'adversaire. En tout cas, dans aucun des quartiers généraux, il n'est question d'une manœuvre contre les forces françaises de Lorraine. La situation restera telle plusieurs jours.

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