DE LA STRATÉGIE RÉPARÉ PAR LA TACTIQUE
I — Le prince Frédéric-Charles dans la matinée
Pendant que les deux quartiers généraux à Herny cl à Pont-à-Mousson s'abandonnent à leurs suppositions, la nuit leur apporte des renseignements, mais non des conseils :
(( Dans la nuit du i5 au 16, on avait remarqué, à l'ouest de Metz, de nombreux feux de bivouac de l'ennemi ; ce renseignement parvint de différentes sources au quartier général de Ponl-à-Mousson, vers g** 3o du matin.
(( L'ennemi était donc en train de quitter Metz, il ne pouvait plus y avoir de doute à ce sujet. Mais où en était-il de cette retraite et où pourrait-on le rejoindre? C'est là ce que le véritable contact apprendrait le 16 août ('). »
Un premier enseignement se dégageait de ces rapports. L'ennemi était en forces, aux abords de Metz, en train de
"') Von der Goltz,. Onérations de la 11^ armée.
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quitter la ville, ou de s'y réunir, en tout cas à l'est cl non à Touest de la direction de marche ordonnée aux corps allemands; l'attention du commandement devait donc se porter de ce côté-là. De ce côté-là également, devait être appelée l'attention des troupes, et organisée la sûreté. Malgré tout, le quartier général de la IP armée à Pont-à-Mousson maintenait, dans la matinée, sa manière de voir de la veille et ne prenait aucune disposition pour faire tète au besoin à cet adversaire encore reconnu en forces aux environs de Metz, ni même pour aviser ses colpnnes de la découverte qui était faite; il les maintenait dan^ leur marche de flanc par rapport à la place de Metz, sans précaution nouvelle. Au lieu de chercher à établir la réahté des choses, en poussant son exploration vers les rassemblements reconnus, il poursuivait le développement de son hypothèse.
« On ignorait encore, le i5 au soir et le i6 au matin, quelle était la force des masses ennemies qu'on avait devant soi. Bien que, dans la nuit, on eût vu les feux de bivouac des Français tout près de Metz, vers l'ouest, cela ne permettait pas de déterminer l'emplacement et la force des troupes ainsi campées, avec assez de précision pour en tirer les éclaircissements dont on avait besoin.
(( W restait probable que les forces ennemies demeurées sur la route de Metz, Mars-la-Tour (signalées dès la veille par la 5" division de cavalerie) n'étaient qu'une flanc-garde ou une arrière-garde de l'armée en marche vers l'ouest. Il paraissait certain que l'ennemi était informé du passage de la Moselle en amont de Metz par la II" armée, et qu'en conséquence il devait avoir hâte d'utiliser pour sa retraite. Us routes situées le p^us au nord. Celles-ci seules lui offraient quelque sécurité ('). »
(') Von der Goltz, Opérations de la 11^ armée.
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Gomme on le voit, les éclaircissemenls manquent; au lieu de les chercher en prenant le point de départ certain des rassemblements reconnus la nuit, on ne fait rien que continuer à raisonner. Sans information plus ample, on explique tout : les troupes de la route de Metz, Mars-la-Tour sont des flanc-gardes ou des arrière-gardes; elles couvrent une retraite qui s'eiïectue non plus vers l'ouest, mais vers le nordouest, seule direction offrant quelque sécurité. C'est contre cette retraite hypothétique que l'on poussera au plus vite les colonnes de la ïP armée.
Le premier renseignement qui apprît quelque chose de plus précis sur l'ennemi arrivait à Pont-à-Mousson à midi.
Il était daté de lo heures matin, de la région sud de Vionville, et envoyé par le IIJ^ corps. Il disait :
(( Camps ennemis près de Vionville et de Rezonville, le IIP corps massé se porte en avant, son aile gauche dans la direction de Jarny, pour pouvoir éventuellement gagner Conflans. La 5^ division de cavalerie est vers Mars-la-Tour, la 6^ division vers Rezonville.
« On ajoutait ensuite que Tennemi se retirait dans la direction du nord ('). »
Frédéric-Charles répondait en ordonnant :
« Tant que l'ennemi recule devant le IIP corps, celui-ci doit le suivre vigoureusement, l'aile gauche en avant. Il devra y avoir entente constante avec le X"" corps.
« Le IX* corps, qui sera demain à midi à Mars-la-Tour, aura pour mission d'assurer la sécurité du flanc droit du côté de Metz et de servir en même temps de soutien éventuel. »
« Le but général de l'opération, après les instructions données par le prince au HP corps, était donc de refouler
(') Von der Goltz, Operalions de a 11^ armée.
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l'ennemi dans la direction du nord. » A cet effet, à la droite de la IP armée, une masse de trois corps (IIP, X% IX*') avait comme tâche de suivre l'ennemi en retraite, s'efforçant de le déborder à gauche ; à l'aile gauche de l'armée, on allait, par plus de vitesse, essayer de le gagner au passage de la Meuse.
« C'est dans le même ordre d'idées qu'on faisait connaître au général de Manstein que le IIP corps poursuivait, depuis 10 heures du matin, des masses de troupes ennemies qui paraissaient se retirer dans la direction du nord. » *
Le prince ajoutait comme instructions spéciales :
« Il importe que le IX^ corps occupe rapidement Marsla-Tour et couvre, dès aujourd'hui, le flanc du IIP corps dans la direction de Metz, en même temps qu'il lui servira de soutien. »
Enfin, continuant toujours de suivre le même ordre d'idées, sans s'inquiéter aucunement d*en vérifier la justesse, sans plus savoir où l'adversaire en est de sa retraite et où on pourra le rejoindre, sans attendre que le « véritable contact 3 l'apprenne le 16 août, tant sa certitude est grande, il donne à midi à Pont-à-Mousson, pendant que la bataille fait rage sur le plateau de Mars-la-Tour et renverse toutes les hypothèses, un ordre qui règle la manœuvre de toute la IP armée pour le 17, et fait connaître la pensée de son chef, à ce moment, mieux que tous les commentaires ne pourraient l'expliquer.