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CHAPITRE XII LA SURPRISE A LA NIED

La I'* armée eiilièremeni absorbée par la mise en ordre de lous*ses éléments, en particulier de ses convois, (jarde le 1 1 août les emplacements qu'elle avait la veille, mén.e avec ses divisions de cavalerie. Elle reçoit de Moitke un.^ première dépêche ('); après avoir insisté sur la nécessité de *dégager la route Forbach, Saint-Avold, Metz (sur laquelle étaient enchevêtrés les convois des IIP, VII 1% VIP, 1" et IX^ corps), le chef d'Etat-major ajoute que « raffectalion de trois routes principales à chacune des armées n'a de valeur que jusqu'au moment oii la cavalerie nous aura fait cotiuaitre la situation de l'ennemi. Alors non seulement il faudra que chaque armée se concentre sur elle-même, mais encore elles devront se rapprocher les unes des autres, et l'on ne peut acUiellemeni savoir si la /'^ armée devra contourner par le nord ou par le sud la place de Metz que nous ne ferons en tout cas qu'observer. O.i amène dès maintenant à cet effet une divis on de landwehr mobilisée ». Aux premières heures de la matinée, le Grand Quartier Général s'abandonne donc pleinement à l'idée de la manœuvre de la Moselle; il reste simplement à fixer si la P^ armée l'abordera en amont ou en aval de Metz (que l'on compte seulement observer, parce que le gros des forces françaises l'a en principe abandonné) : cela résultera des directions de retraite reconnues par la cavalerie et pratiquées par cet ennemi que la P^ armée doit toujours attaquer de front.

(') Sarrebruck, 1 1 août, 6 heures roalm.

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La I'^ armée reçoit encore une deuxième dépêche de Moltke ('), dans laquelle il communique les mouvements de la IP armée et les renseignements qu'elle a envoyés. Il en résulte que, le lo, une partie de l'armée française était campée sur la Nied française. Ces résultats, auxquels on n'attache pas une grande importance, « devaient servir de base au commandant en chef pour régler les opérations ultérieures de la I'^ armée ».

11^ ARMKE

Mais tandis que la T* armée s'abandonne ainsi au repos aux environs de Lauterbach, et que le Grand Quartier Général continue de préparer la manœuvre qu'il compte réaliser au delà de la Moselle, la réalité des choses dont il croit pouvoir s'abstraire va venir brusquement se révéler et montrer en même temps les graves dangers que court le dispositif allemand fait d'alignement, de communications soigneusement départies entre les armées, conduit en un mot par un chef d'état-major et non par un général en chef d'armées. Il sufût pour le constater de passer à la II* armée.

Ce jour-là sa marche l'a portée avec :

Le IIP corps à Faulquemont;

Le X'= corps à Hellimer, avant-garde à Gros-Tenquin ;

La Garde à Guéblange;

Le IV* corps à Sarre-Union;

Le IX* corps à Forbach;

Le XIP corps à Sarreguemines;

Le II* corps à Hombourg.

Non seulement elle est ainsi en avant de la P* armée, mais, par suite de l'immobihté de celle-ci, son aile droite (III* corps)

(I) Sarrebruck, ii août, lo heures matin.

242 LA MANŒUVRE POUR LA BATAILLE // (lOÙt

se trouve entièrement découverte à droite. Bien plus, tandis que la marche s'efTeclue, arrivent les renseignements recueillis par la cavalerie dans la journée du lo août :

Les escadrons qui éclairent l'aile droite et le centre de la II® armée ont repris le contact avec l'armée française et atteint dans la soirée la Nied française. Ils ont trouvé là une ligne fortement occupée, et aperçu en arrière des masses ennemies importantes, en bonne position. Ils ont observé leurs bivouacs, leurs camps, leurs avant-postes ; il^ ont observé des colonnes en marche de Metz vers Courcelles, Pange, Mont. Des paysans arrivés des environs de Metz ont confirmé que des troupes y étaient arrivées venant du camp de Ghâlons, que d'autres s'étaient portées sur la Nied. Ils ont déclaré avoir entendu dire que l'on s'attendait dans l'armée à une marche offensive vers l'est. Les traces des 2* et 5^ corps que l'on a trouvées à Landroff et suivies par Herny jusqu'à Remilly conduisent également à la Nied. Dans la région plus au sud, on n'a pas rencontré d'adversaire. Ghâteau-Sahns a été trouvé inoccupé. « Par suite, on pouvait admettre que P ennemi avait Vintention de chercher le combat décisif sur la rive droite de la Moselle et que dans ce but il rassemblait derrière la Nied toutes ses foi^ces disponibles. »

L'hypothèse de « l'empereur Napoléon établi sur la Moselle avec cinq corps » ne se vérifie pas, ceci est certain puisqu'il y a des masses françaises, le lo, sur la Nied. Sans plus d'information que des renseignements de patrouilles, et des dires d'habitants, on lui en substitue une autre plausible, c'est évident, « on pouvait admettre que l'ennemi avait l'intention de chercher le combat décisif sur la rive droite de la Moselle avec toutes les forces disponibles ». Elle est à prendre en grande considération, eu égard aux dangers qu'elle comporte.

« Dans ce cas-là, en effet, ce n'est plus avec des fractions

// août LA SURPRISE A LA xNIED 2.l\ô

séparées, pense-l-on au quartier général de la 11^ armée ('), mais bien avec tous les corps de la II'^ armée, que l'on devait attaquer, et cette attaque devait^ être exécutée avec le concours de la T^ armée. Le commandant en chef prit aussitôt la résolution de faire face à droite avec toute la IP armée et de marcher au combat sur la hgne Faulquemont, Verny, dès que ces renseignements seraient confirmés. Ce mouvement pouvait être exécuté le i4f en demandant aux troupes un effort considérable et à la condition de laisser, dans la zone de cantonnements du 1 1 août, tous les impedimenta dont on pouvait se passer. »

Voilà bien > la surprise stratégique survenue, des masses ennemies brusquement découvertes, et l'impossibilité de leur tenir tête avant le i4 ^ on est le 1 1.

(( Le i5, continue von der Goitz, serait consacré à la marche d'approche et le 1 6 ou le 17 on pourrait livrer bataille. L'intention était de maintenir l'ennemi de front sur la Nied^et d'employer le gros des forces de l'armée à gauche de la Nied contre son flanc droit. Pour s'emparer en même temps des communications de l'ennemi, dans ia vallée de la Moselle, la gauche qui formait l'aile marchante devait envoyer un détachement à Pont-à-Mousson. »

S'agit-il d'attaquer, on ne peut donc y songer avant le 16 ou le 17. Ceci établit largement qu'on ne comptait pas attaquer de sitôt; que le dispositif de marche adopté est loin d'être un système d'attaque, il demande quatre jours pour se transformer; au bout de ce temps-là, on attaquera de front et de flanc l'ennemi reconnu le 10. Encore faudra-t-il qu'on trouve là où on l'a vu le 10, cet adversaire entièrement libre, sur lequel on ne prend même pas barre; car rien l'est préparé pour le maintenir, ni forces, ni espace en pro-

(0 Von der Goltz, Opérations de la 11'^ armée.

2^1 4 LA MANŒUVRE POUR LA BATAII.LE // ttOÛt

fondeur; sans C3la, s'il se retire, la manœuvre est montée à vide, à tort, faible inconvénient évidemment; mais s'il manœuvre, s'il porte ailleurs ses menaces et ses coups, c'est bien une nouvelle surprise, une nouvelle crise qu'il ouvre. Dès à présent, le danger est grand, preuve ce qui suit :

«: A la vérité, continue l'Historique de la II® armée, la situation du III® corps était difficile jusqu'au i5 août. Il formait le pivot de la conversion et se trouvait en contact immédiat avec les troupes françaises. Si l'ennemi se décidait à profiter de l'avantage dont il disposait encore pendant trois jours pour prendre une ofTensive énergique, il pouvait facilement écraser, dans un combat très inégal, le IIP corps qui n'aurait pu être soutenu le 12 août que par le XI® partant de Forbach à la première heure et par les têtes de colonne du X' que l'on était à même de diriger sur Ghémery. On ne pouvait naturellement pas compter sur les autres corps de l'armée dans cette journée (du 12) comme cela résulte des emplacements des corps le 1 1 août. »

Il est difficile de mieux dire les dangers qui menacent le III® corps, les troupes avancées vers l'eimemi en cas d'attaque; il ne peut en effet que lutter sur place en désespéré, il forme le pivot de la conversion et cela plusieurs jours durant. Tout autre eût été la situation d'un corps d'avant-garde générale, qui, ayant toujours de l'espace derrière lui, pouvait au besoin manœuvrer en retraite sans se faire détruire, tout en couvrant et assurant la concentration ou la manœuvre projetée; qu'on se rappelle, entre autres, le I®"^ corps prussien de l'armée du Rhin, en i8i5, à Charleroi ! Mais, en outre, et en raison même des dangers qui menacent ce III® corps, il lui est interdit d'entreprendre aucune action contre l'ennemi, de le reconnaître, de le fixer; il ne peut que se faire oublier de cet adversaire laissé, de la sorte, libre d'agir, sans être observé, capable par suite de toute surprise.

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Il est difficile de mieux dire également les dangers que court la combinaison tout entière du prince Frédéric-Charles; que devient en effet cette vaste conversion vers la ligne Faulquemonl, Verny, à échéance du i6 ou du 17, si le pivot est emporté un des jours de ce long laps de temps?

Ici apparaissent bien une première fois les faiblesses de la marche à l'aise^ vers la Moselle, de cette stratégie commode qui, procédant principalement du raisonnement à l'exclusion du renseignement cherchant à établir la réalité, s'abandonne pleinement aux conclusions de ce raisonnement, la manœuvre de la Moselle, au point de s'interdire, faute de découverte et de protection, toute autre action reconnue nécessaire en cours de route, l'attaque, avec toutes les forces réunies, de l'armée française rencontrée sur la Nied.

Quoi qu'il en soit, ces idées émises au quartier général de la W armée étaient communiquées à la V^ armée, sans retard : « ... Si l'ennemi en laissait le temps ^ on pouvait, en déployant toute l'activité possible, avoir le i5 août la IP armée sur la ligne Faulquemont, Verny. Le IIP corps devait éviter tout engagement partiel et se contenter jusqu'au 16 d'observer V ennemi ; alors la P® et la IP armée pourraient attaquer sur toute la ligne. Le III| corps devant conserver une attitude défensive, il fallait le soutenir et, à cet effet, le IX^ pouvait être arrivé le 12 en avant de Saint-Avold et le X^ au sud de Faulquemont ayant sa tête à Cliémery... Les trois corps de la P" armée se placeraient à Marange, Volmerange, Boulay ou aux environs et s'y tiendraient eux aussi provisoirement sur la défensive. » A cet avis, Steinmetz décidait de rester en place le 1 1, et d'atteindre la Nied le 12. Il rendait compte de cette décision, à 1 1 heures, au Grand Quartier Général.

2l\C) L.V MANŒUVRE POUR LA BATAILLE // (707/

Mais après s'être arrêté, dans celte matinée du 1 1, à Tidée de Tofiensive vers la Nicd par une vaste conversion, le commandant de la lï" armée se rend compte a posteriori que s\ décision manque néanmoins de données certaines.

« Tant qu'on ne connaissait pas les intentions de Tennemi (on a vu d'ailleurs, ajoutons-nous, qu'il était dangereux pour' le IIP corps de chercher à les connaître, mais alors la situation pouvait durer), on devait combiner une offensive sur la Nied avec une marche aussi rapide que possible sur la Seille. Autrement on pouvait, par des mouvements sans ^ l;ut, perdre un temps qui serait venu biei) à propos pour l'ennemi s'il avait résolu la continuation de sa retraite, si l'arrêt sur la Nied n'avait été qu'une feinte. On pensait remédier à l'inconvénient en faisant marcher l'aile gauche de la IP armée par échelons ('). »

Cet aveu est bien la preuve de l'insuffisance du contact avec l'ennemi; toujours libre de ses mouvements, il pourra, quand il le voudra, rendre inutile la conversion vers la Nied. On maintient alors quand même le principe de cette conversion, mais dans l'exécution on le tempère d'une marche en échelons des troupes de l'aile gauche qui conserve à ces troupes la faculté de reprendre plus tôt la direction de Pont-à-Mousson, mais qui les amènera plus tard sur la ligne Faulquemont, Verny. Tout autant de demimesures résultant de ce que l'on ignore dans quel sens il faudra finalement agir et qui vont affaibfir l'action finale; on n'aura que très tard la totalité des forces au point voulu, quand la direction -de marche sera définitivement arrêtée ; de cette conception sortiront plusieurs autres crises, comme on le verra. /

Quant au pivot, « on devait en tout cas, par prud'ence.

(') Von der Goltz, Opérations de la IP armée.

// aoâi LA SURPRISE A LA MED 2^7

maintenir le IIP corps à Faulquemont et lui faire choisir et préparer une bonne position de défense. Déjà dans la matinée on avait adressé des ordres directs au général Alvensleben (') ».

Ces réflexions faites et ces ordres donnés étaient communiqués au Grand Quartier Général à Sarrebruck et l'on attendait que la situation fut plus claire et que Sa Majesté donnât ses ordres ('). Ainsi se passa la journée, en présence d'un orage toujours gros. Que va faire le Grand Quartier Général pour y porter remède? L'avis que reçoit iNIoltke est du général de Stiehle, d'après l'Historique du Grand État-major qui en donne le résumé, et du prince Frédéric- Charles, d'après la correspondance de Moltke qui le donne m extenso.

» Quartier général de Puttclange, ii août, g^i i5 matin.

« Excellence,

« Je vous ai fait connaître de Sarreguemines que l'ennemi semble s'être réuni en grandes masses derrière la Nied française, en deçà de Metz ; je m'empresse à mon arrivée ici de vous faire part de mon opinion.

(( Il y a apparence que cette réunion de masses ennemies conduira à une bataille. Il ne semble pas vraisemblable que l'ennemi sorte de sa bonne position pour venir nous attaquer, quoique cette manière d'agir réponde plus au caractère des Français que la stricte défensive qu'ils ont gardée jusqu'ici. Cette défensive ne leur a du reste pas réussi et on peut penser qu'ils essaieront de l'offensive. Bien qu'elle soit improbable pour moi, je me tiendrai prêt à cette éven-

(') Von der Goltz, Opérations de la It armée.

248 * LA MANŒUVRE POUR LA BATAILLE // aOÛl

liialilé en empêchant qu'ils ne puissent tomber sur des corps isolés avant que la IP armée soit réunie (à quelques unilés près des IV^ et IP corps) pour pouvoir combattre ensemble.

« Ma marche d'aujourd'hui vous est connue. Après son exécution, j'arrêterai mes têtes de colonne et attendrai les ordres du Roi pour la conversion à droite de mon armée (IIP corps pivot).

« Vous apprécierez s'il n'y aurait pas lieu de faire part à la P^ armée surtout de l'avant-dernier ahnéa qui précède, et de la mettre en mouvement dans des conditions telles que, en liaison avec mon IIP corps, elle prolonge au besoin en partie le front et puisse surtout exécuter, avec des forces importantes, sur le flanc gauche de l'ennemi, un mouvement à large envergure. Je ne disposerai sur le front de l'adversaire que la quantité de troupes qui paraîtra nécessaire pour le maintenir comme l'a fait mon armée à Sadowa et l'empêcher de couper notre centre. Je dirigerai l'effort principal contre le flanc droit de l'ennemi ; j'y prendrai l'offensive en forces, en faisant suivre au moins un corps en réserve

comme échelons des troupes enveloppantes Nous devons

nous attendre à des pertes énorwies et peut-être à une bataille de deux jours et quoique je ne croie pas cette dernière éventualité probable, je m'y prépare malgré tout. Nous pourrons faire de jour le déploiement sur le front de l'ennemi ; les mouvements préparatoires sur les flancs devront être faits autant que possible de nuit sur des chemins reconnus à l'avance. Il ne faudra pas allumer de feux, commencer le combat avec le jour, pas après 5 heures. Dieu nous aidera. »

Au Grand Quartier Général, on considérait la position des Français derrière la Nied comme une position d'observation. Celte idée était exprimée dans une instruction de Moltke

// août LA SURPRISE A LA NIED ^AQ

datée de io''45 matin et arrivée à Puttelange à 2 heures du soir ('). « La position derrière la Nied, disait cette instruction, n'est peut-être bien, malgré tout, qu'une position d'observation, les forces principales restant derrière la Moselle je soumets toutefois à votre approbation s'il n'y aurait pas lieu d'arrêter le IIP corps pour laisser serrer les autres. »

Moltke n'a que les renseignements qu'on lui transmet ; plus loin de l'ennemi que Frédéric-Charles, il croit moins au danger immédiat ; il rattache ces renseignements par une hypothèse acceptable à celle qu'il a déjà formée : l'armée française à la Moselle ; il s'éloigne de laréahté des choses ; en tout cas, il ne prend pas de décision et laisse le prince Frédéric-Charles libre de fixer la suite à donner aux opérations en présence de l'armée ennemie menaçante. Après la stratégie, c'est le commandement qui défaut. La journée se passe ainsi, sans aucune amélioration à un état critique, si ce n'est que les deux divisions de cavalerie de la V^ armée sont, par ordre du Grand Quartier Général, avancées à 5 heures du soir : la 3® division à Téterchen, la i'* division à Boucheporn.

Le prince Frédéric-Charles, qui dès le matin a reconnu la gravité de la situation et l'urgence d'y porter remède, a vainement attendu jusqu'à 5 heures du soir de « Sa Majesté les modifications qu'il y auriiit lieu d'apporter aux directions de marche primitivement indiquées, par suite de la position ou des mouvements de l'ennemi ». Ne recevant pas d'instruction, il lance à ce moment ses dispositions pour le 12 il importe que l'exécution en puisse commencer de bonne heure dans la matinée de ce jour. Mais comme « la situation était encore douteuse (résultat de l'insuffisance de la reconnaissance de cavalerie), ces dispositions visaient aussi

(') Von der Goltz, Opérations de la 11^ armée.

2ÔO 1,A MANŒUVRE TOUR LA BATAILLE // aOUt

bien la marche vers l'ouest que la conversion à droite de l'armée (') ».

Elles prescrivaient :

Au IX* corps de venir se masser près de Sainl-Avold^ tête à Longeville, prête à soutenir le III* corps;

Au X* corps, d'atteindre LandrolT;

A la Garde, d'atteindre Morhange;

Au IV* corps, d'atteindre Munster, avanl-garde à Bourg- Allroff;

Au XIP corps, d'atteindre Barst, avant-garde à Lixing ;

Au II* corps d'atteindre Sarrebruck.

C'est bien le mouvement à deux Jïns que nous avons précédemment signalé, également plein de faiblesse dans les deux directions.

A la r* armée, dès 1 1 heures du matin, Steinmetz avait ordonné pour le 12 d-e se porter :

i'* division de cavalerie à Fouligny, avant-garde à la Nied française ;

VII* corps à Bienville (Nied allemande), avant-garde à la Nied française;

VIII* corps à Téterchen. ; avec des avant-gardes I*' corps à Boulay. . ) à la Nied;

3* division de cavalerie à Gommelange, avant-garde à Nidange.

Tous les corps d'armée allemands avaient donc reçu à 7 heures du soir leurs ordres pour la journée du lendemain, lorsque enfin, le Grand Quartier Général, qui s'était réservé le soin de pourvoir aux situations -nouvelles, se décidait à parler pour porter remède à une crise inconnue dès le 10; son ordre portait :

€ Il paraît assez probable qu'une notable partie de l'ar-

(') Von der Goltz, Opérations de la IJe armée. %

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mée ennemie se trouve en avant de Metz sur la rive gauche de la Nied française.

« Il devient donc nécessaire de concentrer davantage la l'^ et la IP armée, Sa Majesté le Roi a ordonné ce qui suit :

« Cette concentration aura lieu sur le IIP corps à Faulquemont.

« La V^ armée portera demain de bonne heure deux corps sur la hgne Boulay, Marange, un corps vers Boucheporn ;

« La IP armée dirigera le IX^ corps sur Longeville, à l'ouest de Saint-Avold ;

(( Le IP corps fera avancer vers ce point tout ce qu'il aura de disponible. Le X^ viendra derrière le IIP ;

« La Garde, le IV^ corps, le XIP appuieront vers la gauche de la position indiquée ci-dessus, de façon à pouvoir la renforcer ou à continuer dans la direction de Nancy, suivant le cas;

(( Les avant-postes de la P^ armée devront en général èlre poussés à la Nied allemande :

c( Tous les corps d'armée laisseront le deuxième échelon de leurs convois dans la zone des cantonnements d'aujourd'hui oià toutes les routes devront être complètement libres. »

A cet ordre était jointe une lettre de Mollke-au prince Frédéric-Charles :

« Saint-Avold, 1 1 août, 8 heures soir.

cl Les ordres sont basés sur l'idée exprimée par

Votre Altesse royale qu'un nouveau chef ennemi prendra la décision vigoureuse et seule juste, du reste, d'une offensive soudaine et ce, tandis que nos corps se trouvent répartis de Sarrelouis\à Saverne. Toutefois ils n'envisagent que l'éventualité immédiatement réalisable d'une attaque sur le IIP corps.

« La conversion complète jusqu'à Verny ne serait pas né-

252 L^^ MANŒUVRE POUR LA BATAILLE // aOÙt

cessalre et serait même dangereuse si, ce qui est également possible, le détachement de l'ennemi reculait derrière la Nied et si ses forces principales se tenaient au sud de Metz derrière la Seille et la Moselle. J'espère que les décisions prises répondront aux vues de Votre Altesse royale. Nous aurons, d'ici demain dans l'après-midi, réuni six corps dont deux en réserve et pourrons après-demain être forts de dix corps. Si cela ne devenait pas nécessaire, il y aurait lieu de ne pas amener les IV% XIP corps et la Garde et de les laisser continuer leur mouvement en avant sur la Moselle sur un plus grand front »

Comme on le voit, Tésprit de Moltke avait évolué dans la journée, sous l'impulsion des communications reçues. Au lieu de voir comme le matin une troupe d'observation sur la Niedj il ne lui paraissait pas « invraisemblable, à 7 heures du soir, qu'une fraction importante des forces ennemies se trouvât en avant de Metz, sur la rive gauche de la Nied française ï». L'insuffisance du contact avec l'ennemi n'a pas permis deleverles derniers doutes, d'établir la réalité : ce L'a mée française est-elle sur la Nied? »

Mais avec sa manière de voir a changé aussi sa manière de commander. -« La tiouvelle phase dans laquelle entraient les opérations paraissant commander plus de cohésion, les instructions générales données jusqu'alors aux commandants en chef devenaient insuffisantes. Dans les circonstances actuelles, il importait en effet que le commandement suprême pûl promptement disposer lai-même des divers corps afin d'être assuré du concours de toutes les forces ('). »

Ici apparaît bien, reconnue par le maître, la faiblesse du système que nous avons déjà signalée : faute d'un organe

(') Guerre franco-allemande, par l'Etat-major prussien.

/ / août LA SURPRISE A LA MED 253

(Je sûreté de généralissime à sa main, couvrant son dispositif de forces, il n'a ni le temps ni l'espace pour faire une manœuvre avec ses armées ; il est réduit à faire une combinaison de corps d'armée; tout au plus va-t-il être commandant d'armée. C'est ainsi qu'il est amené par la force des choses, par l'organisation de ses troupes, à cette manière de commander au jour le jour, dans le détail, pratiquée en 1866, pratiquée en 1870 jusqu'à la Sarre, sans résultat brillant, abandonnée le 9 août, quand il entrevoit une tranquillité de plusieurs jours, forcément reprise dès que l'ennemi reparaît, pour les raisons données précédemment.

Quoi qu'il en soit, quand l'ordre du Grand Quartier Général parvenait à la IP armée à Puttelange, vers minuit, Frédéric-Charles avait donné le sien, a: Les dispositions prises pour le 12 août par le commandant de la IP armée concordaient presque complètement avec les plans du Grand Quartier Général. La différence ne portait que sur la direction donnée de part et d'autre au X^ corps. Sur l'observation qui en a été laite par le commandant en chef, le Grand Quartier Général approuvait l'itinéraire déjà assigné à ce corps d'armée, et en vertu duquel il devait venir non pas derrière, mais à gauche du IIP corps à Landroff ('). »

Autant dire qu'il n'y a plus de commandement supérieur. Une fois de plus, ce sont les commandants d'armée qui font connaître la situation, qui l'inlerprèlent, ce sont leurs ordres que l'on adopte. Nous avons même vu que c'était Frédéric-Charles qui avait indiqué le mouvement à faire à la P^ armée. Mais comme il y a unité de doctrine, les divergences sont faibles. La sagesse, la modération de Moltke se rangent aux vues de ses subordonnés. Quant au comman-

(') Guerre franco-allemande, par l'Etat-major prussien.

254 LA MANŒUVRE POUR LA BATAILLE // aOÛt

deinent supérieur, s'il n'existe pas, c'est que, intentionnellement ou non, mais organiquement pour Gnir, il s'est mis hors d'étal de fonctionner, à plus forte raison d'agir devant l'ennemi.

En tout cas, le résultat des dispositions arrêtées le 1 1 allait être, le 12 au soir :

Une première ligne de cinq corps sur 3o kilomètres, Boulay, Morhange : 1% VIl^ 111% X% Garde ;

Une deuxième ligne de quatre corps sur 3o kilomètres, Boucheporn, Munster : VHP, IX% XIl% IV% à moins d'une journée de marche ;

Les avant-gardes et avant-postes arrivant sur la Nied allemande.

Ce dispositif est incontestablement puissant, mais si l'on observe qu'il n'est réalisé que dans la soirée du 12, et qu'il ne peut produire tout son efifet, en cas de rencontre, que dans la soirée du i3, on est obhgé de reconnaître qu'au point de vue du temps la parade allemande est tardive; qu'on peut avoir sur les bras avant ce moment l'armée française réunie sur la Nied dès le 10.

La crise persiste jusqu'à ce moment, comme on le voit, pour les raisons qui l'ont fait naître : l'absence de toute sûreté stratégique, dans la conception comme dans l'exécution, poussant dans une manœuvre montée d'avance, un gigantesque corps de bataille obligé à la fois de reconnaître, de marcher, de combattre, le moment venu; incapable par suite de remplir complètement ces trois tâches.

Elle dure aussi par le fait de la faiblesse du commandement supérieur, impuissant à diriger parce qu'il est le dernier renseigné, le dernier à commander ; parce que ses subordonnés, liés d'abord par ses ordres (du 9 août), qu'ils trans-

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gressent pour finir, ne peuvent que remédier partiellement au mal.

Concluons donc à la nécessité d'un commandement supérieur effectif, seul capable de produire le jeu combiné de toutes les forces, mais constatons aussi que ce commandement supérieur doit, pour pouvoir fonctionner, posséder l'organe assurant ce jeu, par : un renseignement de valeur, la connaissance de la réalité, seule base solide d'une manœuvre ; et par la sécurité, permettant seule de faire aboutir cette manœuvre.

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