ORDRE
Pont-à-Mousson, 16 août, midi.
(( La IP armée continuera demain sa marche vers la Meuse. La I'^ armée viendra très prochainement en arrière de son aile droite. En raison de la direction prise par l'en-
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nemi, dans sa retraite, c^tte aile de la U" armée exécutera son mouvement ainsi qu'il suit :
« Le X^ corps passera ultérieurement la Meuse en aval de Verdun. Il fera des détachements vers cette place. Si la poursuite devait avoir pour résultat d'entraîner le corps d'armée assez loin vers le nord, les points de Glermoal-en- Argonne et de Sainte-Menehould lui sont désignés dès à présent comme étant ceux sur lesquels il aura à se diriger, pour former dorénavant l'aile droite de l'armée.
(( Le IIP corps marchera demain sur Étain où il établira une avant-garde, si la situation par rapport à l'ennemi n'en fait décider autrement. Les troupes laissées à la garde du pont jeté sur la Moselle rallieront aussitôt que le IX^ corps les aura fait relever, ce qui doit avoir lieu aujourd'hui.
« Le IX^ corps gagnera, demain également, Mars-la-Tour. Si c'est possible, ce corps d'armée fera en sorte," dans cette même journée, de remplacer le pont établi par le IIP corps, par un autre construit au moyen de bateaux pris sur la Moselle ; après quoi, Péquipage du pont léger du IIP corps se remettra en marche pour le rejoindre.
a Les trois corps de l'aile droite, désignés ci-dessus, se tiendront mutuellement reliés et, chaque jour, ils feront connaître leur position à mon quartier général aux points désignés ci-dessous. Dans le cas d'un engagement sérieux avec l'adversaire, le général de Voigts-Rhetz est autorisé à disposer du IIP corps, d'abord, puis aussi, du \X% si cela devient nécessaire.
« Si, comme on doit s'y attendre, il ne se produit pas de rencontre de cette nature, le IIP corps et le IX^ se porteront le' i8, le premier dans la direction de Dieue-sur-Meuse, le second dans celle de Fresnes, Génicourt-sur-Meuse, afin de prendre possession le plus tôt possible des ponts qui y traversent la Meuse. Dans le cas où le IX* corps arriverait
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en avance, il se chargerait d'assurer à la fois ces deux points de passage.
« Le XII* corps viendra demain avec sa tête de colonne jusqu'à Vigneulles, avec son gros jusqu'à Saint-Benoît-en- Woëvre, où il établira son quartier général. La cavalerie sera jetée sur la Meuse et au delà. Le i8, ce corps continuera sur Bannoncourt et y prendra possession du débouché qui s'y trouve sur la Meuse.
<c La Garde marchera demain sur Saint-Mihiel, poussera une forte avant-garde sur la rive gauche de la Meuse, afin de couvrir cet important point de passage, et installera son quartier général à Saint-Mihiel. Sa cavalerie prendra les devants, dans la direction de Bar-le-Duc.
« Le IV* corps s'avancera très prochainement sur Commercy par la ligne Jaillon, Sanzey, Boucq, en tant que la place de Toul ne motivera pas une suspension partielle du mouvement.
« Le II* corps gagnera demain Pont-à-Mousson et établira sa tête de colonne dans la direction Limey, Flirey, Saint- Mihiel, quartier général à Pont-à-Mousson.
« Mon quartier général se trouvera aujourd'hui à Thiaur court, à partir de 5 heures du soir. Demain, à compter de midi, il sera installé jusqu'à nouvel ordre à Saint-Mihiel.
« Une fois la II* armée arrivée sur la Meuse et les ponts de celte rivière assurés, les troupes séjourneront probablement pendant quelques jours, jusqu'à ce que les armées latérales soient parvenues à la même hauteur.
(( Chaque corps d'armée enverra... »
En résumé, toute la II* armée, divisions de cavalerie, corps d'armée, service de l'arrière, est poussée à la Meuse dont on veut s'assurer les passages. Le quartier général sera le 1 7 à Saint-Mihiel. Une fois arrivé à ce résultat, on attendra les autres armées.
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Il n'y a pas à prévoir de rencontre avec l'adversaire ; si, contre toute attente, il s'en produisait une, les trois corps de l'aile droite pourvoiraient aux nécessités qu'elle créerait, en se tenant pour cela étroitement liés. Ils suffiront évidemment à la tâche, pense-t-on.
Que vise la manœuvre entreprise ?
« Le meilleur moyen pour la II* armée de contrarier les projets que l'on prêtait à l'ennemi de gagner l'Argonne, semblait être de se rendre le plus vite maîtresse des passages de la Meuse et d'obliger l'ennemi par une marche parallèle à la sienne, dans la direction de cette rivière, à continuer son mouvement sans répit.
« Il est évident qu'il fallait en même temps prendre des mesures pour inquiéter et retarder dans leur marche les colonnes françaises. C'était là le rôle assigné à l'aile droite puissamment constituée (IIP, X* et IX* corps) sous un commandement unique et pourvue d'une nombreuse cavalerie. Mais on devait supposer à l'ennemi une avance de deux jours. Les routes les plus septentrionales de celles qui s'éloignent de Metz vers l'ouest n'avaient pu être atteintes et reconnues par la cavalerie prussienne. Il était donc possible que l'ennemi eût profité déjà des journées du i4 et du i5 pour commencer à mettre son projet à exécution.
(( Ce furent ces considérations qui inspirèrent les dispositions adoptées dans la journée du i6, aussi bien que l'ordre général de l'armée qui fut donné le i6 à midi ('). ))
C'est bien toujours la même conception de la manœuvre stratégique. A la base une hypothèse sur l'ennemi, faite de la conduite rationnelle qu'on lui prêle et qu'il doit tenir, ici la retraite précipitée vers l'Argonne ; cette hypothèse détaillée dans le temps, suivant des considérations logiques,
(^) Vos DER GoLTZ, Opérations de In fh nrmp'^
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au point que Toto en conclut le lieu où il se tirouve dans l'exécnilion de son programme ; ici l'adversaire « devait être supposé avoir une avance d'e deux jours ». Sans plus tenir compte des forces que Rheinbaben signale le lO sur la route do Rezonville, dont les feux de bivouacs ont été vus la nuit, à l'ouest de Metz, on s'abandonne à l'hypothèse au point de poursuivre uniquiement la manœuvre qui j correspond et d'en rendre toute autre impossible.
En exécution de l'ordre du i6, midi, la IP armée sera, le 17, répartie sur un front et une profondeur de plus de 4o kilomètres; plus dispersée encore le i8, éclairée vers la Meuse; trois corps d'armée poursuivant au nord, le reste de l'armée (4 corps) allant à l'ouest, c'est-à-dire tournant le dos à ce qu'on a vu d'ennemis.
Avec cette dualité d'objectifs, la dispersion des forces ne
peut qu'augmenter; avec cette absence de rensei^gnements,
une partie peut frapper dans le vide ; l'autre laissée à la
poursuite de Tennemi peut être insuffisante ; les trois corps
qui remontent au nord sont abandonaés pour longtemps ^
leurs propres forces.
Frédéric-Charles recommence, le 17, la manœuvre qa.e Moltke a faite le 7 et le 8 à Rohrbach. Les faits ne vont pas tarder à donner un démenti formel à c*tte stratégie en chambre, qui croit pouvoir, entre les quatre murs de la mai- He de Pont-à-Mousson, mieux voir et mieux déterminer la réalité que la 5^ division de cavalerie, que les reconnaissances au contact de l'ennemi.
La confiance et la quiétude qui animent le 16 le quartier général de la IP armée sont d'ailleurs très bien rendues dans une note que le général de Stielile, chef d'état-major de Farmée, écrit au général de Moltke, et qui doit attendre celui-ci à son arrivée à Pont-à-Mousson.
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Poat-à-Mousson, i6 août, 2 heures soir.
« Je laisse ici pcnir Votre EbLcellence l'ordre d'armée qui vient d'être donné pour demain.
« Le compte rendu du IIP corps, daté de Vionville, 10 heures du matin, permet de conclure qu'une forte fraction ennemie a été refoulée et se retire sur Thionville. Le IIP corps est avisé de poursuivre directement l'adversaire en avançant l'aJe gauche, afin de le rejoiiler dans Thionville ou vers la frontière belge. Comme celte éventualité était à prévoir, l'ordre d'armée d'aujourd'hui donne à l'aile droite de la IP armée (X% IIP, IX* corps) une certaine indépendance, en la plaçant éventuellement sous ies ordres du général de Voigts-Rhetz, dans le cas où Son Altesse Royale ne serait pas elle-même sur les lieux. Je crois qu'il y a lieu de laisser les quatre autres corps d'armée j:u)«f//2Her tranquillement vers la Meuse, entre Bannoncourt et Commercv, afin d'être maître demain des passages. Mais il nous faudra bien alors nous arrêter plusieurs jours, afin de ne pas déboucher de l'Argonne dans la plaine de Champagne rien qu'avec des têtes de colonnes.
« Les renseignements de la cavalerie de l'aile gauche représentant Toul comme peu en état et muni seulement d'une faible garnison, on a attiré l'attention du général d'Alvensleben (^) sur l'importance qu'aurait, pour nos communications par voie "ferrée, la réussite d'un coup de main sur cette place.
<c II nous faut nous borner à soulever cette question, ne pouvant donner l'ordre sans connaître exactement la situation.
(( Aujourd'hui et demain nous dépassons beaucoup la IIP armée; raison de plus pour faire faaUe sur la Meuse... »
(I) Commandant le IV* corps.
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« Vient d'arriver 2 heures soir :
« Le général de Kraalz rend compte de Thiaucourt, ii''3o du malin, que le IIP corps combat près de Rezonville, avec des forces ennemies importantes. Le général de Rheinbaben est sur les lieux avec neuf régiments de cavalerie et quatre batteries. La 20* division est en marche vers le terrain du combat; la 19* est également avertie; nous nous y rendons par Gorze. »
Les projets vont leur train; on pense à tout excepté à une bataille, dans cette conduite de la guerre qui fait abstraction de l'ennemi, devenu d'ailleurs quantité négligeable; à refouler dans Thionville ou à la frontière belge, avec trois corps d'armée, tandis que les quatre autres continueront tranquillement de marcher à la Meuse, pour en prendre les passages. L'un d'eux même, le IV% aura un objectif spécial, la place de Toul. Les faits rapportés au post-scriptum allaient remettre au point des esprits qui avaient aspiré à la connaissance de la vérité par un simple appel à l'imagination.
A 2 heures, en effet, le prince Frédéric-Charles qui avait l'intention de se porter au IIP corps, à Vionville^ avec une partie de son état-major, se rendant peut-être bien compte, après tout, qu'il y avait à voir du côté de cet ennemi signalé dès le i5 par la 5' division de cavalerie, le 16 par le IIP corps, recevait du général commandant la 20"^ division les importantes nouvelles dont le général de Stieh^p envoyait à Moltke le résumé atténué.
« Le général de Kraalz faisait savoir que le IIP corps était engagé au nord de Gorze, dans un violent combat contre une masse ennemie supérieure ; il ajoutait que la 20^ division était en train de se porter par Xammes vers le champ de bataille pour soutenir le IIP corps, et que la 19^ division était également informée. Dès lors il était in-
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contestable qu'il s'agissait d'une action très importante et il était clair que ce ne serait que du champ de bataille même qu'on pourrait se rendre compte des mesures les plus immédiates à prendre pour la II' armée. »
L'ennemi, que les dispositions prises laissaient de côté depuis plusieurs jours, que l'on avait vu dès le i3, courant à l'Argonne, vaincu le i/j, en pleine retraite le i5 pour l'avoir désiré surtout, surgissait brusquement et s'imposait violemment au travers des considérations en cours; on revenait promptement à une manière plus saine de penser, de traiter la guerre qui n'est ni une abstraction ni un simple produit de l'imagination.
« Du champ de bataille seulement (non de la mairie de Pont-à-Mousson) on pourrait se rendre compte des mesures les plus immédiates à prendre par la W armée. »
Mais que font, pendant ce temps, les commandants de corps d'armée de première ligne, orientés, comme on l'a vu, par Moltke et par Frédéric-Charles, au moment d'aborder les plateaux de la rive gauche de la Moselle?
Il — La reconnaissance du X' corps dans la matinée
Le quartier général du X^ corps d'armée est depuis le 1 5
a Thiaucourt; sensiblement plus rapproché de la 5^ division
.de cavalerie que celui de l'armée, il reçoit plus facilement
les communications de cette division et des autres troupes
en reconnaissance ; il en est plus impressionné.
Dans l'après-midi du i5, lui parvient le rapport d'un lieutenant de l'état-major du corps d'armée (') : « Cet officier
(') Lieutenant de Podbielsky.
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avait accompagné, le i5, une patrouille du ii'' hussards (')el avait exploré soigneusement la route Metz, M ars-l a-Tour, Verdun, Il avait constaté en outre que les forces ennemies venaient de Metz on retournaient à Metz, ûa côté de Verdun par contre, rien ne se montrait, à tel point que les reconnaissances purent tourner le dos impunément à cette direction. De ces observations, le lieutenant concluait que les Français ne pouvaient pas, le i5 à midi, être en route pour Verdun. Et comme la cavalerie française avait été découverte à Vionville et Mars-la-Tour, il tenait pour certain que les Français étaient encore à Metz et que ladite cavalerie était l'avant-garde de l'armée du Rhin. Le heutenant, faisant son rapport dans ce sens au chef d'état-major, au lieutenantcolonel de Gaprivi, exprimait l'opinion qu'il y aurait le lendemain une grande bataille. »
Peu de temps après, arrivait également une importante communication de Rheinbaben :
Xonville, i5 aoùi, 5 heures soir.
« D'après les renseignements reçus, de l'infanterie ennemie s'avance d nis la direction de Tronville, Puxieux. Il serait très désirable qu'on envoyât de Thiaucourt vers Dommartin de l'infanterie. Une reconnaissance a constaté la présence à Vionville de vedettes et à Rezonville d'un grand camp de toutes armes.
« Signé : Rheinbaben. ^>
(Parvenu à Thiaucourt à 5i>3o.)
Ces renseignements avaient éclairé le commandant du corps d'armée et son chef d'élat-major. Aussi quand l'ordre de l'armée daté de Pont-à-Mousson, 1 5 août, 7 heures du soir, parvenait, on lui faisait un accueil plein d'incrédulité. La
(') De la 5« division de cavalerie.
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